Protéinurie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Une protéinurie est la présence de protéines dans l'urine, qu’elle soit physiologique ou pathologique. Elle est quantifiée en mg par 24 h. On parle parfois d'albuminurie, cette dernière étant la protéine la plus présente quantitativement.

Méthodes d'étude de la protéinurie[modifier | modifier le code]

La bandelette urinaire[modifier | modifier le code]

La bandelette urinaire est une méthode colorimétrique qui donne une évaluation semi-quantitative de la protéinurie à partir de 50 à 100 mg pour l'albumine[1]. Elle ne détecte pas les chaînes légères d'immunoglobulines ni les autres protéines de bas poids moléculaire. De plus, elle se positive anormalement lorsque les urines sont basiques (pH>8) ou en cas d'infection urinaire. Il s'agit de la méthode de dépistage la plus utilisée.

Le dosage pondéral de la protéinurie[modifier | modifier le code]

Le dosage pondéral des protéines dans les urines a une plus grande sensibilité, cette technique tient compte de presque toutes les protéines. Le dosage se fait sur les urines de 24 heures, la normale étant inférieure à 0,15 g/j. La technique permet aussi de réaliser une électrophorèse des protéines urinaires.

Le recueil des urines de 24 h étant parfois complexe, le dosage de la protéinurie peut être faite sur un échantillon. Dans ce cas, il est mesuré le rapport protéine/créatinine urinaire qui permet d'avoir une bonne sensibilité mais une plus faible spécificité dans le dépistage des protéinuries[2]. Cet indice est bien corrélé avec la protéinurie des 24 h[3].

L'électrophorèse des protéines urinaires[modifier | modifier le code]

L'électrophorèse permet de déterminer le caractère sélectif (>80 % d'albumine) ou non de la protéinurie. Cette méthode permet de retrouver la protéinurie de Bence-Jones, faite de chaînes légères kappa ou lambda des immunoglobulines. Ces dernières précipitent à 50 °C.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Elle est retrouvée dans environ 1 % de la population générale, un tiers des diabétiques, un hypertendu sur sept et une personne de plus de 60 ans sur six[4].

Diagnostic[modifier | modifier le code]

Une protéinurie pouvant aller jusqu'à 150 mg/24h est physiologique. En effet, la quasi-totalité des protéines traversant le rein, 10 à 15 kg par jour, n'est pas excrétée. Une faible proportion de protéines est filtrée (c'est-à-dire traverse la paroi capillaire du glomérule rénal), ces protéines filtrées sont à leur tour réabsorbées dans le tubule proximal (sauf les 100 à 150 mg/24h excrétées).

La protéinurie physiologique est constituée de 40 % de protéines de Tamm - Horsfall et les 60% se répartissent entre : bêta2 microglobulines, lysozyme et chaînes légères kappa ou lambda[5].


Types[modifier | modifier le code]

On distingue quatre grands types de protéinurie, à savoir :

Protéinurie glomérulaire[modifier | modifier le code]

C'est la protéinurie la plus fréquente et donne les protéinuries les plus abondantes. La protéinurie glomérulaire est le passage de protéines, principalement d'albumine, au travers d'une barrière glomérulaire lésée, dont la fonction normale est précisément d'en empêcher le passage. C'est la protéinurie du syndrome néphrotique, de la glomérulonéphrite, et du diabète sucré. L'albuminurie étant une protéinurie sélective, contenant essentiellement de l'albumine.

On la retrouve aussi dans l'éclampsie.

Protéinurie tubulaire[modifier | modifier le code]

La protéinurie tubulaire consiste en une déficience de la réabsorption de protéines au niveau du tubule rénal. Les protéines retrouvées sont de nature différente : il s'agit notamment de la bêta-2 microglobuline.

Paraprotéinurie de surcharge[modifier | modifier le code]

La paraprotéinurie de surcharge est due à la production d'une paraprotéine en excès. L'exemple typique est la protéinurie de Bence-Jones accompagnant les gammapathies monoclonales, où la protéine est la chaîne légère d'anticorps monoclonaux.

Protéinurie orthostatique[modifier | modifier le code]

Elle est présente surtout chez la personne jeune, la protéinurie ne survenant alors que lors d'une position debout prolongée. Le diagnostic est suspecté lorsque la protéinurie du matin (urines de la nuit) est très sensiblement inférieure à celle mesurée sur un échantillon prélevé le soir. Elle n'a aucune conséquence ou complication.

Protéinurie séminale[modifier | modifier le code]

La protéinurie séminale, également appelée protéinurie monacale est due à un refoulement séminal depuis la prostate vers la vessie et suit souvent une période d'abstinence sexuelle prolongée. Elle se résorbe naturellement lorsque la fréquence éjaculatoire se régularise. Une éjaculation quotidienne est préconisée dans un premier temps. Elle peut également être retrouvée en cas d'éjaculation rétrograde (auquel cas des spermatozoïdes sont présents dans l'urine).

Complications[modifier | modifier le code]

Le syndrome œdémateux[modifier | modifier le code]

Lorsque la protéinurie est trop sévère, elle entraîne une hypoprotéinémie généralisée. Cela se traduit par une baisse de la pression oncotique vasculaire entraînant la fuite de sodium et d'eau, du sang vers le secteur interstitiel. Ainsi la première manifestation d'une protéinurie sont les œdèmes, des épanchements pleuraux, de l'ascite, voire un véritable anasarque. Les œdèmes sont blancs, mous et « prennent le godet ». Ils se localisent essentiellement dans les chevilles et les jambes.

Les complications aiguës[modifier | modifier le code]

La perte de protéines de la coagulation favorise également des thromboses vasculaires dues à une hypercoagulabilité. La perte de protéines de l'inflammation favorise les infections. La protéinurie peut également se compliquer d'une insuffisance rénale.

Les complications chroniques[modifier | modifier le code]

Les dyslipidémies, notamment une hypercholestérolémie parfois importante est une complication liée à l'augmentation de la synthèse hépatique des lipoprotéines. Lorsque la protéinurie devient chronique, elle se complique parfois d'une hypertension artérielle, d'une insuffisance rénale chronique, d'une dénutrition, de l'augmentation de la fraction libre des médicaments, de diverses anomalie métaboliques.


La présence d'une protéinurie est statistiquement associée avec un risque de mortalité plus élevée[6], un risque majoré de survenue de maladies cardio-vasculaires[7] ou une aggravation d'une maladie rénale[8],[9].

Causes[modifier | modifier le code]

Atteinte rénale[modifier | modifier le code]

Atteinte urologique[modifier | modifier le code]

  • Refoulement séminal souvent accompagné d'un éjaculat important

Atteinte pancréatique[modifier | modifier le code]

Atteinte hématologique[modifier | modifier le code]

Réaction inflammatoire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. <Néphrologie, ellipses,‎ 2010, quatrième éd. (ISBN 978-2-7298-5093-7)
  2. Price CP, Newall RG, Boyd JC, Use of protein:creatinine ratio measurements on random urine samples for prediction of significant proteinuria: a systematic review, Clin Chem, 2005;51:1577-86
  3. Guy M, Borzomato JK, Newall RG, Kalra PA, Price CP, Protein and albumin-to-creatinine ratios in random urines accurately predict 24 h protein and albumin loss in patients with kidney disease, Ann Clin Biochem, 2009;46:468-76
  4. Garg AX, Kiberd BA, Clark WF, Haynes RB, Clase CM, Albuminuria and renal insufficiency prevalence guides population screening: Results from the NHANES III, Kidney Int, 2002;61:2165-75
  5. a et b Browne OT, Bhandari S, Interpreting and investigating proteinuria, BMJ, 2012;344:e2339
  6. Consortium CKDP. Association of estimated glomerular filtration rate and albuminuria with all-cause and cardiovascular mortality in general population cohorts: a collaborative meta-analysis, Lancet, 2010;375:2073-81
  7. Brantsma AH, Bakker SJL, de Zeeuw D, de Jong PE, Gansevoort RT, Group ftPS. Extended prognostic value of urinary albumin excretion for cardiovascular events, J Am Soc Nephrol, 2008;19:1785-91
  8. Hemmelgarn BR, Manns BJ, Lloyd A et al. Relation between kidney function, proteinuria, and adverse outcomes, JAMA, 2010;303:423-9
  9. Van der Velde M, Halbesma N, de Charro FT et al. Screening for albuminuria identifies individuals at increased renal risk, J Am Soc Nephrol, 2009;20:852-62