Protocole Hossbach

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Le Major Friedrich Hoßbach (au milieu) en 1934

La Note Hossbach, qu'on appelle également, mais de façon erronée, Protocole Hossbach, est une note officieuse préparée par le lieutenant-colonel Friedrich Hoßbach d'après le procès-verbal d'une réunion secrète qui s'était tenue le 5 novembre 1937 à Berlin, pendant laquelle Adolf Hitler informa les participants qu'il projetait de déclarer à terme la guerre. Dans cette perspective Hitler exposa les étapes essentielles du projet d’agrandissement de l'« espace vital » à l'Est[1]. Au cours du procès de Nuremberg, la Note Hossbach a été utilisée dans l'acte d'accusation pour prouver l'accusation de « complot » des dignitaires présents.

Conférence du 5 novembre 1937 à Berlin[modifier | modifier le code]

C’est à la chancellerie du Reich qu’Hitler réunit les membres de la réunion qui dura de 16 h 15 à 20 h 30 :

Est présent également l'aide de camp d'Hitler pour la Wehrmacht, le lieutenant-colonel Friedrich Hoßbach.

Le débat[modifier | modifier le code]

Hitler avait convoqué les plus hauts dirigeants de l'armée et de la politique étrangère pour une conférence où l'on se pencherait sur les problèmes de l'économie de guerre, surtout l'approvisionnement en acier en partie insuffisant. Ce fut l'occasion pour Raeder de demander immédiatement qu'on mît davantage d'acier à la disposition de la marine pour la construction navale. La conférence devait, en présence d'Hermann Göring, responsable du plan quadriennal, arriver à un consensus viable quant à la répartition des matières premières. Cependant, Hitler s'écarta tout de suite du sujet et fit pendant plusieurs heures aux participants un exposé de ses objectifs les plus précis en politique étrangère. Il s'ensuivit une discussion animée sur ce thème, et c'est seulement ensuite qu'on parla de la répartition de l'acier.

Pour Hitler, l’autarcie de son pays n’est plus possible : la politique nataliste a porté ses fruits, et la population augmente. Mais l’utilisation d’engrais artificiels a détérioré en partie le sol ; la participation au commerce mondial n’est pas dans les objectifs du Führer. Le manque de réserves du régime rend la crise alimentaire inévitable. Il faut donc s’emparer de « territoires utilisables pour l’agriculture » ; pas question de soumettre des populations pour le moment.

Hitler pense que toute tentative d’expansion sera contrée par une force plus ou moins importante. Il échafaude alors trois hypothèses, mettant en scène les deux « ennemis implacables de l’Allemagne », l’Angleterre et la France :

  • Le conflit aurait lieu entre 1943 et 1945, car après 1945, la modernité des équipements allemands ne sera plus d’actualité. De même, le vieillissement des dirigeants du Reich (y compris Hitler lui-même) ne laisse pas d’autre choix, au plus tard, que cette période pour mener un conflit ;
  • Les conflits sociaux en France nécessitent l’intervention de l’armée ; ce sera alors un moment opportun pour l’Allemagne ;
  • La guerre d’Espagne évolue vers un conflit anglo-franco-italien, vers 1938. Là encore, l’Allemagne pourrait agir à partir de cette période.

Néanmoins, quelle que soit l’hypothèse qui se vérifie, il faut tout d’abord s’emparer de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, permettant d’éviter une menace de flanc lors d’un conflit à l’Ouest. Notamment, en ce qui concerne la Tchécoslovaquie, Hitler suppose, avec justesse, que l’Angleterre et la France laisseront faire, l’Angleterre à cause des difficultés internes de son Empire, la France faute d’une aide anglaise.

Neurath, Blomberg et Fritsch s'opposent à cette vision d'Hitler, ce qui va donner lieu à la réorganisation des services du Reich.

Conséquences de la réunion[modifier | modifier le code]

La première grande conséquence de la réunion fut l'affaire Blomberg-Fritsch : deux affaires judiciaires (peut-être montées de toute pièce) permirent à Hitler d'écarter Blomberg et Fritsch de leurs postes respectifs, et de remplacer le ministère de la Guerre par l'Oberkommando der Wehrmacht. Wilhelm Keitel fut mis à la tête de l'OKW, tandis qu'Hitler gardait le contrôle de la Wehrmacht et nommait Walther von Brauchitsch à la tête des forces de l'armée de Terre (la Heer).

L'autre conséquence fut la démission de von Neurath, puisque la politique définie par Hitler « signifiait l’effondrement de la politique étrangère que [il avait], jusqu’alors, poursuivie avec persévérance [2]». Von Neurath fut remplacé par Joachim von Ribbentrop.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « A secret meeting at which Hitler informed his closest advisers that he planned to go to war [...] he outlined the steps he intended to take in achieving Lebensraum in the East, and the means he would use to provide its germanization » in Louis L. Snyder Encyclopedia of the Third Reich, Wordsworth editions 1998 p.171 (ISBN 1-85326-684-1)
  2. « Procès des grands criminels de guerre devant le tribunal militaire international », T. I. Nuremberg, 1947, t. XVI, p. 640.