Projet français d'invasion de l'Angleterre (1744)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Projet français d'invasion de l'Angleterre
Informations générales
Date 1744
Lieu Normandie, côte de la Belgique, sud de l'Angleterre et Manche
Issue Projet annulé suite à plusieurs tempête qui endommagent la flotte d'invasion.
Belligérants
Drapeau du Royaume de France Royaume de France Royaume de Grande-Bretagne Royaume de Grande-Bretagne
Commandants
Maréchal de Saxe
Comte de Rocquefeuil
George Wade
John Norris
Guerre de Succession d'Autriche
Batailles
Mollwitz · Chotusitz · Sahay · Prague · Dettingen · Cap Sicié · 19 mai 1744 · Tournai · Pfaffenhofen · Fontenoy · Melle · Hohenfriedberg · Gand · Bruges · Audenarde · Termonde · Ostende · Nieuport · Ath · Soor · Hennersdorf (en) · Kesselsdorf · Culloden · Mons · Bruxelles · Namur · Charleroi · Lorient · Rocourt · Cap Finisterre (1er) · Lauffeld · Bergen-op-Zoom · Cap Finisterre (2e) · Saint-Louis-du-Sud · 18 mars 1747 (en) · Maastricht
Campagnes italiennes

Saint-Tropez · Camposanto · Villafranca (en) · Casteldelfino · Velletri (en) · Madonne de l'Olmo · Bassignana · Piacenza · Rottofreddo · Gênes (1er) · Gênes (2e) · Assietta

Cette boîte : voir • disc. • mod.

Le projet français d'invasion de l'Angleterre est un plan d'invasion mené par au début de l'année 1744 dans les mois qui suivent la déclaration de guerre, dans le cadre de la guerre de Succession d'Autriche. Un importante force d'invasion se rassemble et s'apprête à prendre la mer à partir du port de Dunkerque en février 1744, mais les vaisseaux français qui devaient transporter les troupes sont gravement endommagés par plusieurs tempêtes qui se succèdent et ne peuvent prendre la mer[1]. Décidant que les circonstances n'étaient pas réunies pour la réussite du plan, le gouvernement français met fin au projet et redéploie les forces sur d'autres théâtres d'opération[2].

L'échec du projet d'invasion de 1744 jouera un rôle important dans le nouveau projet d'invasion (en) de 1759, qui sera lui aussi un échec.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le royaume de Grande-Bretagne est en guerre depuis 1739 avec le principal allié de la France, le royaume d'Espagne ; mais, malgré l'idée largement répandue alors en Europe, la France n'entre pas dans le conflit. Des affrontements sporadiques ont lieu en Amérique, des escadres se canonnent dans les Indes occidentales, mais ils restent sans conséquence. En Europe continentale, la guerre de Succession d'Autriche bat son plein, l'Espagne et la Grande-Bretagne s'y affrontent également alors que la France reste neutre dans un premier temps. En France et en Grande-Bretagne, les opinions publiques se font peu à peu à l'idée qu'un conflit devient inéluctable ; les Britanniques sont particulièrement inquiets face à l'extension des fortifications du port de Dunkerque.

Des forces françaises et britanniques se sont alors affrontées à Dettingen et les deux pays sont déjà de facto à la fin de l'année 1743. En janvier 1744, le roi Louis XV déclare formellement la guerre à la Grande-Bretagne. Ses Ministres sont convaincus qu'une attaque immédiate et puissante était nécessaire pour défaire l'ennemi ; ils commencent à défendre l'idée d'une invasion des îles Britanniques. L'aide financière britannique est alors essentielle pour aider ses alliés continentaux, l'Autriche, le Hanovre et les Provinces-Unies à financer l'effort de guerre. En France, on pense qu'une invasion porterait un coup décisif à l'économie britannique et contraindrait le pays à sortir de la guerre, laissant le champ libre aux armées françaises sur le continent. Des préparatifs pour une invasion avaient été élaborés bien avant la déclaration de guerre et le Secrétaire d’État à la Marine Maurepas avait chargé Joseph Pellerin, l'Intendant-général des Armées navales, en qui il avait toute confiance, le soin de mettre ce plan à exécution. De nombreuses barges à fond plat sont construites et approvisionnées dans les ports du nord de la France, sous la direction de Pellerin. Louis XV est alors fortement convaincu par ce plan.

Les préparatifs[modifier | modifier le code]

L'expérimenté maréchal de Saxe reçoit le commandement de la force d'invasion française.

Le plan français prévoit de rétablir le Jacobite Jacques François Stuart à Londres en tant que Jacques III. Il sortirait la Grande-Bretagne de la guerre et en ferait un allié dévoué du gouvernement de Louis XV. L'alliance anglo-autrichienne (en) prendrait fin, tout comme l'alliance entre la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies. Cela constituerait une revanche sur la politique britannique, couronné de succès par le passé, qui consistait à constituer des Grandes Alliances contre France sur le continent à travers un soutien militaire en hommes et des aides financières.

Le prétendant Jacques, vit alors en exil dans un hôtel particulier à Paris, il est informé du projet. Le gouvernement français espère alors que les partisans Jacobites servant dans la Royal Navy et dans la British Army viendraient en aide à la force d'invasion. Cette croyance se révélera souvent trop optimiste, et de nombreux officiers identifiés comme étant Jacobites ne l'étaient souvent pas[2]. En France, une armée comptant entre 6 000 et 15 000 hommes se rassemble autour de Dunkerque sous le commandement du maréchal de Saxe[3]. En Grande-Bretagne, des rumeurs d'invasion française avaient commencé à circuler dès 1740, et avaient donné lieu à des craintes importantes au sein de la population, mais le concept d'armée professionnelle étaient encore étranger en Grande-Bretagne et le pays n'avait pas de forces permanentes pour assurer sa défense.

Les Français avaient prévu un débarquement à Maldon, dans l'Essex. Une escadre placée sous les ordres du comte de Rocquefeuil partirait de Brest, vérifiant que la flotte britannique n'était pas présente dans la Manche entre Dunkerque et la côte anglaise. Un message devrait alors être envoyé à la force d'invasion du maréchal de Saxe à Dunkerque, pour l'informer que la traversée était réalisable. Des agents de renseignement britanniques à Rome et à Paris apprennent l'existence de tels préparatifs et en informent Londres. Des Mesures sont immédiatement prises. Sur les 10 000 hommes que compte alors l'armée britannique, 7 000 hommes sont déployés pour protéger Londres et le sud-est de l'Angleterre.

La tentative d'invasion[modifier | modifier le code]

George Wade devait commander les troupes britanniques chargées de repousser la tentative d'invasion.

L'escadre de Rocquefeuille quitte. Les Français font l'erreur de croire que la flotte commandée par John Norris, plus importante en nombre, croisait au large de Portsmouth alors qu'elle se trouvait en réalité face aux Downs. Lorsque Rocquefeuil arrive face au cap Dungeness le 27 février, aperçoit la flotte de Norris et bat en retraite précipitamment. Norris engage la chasse, mais une violente tempête éclate soudainement - permettant à l'escadre de Rocquefeuil de s'échapper. Prise au milieu de cette violente tempête, les vaisseaux français souffriront eux aussi de graves avaries[2].

La plus grande partie de la flotte d'invasion, principalement composée de bâtiments de transport de troupes, était sortie en mer plusieurs jours plus tôt. Cette est à son tour atteinte par une violente tempête ; douze transports coulent avec l'ensemble de leurs occupants pour sept d'entre eux[4]. Les autres navires, sévèrement endommagés, sont contraints de rentrer à Dunkerque. Une semaine plus tard, l'escadre de Rocquefeuil regagne Brest complètement désemparée. De leur côté, les vaisseaux britanniques avaient pu regagner leurs ports en toute hâte et n'avaient pas eu à subir de si gros dégâts. Le gouvernement français ne voyant pas d'opportunité immédiate de succès et les troupes mobilisées dans cette opération pouvant être utiles ailleurs, décision est prise d'abandonner le projet.

Les forces de Saxe sont redéployées et envoyées dans les Flandres voisines combattre contre les Hollandais et Hanovriens. Nombreux sont alors les soldats français contents de retourner à une forme de guerre plus conventionnelle, et d'éviter les risques d'une traversée de la Manche en hiver[4].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Article connexe : Rébellion jacobite.

L'année suivante, une force française bien moins importante débarque au nord de l'Écosse pour soutenir la rébellion jacobite qui s'était déclarée et qui était conduite par Charles Édouard Stuart. Lorsque Stuart atteint Derby, le gouvernement français consent à lui envoyer des renforts plus importants - mais cette décision est prise trop tardivement. Au moment où l'expédition de soutien était prête, Stuart avait déjà été contraint de se retirer d’Écosse et la rébellion est écrasée à la bataille de Culloden en 1746. Les projets français d'invasion de la Grande-Bretagne sont abandonnés jusqu'à la fin du conflit.

En 1759, pendant la guerre de Sept Ans, le duc de Choiseul reprend à son compte l'idée qu'une attaque sur son sol contraindrait la Grande-Bretagne à sortir de la guerre. Il reprend les plans d'invasion et définit plusieurs points de débarquement possible le long de la côte sud de l'Angleterre et à travers les îles britanniques. Il est alors convaincu que l'échec de 1744 était dû, comme cela avait été le cas auparavant pour l'Invincible Armada, à la volonté de combiner une flotte de vaisseaux de guerre et de transports de troupes. Son plan consistait à faire passer en quelques heures des troupes du Havre de Grâce à Portsmouth, sans le protection de la Marine, et de mettre un terme rapidement à la guerre. Il rejette alors Dunkerque comme point de départ en se basant sur l'échec de 1744. Cette nouvelle tentative échouera à nouveau, tout comme les autres projets français d'invasion en 1779 et 1804.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Longmate 1993, p. 144
  2. a, b et c Rodger 2006, p. 244
  3. Longmate 1993, p. 148
  4. a et b Longmate 1993, p. 149

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Reed Browning, The Duke of Newcastle, Yale University Press,‎ 1975
  • (en) Norman Longmate, Island Fortress : The Defence of Great Britain, 1603-1945, Harper Collins,‎ 1993
  • (en) Franck McLynn, 1759 : The Year Britain Became Master of the World, Pimlico,‎ 2005
  • (en) NAM Rodger, Command of the Ocean : A Naval History of Britain, 1649-1815, Penguin Books,‎ 2006
  • (en) Brendan Simms, Three Victories and a Defeat : The Rise and Fall of the First British Empire, Penguin Books,‎ 2008