Procuste

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Thésée et Procuste, kylix attique à figures rouges, 440-430 av. J.-C., British Museum (Vase E 84)
Thésée et Procuste, kylix attique à figures rouges, 500-490 av. J.-C., musée du Louvre (G 104)

Dans la mythologie grecque, Procuste (déformation de Procruste, en grec ancien Προκρούστης / Prokroústês, littéralement « celui qui martèle pour allonger ») est le surnom d'un brigand de l'Attique nommé Polypémon (Πολυπήμων / Polupếmôn (« le très nuisible »)). Il a pour autre surnom Damastès (Δαμαστής / Damastếs (« le dompteur »))

Mythe[modifier | modifier le code]

Fils de Poséidon, il est marié à Sillée et est le père nourricier de Sinis (lui aussi fils de Poséidon).

Il réside à Corydalle selon Diodore de Sicile, et sévit le long de la route qui va d'Athènes à Éleusis, où il offre l'hospitalité aux voyageurs qu'il capture pour les torturer ainsi : il les attache sur un lit, où ils doivent tenir exactement ; s'ils sont trop grands, il coupe les membres qui dépassent ; s'ils sont trop petits, il les étire jusqu'à ce qu'ils atteignent la taille requise (d'où son surnom). Procuste est tué par Thésée, qui lui fait subir le même sort.

Une version plus ancienne lui prête deux lits : un petit pour les grands prisonniers, un grand pour les petits. La valeur du mythe se renforce quand le lit devient unique et ne correspondant à aucune taille, pas même celle de Procuste, ce qui le rend essentiellement symbolique.

Sens dérivés[modifier | modifier le code]

Procuste est devenu le symbole du conformisme et de l'uniformisation. On parle couramment de « lit de Procuste » pour désigner toute tentative de réduire les hommes à un seul modèle, une seule façon de penser ou d'agir, et de « Procuste » pour leur auteur.

Le « lit de Procuste » désigne également une position sexuelle, qui doit son nom au fait que les jambes d'un des partenaires dépassent du lit. L'utilisation du nom de Procuste dans une métaphore sexuelle était déjà attestée sous l'Antiquité. On le trouve par exemple chez Aristophane dans l'Assemblée des femmes (v. 1021) : « devenir un Procuste » signifiait « avoir une érection ».

En mathématiques, l'analyse procustéenne est une technique pour l'étude de la distribution statistique des formes. Elle est utilisée en biologie pour comparer des formes vivantes. Le nom de « Procuste » vient de la nécessité de donner la même taille à tous les spécimens avant de faire les calculs pour éviter un biais. Cette mise à l'échelle qui supprime les différences de tailles conduit à comparer des proportions relatives.

En informatique, on donne parfois le nom de « procuste » ou « procruste » à une affectation de variable formatée, qui consiste à écrêter les éléments excédentaires (troncature) ou à compléter avec des éléments considérés comme neutres (padding) en cas de déficit. Exemple : pour la saisie d'une chaîne de caractères formatée à 12 signes, « chaîne de caractères » sera réduit à « chaîne de ca », et « chaîne » deviendra « chaîne...... » (« chaîne » + 6 espaces). Lorsqu'il s'agit de remplir certains formulaires, ce problème est régulièrement vécu par les personnes ayant un prénom ou un patronyme long. Un autre exemple connu de ce type de traitement se rencontre dans l'impression des chèques aux caisses des magasins, où les nombres sont « procustés » par des étoiles (protection contre les falsifications).

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Vladimir Volkoff, Le Complexe de Procuste, éditions L'Age d'Homme, 1981.

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