Prospective démographique

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La prospective démographique regroupe toutes les approches, méthodes et résultats visant à estimer pour un avenir plus ou moins proche les tendances et scénarios possibles en matière de démographie.

Trois grands scénarios démographiques prospectifs, pour la période 2000-2150, sur la base de projections faites par l'ONU en 2004[1] (rouge, orange, vert) et du bureau du recensement américain (US Census Bureau)[2] (noir). La courbe bleue correspond aux statistiques disponibles, la courbe noire est une estimation rétrospective et les courbes orange, rouge et verte sont des projections. Les courbes verte et orange correspondent aux scénarios de « transition démographique »
Temps nécessaire (en rouge) à l'augmentation d'un milliard d'individus pour la population mondiale. Ce type de courbe inclut à la fois une part d'évaluation démographique rétrospective, et une part de prospective démographique (projections démographiques pour la période 2010/2050). Le chiffre entre parenthèses indique l'année à laquelle le seuil du milliard d'êtres humains est atteint

La prospective démographique est généralement basée sur des projections démographiques qui étayent des scénarios qualitatifs et quantitatifs.

Échelles de travail[modifier | modifier le code]

  • L'échelle géographique peut être de planétaire à locale, en passant par les pays, régions ou sous-régions.
  • L'échelle temporelle est souvent de quelques décennies. Au-delà les scénarios s'avèrent hasardeux.
  • À l'échelle des populations étudiées, les prospectivistes envisagent tant la population planétaire, que des sous-ensembles (tranches d'âge, hommes, femmes, statuts socio-économiques, personnes en bonne santé, malades (dont épidémies à grande échelle de type SIDA, paludisme, grippes...), réfugiés politiques, réfugiés climatiques, personnes dépendantes, etc.).

Ces échelles interagissent de plus en plus, et de manière complexe, notamment via les mouvements de migration et la mobilité encouragée par la mondialisation des échanges de biens et personnes.

Méthode[modifier | modifier le code]

Le prospectiviste s'appuie sur les statistiques disponibles. Il observe et cherche à comprendre les tendances actuelles et prévisibles, les émergences. Il évalue et met en perspective les interactions ou synergies entre de nombreuses variables, dont :

Enjeux[modifier | modifier le code]

L'augmentation et les variations de la population mondiale, notamment depuis la révolution industrielle, ont eu des incidences importantes voire majeures sur l'évolution des sociétés, des économies et des nations dans le monde, constituant tantôt un moteur, tantôt un frein au Développement humain et au développement (au-delà de certains seuils), avec à court terme des risques de surexploitation des ressources naturelles finies et des risques et conflits (armés ou économiques) pour l'accès à ces ressources.

Dans une perspective de développement durable et soutenable, la prospective démographique vise notamment à préparer les investissements matériels (infrastructures, logements, agriculture...) et immatériels (santé, culture, formation...) des États et de la société pour le futur, par exemple et notamment en réservant, restaurant ou préservant certaines ressources pour mieux répondre aux besoins des populations et générations futures.
Ceci concerne notamment les ressources pas, peu, difficilement ou coûteusement renouvelables, qui pourraient être différentes demain de celles répondant aux besoins actuels (domaines également exploré par les prospectivistes). la composante géographique de la démographie intéresse aussi les prospectivistes, de manière à pourvoir croiser les tendances (ex héliotropisme et tendance à urbaniser et périurbaniser les littoraux) avec la prospective énergétique, climatique, et des données telles que la montée des océans, les maladies émergentes, les terres agricoles ou labourables disponibles[3] etc.

La démographie est l'une des composantes des politiques de populations (notamment, celles de limitation des naissances pour des pays comme la Chine), mais également des politiques sociales de nombreux pays, notamment pour les systèmes d'assurances sociales et systèmes de retraites nécessitant des prévisions précises du nombre d'individus par classe d'âge : jeunes, population active, retraités, qu'on peut approcher grâce aux taux de natalité, de mortalité, de fécondité entre autres.

Des phénomènes récents de décalage du sex-ratio (beaucoup moins de femmes que d'hommes dans une grande partie de l'Asie), ou encore de diminution de la fertilité humaine, avec notamment des problèmes de délétion de la spermatogenèse ou de syndrome de dysgénésie testiculaire qui affectent un nombre croissant d'hommes des pays riches préoccupent aussi les prospectivistes. L'OMS a sur ce dernier point intégré comme expert et consultant dès les années 1970 le professeur Niels E. Skakkebaek, généticien (membre du laboratoire d'étude des chromosomes du Rigshospitalet au début des années 1970) et spécialiste international reconnu de ces questions[4].

Prospective démographique mondiale[modifier | modifier le code]

Vue d'ensemble[modifier | modifier le code]

Pour le démographe, se projeter à échelle mondiale au-delà de 30 à 50 ans est un exercice très difficile.
En effet, des variations apparemment faibles de la fécondité considérée à un instant "t", combinées à une tendance à l'allongement de l'espérance de vie, conduisent après quelques décennies à de grandes différences dans la taille des populations[5]. Ces différences, à partir d'un point de départ de plus de 6 milliards d'habitants, se mesureront en centaines de millions ou en milliards de personnes en plus ou en moins 20, 50 ou 100 ans plus tard. Et la différence entre les scénarios s'accentue avec le temps[5].

Ainsi les scénarios de l'ONU (revus en 2010), définissent:

  1. La variante haute par une fécondité qui n'est supérieure que d' « un demi-enfant » à celle de la variante moyenne. Cette variante aboutit à une population mondiale de 10,9 milliards en 2050 et 16,6 milliards en 2100[5].
  2. La variante basse (fécondité d' « un demi-enfant » de moins que celle de la variante moyenne) aboutit, elle, à une population mondiale de 8,3 milliards en 2050, mais qui déclinerait ensuite jusqu'à 6.75 milliards en 2100[5].
  3. La variante intermédiaire (dite moyenne) est prise comme référence pour les tendances à long terme : Elle est censée décrire le scénario plus probable (Elle est décrite dans le sous-chapitre suivant).

Dans toutes les variantes, la projection à horizon 2100 est beaucoup moins fiable qu'à horizon 2050 (i.e. à 40 ans pour cet exercice) car les personnes qui auront 40 ans et plus en 2050 sont déjà nées[5].
Cependant, des facteurs écoépidémiologiques, climatiques ou socio-économico-politiques imprévus peuvent aussi influencer tous les scénarios et tendances.

Comme de nombreux démographes dans le monde, l'ONU a d'abord supposé dans les années 1990/2000[6], et alors que le cap des 6 milliards de terriens était atteint vers 1999[7] que la population pourrait se stabiliser à la fin du XXIe siècle vers 9 milliards d'êtres humains, le Département des affaires économiques et sociales de l'ONU a fortement révisé (à la hausse) en 2011 ses hypothèses et conclusions en termes de projection démographique (2010 Revision of World Population Prospects)[5].

La dernière projection de la population mondiale de l'organisation des Nations unies (ONU)(révisée en 2012 et publiée le 13 mai 2013) suppose, selon son scénario moyen, que l'humanité pourrait atteindre 9,6 milliards de personnes vers 2050 et 10,9 milliards d'ici 2100.
Selon le scénario moyen, 13 ans suffiront à ajouter le huitième milliards d'habitants et en 18 années le second milliard supplémentaire sera atteint (nous serons alors 9 milliards de terriens). En 40 ans, à partir de 2010, le 10e milliard serait atteint[5].

La « variante haute » des projections, avec un milliard supplémentaire d'habitants s'ajoutant à la population chaque décennie (ou tous les 11 ans) de 2010 à 2100[5], pourrait poser de sérieux problèmes politiques et sociodémographiques à l'humanité[réf. nécessaire].

Projections de la population mondiale
Année Population
2010 6 916 183 000
2020 7 716 749 000 + 11,6 %
2030 8 424 937 000 + 9,2 %
2040 9 038 687 000 + 7,3 %
2050 9 550 945 000 + 5,7 %
2060 9 957 399 000 + 4,3 %
2070 10 277 339 000 + 3,2 %
2080 10 524 161 000 + 2,4 %
2090 10 717 401 000 + 1,8 %
2100 10 853 849 000 + 1,3 %
Source : ONU, variante moyenne (2012) [1]

Par pays[modifier | modifier le code]

Les taux actuels de fécondité varient fortement selon les pays. En 2010/début 2011, 42 % de l'humanité vivaient dans des pays à faible fécondité (pays où les femmes ne font pas assez d'enfants pour que - en moyenne - chacune soit remplacée par une fille qui survit à l'âge de la procréation. 40 % vivaient dans des pays à fécondité moyenne (où chaque femme a - en moyenne - de 1 à 1,5 filles. Restent 18 % de la population qui vivait dans des pays à fécondité élevée (plus de 1,5 filles par femme en moyenne)[5].

Avec une natalité légèrement supérieure à celle du scénario moyen, les 10 milliards d'habitants pourraient aussi être atteint à la fin du siècle[5].

La plus grande part de l'augmentation devrait provenir des pays à forte fécondité : 39 pays africains, neuf asiatiques, six en Océanie et quatre en Amérique du sud.
Si le scénario tendanciel se poursuit, à titre d'exemple,

le Yémen (5 millions d’habitants en 1950) pourrait approcher les 100 millions d'individus vers 2100.
Le Nigeria (162 millions de personnes en 2010) devrait être près de cinq fois plus peuplé (731 millions d'habitants) en 2100.
Le Malawi (15 millions de personnes en 2010) pourrait atteindre 129 millions d’individus en 2100.
Inversement, sauf rééquilibrage par des migrations importantes, le nombre d'habitants de certains pays européens devrait se réduire (sauf en Islande et Irlande), de même que dans 19 des 51 pays asiatiques, 14 des 39 pays des Amériques, deux en Afrique (Maurice et Tunisie) et un en Océanie (Australie)[5].

L'ONU attribue[5] cette hausse - imprévue par les projections précédentes - aux facteurs suivants (notamment) :

progrès moins rapides que prévus dans l'objectif du millénaire d'éducation des filles ;
accès plus faible que prévu aux techniques de contraception (seuls 7 % des femmes y ont accès en Afrique centrale, estime l'ONU) ;
diminution de l'aide des pays riches aux pays pauvres pour ces domaines.

Si la tendance à l'allongement de la vie se poursuit (ce qui semble être le cas presque partout pour la première décennie du XXIe siècle), l'ONU note que le facteur « espérance de vie » devrait encore prendre de l'importance du point de vue de ses interactions avec les effets de l'augmentation démographique ; Selon le scénario revu en 2010 (mais publié en 2011) de l'ONU ;

dans les pays à forte fécondité, l'espérance de vie devrait atteindre 69 ans en 2045-2050 et 77 ans en 2095-2100)[5] ;
Dans les pays intermédiaires en termes de fécondité, l'espérance de vie qui était de 68 ans en 2005-2010 devrait atteindre 77 ans en 2045-2050 et 82 ans en 2095-2010[5];
Dans les pays à faible fécondité elle devrait passer de 74 ans en 2005-2010 à 80 ans en 2045-2050 et à 86 ans en 2095-2100[5].
Globalement, en moyenne mondiale, l'espérance de vie devrait donc augmenter, passant de 68 ans en 2005-2010 à 81 en 2095-2100, ce qui aura d'importants effets sur l'empreinte écologique et dans certains pays sur le vieillissement de la population[5].

Les experts se sont également trompés sur trois points :

  1. le déclin de la fécondité des femmes dans les pays les plus pauvres a été moins rapide qu'attendu
  2. plusieurs pays riches (dont les États-Unis, le Danemark ou le Royaume-Uni) voient naître plus d’enfants chaque année que beaucoup de démographe pensaient.
  3. plusieurs pandémies (HIV/Sida notamment dans certaines régions africaines et d’Asie du Sud-est) - sans être réellement maîtrisées - ont eu des effets démographiques moindres que ceux auxquels s'attendaient les épidémiologistes [5].

Prospective démographique en France[modifier | modifier le code]

L'un des précurseurs de la prospective démographique fut sans doute l'historien Pierre Chaunu (né en août 1923 et mort en 2009)[8], connu pour ses appels à relancer la natalité en Europe alors que les effets secondaires du baby-boom se faisaient sentir. Il écrivait en 1976 « La dénatalité, pour un homme quelconque, est comme la peste et la guerre, de l'ordre du destin. Notre homme quelconque ne raisonne pas en termes d'espèce ; moins encore en termes de longue durée. Donc, il se sent innocent. Au fond, la différence essentielle tient à ce qui est visible : la peste et la guerre font des morts, le refus de la vie ne fait rien. Les premiers se voient, le second ne se voit pas»[9], ». Il prédisait un effondrement de la population française et européenne, qui n'a finalement pas eu lieu en raison de l'allongement de la durée de vie et d'une fécondité plus importante des populations immigrées. Il s'inquiétait de la diminution du taux de natalité qui a effectivement continué à diminuer, entrainant un non renouvellement des générations et une diminution de la population dans quelques pays ou régions.

Les prospectivistes, au niveau central (DATAR, Insee, etc.) et régionaux (dans le cadre des schémas régionaux d'aménagement et de développement du territoire notamment) peuvent s'appuyer sur les statistiques de l'ONU et de l'Europe (Eurostat, qui a par exemple en 2006 produit des projections de la population totale pour l'UE), mais aussi sur des données plus détaillées et locales venant de l'Insee [10], y compris en termes de prospective (exemple[11]).

La population française continue à augmenter : Elle dépasse 65 millions d'habitants en 2010 [12], et continue à vieillir avec 15 000 centenaires en 2010 en France, et 200 000 attendus en 2060[13] selon les prévisions de l'Insee en 2011.

Discipline universitaire[modifier | modifier le code]

La prospective démographique, n'est le plus souvent qu'un chapitre d'enseignement dans les unités de prospective ou de démographie, mais elle est parfois enseignée comme discipline appliquée et à part entière (par exemple via un enseignement intitulé Prospective démographique et logement à l'Université libre de Bruxelles[14])

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) United Nations, « World Population to 2300 » [PDF], New York, United Nations,‎ 2004 (consulté le 13 novembre 2008)
  2. (en) US Census Bureau, « Historical Estimates of World Population », U.S. Census Bureau, Population Division (consulté le 13 novembre 2008)
  3. The Critical Issues (Rapport « Global 2000 » Revisité Archives du net / bibliotecapleyades
  4. spécialiste et auteur de nombreuses publications sur la fertilité humaine, Directeur de recherche et directeur du département « Développement et reproduction » au Rigshospitalet ; Hôpital universitaire de Copenhague (Danemark) ; plusieurs fois consultant pour l'OMS, dont pour le « groupe scientifique sur la reproduction reproductive masculine » et son rapport « La fonction reproductive masculine » publié en 1973. Il a notamment distingué comme lauréat par le Novo Nordisk Research Prize (en 1993) et du Andrea Prader Prize (1996).
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Rapport ONU (Department of economic and Social Affairs - Population Division) intitulé World Population Prospects: The 2012 Revision, Highlights and Advance Tables, et résumé consulté 2013/10/18
  6. ONU, Long-range World Population Projections: Based on the 1998 Revision, consulté 2011/05/08
  7. The World at Six Billion
  8. Jacques Renard, Pierre Chaunu, Huguette Chaunu ; Essai de prospective démographique ; Ed. Fayard
  9. Pierre Chaunu ; livre d'entretiens avec Georges Suffert (essayiste politique) : La peste blanche, comment éviter le suicide de l'Occident; Gallimard, Paris, 1976.
  10. Évolution et structure de la population en France, Insee
  11. Pierre-Yves Berrard, Christian Calzada ; Dynamiques démographiques sur le bassin de vie nancéien et prospective 2006 – 2031 (Télécharger l'étude, PDF, 132 ko)
  12. Insee Première n°1332 : Bilan démographique 2010 - La population française atteint 65 millions d'habitants.
  13. Insee Première n°1319 : 15 000 centenaires en 2010 en France, 200 000 en 2060 ?.
  14. Prospective démographique et logement Prospective socio-économique et typologie des modes de vie - Essai de prospective intégrée des besoins en logement à l'horizon 2013 , consulté 2011/03/01