Pronunciamiento

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Un pronunciamiento est un procédé par lequel l’armée se déclare contre le gouvernement en place dans le but de le renverser[1].

Signifiant « déclaration » en espagnol, le mot fut emprunté tel quel dans plusieurs langues, dont le français et l’anglais. Le terme existe également dans sa version lusophone originale « pronunciamento ».

Le procédé fit son apparition dans l'Espagne du XIXe siècle avant de se diffuser en Amérique hispanique. Au Mexique, ce type de soulèvements ont été nommés plans, qui ont pris un aspect plus formel que le modèle européen.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Dans un pronunciamiento, un groupe d'officiers ou une junte (junta, assemblée militaire), dans le cas où l'action est menée de façon collective, déclare publiquement son opposition au gouvernement en place (qui peut lui-même être issu d'élections conformes au protocole légal, ou bien d'un pronunciamiento antérieur), et attend ensuite que le reste de l'armée, appuyée par certains secteurs civils ou politiques, se déclare à son tour contre ce dernier. Si la rébellion n'obtient pas de soutien, ou un soutien jugé insuffisant, les perdants abandonnent et fuient du pays ou se retirent. Si l’armée se déclare dans l'ensemble favorable, le gouvernement démissionne. Le procédé est similaire à une motion de censure, à la différence que l'action est menée par l’Armée et non par la législature. Les insurgés affirment généralement défendre la nation et ses intérêts en s'opposant à l'État.

Un pronunciamiento est généralement précédé d'une période de préparation, au cours de laquelle les opposants enclins à se rebeller tentent de déterminer dans quelle mesure leur position est partagée et serait susceptible de rencontrer l'approbation, auprès des militaires comme auprès des civils et des hommes politiques, en cas de soulèvement[2].

La pratique habituelle d'une telle procédure ne relevant pas du cadre légal augmente la propension d'autres factions militaires à faire des annonces similaires dans le but de provoquer un changement au pouvoir et, si les motifs de la vulnérabilité du gouvernement précédent ne sont pas corrigés, les pronunciamientos sont susceptibles de se succéder indéfiniment.

Le pronunciamiento se distingue des autres types d'interventions militaires, en particulier d'un coup d'État (ou putsch) conventionnel, par son caractère pacifique[1] : il consiste en une démonstration de force sans recherche d'affrontement. Le fait qu'il commence par une déclaration publique l'en différencie fondamentalement, les coups d'État étant généralement préparés de façon furtive et ses auteurs comptant sur un effet de surprise pour s'emparer du pouvoir. Dans un pronunciamiento au contraire, les militaires ne visent pas à prendre le pouvoir eux-mêmes mais uniquement à provoquer une alternance politique (bien que certains d'entre eux soient parfois également des personnalités politiques). Il se dirige contre le gouvernement en place, quelquefois plus précisément contre un intermédiaire (le premier ministre ou même parfois le roi) mais ne recherche a priori ni la mort ni de combat contre celui-ci[1].

En Espagne[modifier | modifier le code]

Le premier pronunciamiento survenu dans l'histoire de l'Espagne est celui mené par le général Elío et qui permet la restauration de l'absolutisme au retour d'exil de Ferdinand VII en 1814, et qui met fin à la période constitutionnelle des Cortes de Cadix.

Cependant, le fait historique qui établit, en Espagne comme à l'étranger, l'emploi du terme de pronunciamiento pour désigner ce type d'intervention militaire est le soulèvement mené par Rafael del Riego au début de 1820[1]. Le terme est tiré d'un discours tenu par Riego et Quiroga le 1er janvier de la même année[3].

Le pronunciamiento était devenu le processus habituel permettant l'alternance au cours de la première restauration des Bourbons en Espagne, imposant une marque durable dans la vie politique espagnole. Dans ce premier temps les pronunciamientos n'avaient pas d'orientation idéologique prédéterminée, certains se prononçant en faveur d'idées conservatrices (absolutistes), et d'autres défendant les idées progressistes (libérales).

Si la seconde restauration réussit à faire fonctionner une alternance institutionnalisée avec des élections largement contrôlées par les partis dynastiques[4], l'arrivée de la république ravive chez les militaires, devenus majoritairement conservateurs et monarchistes, la volonté d'influencer la vie politique et de contrer la politique menée par les républicains de gauche. La Sanjurjada échoue en 1932 en raison d'une organisation déficiente.

Le soulèvement du 18 juillet 1936 ne relève pas du pronunciamiento mais constitue une tentative de coup d'État manquée, qui débouche sur la guerre civile.

Exemples[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Fernández López, pp.242-244
  2. (en) Edward Luttwak, Coup d'État: A Practical Handbook, CT: Fawcett, Greenwich, 1969, p.  9-10.
  3. (es) Alberto Gil Novales, Rafael del Riego, la revolución de 1820, día a día, Madrid, 1976, pp. 11 et suivantes.
  4. Le parti conservateur et parti libéral, voir à ce sujet l'article « Pacte du Pardo ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Julio Busquets, Pronunciamientos y golpes de Estado en España, 1982
  • (es) José Cepeda Gómez, Los pronunciamientos en la España del siglo XIX, Arco Libros S. L., Madrid, 2003, (ISBN 84-7635-376-6)
  • (es) Javier Fernández López, Militares contra el Estado, Madrid, Taurus,‎ 2003, 1e éd., 303 p. (ISBN 84-306-0495-2)

Articles connexes[modifier | modifier le code]