Prison de la Santé

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Prison de la Santé
Image illustrative de l'article Prison de la Santé
La prison de la Santé, photographiée depuis un étage élevé de l'hôtel Marriott Rive Gauche.
Localisation
Situation Paris, Île-de-France
Drapeau de la France France
Coordonnées 48° 50′ 02″ N 2° 20′ 23″ E / 48.83389, 2.33972 ()48° 50′ 02″ Nord 2° 20′ 23″ Est / 48.83389, 2.33972 ()  

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Prison de la Santé

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Prison de la Santé
Fonctionnement
Date d'ouverture 1867

La maison d’arrêt de la Santé, ou plus simplement la prison de la Santé ou la Santé, est une prison située dans l’est du quartier du Montparnasse du 14e arrondissement de Paris, au 42, rue de la Santé.

Les bâtiments[modifier | modifier le code]

La prison de la Santé au XIXe siècle, photographiée par Charles Marville.

Construite entre 1861 et 1867 sur les plans de l'architecte Joseph Auguste Émile Vaudremer, la prison est située sur le site d’un ancien « marché aux Charbons » et remplace le couvent des Madelonnettes qui fut transformé en prison à la Révolution. Auparavant, sur les mêmes lieux, s’élevait une « maison de la santé », construite sur ordre d’Anne d’Autriche, transférée en 1651 à ce qui est aujourd'hui le centre hospitalier Sainte-Anne (au sud).

Au départ, on compte 500 cellules, portées à 1 000 en 1900, à la suite de la fermeture de la prison parisienne de la Grande Roquette. Elles font 4 mètres de long, 2,5 de large et 3 de hauteur. On compta jusque 2 000 détenus, répartis en 14 divisions.

De forme trapézoïdale (cinq bâtiments reliés à un noyau central), elle est encadrée :

Une des particularités de la Santé aujourd'hui est que, jusqu'en 2000, les détenus étaient répartis par origine géographique et ethnique à l'intérieur de la prison. Une partie des détenus (ceux qui poursuivent des études en particulier) sont regroupés dans les sections, mais la plupart d'entre eux sont disséminés dans des blocs, qui sont au nombre de quatre :

Ces blocs ont été récemment l'objet d'une rénovation d'ampleur. La prison sera partiellement fermée à partir de 2014 et ce jusqu'en 2019 afin d'être réhabilitée ; le centre de semi-liberté sera pendant ce temps maintenu en fonctionnement[1].

La prison de la Santé est, de nos jours, la dernière prison intra-muros de Paris. Les autres prisons importantes (toutes catégories confondues) dépendant de Paris sont à Poissy, à Fleury-Mérogis, à Fresnes et à Melun.

Le quartier « VIP » de la Santé[modifier | modifier le code]

L'emprisonnement des « personnalités » condamnées est également une des spécificités de la Santé. Le quartier où ces personnes sont affectées est appelé le « quartier des particuliers » par l'administration. Les parloirs de ces détenus se déroulent au 1 rue Messier, comme pour les autres détenus (là où se trouve le local d'accueil des proches). Ainsi elle a accueilli en ses murs de nombreuses personnalités qui y ont purgé leur peine.

Le film Quartier V.I.P s'y déroule en partie.

Quelques prisonniers notoires[modifier | modifier le code]

Les évasions[modifier | modifier le code]

  • 1927 : Léon Daudet s'évade 13 jours après son incarcération avec Joseph Delest grâce à un faux ordre de libération donné au directeur de la prison.
  • 8 mai 1978 : Jacques Mesrine, François Besse et Carman Rives (qui est tué durant l'opération).
  • mai 1986 : Michel Vaujour s'évade dans un hélicoptère piloté par sa femme de l'époque, Nadine Vaujour.

Ce sont les seules évasions connues de cette prison.

La peine capitale à la Santé[modifier | modifier le code]

Plaque commémorant la mémoire des dix-huit résistants exécutés.

En 1899, à la suite de la fermeture et de la démolition du dépôt des condamnés dit de « La Grande Roquette » (ou plus simplement « La Roquette »), les hommes condamnés (c'est-à-dire les prisonniers déjà jugés) sont incarcérés à la Santé en attendant leur transfert au bagne de Guyane ou leur exécution capitale.

Les exécutions se faisant auparavant à l'entrée de la Grande Roquette, on décida de faire de même (ou presque) à la Santé. La guillotine fut désormais dressée à l'angle de la rue de la Santé et du boulevard Arago, sur le trottoir. La première exécution — et première à Paris depuis dix ans — eut lieu le 6 août 1909 ; ce fut celle d'un parricide nommé Georges Duchemin[8].

Le 7 mai 1932, Eugène Boyer, un criminel de 27 ans, à qui est refusée la grâce présidentielle la veille par le président Paul Doumer, devant être exécuté, il est sauvé in extremis (une vingtaine de minutes avant) de la guillotine suite à l’assassinat du chef l’État survenu le jour même où son exécution était prévue : en effet, en France, en matière de grâce, le président pouvait revenir sur sa décision jusqu’à la dernière minute, et manifestement, Boyer n’aurait pu bénéficier de cette possible « ultime clémence ». Il sera finalement gracié par Albert Lebrun le 13 mai - qui respecta la tradition de gracier les condamnés à mort les premiers temps de la fonction présidentielle - et est envoyé au bagne de Guyane. Il est dénommé André Baillard dans les mémoires de Henri Charriere.

Près d'une quarantaine de condamnés finirent leurs jours en ce lieu. Ce fut également à cet endroit qu'eut lieu l'avant-dernière exécution publique en France, celle du cambrioleur et double assassin Max Bloch, le 2 juin 1939. Quinze jours plus tard, le 17 juin, on guillotinait devant la prison de Versailles, Eugen Weidmann, coupable de six assassinats, et le 24 juin, la décision était prise d'interdire les exécutions publiques. La même décision faisait que les condamnés à mort dépendant de la cour d'appel de la Seine (soit la Seine-et-Oise et l'Aube) devaient subir leur exécution à la prison de la Santé.

Le 15 mars 1940, les frères Vocoret, qui avaient abattu trois policiers à Issy-les-Moulineaux, furent les premiers guillotinés à l'intérieur de la prison.

Pendant l'Occupation, outre des criminels de droit commun, on y pratiqua également les exécutions de dix-huit résistants et communistes. Neuf d'entre eux, exécutés entre août 1941 et juillet 1942, furent guillotinés. Les neuf autres furent fusillés le 30 avril 1944. Une plaque, apposée sur le mur de la prison à l'angle des rues Jean-Dolent et de la Santé, rappelle leur fin tragique.

Après la Libération, seuls des condamnés de droit commun furent exécutés dans la cour d'honneur de la prison de la Santé (à part plusieurs militants du FLN entre 1958 et 1960). On peut citer Marcel Petiot, en 1946, le marquis Bernardy de Sigoyer en 1947, Émile Buisson (« l'ennemi public n°1 ») en 1956, Jacques Fesch en 1957, Georges Rapin, dit « Monsieur Bill » en 1960.

Les derniers condamnés à mort guillotinés à la Santé sont Roger Bontems et Claude Buffet. Ils étaient les auteurs d'une tentative d'évasion avec prise d'otages qui se termina par la mort de ces derniers, en 1971. Condamnés à mort à Troyes le 29 juin 1972, ils furent exécutés le 28 novembre suivant.

Après eux, les condamnés à mort franciliens furent enfermés à la Prison de Fresnes (qui devait théoriquement devenir plus tard, en 1978, la seule prison habilitée à accueillir des exécutions capitales) mais aucun ne fut exécuté, l'abolition de la peine de mort ayant été décidée entre temps.

Cependant, lorsqu'elles ne servaient pas, c'est à la prison de Fresnes - dans les sous-sols du Centre National d'Orientation - que les deux guillotines restant en métropole étaient entreposées.

Autour de la prison[modifier | modifier le code]

À la bonne Santé[modifier | modifier le code]

En face de la sortie de la prison, existait un café, nommé À la bonne Santé. Les proches des prisonniers s'y retrouvaient, ainsi que les prisonniers libérés. Des scènes de plusieurs films s'y passent et y ont été tournées. L'établissement a fermé dans les années 1980. Actuellement le local sert à l'administration pénitentiaire.

La Santé dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Arsène Lupin, personnage de fiction de Maurice Leblanc, est fait prisonnier à la prison de la Santé dans le roman 813 (1910).
  • Le film Ces messieurs de la Santé (1934), réalisé par Pierre Colombier.
  • La prison de la Santé était la scène prétendue du film Le Trou (1960), mis en scène par Jacques Becker. Lors des préparatifs de l’évasion des prisonniers par la canalisation, on voit des noms des rues sur des panneaux dans les canaux, ainsi qu'une vue extérieure de la prison, au coin des rues Arago et Santé.
  • Dans la chanson L'argent ne fait pas le bonheur (1966) du groupe Les Parisiennes : « Prenez tout ça [des vêtements] gaiement sous votre bras et partez sans payer / On vous apportera des oranges à la Santé ».
  • Georges Brassens évoque la prison de la Santé dans sa chanson La femme d'Hector : « Quand on nous prend la main / Sacré bon dieu dans un sac / Et qu´on nous envoie planter / Des choux à la Santé » ainsi que dans sa chanson Celui qui a mal tourné, a deux reprises : « Pour m'envoyer à la Santé / Me refaire une honnêteté » et « Au bout d'un siècle, on m'a jeté/ À la porte de la Santé ».
  • Yves Duteil évoque l'empathie du passant pour les prisonniers de la Santé dans sa chanson Le mur de la prison d'en face.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La prison de la Santé partiellement fermée pendant 5 ans », in ouest-france.fr, mardi 16 juillet 2013.
  2. Lettre de prison « Mon printemps parisien ».
  3. Voir sur lemediascope.fr.
  4. Voir sur lemonde.fr.
  5. Ghislain de Montalembert, « Xavier Niel, 100 % Free », in Le Figaro Magazine, semaine du 19 juillet 2013, pages 52-55.
  6. Voir sur ladepeche.fr.
  7. François Pédron, « Coral, scandale pédophile », page 128, Paris Match du 27 décembre 2012 au 2 janvier 2012, n°3319.
  8. Les actualités du 6 août 1909

Annexes[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]