Protocole Ganzfeld

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Participant à une expérience de Ganzfeld : deux demi balles de ping-pong sont parfois placées sur les yeux, pour uniformiser le champ visuel.

Le Ganzfeld (champ sensoriel uniforme) est un protocole utilisé en parapsychologie pour étudier les perceptions extra-sensorielles, et plus particulièrement la télépathie. Il a été inventé par Wolfgang Metzger[1] en 1930 puis développé par les parapsychologues Charles Honorton et Robert Morris dans les années 1980.

Selon des parapsychologues comme Dean Radin et Daryl Bem, les résultats des expériences de Ganzfeld montrent une déviation significative par rapport au hasard et font partie des meilleures preuves de l'existence de la télépathie. Des critiques comme Susan Blackmore et Ray Hyman considèrent ces résultats comme non concluants[2],[3],[4].

Description du protocole[modifier | modifier le code]

Le protocole se déroule de la sorte : le percipient (un participant qui tente de recevoir des images de l'autre participant) est confortablement installé dans un fauteuil, il a les yeux fermés et porte un casque audio émettant un bruit blanc. Il décrit ce qu’il perçoit tandis qu’un agent (l'émetteur), situé dans une autre pièce, regarde une cible (une image généralement) sélectionnée aléatoirement.

Le percipient doit ensuite classer quatre images (l'image cible + trois leurres) selon leurs similitudes avec ce qu’il a pu voir et ressentir lors de la session de Ganzfeld. S’il classe en première position la cible initiale, c’est une réponse correcte, dans l’autre cas, c’est une mauvaise réponse. Si aucun lien télépathique n'a lieu, le taux de réussite du percipient ne doit pas différer significativement du hasard (ici 25 %).

Le protocole est donc globalement le même que celui utilisé pour les expériences portant sur les rêves télépathiques sauf que le sujet n’est pas endormi, il est dans un état second. D’autres modifications ont été apportées, notamment au niveau des cibles qui sont pour la plupart dynamiques (des extraits de film par exemple).

Les résultats[modifier | modifier le code]

Est-ce que les sujets de l'expérience perçoivent l'image cible plus souvent que le hasard ?

Entre 1974 et 1981, suffisamment de réplications de l'expérience par des équipes indépendantes (10 laboratoires) sont rassemblées pour permettre une première réponse[5],[6],[7]. Sur 28 études, 23 présentent des résultats positifs et 12 sont statistiquement significatives. La probabilité pour que ces résultats soient dus au hasard est donc inférieure à 10-10 (score Z de Stouffer : 6,6)[8].


Effet Tiroir - Ray Hyman (un psychologue sceptique membre du Committee for Skeptical Inquiry) propose d'expliquer ces résultats par un biais de publication. Les études qui ne donnent pas de résultats positifs sont mises au placard au lieu d'être publiées. Hyman admet finalement que ce biais ne peut expliquer les résultats observés car il faudrait 423 études dans le tiroir[7].


Taille de l'effet - Le taux de réussite moyen sur les 28 études était de 35 % (au lieu de 25 %). Contrairement aux petits effets classiques de parapsychologie, cet effet est de taille moyenne[9],[8]. Suite aux critiques de Ray Hyman, le protocole a été affiné afin d’éviter des biais potentiels (fuites sensorielles, influence de l'expérimentateur ou traces sur les images papier). Il a été reproduit par plusieurs laboratoires[10] et les résultats sont statistiquement très significatifs[11]. On obtient encore une moyenne de réussite autour de 33 %.


Fuites sensorielles et biais de l'expérimentateur - le protocole a été amélioré en vue d’éviter toute fuite sensorielle éventuelle (le receveur est dans une chambre sourde tandis que l'émetteur est dans une chambre isolée électriquement). À partir de 1983, toute influence de l'expérimentateur est évitée avec un protocole entièrement informatisé et automatisé : l'Autoganzfeld[8]. 11 réplications confirment un taux de réussite à 32 % (taille d'effet identique et 1 chance sur 10000 d'obtenir ces résultats par le hasard)[12].


Facteurs s'avérant avoir un impact sur les résultats (divergence du taux de 25 %) :

  1. Esprit artistique - les étudiants de l'école d'art de Julliard (New-York) atteignent des taux de réussite de 50 %[8] (75 % pour les musiciens) ou 75 %[13] ;
  2. Amitié - si la personne qui regarde l'image et celle qui devine sont amis, le pourcentage de réussite passe à 44 %[8] ;
  3. Multiple images - en utilisant plusieurs images en rapport entre elles plutôt qu'une seule, le taux de réussite passe à 50 %[8] ;
  4. Vidéos - l'utilisation de la vidéo fait grimper la réussite à 37 %[8] ;
  5. les états hypnotiques - favorisent le psi[14].


Controverse de 1999 - De nouvelles expériences ont ensuite été faites en modifiant le protocole de l'Autoganzfeld. Dans certains cas, elles n’ont pas conduit à des statistiques significatives. En 1999 notamment[15], une nouvelle méta-analyse (30 études dans 7 laboratoires) ne parvient pas à répliquer l'effet. Bien que non significative, la statistique est tout de même positive. Toutefois, des critiques peuvent être adressées à cette méta-analyse qui n'a pas sélectionné les études dont le protocole était identique à l'Autoganzfeld[16] (aucune n'était automatisée, il existe donc un biais d'expérimentateur, certaines études utilisent des stimuli auditifs plutôt que visuels, sans succès[17],[18]).


Fin de la controverse en 2001 - Finalement, une autre méta-analyse[10] reprend les mêmes études et en ajoute 10 récentes. Les résultats sont très significatifs à nouveau[19]. La méta-analyse tient compte des critiques énoncées : elle évalue la similitude des études avec celles de l'Autoganzfeld (par trois juges indépendants) et montre l'importance des conditions de l'Autoganzfeld pour obtenir des résultats positifs.

Débats autour du Ganzfeld[modifier | modifier le code]

De nombreux débats ont eu lieu autour des résultats du Ganzfeld, en particulier dans des revues de psychologie comme le Psychological Bulletin. Les avis divergent concernant l'interprétation des données obtenues lors de Ganzfeld. Les sceptiques considèrent que les résultats obtenus par la méthodologie Ganzfeld sont décevants, et ne prouvent pas l'existence du Psi[20]. L'usage des méta-analyses est vivement critiqué dans ce domaine, comme étant inadéquat (et pourtant largement admis dans les autres champs de recherche).

La réaction sceptique est étonnante lorsque l'on prend en compte le nombre de réplications indépendantes qui confirment un taux de réussite moyen d'un tiers quand un quart est attendu. Ces preuves seraient suffisantes dans la plupart des domaines scientifiques. Il semble que l'absence de piste explicative pour rendre compte de cette anomalie de communication augmente la résistance à admettre son existence. Il est possible que la communauté scientifique soit réticente à attribuer à nouveau un crédit à des faits qu'elle a pu initialement cautionner et qui se sont avérés falsifiés (par exemple, l'épisode des médiums à ectoplasmes, Marthe Béraud/Eva Carrière et Juliette Alexandre-Bisson, étudiées par des professeurs de la Sorbonne[21] qui discrédita certains scientifiques).

Près de 130 expériences Ganzfeld ont été réalisées et, chaque année, environ cinq de plus sont conduites dans des laboratoires de parapsychologie[22], notamment à l’université d’Édimbourg, dans le but de faire varier différents paramètres comme la nature des cibles, l’influence du feedback, la présence d’un agent, etc.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) (en) W. Metzger, « Optische Untersuchungen am Ganzfeld: II. Zur Phanomenologie des homogenen Ganzfelds », Psychologische Forschung, no 13,‎ 1930, p. 6–29
  2. (en) « The Elusive Open Mind: Ten Years of Negative Research in Parapsychology », The Skeptical Inquirer, no 11,‎ 1987, p. 244–255 (lire en ligne)
  3. (en) Daryl J. Bem, « Response to Hyman », Psychological Bulletin, vol. 115, no 1,‎ 1994, p. 25–27
  4. (en) Ray Hyman, « The evidence for psychic functioning: Claims vs. reality », The Skeptical Inquirer, vol. 20, no 2,‎ mars 1996, p. 24–26 (lire en ligne)
  5. (en) C. Honorton, « Meta-analysis of psi ganzfeld research: A response to Hyman », dans Journal of Parapsychology, 1985, vol. 49, p. 51-91
  6. (en) R. Hyman, « The ganzfeld psi experiment: A critical appraisal », dans Journal of Parapsychology, 1985, vol. 49, p. 3-49
  7. a et b (en) R. Hyman et C. Honorton, « A joint communiqué: The psi ganzfeld controversy », dans Journal of Parapsychology, 1986, vol. 50, no 4, p. 351–364
  8. a, b, c, d, e, f et g (en) D.J. Bem et C. Honorton, « Does psi exist? Replicable evidence for an anomalous process of information transfer », dans Psychological Bulletin, 1994, vol. 115, no 1, p. 4–18. (fr) Traduction française : [1]
  9. Π de Rosenthal = 0,62, c'est-à-dire que les sujets se comportent comme des pièces truquées à 62 % plutôt que des lancers de pièces aléatoires à 50 % ; cf. Bem & Honorton (1994).
  10. a et b (en) D.J. Bem, J. Palmer et R.S. Broughton, « Updating the ganzfeld database: A victim of its own success? », Journal of Parapsychology,, no 65(3),‎ 2001, p. 207–218 (lire en ligne)
  11. p<1015 sur les 762 sessions réalisées.
  12. (en) C. Honorton, R.E. Berger, M.P. Varvoglis, M. Quant, P. Derr, E.I. Schechter et D.C. Ferrari, « Psi communication in the ganzfeld : Experiments with an automated testing system and a comparison with a meta-analysis of earlier studies », dans Journal of Parapsychology, 1990, vol. 54, p. 99-139
  13. (en)M.J. Schlitz et C. Honorton, « Ganzfeld psi performance within an artistically gifted population », dans Journal of the American Society for Psychical Research, 1990, vol. 86, p. 83-98
  14. (en) E.I. Schechter, « Hypnotic induction vs. control conditions: Illustrating an approach to the evaluation of replicability in parapsychological data », dans Journal of the American Society for Psychical Research, 1984, vol. 78, no 1, p. 1–27
  15. (en) J. Milton et R. Wiseman, « Does Psi exist? Lack of replication of an anomalous process of information transfer », dans Psychological Bulletin, 1999, vol. 125, no 4, p. 387-391 [2]
  16. (en) Edge Schmeidler, « Should Ganzfeld Research Continue To Be Crucial In The Search For A Replicable Psi Effect? Part ii », Journal of Parapsychology,‎ décembre 1999
  17. (en) M.J. Willin, « A ganzfeld experiment using musical targets », Journal of the Society for Psychical Research, no 61,‎ 1996, p. 1–17
  18. (en) M.J. Willin, « A ganzfeld experiment using musical targets with previous high scorers from the general population », Journal of the Society for Psychical Research, no 61,‎ 1996, p. 103–108
  19. Taux de réussite : 36,7 %, Z de Stouffer = 3,97.
  20. voir « Andrew Endersby, « A history of Psi in the Ganzfeld », publiée par l’e-zine « Skeptic Report » » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30
  21. (en) F. Parot, « Psychology experiments: Spiritism at the sorbonne », dans Journal of the History of the Behavioral Sciences, 1993, vol. 29, no 1, p. 22-28
  22. http://www.dina.kvl.dk/~abraham/psy1.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Morris, R.L., Cunningham, S., McAlpine, S. and Taylor, R. (1993). Towards replication and extension of autoganzfeld results, Proceedings of the 36th Parapsychological Association convention, Toronto, Canada.
  • (en) Dalton, K. (1997). Exploring the Links: Creativity and Psi in the Ganzfeld, Proceedings of the 40th Parapsychological Association convention, Brighton, UK.
  • (en) Milton, J. and Wiseman, R. (1999). Does Psi Exist? Lack of Replication of an Anomalous Process of Information Transfer, Psychological Bulletin, 125(4): 387-391
  • (en) Storm, L. & Ertel, S. (2001). Does Psi Exist? Comments on Milton and Wiseman's (1999) Meta-Analysis of Ganzfeld Research. Psychological Bulletin, 127, 424-433.
  • (en) Milton, J. (1999). Should Ganzfeld Research Continue to be Crucial in the Search for a Replicable Psi Effect? Part I. Discussion Paper and Introduction to an Electronic Mail Discussion. Journal of Parapsychology, 63, 309-335.
  • (en) Schmeidler, G.R. & Edge, H. (1999). Should Ganzfeld Research Continue to be Crucial in the Search for a Replicable Psi Effect? Part II. Edited Ganzfeld Debate. Journal of Parapsychology, 63, 335-388.
  • (en) Storm, L. (2000). Research Note: Replicable Evidence of Psi: A Revision of Milton's (1999) Meta-analysis of the Ganzfeld Databases. Journal of Parapsychology, 64, 411-416.
  • (en) Bem, D.J., Palmer, J. & Broughton, R.S. (2001). Updating the Ganzfeld database: A victim of its own success? Journal of Parapsychology, 65, 207-218.
  • (en) Milton, J. & Wiseman, R. (2001). Does Psi Exist? Reply to Storm and Ertel (2001). Psychological Bulletin, 127, 434-438.

Liens externes[modifier | modifier le code]