Programme Luna

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Luna.
L'atterrisseur de Luna 9.
Localisation des missions sur la carte lunaire.

Le programme Luna regroupe toutes les missions spatiales automatiques lancées par l’Union soviétique vers la Lune entre 1959 et 1976. Vingt-quatre sondes spatiales font officiellement partie de ce programme mais il y en eut en réalité 45 en tout. Quinze de ces missions ont atteint leurs objectifs. Dès le début les considérations politiques visant à démontrer la supériorité du savoir-faire soviétique sur celui des États-Unis ont eu le pas sur les motivations scientifiques. Lorsque les enjeux de la course à l'espace ont disparu, le programme Luna comme le programme homologue américain a pris fin.

Le programme Luna est à l'origine d'un grand nombre de premières dans l’exploration spatiale d'un point de vue à la fois technique  : Luna 1 (1959) est le premier engin spatial à s'affranchir de l'attraction terrestre, Luna 2 (1959) est le premier objet artificiel à atteindre le sol lunaire, Luna 3 réalise la première photographie de la face cachée de la Lune (1959), Luna 9 (1966) est la première sonde à se poser en douceur sur le sol lunaire tandis que Luna 16 (1970) réalise le premier retour automatisé d'échantillon de sol d'un autre corps céleste que la Terre. Les missions Luna 17 (1970) et 21 (1973) emportent les premiers astromobiles (rover) qui vont parcourir plusieurs dizaines de km à la surface de la Lune. Sur le plan scientifique, même si beaucoup de questions importantes restent sans réponse à la fin du programme, le programme Luna comme les programmes homologues américains ont beaucoup fait progresser notre connaissance de la Lune : composition du sol lunaire, topographie de la face cachée de la Lune, champ gravitationnel lunaire, évolution de la distance entre la Terre et la Lune, températures et niveaux de radiation…

Le programme a mis en œuvre des sondes spatiales de différents types (impacteur, orbiteur, atterrisseur, rover, retour d'échantillon). Celles-ci sont de plus en plus sophistiquées au fur et à mesure de l'avancement du programme avec une masse croissante allant de 361 kg à près de 6 tonnes pour les rovers et les derniers orbiteurs. Plusieurs lanceurs ont été utilisés mais tous ont souffert de problèmes de fiabilité qui sont à l'origine d'une grande partie des échecs des missions Luna. Depuis la dernière mission du programme Luna en 1976, l'Union Soviétique, ainsi que la Russie qui a pris le relais du programme spatial soviétique, n'ont plus lancé aucune sonde vers la Lune.

Contexte[modifier | modifier le code]

Lancement du programme d'exploration lunaire[modifier | modifier le code]

Le lancement du premier satellite artificiel, Spoutnik 1 n'a lieu qu'en octobre 1957. Mais dès 1955, alors que le missile balistique intercontinental R-7 Semiorka qui sera le premier lanceur de satellite, est encore en cours de mise au point, le futur responsable du programme spatial soviétique Sergueï Korolev envisage de lancer une sonde spatiale vers la Lune avec cette fusée. Il suffit selon ses calculs d'ajouter un étage supplémentaire au missile pour pouvoir lancer un engin spatial de quelques centaines de kilogrammes vers notre satellite naturel. Korolev adresse à l'Académie des sciences d'URSS une proposition de plan d'exploration de la Lune en avril 1957. L'Académie y répond favorablement [1]. Après le succès retentissant de Spoutnik 1 Korolev crée au sein de l'OKB-1, trois nouveaux bureaux d'études dédiés respectivement aux satellites de télécommunications, aux missions habitées et aux sondes lunaires. Cette dernière structure est placée sous la responsabilité de Mikhail Tikhonravov et de Gleb Maximov[2]. Par ailleurs un programme comportant une série de missions lunaires avec des difficultés croissantes est élaboré par l'académicien Mstislav Keldych. Ce plan prévoit :

  • un premier vol (Ye-1) consistant à s'écraser sur la Lune
  • une mission de photographie de la face cachée de la Lune (Ye-3)
  • la troisième mission (Ye-4) proposée par l'académicien Zeldovich consiste à faire exploser une bombe atomique à la surface de la Lune. Cette proposition est abandonnée après évaluation des risques en cas d'échec et des effets négatifs sur la communauté scientifique.
  • Ye-5 consiste à effectuer un relevé photographique détaillé de la surface de la Lune
  • Ye-6 doit couronner le programme avec un atterrissage en douceur et la transmission d'un panorama lunaire.

Cette liste est soumise à l'Académie des sciences et au dirigeant soviétique Khrouchtchev. Un décret formalise l'accord de ces autorités le 20 mars 1958. Korolev fait développer le moteur du troisième étage par Sémion Kosberg, un nouvel arrivant dans le domaine des fusées transfuge de l'aviation car le fournisseur de moteurs attitré de Korolev, Valentin Glouchko, ne peut fournir dans les délais l'étage souhaité. L'ensemble formé par la Semiorka et le troisième étage "Bloc Ye"[N 1] reçoit le nom de code 8k72 mais est baptisée Luna dans les communiqués officiels[3].

Les sondes Luna[modifier | modifier le code]

Les sondes du programme Luna peuvent être regroupées dans 8 grandes familles aux caractéristiques très différentes. Celles-ci sont résumées ci-dessous :

Les familles de sonde du programme Luna[4]
Modèle Type Premier
lancement
Dernier
lancement
Nombre missions
/réussies
Lanceur Masse Charge utile Résultats Remarques
Ye-1 Impacteur 23/9/1958 12/9/1959 6/1,5 Luna 361,3 kg (Ye-1), 390,2 kg (Ye-1A) 5 instruments scientifiques
Ye-2A et Ye-3 Orbiteur 4/10/1959 19/4/1960 3/1 Luna 278,5 kg (Ye-2A) 6 instruments scientifiques
Ye-6 Atterrisseur 4/1/1963 3/12/1965 11/0 Molnya 1422-1 552 kg 2 instruments scientifiques
Ye-6M Atterrisseur 31/1/1966 21/12/1966 2/2 Molnya-M 1438-1 620 kg 2 (Luna 9) puis 6 instruments scientifiques
Ye-6S et Ye-6LF Orbiteur 1/3/1966 7/4/1968 7/3 Molnya-M 1584-1 700 kg 6 à 9 instruments scientifiques
Ye-8 Rover 19/2/1969 8/1/1973 3/2 Proton-K 5660-5 700 kg 8 à 10 instruments scientifiques
Ye-8-5 Retour échantillon 14/6/1969 9/8/1976 11/3 Proton-K 5667-5 795 kg 2 instruments scientifiques
Ye-8-LS Orbiteur 3/10/1971 29/5/1974 2/2 Proton-K 5 700 kg 8 instruments scientifiques

Premières missions interplanétaires et premiers succès (1958-1959)[modifier | modifier le code]

Luna 2.

La course à la Lune[modifier | modifier le code]

Six missions destinées à s'écraser sur la Lune, dont deux réussies, sont lancées en 1958 et 1959 en utilisant le modèle de sonde Ye-1. Au printemps 1958 Korolev sait que les États-Unis, avec lesquels l'Union Soviétique a entamé une course de prestige, préparent l'envoi d'une sonde vers la Lune au cours de l'été dans le cadre du programme Pioneer. Bien que le troisième étage, qui n'a jamais encore volé, ne soit pas parfaitement au point, Korolev fait préparer un lancement d'une sonde lunaire Ye-1 à la date prévue pour le lancement de la sonde américaine ; la trajectoire calculée par l'équipe soviétique est plus courte et la sonde de Korolev est assurée d'arriver avant la sonde américaine. Pour ce lancement comme pour tous les suivants, les américains annoncent à l'avance la date tandis que les soviétiques n'officialisent leurs lancements qu'après coup et seulement s'ils sont réussis. Les échecs soviétiques sont ainsi dissimulés accentuant l'impression de domination de l'astronautique soviétique durant les premières années de l'ère spatiale. Le 17 aout, jour du lancement, le lanceur américain explose en vol. Korolev décide de reporter son propre lancement pour améliorer la fiabilité de son lanceur. Le premier lancement de la sonde lunaire soviétique a lieu le 23 septembre mais il échoue. Un problème de résonance entraine la désintégration du lanceur en cours de vol. Le jour de la deuxième tentative américaine, le 11 octobre, Korolev dispose d'un lanceur également prêt. Le troisième étage du lanceur de la sonde américaine Pioneer 1 est à nouveau victime d'une défaillance mais la fusée soviétique qui est lancée dans la foulée est de nouveau victime du phénomène de résonance. Le problème est corrigé et une troisième tentative est effectuée le 4 décembre. Le lancement échoue à nouveau à la suite d'une défaillance de la turbopompe injectant l'oxygène dans la chambre de combustion du troisième étage. Les américains sont aussi peu chanceux avec leur lanceur puisque leurs deux tentatives des 8 novembre et 6 décembre échouent également[5].

Nouveau triomphe de l'astronautique soviétique[modifier | modifier le code]

Lors de la quatrième tentative, le 2 janvier 1959, le lanceur fonctionne jusqu'au bout et la sonde parvient enfin à s'arracher à l'orbite terrestre. Mais la trajectoire suivie n'est pas parfaite car l'arrêt du second étage, qui est radio-commandé, est déclenché trop tard. La sonde qui devait s'écraser sur la Lune passe à 5 965 km de distance et se trouve placée sur une orbite héliocentrique. C'est donc un demi-succès pour l'équipe de Korolev mais les autorités soviétiques s'empressent néanmoins d'annoncer que la sonde a parfaitement rempli ses objectifs en réalisant trois premières : s'arracher à l'orbite terrestre, survoler à faible distance la Lune, et se placer sur une orbite héliocentrique. La sonde est sur le moment baptisée Mechta (rêve en russe) mais sera renommée un an plus tard Luna 1. Ses instruments permettent de découvrir le vent solaire. Aucun champ magnétique significatif d'origine lunaire n'est découvert et le flux de micrométéorites s'avère beaucoup plus faible que prévu. Deux mois plus tard, les américains réussissent à leur tour à survoler la Lune (mission Pioneer 4). La sonde lunaire soviétique est légèrement modifiée (version Ye-1A) et est lancée le 18 juin 1959 mais le lanceur est victime d'une défaillance d'un de ses gyroscopes. Le 12 septembre 1959 le sixième tir qui emporte Luna 2 est un succès total. Pour la première fois, un engin construit par l'homme atteint la surface d'un autre corps céleste. La sonde s'écrase à l'est de la Mare Imbrium. Tous les instruments scientifiques ont parfaitement fonctionné et l'absence de champ magnétique lunaire significatif est confirmé. Krouchtchev, utilise cette nouvelle preuve de la supériorité de la technique soviétique en offrant au président Eisenhower le 15 septembre, lors d'un séjour effectué aux États-Unis, une réplique de sphères ornées des symboles soviétiques qui se sont écrasées sur la Lune avec la sonde[6].

Les sondes Ye-1[modifier | modifier le code]

Les sondes de la série Ye-1 reprennent la forme sphérique des premiers satellites Spoutnik avec un diamètre plus important (80 cm au lieu de 56 cm) et une masse quatre fois plus élevée (361,3 kg pour Luna 1). La coque extérieure est réalisée dans un alliage d'aluminium et de magnésium. Plusieurs antennes et capteurs d'instruments scientifiques sont fixés sur la surface de la sphère parfaitement polie. La sonde ne dispose d'aucun moyen de propulsion et est stabilisée par rotation avec une vitesse de 1 tour toutes les 14 minutes. L'intérieur de la sphère est rempli d'azote pressurisé à 1,3 bars ; un ventilateur brasse le gaz pour le maintenir à une température comprise entre 20 et 25 °C en exploitant la présence de sources de chaleur (l'électronique embarquée) et de froid (la face de la sonde située à l'ombre). L'énergie est fournie par des batteries zinc-argent. Un émetteur/récepteur radio transmet les télémesures et scientifiques en bande métrique avec un débit de 1 kilobit par seconde. La sonde dispose d'un émetteur de secours fonctionnant en ondes courtes. La charge utile comprend :

Par ailleurs le troisième étage du lanceur embarque une charge de sodium qui est libérée dans la magnétosphère à très haute altitude[7].

La face cachée de la Lune dévoilée (1959-1960)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Luna 3.

Trois sondes de la série Ye-2 et Ye-3 sont lancées par l'Union Soviétique en 1959 et 1960 pour photographier la face cachée de la Lune. 4 octobre 1959 : lancement de Luna 3. Le 7 octobre, la sonde Luna 3 transmet les premières images de la face cachée de la Lune, qui ne peut jamais être vue depuis la Terre.

Les orbiteurs Ye-2 et Ye-3[modifier | modifier le code]

La sonde Ye-2 est beaucoup plus sophistiquée que le modèle Ye-1. Elle comporte un système de contrôle d'attitude qui lui permet de conserver son orientation dans un référentiel céleste dans une direction donnée : ce dispositif est nécessaire pour pouvoir maintenir l'objectif de la caméra tourné vers la Lune durant les prises de vues. Le système comprend des cellules photoélectriques détectant la présence de la Lune et du Soleil, des gyroscopes pour mesurer les mouvements et des propulseurs à gaz froid pour effectuer les corrections d'orientation. La sonde est stabilisée par rotation durant la majorité de son trajet mais stabilisée sur ses 3 axes durant les prises de photo. La sonde Ye-2 a la forme d'un cylindre de 95 cm de diamètre et de 120 cm de long avec deux extrémités en forme d'hémisphère et un renflement de 120 cm de diamètre près de l'une de ses extrémités. La partie cylindrique de la sonde est tapissée de cellules solaires. La sonde comporte 6 antennes omnidirectionnelles dont quatre sont fixées au sommet et deux à la base. L'intérieur de la sonde, rempli d'azote pressurisé à 0,23 bars et maintenu à une température inférieure à 25 °C grâce à un ventilateur et des radiateurs passifs, contient l'équipement électronique et en particulier la caméra et le système de développement des photos. La sonde ne dispose d'aucun système de propulsion lui permettant de corriger sa trajectoire. La charge utilise comprend :

Le modèle Ye-3, initialement Ye-2F est une version du Ye-2 avec des performances améliorées au niveau du débit radio et de la qualité des images[8].

Les missions d'atterrissage en douceur (1963-1966)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Luna 4, Luna 5, Luna 6, Luna 7, Luna 8 et Luna 9.
Maquette de Luna 9.

Développement d'un lanceur plus puissant[modifier | modifier le code]

Ayant rempli les premiers objectifs fixés par la feuille de route définie initialement, Korolev a besoin d'un lanceur plus puissant pour les missions plus ambitieuses prévues vers la Lune mais également vers Mars et Vénus. Après consultation de l'Institut de mathématiques appliquées pour déterminer la meilleure configuration, le lanceur existant Luna est modifié : un troisième étage plus puissant est sélectionné (Bloc I) et un quatrième étage (Bloc L) est ajouté. Le nouveau lanceur, baptisé Molniya peut placer 1,5 tonnes sur une orbite de transit vers la Lune et une tonne vers Mars. Le dernier étage peut être rallumé dans le vide mais cette innovation sera à l'origine d'un grand nombre de défaillances du lanceur. L'utilisation du nouveau lanceur est d'abord réservée à des missions vers Mars et Vénus dans le cadre des programmes Mars et Venera tandis que l'exploration de la Lune est mise en sommeil pendant près de 3 ans entre avril 1960 et février 1963[9].

Premier atterrissage en douceur sur la Lune[modifier | modifier le code]

Le programme d'exploration de la Lune redevient une priorité avec les avancées du projet de mission habitée à destination de la Lune. Les soviétiques envisagent d'abord de lancer une sonde orbitale, baptisée Ye-5, pour répondre aux tentatives américaines dans le domaine avant de se tourner vers le développement d'une sonde capable d'atterrir en douceur sur la surface lunaire (Ye-6) et un orbiteur lourd (Ye-7) utilisant les capacités de la fusée Molniya. La sonde Ye-6 exploite les avancées techniques de la dernière génération des sondes martiennes 2MV en matière d'architecture : séparation entre la plateforme et de la charge utile et système de navigation. La nouvelle sonde n'est pas lancée vers son objectif mais est d'abord placée sur une orbite terrestre d'attente avant d'être propulsée vers la Lune par le quatrième étage du lanceur qui est rallumé. Pour que la sonde puisse faire un atterrissage en douceur sur la Lune, elle dispose d'un moteur capable d'annuler avec une grande précision sa vitesse juste avant d'arriver au niveau de la surface du sol lunaire. La partie de la sonde qui se pose sur le sol est conçue pour amortir le choc d'atterrissage puis fournir toutes les fonctions de support (énergie, protection thermique, transmission radio)permettant à l'instrumentation scientifique de fonctionner[10].

Le premier lancement de la nouvelle sonde est effectué le 4 janvier 1963 mais échoue lorsque le quatrième étage de son lanceur ne parvient pas à se rallumer en orbite terrestre. Onze sondes de la série Ye-6, dont quatre portées à la connaissance du public Luna 4 à Luna 8, sont lancées entre janvier 1963 et décembre 1965 mais aucune ne parvient à mener bien la mission projetée : quatre sondes sont victimes de défaillance au lancement, deux d'une défaillance du quatrième étage du lanceur en orbite terrestre, la sonde est perdue dans deux cas durant le transit Terre-Lune tandis que trois s'écrasent à la surface de la Lune. C'est une période noire pour l'astronautique soviétique qui perd entre 1962 et 1965 26 sondes spatiales (en comptant les sondes martiennes et vénusiennes) sans enregistrer un seul succès. Fin 1965 Korolev transfère au bureau d'études Lavotchkine la responsabilité du programme des sondes spatiales. L'ingénieur Gueorgui Babakine, qui dirige le bureau, apporte deux modifications à la sonde rebaptisée à cette occasion Ye-6m : les airbags qui amortissent le choc à l'atterrissage sont désormais gonflés après la séquence de freinage et une nouvelle version du système de guidage est mise au point. La première tentative de lancement est un succès. La sonde Luna 9 lancée le 31 janvier 1966 se pose en douceur le 3 février 1966 à 18 h 44 min 52 s UTC et envoie les premières images panoramiques du sol lunaire. Les soviétiques battent ainsi une fois de plus les américains qui parviennent à poser Surveyor 1 le 2 juin 1966 à la première tentative après avoir été longtemps retardé par les déboires de l'étage Centaur. La sonde soviétique parvient à réaliser et transmettre quatre panoramas avant que sa batterie, source unique d'énergie, ne s'épuise. Une deuxième atterrisseur du même modèle, Luna 10, est lancé le 21 décembre 1966 et parvient également à se poser en douceur[11].

Les caractéristiques des atterrisseurs Ye-6 et Ye-6M[modifier | modifier le code]

Les sondes Ye-6 et Ye-6m sont pratiquement identiques. Chaque sonde a une hauteur de 2,7 mètres et comprend trois sous-ensembles dans le prolongement l'un de l'autre[12] :

  • le système de propulsion principal repose sur un moteur-fusée Isaïev, de 4,64 tonnes de poussée et consommant des ergols hypergoliques, est chargé d'annuler la vitesse de la sonde avant l'atterrissage. Quatre petits moteurs de 245 Newtons de poussée situés sur ses flancs sont utilisés pour le contrôle d'attitude durant la phase de descente.
  • Le compartiment moteur est surmonté par un compartiment pressurisé contenant l'avionique et le système de télécommunications. Sur les flancs de ce module se trouvent deux sous-modules. L'un contient un radar-altimètre utilisé pour déclencher la mise à feu du moteur-fusée durant la descente ainsi que les moteurs chargés du contrôle d'attitude durant le transit Terre-Lune. Le second contient les capteurs chargés de déterminer l'orientation durant le vol.
  • Au sommet se trouve l'atterrisseur proprement dit qui est une sphère de 58 cm de diamètre hermétiquement scellée et pesant 105 kg. Elle contient un système de télécommunications, un programmateur, un système de contrôle thermique, des batteries et des instruments scientifiques. La sphère est entourée de deux air bags gonflés durant la phase de descente qui la protègent du choc à l'atterrissage. Une fois sur le sol lunaire, la sphère s'ouvre en déployant 4 pétales et quatre antennes de 75 cm de long sont déployés. Les batteries fournissent assez d'énergie pour 5 heures d'activité de la sonde sur une période de 4 jours. Les pétales déployables et un centre de masse décentré permettent de garantir que la sonde se pose avec la face supérieure dirigée vers le haut.

Les premiers orbiteurs lunaires soviétiques (1966-1968)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Luna 10, Luna 11, Luna 12 et Luna 14.
Maquette de la sonde Luna 10 au musée de l'Air du Bourget.

Le développement d'un orbiteur lunaire sous l'appellation Ye-7 avait débuté en même temps que celui de l'atterrisseur Ye-6 mais le projet avait avancé moins vite. Toutefois les progrès du programme Lunar Orbiter américain, concurrent, donna un coup d'accélérateur au projet dont le premier exemplaire de sonde devait être lancé mi-1966. Les soviétiques avaient également besoin à cette époque d'effectuer des reconnaissances photographiques pour préparer les missions spatiales habitées lunaires. À la suite de l'annulation de la mission de longue durée Voskhod 3 programmée pour célébrer avec éclat le 23 ème congrès du parti communiste d'Union Soviétique en avril 1966, la première mission d'un orbiteur lunaire fut choisie comme première spatiale de remplacement. Le modèle Ye-7 n'était pas prêt aussi Gueorgui Babakine choisit de développer en moins d'un mois un orbiteur en réutilisant le modèle Ye-6 dont l'atterrisseur était remplacé par un module pressurisé emportant des instruments scientifiques déjà au point. Ce nouveau type de sonde fut baptisé Ye-6S. Après un premier échec au lancement le 1er mars, Luna 10 fut lancé le 31 mars 1966 et réussit à se placer en orbite lunaire devenant ainsi le premier satellite artificiel de la Lune. Les américains lancèrent leur premier orbiteur quatre mois plus tard. Après ce premier succès les travaux sur le Ye-7 reprirent. Lorsqu'il fut décidé de réutiliser le module de propulsion du Ye-6, le nouveau module fut rebaptisé Ye-6 LF[13].

L'orbite de Luna 10 avait été sensiblement modifiée au cours de la phase opérationnelle de la sonde par les irrégularités non prévues de la gravité de la Lune. Il était indispensable pour la réussite du programme spatial habité lunaire soviétique de dresser une carte détaillée des variations du champ de gravité lunaire. Ce fut la mission assignée aux deux missions lunaires suivantes, Luna 11 et Luna 12, lancées avec succès respectivement le 24 août 1966 et le 22 octobre 1966. Le modèle de sonde utilisé, modifié pour emporter de nouveaux instruments, fut baptisé Ye-6 LF. Luna 11 ne recueillit aucune information scientifique exploitable tandis que les données fournies par Luna 12 s'avérèrent d'une précision trop faible pour les besoins des futures missions. Une nouvelle version de la sonde baptisée Ye-6LS fut développée pour obtenir des données plus précises. Après deux échecs qui ne furent pas rendus publics, la sonde Luna 14 lancée le 7 avril 1968 parvint à se placer en orbite et à mener sa mission avec succès[14].

Les caractéristiques des orbiteurs Ye-6S, Ye-6LF et Ye-6LS[modifier | modifier le code]

Les trois types de sondes utilisés, Ye-6S, Ye-6LF et Ye-6LS, utilisaient le module de croisière des Ye-6 mais alors que ce module était largué après la mise en orbite lunaire pour le type Ye-6S, les sondes de type Ye-6LF et Ye-6LS conservaient le leur ce qui leur permettait d'effectuer des ajustements de leur orientation pour les prises de photos. Les trois types de sonde présentaient la particularité de ne pas disposer de panneaux solaires : leur durée de vie opérationnelle reposait sur la quantité d'énergie disponible dans les batteries non rechargeables. La partie placée en orbite du Ye-6S avait une masse de 248,5 kg (1584 kg en tout) pour une longueur de 1,5 mètres et un diamètre de 0,75 mètres. La sonde emportait 9 instruments dont 7 avaient été développés pour le projet Ye-7 abandonné par la suite mais été dépourvue de caméra : un magnétomètre fluxgate tri-axial placé au bout d'une perche de 1,5 mètres, un spectromètre à rayons X basses énergies, un spectromètre à rayons gamma, un compteur de décharges à gaz, des détecteurs d'ions du vent solaire, un radiomètre SL-1, un détecteur de micrométéorites, un radiomètre infrarouge et une expérience de cartographie du champ magnétique reposant sur le suivi de la trajectoire de la sonde[15].

Les sondes Ye-6LF et Ye-6LS pesaient avec leur module de croisière entre 1620 et 1700 kg pour une longueur totale de 2,7 mètres et un diamètre de 1,5 mètres. Le type Ye-6 LF emportait une série d'instruments scientifiques différents dont une caméra de type facsimilé en deux exemplaires qui avait été expérimentée dans le cadre de la mission Zond 3 l'année précédente. À l'altitude la sonde la caméra photographiait une surface de 25 km2 avec une résolution maximale de 15 à 20 mètres. Les autres instruments étaient un spectromètre à rayons X basses énergies, un spectromètre à rayons gamma, un radiomètre SL-1, des détecteurs de micrométéorites, un radiomètre ultraviolet destiné à mesurer les caractéristiques de la surface, une expérience de radio-astronomie en ondes longues, une expérience de cartographie du champ graviationnel reposant sur le suivi de la trajectoire de la sonde et une expérience destinée à tester la lubrification des roues du futur rover lunaire Lunokhod. Le type Ye-6 LS était identique au Ye-6 LF mais il comportait un système de navigation plus précis permettant de mieux mesurer l'incidence des variations du champ de gravité lunaire ainsi qu'un système de communications radio expérimental destiné au programme spatial habité lunaire[16].

Les missions de retour d'échantillon (1969-1976)[modifier | modifier le code]

Maquette de la sonde Luna 16
Articles détaillés : Luna 15, Luna 16 et Luna 24.

Développement de la mission de retour d'échantillon[modifier | modifier le code]

Fin 1968 les responsables de l'Union Soviétique constatent que le programme Apollo avance rapidement et que les américains pourraient réussir prochainement à déposer des hommes sur la Lune. Le programme concurrent développé par l'Union soviétique a par contre pris beaucoup de retard. Pour ne pas perdre tout le prestige acquis par l'astronautique soviétique grâce aux réussites des années 1960, en cas de réussite américaine, les soviétiques décident de développer en parallèle du programme spatial habité lunaire, une mission mettant en œuvre une sonde automatique qui a pour objectif de ramener un échantillon du sol de la Lune avant les astronautes de la NASA. La sonde comporte un étage de descente chargé d'atterrir sur la Lune et un véhicule de retour chargé de ramener l'échantillon. L'étage de descente est celui du rover Lunokhod en cours de mise au point (modèle Ye-8). L'objectif est difficile à atteindre car la masse totale de la sonde ne doit pas dépasser la capacité du lanceur lourd Proton 8K82K. Par ailleurs il s'agit d'une mission qui nécessite de réussir à enchainer beaucoup de taches complexes et les ingénieurs soviétiques ne disposent que de quelques mois pour développer l'étage de retour, le système de prélèvement d'échantillon et la capsule qui doit revenir sur Terre. Pourtant dès juin 1969 un premier exemplaire est disponible pour l'envol. Le lanceur Proton a été optimisé pour porter sa capacité de lancement vers l'orbite lunaire de 5500 à 5 880 kg poids final de la nouvelle sonde[17].

Premières tentatives infructueuses[modifier | modifier le code]

La première tentative a lieu le 14 juin 1969 mais le dernier étage du lanceur Proton ne parvient pas à s'allumer et la sonde retombe dans l'Océan Pacifique. Le deuxième essai, Luna 15, est lancé le 13 juillet 1969 trois jours avant le lancement d'Apollo 11. La sonde se met en orbite autour de la Lune et entame sa descente vers le sol lunaire peu après que le module lunaire d'Apollo 11 en ait fait autant. Mais l'atterrissage se passe mal et la sonde s'écrase dans Mare Crisium (la mer des Crises). L'objectif principal de la mission ne pourra plus être rempli car Apollo 11 ramène quelques jours plus tard les premières roches lunaires sur Terre. Les trois tentatives suivantes qui ont lieu le 23 septembre 1969, le 22 octobre 1969 et le 6 février 1970 sont toutes des échecs imputables au lanceur Proton[18].

Luna 16 : premier échantillon de sol ramené sur Terre[modifier | modifier le code]

Échantillons de sol
Mission Masse Année
Luna 16 101 g 1970
Luna 20 55 g 1972
Luna 24 170 g 1976

Luna 16 est la première sonde soviétique à se poser sur la Lune et à retourner des échantillons de sol lunaire vers la Terre (101 g).

Les autres missions de retour d'échantillon[modifier | modifier le code]

Cinq autres missions du même type sont lancés entre 1971 et 1976 dont deux, Luna 20 et Luna 24 parviendront à ramener un échantillon du sol lunaire. Luna 24 est la dernière mission envoyée par l'Union Soviétique vers la Lune.

Caractéristiques techniques des sondes Ye-8[modifier | modifier le code]

Les sondes de type Ye-8-5 comprennent un étage de descente surmonté d'un étage chargé de ramener la capsule contenant l'échantillon sur Terre. La masse totale de la sonde au départ de la Terre est de 5 880 kg.

L'étage de descente est pratiquement identique à celui qui avait été développé auparavant pour poser le rover Lunokhod sur le sol lunaire. Les différences portaient sur la suppression des rampes permettant au rover de descendre sur le sol lunaire et l'ajout du système de prélèvement d'échantillon de sol, pour les 8 premières missions d'une paire de caméras de télévision stéréo pour filmer le site d'atterrissage et un éclairage pour les atterrissages de nuit. Un compartiment toroïdal contenant l'instrumentation et l'avionique pour les opérations au sol remplaçaient les rampes d'origine et servait de support pour le lancement du véhicule de retour[19].

Le véhicule de retour est situé au-dessus de l'étage de descente. Cet engin de 520 kg (245 kg sans le carburant) est composé d'un compartiment d'équipement abritant l'avionique de forme cylindrique en position verticale perché sur les trois sphères contenant le carburant et le moteur-fusée principal. Celui-ci (KRD-61 Isayev) est du même type que le moteur de l'étage de descente mais sa poussée n'est pas modulable. Il brule un mélange d'acide nitrique et de UDMH et fournit une poussée de 18,8 kNewtons durant 53 secondes qui génère un delta-V de 2,6 à 2,7 km/s suffisant pour échapper à l'attraction de la Lune[19].

La capsule contenant l'échantillon est la seule partie de la sonde qui revient sur Terre. C'est une sphère de 50 cm de diamètre pesant 34 kg recouverte d'un matériau ablatif qui protège son contenu de la chaleur au moment de la rentrée atmosphérique qui s'effectue à une vitesse de 11 km/s. La capsule subit une décélération allant jusqu'à 315 g. La capsule utilise un système de parachute pour annuler sa vitesse finale avant l'arrivée au sol : un parachute pilote d'une superficie de 1,5 m2 est suivi par le parachute principal de 15 m2[19].

Les rovers Lunokhod (1969-1973)[modifier | modifier le code]

Maquette de Lunokhod 2
Etage de descente et de croisière du Lunokhod.
Articles détaillés : Programme Lunokhod, Lunokhod 1, Lunokhod 2 et Luna 17.

Contexte[modifier | modifier le code]

Dès le début des années 1960, le bureau d'études de Sergueï Korolev avait commencé à étudier un véhicule automobile télécommandé capable de se déplacer à la surface de la Lune. Mais le projet de rover lunaire ne démarre réellement qu'en août 1964 lorsque les dirigeants de l'Union Soviétique décident de relever le défi américain du programme Apollo et de développer un Programme lunaire habité soviétique. Dans ce nouveau contexte le rôle assigné au futur rover lunaire est d'effectuer des opérations de reconnaissance pour préparer le débarquement des cosmonautes sur le sol lunaire. Le rover baptisé Lunokhod, c'est-à-dire marcheur lunaire en russe, est développé par la société Lavotchkine qui s'est associée pour le châssis au bureau d'étude de l'entreprise VNII Transmash de Leningrad spécialisée dans la fabrication des chars d'assaut pour l'Armée rouge[20]. Le rover est déposé sur le sol de la Lune par un atterrisseur. La sonde spatiale, constituée du rover et de l'atterrisseur, doit être lancée par une fusée Proton en cours de mise au point surmonté d'un étage Bloc D chargé d'injecter l'engin vers la Lune[21].

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

L'ensemble constitué par cet étage et le rover a une masse totale comprise entre 5 660 kg et 5 700 kg dont environ 800 kg pour le rover. Le rover est constitué par un châssis à 8 roues de 51 cm de diamètre sur lequel est montée une structure pressurisée en forme de marmite qui est recouverte d'un "couvercle amovible" servant de support aux cellules d'un panneau solaire et recouvrant un radiateur thermique. L'ensemble est haut de 1,35 m, long de 1,7 m (2,22 m au niveau des roues) et large de 2,15 m au niveau du couvercle. La partie pressurisée contient notamment l'avionique, l'électronique des instruments scientifiques et les batteries. Les capteurs des instruments scientifiques et plusieurs caméras utilisées entre autres pour le pilotage du rover sont fixés sur les flancs de la partie pressurisée. Des antennes de télécommunication font saillie sur le dessus. Le rover comporte une dizaine d'instruments scientifiques. Le rover est conçu pour résister à trois nuits polaires soit environ trois mois. Le rover qui peut franchir des pentes de 20 % est piloté par une équipe de cinq opérateurs qui depuis la Terre utilise les images fournies par les caméras de télévision pour envoyer des commandes avec un léger décalage[22].

L'atterrisseur prend en charge le transit entre la Terre et la Lune et réalise un atterrissage en douceur. Il comporte des rampes de débarquement qui sont utilisées par le rover, positionné au-dessus de l'atterrisseur, pour débarquer sur le sol lunaire. L'atterrisseur comporte un moteur-fusée unique dont la poussée peut être modulée entre 7,4 et 18,8 kNewtons et deux ensembles de réservoirs dont l'un est largué avant d'entamer la descente. L'atterrisseur réalise des corrections de trajectoire durant le transit de la sonde entre la Terre et la Lune puis injecte la sonde sur une orbite dont le périgée se situe à 15 au-dessus de la zone d'atterrissage. Arrivé au-dessus de celle-ci, il annule la vitesse orbitale puis effectue une descente verticale vers le sol lunaire sur lequel il se pose en douceur en réduisant la vitesse verticale au cours 600 derniers mètres[23].

Toutes les sondes de ce type forment le modèle Ye-8 dans la nomenclature du programme Luna.

Les missions Lunokhod[modifier | modifier le code]

Trois missions portant un rover Lunokhod ont été lancées. Le 19 février 1969 la sonde portant le premier rover est victime d'une défaillance du lanceur Proton[24]. La deuxième mission n'a lieu que 20 mois plus tard car la priorité a été donnée aux missions de retour d'échantillon. Ce n'est qu'après la réussite d'une mission de ce type (Luna 16) qu'est lancé le 10 novembre 1970 le rover Lunokhod 1 dans le cadre de la mission Luna 17. La mission se déroule à la perfection et le rover réussit à parcourir 10,5 km sur une période de 10 mois en effectuant de nombreuses photos et relevés scientifiques[25]. La mission Luna 21 embarquant le rover Lunokhod 2 est lancée le 8 janvier 1973. La encore la mission se déroule de manière nominale : le rover parcourt 37 km et survit durant 5 mois[26]. Un quatrième rover est construit mais il n'est finalement pas lancé.

Les orbiteurs lourds (1971-1974)[modifier | modifier le code]

Luna 22
Articles détaillés : Luna 19 et Luna 22.

Le modèle Ye-8 utilisé pour le rover lunaire et la sonde de retour d'échantillon a permis également de développer un orbiteur lourd. Ce modèle baptisé Ye-8LS est conçu dans le but d'effectuer des photographies à haute résolution de la surface de la Lune et étudier la composition de son sol en vue de sélectionner les sites d'atterrissage des missions habitées. Un deuxième objectif est de déterminer le niveau de radiation pour évaluer les risques courus par un équipage humain. Enfin le suivi de l'orbite des sondes doit permettre d'affiner la cartographie du champ de gravité réalisée par Luna 14. Deux sont lancées et remplissent toutes deux leur objectifs[27]. Luna 19 lancée le 28 septembre 1971 se place le 3 octobre sur une orbite circulaire de 2 heures à 140 km d'altitude avec une inclinaison de 41°. Son périgée est abaissé au bout de quelques mois pour effectuer des photographies de haute résolution. La mission est arrêtée le 3 octobre 1972. Luna 22 est lancée le 29 mai 1974 et se place sur une orbite légèrement elliptique de 219x221 km avec une inclinaison de 19,6°. De nombreuses corrections d'orbite sont effectuées au cours de la mission pour optimiser le fonctionnement des instruments. Le périgée est abaissé parfois jusqu'à 25 km pour prendre de meilleures photographies. Le 2 septembre 1974 la réserve de carburant utilisée pour les corrections d'attitude est épuisée mais des contacts sporadiques sont maintenus par les équipes au sol jusqu'à novembre 1974[28].

Les caractéristiques de l'orbiteur lourd Ye-8LS[modifier | modifier le code]

Le modèle Ye-8 LS d'une masse de 5,7 tonnes, utilise le l'atterrisseur du rover lunaire auquel est associé un module pressurisé en forme de cylindre aplati contenant les instruments scientifiques. La charge utile comprend notamment une nouvelle caméra à balayage linéaire permettant un champ optique de 180° avec une résolution de 100 mètres à une altitude de 100 km dans la direction du déplacement de la sonde et une résolution de 400 mètres perpendiculairement à celle-ci. Les autres instruments scientifiques étaient un spectromètre à rayons gamma destiné à mesurer la composition de la surface lunaire, un altimètre, un détecteur de micrométéorite, un magnétomètre, une expérience d'occultation radio, des détecteurs de radiation et une expérience de cartographie du champ gravitationnel reposant sur le suivi de la trajectoire de la sonde. Luna 22 emportait une caméra supplémentaire ainsi que des expériences technologiques destinées notamment à tester le comportement de lubrifiants dans l'espace [29].

Résultats scientifiques du programme Luna[modifier | modifier le code]

Sur le plan scientifique, même si beaucoup de questions importantes restent sans réponse à la fin du programme, le programme Luna comme les programmes homologues américains ont beaucoup fait progresser notre connaissance de la Lune. Les principales découvertes sont les suivantes [30] :

  • La Lune n'a pas de champ magnétique mais se trouve sous l'influence du champ magnétique terrestre.
  • La Lune s'éloigne progressivement de la Terre au rythme moyen de 38 mm par an (informations recueillies par les rovers Lunokhod et les instruments du programme Apollo)
  • Découverte de la topographie de la face cachée de la Lune dont un énorme bassin autour du pôle sud.
  • Le sol lunaire est dur et suffisamment résistant pour supporter des vaisseaux spatiaux et des rovers. Sa surface est recouverte de poussière et il faut disposer d'une puissance de traction suffisante pour progresser.
  • Les températures au sol varient de manière extrême.
  • le niveau de radiation au sol permet à l'homme de survivre sauf durant les événements exceptionnels tels que les tempêtes solaires.
  • Le champ gravitationnel lunaire varie plus fortement que sur Terre d'un lieu à un autre ce qui perturbe assez fortement l'orbite des sondes lunaires.
  • Le sol lunaire est composé de roches basaltiques
  • La Lune est entourée de poussière lunaire qui interfère avec les observations astronomiques effectuées depuis son sol
  • Le vent solaire a été découvert dans le cadre des missions lunaires
  • L'environnement de la Lune est influencé par les pluies de météorites qui en rebondissant sur le sol lunaire peuvent toucher les sondes en orbite.

Liste des missions du programme Luna[modifier | modifier le code]

Les dirigeants de l'Union Soviétique ont tout au long du programme spatial soviétique cultivé le secret et masqué autant que possible les mauvaises nouvelles. Le lancement d'une mission interplanétaire/lunaire n'est annoncé que lorsque la sonde est parvenue à s'arracher à l'attraction terrestre. Lorsque la mise en orbite échoue le lancement n'est pas officialisé (notée dans le tableau ci-dessous avec une lettre en suffixe comme Luna 1A). Si la mise en orbite réussit mais que la sonde ne parvient pas à quitter l'orbite terrestre, la sonde est classée dans la famille des satellites Cosmos au programme vague (par exemple Cosmos 60). En conséquence plus de la moitié des missions du programme Luna ne seront connues qu'après l'ouverture du régime dans les années 1990.

Liste des missions du programme Luna[4] (en gras les premières réalisées, en grisé les échecs)
Mission Date de lancement Type de mission Modèle de sonde Résultats
Luna 1A 23/9/1958 Impact lunaire Ye-1 Échec au lancement (1er étage)
Luna 1B 11/10/1958 Impact lunaire Ye-1 Échec au lancement (1er étage)
Luna 1C 4/12/1958 Impact lunaire Ye-1 Échec au lancement (2e étage)
Luna 1 2/1/1959 Impact lunaire Ye-1 Échec partiel Survol de la Lune à une distance de 5 955 km
Luna 2A 18/6/1959 Impact lunaire Ye-1A Échec au lancement (2e étage)
Luna 2 12/9/1959 Impact lunaire Ye-1A Succès. Premier objet artificiel sur le sol de la Lune.
Luna 3 4/10/1959 Orbite circumlunaire Ye-2A Premières photos de la face cachée de la Lune
Luna 3A 15/4/1960 Orbite circumlunaire Ye-3 Échec au lancement (dernier étage)
Luna 3B 19/4/1960 Orbite circumlunaire Ye-3 Échec au lancement (1er étage)
Spoutnik 25 4/1/1963 Atterrisseur Ye-6 Échec. La sonde ne parvient pas à quitter l'orbite terrestre
Luna 4A 3/2/1963 Atterrisseur Ye-6 Le lanceur ne suit pas la trajectoire programmée.
Luna 4 2/4/1963 Atterrisseur Ye-6 Échec. Survol de la Lune à une distance de 833 km
Luna 5A 21/3/1964 Atterrisseur Ye-6 Le dernier étage lanceur ne parvient pas à atteindre l'orbite désiré
Luna 5B 20/4/1964 Atterrisseur Ye-6 Le quatrième étage du lanceur ne s'allume pas
Cosmos 60 12/3/1965 Atterrisseur Ye-6 La sonde ne parvient pas à quitter l'orbite terrestre
Luna 5C 10/4/1965 Atterrisseur Ye-6 Le dernier étage lanceur ne parvient pas à atteindre l'orbite désiré
Luna 5 9/5/1965 Atterrisseur Ye-6 La sonde s'écrase sur le sol lunaire
Luna 6 8/6/1965 Atterrisseur Ye-6 La sonde passe au large de la Lune à une distance 159 000 km
Luna 7 4/10/1965 Atterrisseur Ye-6 La sonde s'écrase sur le sol lunaire
Luna 8 3/12/1965 Atterrisseur Ye-6 La sonde s'écrase sur le sol lunaire
Luna 9 31/1/1966 Atterrisseur Ye-6M Premier atterrissage en douceur et première photo prise depuis la surface de la Lune
Cosmos 111 1/3/1966 Orbiteur Ye-6S La sonde reste bloquée sur l'orbite terrestre
Luna 10 31/3/1966 Orbiteur Ye-6S Premier orbiteur, opérationnelle jusqu'au 30/5/1966
Luna 11 24/8/1966 Orbiteur Ye-6LF Opérationnelle jusqu'au 31/10/1966
Luna 12 22/10/1966 Orbiteur Ye-6LS Photos prises depuis l'orbite lunaire
Luna 13 21/12/1966 Atterrisseur Ye-6M Répétition de la mission Luna 9
Cosmos 159 17/4/1967 Orbiteur Ye-6LS Se place sur une mauvaise orbite terrestre
Luna 14A 7/2/1968 Orbiteur Ye-6LS Défaillance du troisième étage du lanceur
Luna 14 7/4/1968 Orbiteur Ye-6LS Cartographie détaillée de la lune, mesure du champ de gravité, test futur système de télécommunications
 ? 19/2/1969 Rover lunaire Ye-8 Problème avec la coiffe du lanceur
Luna 15A 14/6/1969 Retour échantillon Ye-8-5 Échec
Luna 15 13/7/1969 Retour échantillon Ye-8-5 La sonde s'écrase sur le sol lunaire
Cosmos 300 23/9/1969 Retour échantillon Ye-8-5 La sonde ne parvient pas à quitter l'orbite terrestre
Cosmos 305 22/10/1969 Retour échantillon Ye-8-5 La sonde ne parvient pas à quitter l'orbite terrestre
Luna 16A 6/2/1970 Retour échantillon Ye-8-5 La sonde s'écrase sur le sol lunaire
Luna 16 12/9/1970 Retour échantillon Ye-8-5 Un échantillon de sol de 101 g est ramené sur Terre
Luna 17 10/11/1970 Rover lunaire Ye-8 Le rover Lunokhod 1 fonctionne jusqu'au 14/9/1971, parcourt 10,5 km
Luna 18 2/9/1971 Retour échantillon Ye-8-5 La sonde s'écrase sur le sol lunaire
Luna 19 28/9/1971 Orbiteur Ye-8LS Fonctionne jusqu'au 3/10/1972
Luna 20 14/2/1972 Retour échantillon Ye-8-5 Un échantillon de sol de 55 g est ramené sur Terre
Luna 21 8/1/1973 Rover lunaire Ye-8 Le rover Lunokhod 2 fonctionne jusqu'au 3/7/1973, parcourt 37 km.
Luna 22 29/5/1974 Orbiteur Ye-8LS Fonctionne jusqu'au 2/9/1975
Luna 23 2/11/1974 Retour échantillon Ye-8-5 La foreuse est endommagée ; aucun échantillon n'est ramené.
Luna 24A 16/10/1975 Retour échantillon Ye-8-5M Échec
Luna 24 9/8/1976 Retour échantillon Ye-8-5M Un échantillon de 170,1 g est ramené sur Terre

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ye est la sixième lettre de l'alphabet cyrillique. Les cinq premières lettres sont associées à l'étage central et aux propulseurs d'appoint de la fusée Semiorka

Références[modifier | modifier le code]

  1. Tchertok volume 2, p. 437 op. cit.
  2. Huntress et all p.69-70 op. cit.
  3. Tchertok volume 2, p. 439-440 op. cit.
  4. a et b Huntress et all p.49-266 op. cit.
  5. Huntress et all p.75-76 op. cit.
  6. Huntress et all p.76-78 op. cit.
  7. Huntress et all p. 73-75 op. cit.
  8. Huntress et all p.80-83 op. cit.
  9. Huntress et all p.88 op. cit.
  10. Huntress et all p.117-118 op. cit.
  11. Huntress et all p.118-120 op. cit.
  12. Huntress et all p.120-123 op. cit.
  13. Huntress et all p.152-153 op. cit.
  14. Huntress et all p.153-154 op. cit.
  15. Huntress et all p.154-157 op. cit.
  16. Huntress et all p.157-158 op. cit.
  17. Huntress et all p.215-218 op. cit.
  18. Huntress et all p.224-225 op. cit.
  19. a, b et c Huntress et all p.218-224 op. cit.
  20. Siddiqi p.529-530 op. cit.
  21. Siddiqi p.530-531 op. cit.
  22. Huntress et all p.191-193 op. cit.
  23. Huntress et all p.189-191 op. cit.
  24. Huntress et all p.195-196 op. cit.
  25. Huntress et all p.196-199 op. cit.
  26. Huntress et all p.199-200 op. cit.
  27. Huntress et all p.263 op. cit.
  28. Huntress et all p.265 op. cit.
  29. Huntress et all p.263-264 op. cit.
  30. Harvey et all p.201-203 op. cit.

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Brian Harvey, Soviet and russian lunar exploration, Springer Praxis,‎ 2007 (ISBN 0-387-21896-3)
  • (en) Wesley T. Huntress et Mikhail Ya. Marov, Soviet robots in the Solar System : missions technologies and discoveries, Springer Praxis,‎ 2011 (ISBN 978-1-4419-7898-1)
  • (en) Boris Chertok, Rockets and People volume 2 creating a rocket industry, NASA History series,‎ 2006
  • (en) Boris Chertok, Rockets and People volume 3, NASA History series,‎ 2006
  • (en) Brian Harvey et Olga Zakutnayaya, Russian space probes : scientific discoveries and future missions, Springer Praxis,‎ 2011 (ISBN 978-1-4419-8149-3)
  • (en) Andrew J. Ball, James R.C. Garry, Ralph D. Lorenz et Viktor V. Kerzhanovichl, Planetary Landers and entry Probes, Cambridge University Press,‎ 2007 (ISBN 978-0-521-12958-9)
  • (en) Asif A. Siddiqi, The soviet space race with Apollo, University Press of Florida,‎ 1996 (ISBN 978-0-8130-2628-2)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]