Programme San Marco

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
San Marco 1 monté au sommet du lanceur Scout à Wallops Island.
La plateforme San Marco.
Fusée Scout en cours de mise en position sur la plateforme San Marco.

Le Programme San Marco est le programme spatial scientifique italien qui s'est déroulé entre le début des années 1960 et la fin des années 1980. Mis sur pied à l'initiative de Luigi Broglio, "père" du programme spatial italien, en coopération avec la NASA, c'est le premier programme spatial de ce pays : il a permis le lancement du premier satellite italien San Marco 1 le 15 décembre 1964 et la création de la Plate-forme San Marco au large du Kenya utilisée pour tirer des lanceurs léger américains Scout. Cinq petits satellites scientifiques chargés d'étudier l'ionosphère seront lancés dans le cadre de ce programme au rythme très lent imposé par la faiblesse du budget spatial italien de l'époque.

Historique[modifier | modifier le code]

La mise sur pied du programme San Marco (1961-1962)[modifier | modifier le code]

Au sein de l’Université de Rome, l'ingénieur aérospatial Luigi Broglio propose que son pays développe des satellites scientifiques qui seraient mis en orbite par des fusées d'origine américaine depuis un site de lancement offshore créé par l'Italie. Le 31 aout 1961 le gouvernement italien de Amintore Fanfani donne son accord au Programme San Marco d'une durée de 3 ans dont l'objectif est le lancement d'un satellite d'environ 100 kg. La base de lancement doit être installée au large des côtes de la Somalie (colonie italienne jusqu'en 1960) à faible distance de l'équateur. Le choix d'une latitude proche de l'équateur est motivé par le contexte scientifique : une orbite équatoriale semblait à l'époque préférable pour mesurer les interactions entre la haute atmosphère et l'activité du Soleil et effectuer des mesures fréquentes d'une région de l'espace donnée grâce à la faible inclinaison de l'orbite. Un protocole d’accord est signé le 31 mai 1962 avec la NASA pour la fourniture de lanceurs légers Scout et la formation de techniciens italiens à la construction de satellites, à l'assemblage du lanceur et aux opérations de lancement. Les satellites sont réalisés par le Centre de recherche aérospatial (CRA) de l'Université de Rome[1].

La création de la base de lancement San Marco (1963-1967)[modifier | modifier le code]

Le programme San Marco se déroule en trois phases. Durant la première phase Broglio fait l'acquisition d'une plateforme de forage pétrolier auprès de la compagnie italienne ENI. Celle-ci est adaptée pour servir de pas de tir. Elle est baptisée Santa Rita et installée à quelques kilomètres des côtes du Kenya. Un navire, le Pegasus, ancré à 300 mètres de la plateforme, embarque les instruments permettant le contrôle de l'engin spatial ainsi que les stations de télémétrie. Un deuxième navire sert de base logistique et accueille les techniciens. Cette première installation est validée par une campagne de tirs de fusées sondes Nike-Apache en mars et avril 1964. La deuxième phase qui se déroule dans la base de de la NASA de Wallops Island a pour objectif de parachever la formation des techniciens et des scientifiques italiens. Ceux-ci assurent l'assemblage puis le lancement depuis cette base du satellite italien San Marco 1 par une fusée Scout le 15 décembre 1964. Il s'agit du premier satellite italien mis en orbite. La troisième phase a pour objectif de valider le fonctionnement de la base de lancement. Celle-ci est complétée avec une deuxième plateforme, baptisée San Marco, qui est équipée pour pouvoir assembler et lancer des fusées Scout tandis que la plateforme Santa Rita est modifiée pour le contrôle et le suivi des tirs et servir de lieu d'hébergement pour le personnel. En avril 1967 l'assemblage du lanceur et du satellite débute et finalement, le 26 avril 1967, une fusée Scout, tirée depuis la plateforme, place en orbite le satellite San Marco 2[2].

Les activités de lancement (1968-1988)[modifier | modifier le code]

L'activité spatiale de la base de lancement près une période d'intense activité va être frappée de plein fouet par la crise économique qui frappe l'Italie au début des années 1970 mais également par le rôle croissant joué par la Navette spatiale américaine car Broglio comptait lancer depuis la nouvelle base des satellites scientifiques américains. Entre 1970 et 1975 la plateforme est utilisée pour lancer quatre satellites américains dont Uhuru (1970), le premier télescope spatial observant les le rayonnement X, ainsi qu'un satellite anglais Ariel V. Enfin deux satellites italiens San Marco 3 et San Marco 4 sont lancés respectivement en 1971 et 1974. Trois séries de lancement de fusée-sonde Nike-Apache et Nike Tomahawk ont également lieu en 1971, 1972 et 1973. À partir de 1975 la base rentre en sommeil car pratiquement tout le budget consacré aux activités spatiales nationales est absorbé par SIRIO un satellite de télécommunications expérimental. En 1980 la base est réactivée partiellement pour une campagne de tir de fusées-sondes (Arcas, Astrobee et Black Brant) à l'occasion d'une éclipse solaire. Le Piano Spaziale Nazionale (PSN) voté en octobre 1979 permet la construction d'un cinquième satellite San Marco 5 qui est lancé le 25 mars 1988. Ce tir clôture le programme San Marco et est le dernier lancement effectué depuis la plateforme San Marco[3].

Caractéristiques des satellites[modifier | modifier le code]


Synthèse des lancements[modifier | modifier le code]

Satellites du programme[4], [5],[6],[7],
Date Lanceur Satellite Identifiant Cospar Base de lancement Caractéristiques Expériences embarquées Remarque
15 décembre 1964 Scout X4 San Marco 1 1964-084A Wallops Island 115 kg
Énergie fournie par des batteries
Pas de contrôle d'attitude
Composition et température des ions in situ
caractéristiques ionosphère
Succès
26 avril 1967 Scout B San Marco 2 1967-038A Plate-forme San Marco 129 kg
Énergie fournie par des batteries
Pas de contrôle d'attitude
Composition et température des ions in situ
caractéristiques ionosphère
Succès
24 avril 1971 Scout B San Marco 3 1971-036A Plate-forme San Marco 163 kg Densité de la haute atmosphère
Composition de l'atmosphère neutre
Densité et température de l'azote
Succès
18 février 1974 Scout G-1 San Marco 4 1974-009A Plate-forme San Marco 164 kg Densité de la haute atmosphère
Composition de l'atmosphère neutre
Température de l'atmosphère neutre
Succès
juillet 1983 Scout G-1 San Marco D/M - Plate-forme San Marco 65 kg Lancement annulé
25 mars 1988 Scout G-1 San Marco 5 1988-026A Plate-forme San Marco 273 kg Densité de l'atmosphère neutre
Mesure de la température et du vent
Vitesse des ions
Spectromètre
Mesure du champ électrique
Succès

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Michelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelliy : Italy in Space 1946-1988 op. cit. p. 13-14
  2. Michelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelliy : Italy in Space 1946-1988 op. cit. p. 15-17
  3. Michelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelliy : Italy in Space 1946-1988 op. cit. p. 17-19
  4. (en) Gunter Dirk Krebs, « San Marco 1, 2 (A, B) », sur Gunter's space page (consulté le 12 juin 2014)
  5. (en) Gunter Dirk Krebs, « San Marco 3, 4 (C, C2) », sur Gunter's space page (consulté le 12 juin 2014)
  6. (en) Gunter Dirk Krebs, « San Marco 5 (D/L) », sur Gunter's space page (consulté le 12 juin 2014)
  7. (en) Gunter Dirk Krebs, « San Marco D/M », sur Gunter's space page (consulté le 12 juin 2014)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages ou documents de référence
  • (en) Brian Harvey, Europe Space's Program : To Ariane and beyond, Springer Praxis,‎ 2003 (ISBN 978-1-85233-722-3)
  • (en) Michelangelo De Maria, Lucia Orlando et Filippo Pigliacelli (Agence spatiale européenne), Italy in Space 1946-1988, R.A. Harris,‎ mars 2003 (ISBN 92-9092-539-6, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]