Prosper de Zitter

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Georges Prosper de Zitter

Alias
Jack the canadian, Captain Jackson, Monsieur Marcel, Jack Kilanine, William Herbert, Captain Willy
«L'homme au doigt coupé»
Naissance
Passendale
Décès (à 55 ans)
Bruxelles
Nationalité Drapeau : Belgique Belge
Pays de résidence Belgique
Autres activités
Collaborateur à la solde de l'Abwehr

Prosper de Zitter ou Prosper Dezitter, né le à Passendale (Belgique), exécuté le à Ixelles (banlieue de Bruxelles), est un collaborateur belge notoire durant l'occupation allemande de la Belgique lors de la Seconde Guerre mondiale. Ayant infiltré des réseaux de résistance et d'évasion, il fut à l'origine de l'arrestation de plus de 1500 résistants ou aviateurs alliés tentant de regagner l'Angleterre[1]. Arrêté en 1946 en Allemagne et extradé en Belgique, il fut jugé, condamné à mort puis fusillé deux ans plus tard[2],[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Prosper de Zitter nait le à Passendale, une petite commune près d'Ypres en Flandre occidentale. En 1913, à vingt ans, il est inculpé pour un viol perpétré à Ypres et condamné à trois ans de prison. Il fuit vers le Canada à bord du SS Megantic qui appareille le et arrive à Québec le . En 1918, il vit à Winnipeg (province du Manitoba). Il s’enrôle dans la RAF jusqu'au . Le , il épouse Lillian Stanbury. Sur son livret de mariage, il se fait appeler Jack Prosper et dit être né à Boulogne (nord de la France). Il délaisse son épouse en décembre 1926 pour regagner la Belgique. Il travaille comme vendeur chez un concessionnaire automobile et ouvre même sa propre affaire: "Dezitter & Co". Il va faire 6 ans de prison à Bruges pour "escroquerie au mariage" car il n'avait pas divorcé de son épouse canadienne. Il divorce alors de son épouse du moment, Germaine Princen, en 1939. Peut-être était-il en prison pour fraude lors de l'invasion allemande. En 1938, il avait rencontré Florentine (Flore) Dings, née Girault. Flore était née le à Barcelone et avait eu un fils, né en 1930, de Paul Dings[2].

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Dès le début de la guerre, Prosper de Zitter et sa compagne Flore collaborent avec l'occupant en tentant de s'infiltrer dans les réseaux résistants clandestins. En 1941, il intègre ainsi un groupe d'aviateurs britanniques tentant de rallier l'Angleterre depuis la région de Flobecq. Il se fait passer pour un aviateur anglais ou canadien et utilise différentes fausses identités pour duper son entourage. Plus tard à Bruxelles, il se fait passer pour un officier britannique, le captain Jackson. Ses fausses filières d'évasion conduisent immanquablement dans les filets de la Gestapo. Dans le milieu de la Résistance et des réseaux d'évasion, on l'appelle "l'homme au doigt coupé"[Note 1] et son rôle délétère fut établi dès juin 1941[4]sans que l'on put toutefois appréhender le traître en raison de ses multiples identités. Il disposait d'un sauf-conduit de la Gestapo le rattachant au "Groupe 16" et stipulant: « Ordre à toutes les polices allemandes ou belges de laisser le titulaire en liberté dans toutes les circonstances" ». En 1943, de Zitter et Flore allèrent même jusqu'à tenir une "safe house" laissant augurer une évacuation sans encombre pour ses "pensionnaires"[Note 2]. Ils tissèrent un réseau de gens honnêtes - dont des religieux - qui ne servaient, malgré eux, qu'à cautionner cette organisation criminelle à la solde des nazis.

Prosper de Zitter monnayait chacune de ses actions au prix fort. Il ne tarda par à faire partie du réseau III C-2 de l'Abwehr, le service de renseignement de l'armée allemande. Son supérieur, Rudolf Kohl, emprisonné à Saint-Gilles à l'issue de la guerre, le décrira en ces mots: « son but était le lucre »[5].

À l'été 1943, la section belge du SOE britannique décida de lancer une campagne d'élimination des traîtres: "the rat week". De Zitter figurait en bonne position sur cette liste. Mais le gouvernement belge en exil s'opposa à ce qu'une telle action soit menée sans jugement. Le champ était alors libre pour le couple qui rencontra à cette époque Annie Lall (ou Laal ou Lally), une Estonienne qui vivait d'expédients. Ils lui demandèrent s'ils pouvaient faire adresser du courrier chez elle, s'ils pouvaient "louer" son habitation, un modeste appartement, pour y tenir des réunions. Ils la rétribuaient pour chacune de ces actions, convaincue qu'elle était de prendre part à un réseau d'évasion d'aviateurs alliés. Annie sera abattue le dans des circonstances obscures, mais manifestement parce qu'elle fut identifiée comme étant le point de départ d'une "fausse" filière d'évasion et en raison du fait que Flore entretenait à dessein la confusion entre sa personne et cette Annie[2].

Débâcle allemande[modifier | modifier le code]

Le , tandis que les Alliés sont aux portes de Bruxelles, Prosper de Zitter, Flore Dings et d'autres membres du réseau prennent place dans un convoi d'évacuation de l'Abwehr. Le convoi qui rejoint l'Allemagne via les Pays-Bas fait étape à Venlo. Pris en charge par un réseau clandestin nazi de Westphalie, ils arrivent finalement à Wurzburg, en Bavière. Profitant de la désorganisation complète du pays, de Zitter est vu à Cologne paradant en uniforme américain. Vania Gristchenko, un proche de de Zitter, affirme qu'il travailla ensuite dans un garage de l'armée américaine à Bamberg, le motor pool, en qualité de mécanicien. Claire Keen, qui travaillait alors pour le G-2 de l'US Army, au quartier général allié d'Eisenhower à Francfort en 1945-1946, déclare en 2013 qu'il fut même l'un des agents recrutés par les Américains pour démanteler l'Abwehr. Depuis , il faisait toutefois l'objet d'un avis de recherche lancé par les Alliés[5].

Arrestation[modifier | modifier le code]

Le , Prosper de Zitter et Flore Dings sont arrêtés à Francfort, alors dans la zone d'occupation américaine en Allemagne, tandis qu'ils étaient hébergés par un médecin allemand sympathisant nazi. Ils furent jugés à Bruxelles par le conseil de guerre, le , et furent déclarés coupables[5]. Le , de Zitter fut réveillé à 5h45 du matin et exécuté à 6h05 par un peloton d'exécution composé de gendarmes[2].

Membres du réseau de Zitter[modifier | modifier le code]

Victimes du couple de Zitter-Dings[modifier | modifier le code]

Plus de trois cents aviateurs et 1200 patriotes[5] dont Charles Claser (1901-1944), militaire et résistant belge, fondateur de la légion belge.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Oliver Clutton Brock, Footprints on the Sands of Time, RAF Bomber Command Prisonner of War in Germany, 39-45, Grub Street Publishing, 2003.
  • Herman Bodson, Downed Allied Airmen And Evasion of Capture: The Role of Local Resistance Networks in World War II, McFarland, 2005 - 216 pages.
  • G. Verbeke, De gewetenloze spion, Prosper Dezitter, de nummer 1 van de contraspionage, 1940-1944, Koksijde, 1998.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il avait perdu deux phalanges à l'auriculaire droit à la suite d'un accident de voiture. Il portait fréquemment un gant pour dissimuler cette infirmité.
  2. d'abord Rue Hancart puis Chaussée de Haecht.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le Soir.be, Michel Bailly, Le brouillard en ce temps-là, la lumière aujourd'hui, lundi 10 juillet 1989, p. 19
  2. a, b, c et d www.belgiumww2.info
  3. National archives of United Kingdom
  4. Cegesoma.be
  5. a, b, c et d La libre.be, Christophe Lamfalussy, Dezitter, un Belge nazi pendant la guerre, "américain" après elle, samedi 19 octobre 2013 consulté le 28 octobre 2013