Prison d'Abou Ghraib

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33° 17′ 30″ N 44° 03′ 56″ E / 33.2917, 44.06556 ()

Localisation approximative d'Abou Ghraib.
La porte principale en 2004.
Plan de la prison d'Abou Ghraib.
Un bloc de cellules en 2006.

La prison d'Abou Ghraib est un complexe pénitentiaire irakien, situé dans la ville d'Abou Ghraib, à 32 km à l'ouest du centre de Bagdad. Ouverte dans les années 1960, la prison devient, entre les mains de la police politique de Saddam Hussein, un lieu de détention, de torture et d'exécution de prisonniers politiques jusqu'à sa fermeture à l'automne 2002. Le , l'armée américaine rouvre la prison qui devient le « Baghdad Central Detention Center ». En 2004, la diffusion de photographies montrant des détenus irakiens humiliés par des militaires américains déclenche le « scandale d'Abou Ghraib ». En 2006, après le transfert des détenus, la prison est remise aux autorités irakiennes. En , elle est rouverte sous le nom de « Prison centrale de Bagdad ».

La prison sous Saddam Hussein[modifier | modifier le code]

Construite par des entreprises britanniques pour le gouvernement irakien dans les années 1960, la prison a une surface de 115 ha, un périmètre de sécurité de 4 km et comporte 24 tours de garde. Pendant la période du régime de Saddam Hussein, la prison d'Abou Ghraib était placée sous l'autorité de la Direction de la sécurité générale (en anglais : Directorate of General Security, connue en arabe sous le nom de al-Amn al-‘Amm), c'est-à-dire la police secrète.

La prison fut un lieu de torture et d'exécutions, dont des milliers de prisonniers politiques furent les victimes. On estime à 4 000 le nombre des exécutions pour la seule année 1984[1]. L'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International a réuni des informations sur plusieurs exécutions de masse dans les années 1990, au cours desquelles des centaines de prisonniers furent tués.

Pendant la deuxième guerre du Golfe (1990-1991), des prisonniers de guerre des troupes de la coalition, notamment des membres du SAS britannique, furent détenus et torturés à Abou-Ghraib.

En 2001, le nombre de prisonniers à Abou-Ghraib était estimé à 15 000, dont un grand nombre de Kurdes irakiens, de chiites, ainsi que d'Irakiens d'origine iranienne. Certains d'entre eux étaient détenus depuis le début de la première guerre du Golfe, en 1980. La plupart des détenus n'avaient jamais été inculpés ou condamnés et étaient maintenus en isolement. Des indications non confirmées évoquent des essais d'armes chimiques et bactériologiques réalisés sur des détenus dans le cadre du programme d'armement irakien.

Au printemps 2002, un agrandissement du complexe pénitentiaire fut entrepris, visant à porter de quatre à six le nombre de blocs de cellules. Mais la prison fut abandonnée avant le début de la troisième guerre du Golfe, en 2003. Après une amnistie générale en et la libération de la plupart des détenus[2], les forces de sécurité irakiennes détruisirent la quasi-totalité des documents de la prison, qui fut par la suite entièrement pillée et en partie incendiée.

Après la chute du régime de Saddam Hussein, plusieurs fosses communes furent découvertes aux abords de la prison. À Al-Zahedi, à l'ouest de Bagdad, des fosses communes contenant les corps d'un millier de prisonniers politiques ont été retrouvées[3]. Selon un témoin, 10 à 15 corps étaient transportés à chaque fois de la prison d'Abou Ghraib et étaient enterrés par des habitants. Le , 101 personnes furent exécutées à Abou Ghraib en un seul jour ; le , 58 prisonniers furent tués en une seule fois.

La prison depuis 2003[modifier | modifier le code]

Ce complexe est aujourd'hui surtout connu à l'étranger à la suite du tollé suscité par la publication de photos prises par des soldats américains montrant des prisonniers torturés, attachés à des câbles électriques, obligés de poser nus ou bien menacés par des chiens de garde voire désacralisés après leur mort.

Entre le 24 et le , l'armée américaine libère un millier de détenus. Le 26 septembre 2005, ce sont 507 prisonniers qui sont libérés à l'occasion du jeûne du Ramadan [réf. nécessaire].

Le 9 mars 2006, l'armée américaine annonce la fermeture prochaine de la prison d'Abou Ghraib, depuis la publication en 2003 de photographies montrant des soldats américains infligeant des sévices à des détenus. Les 4 500 prisonniers [réf. nécessaire] furent transférés vers d'autres centres de détention en Irak. Le , le site passa sous le contrôle du gouvernement irakien.

Mi-avril 2014, le ministère de la Justice irakien annonce la fermeture de la raison, pour raisons de sécurité[4].

Le témoignage de Lynndie England[modifier | modifier le code]

(AP/Reuters) - La soldate Lynndie England, qui risque la cour martiale, est cette jeune femme souriante que l'on voit sur plusieurs photos aux côtés de prisonniers irakiens nus subissant sévices et humiliations sexuelles. Dans une interview accordée à la chaîne KCNC-TV de Denver, elle affirme avoir agi sur instruction et contre sa volonté lors de séances de pose pour des photos destinées à exercer des pressions psychologiques sur les détenus. A la question de savoir qui avait donné ces ordres, elle se contente de répondre: "des personnes dans ma chaîne de commandement".

"J'ai reçu l'instruction de personnes gradées de "me mettre debout là, tenir cette laisse, regarder l'appareil photo', et ils ont pris des photos pour les PsyOPs" (Opérations psychologiques), dit-elle. "Nous avions le sentiment de faire notre travail. Ce qui veut dire que l'on faisait ce qu'on nous demandait de faire et qu'ils obtenaient les résultats qu'ils souhaitaient". Selon elle, ses supérieurs se sont montrés ravis des photos, disant "vous vous en sortez très bien, continuez". "Je ne voulais vraiment pas être sur quelque photo que ce soit", affirme-t-elle, ajoutant qu'elle trouvait tout cela "plutôt bizarre".

Le témoignage d'un gardien américain[modifier | modifier le code]

Sévice subit par un prisonnier Irakien à Abou Ghraib.

(AP) - Le soldat Jeremy Sivits, qui prit des photos des sévices dans la prison d'Abou Ghraïb, sera le premier à comparaître en cour martiale à Bagdad. Il décrit les soldats rigolant et plaisantant alors qu'ils frappaient, déshabillaient et humiliaient sexuellement les détenus, selon ses déclarations rapportées par la presse américaine.

Aux enquêteurs militaires, il a décrit par exemple un prisonnier blessé par balles et menotté à un lit, en train de supplier en hurlant, alors que le caporal de la police militaire Charles A. Graner, qu'il décrit comme l'un des chefs des tortionnaires, le frappait avec un bâton. "Certaines choses qu'on leur faisait faire me faisaient rire. D'autres choses me dégoûtaient", a-t-il déclaré. (Les transcriptions des déclarations de Sivits ont été fournies au "Washington Post" par l'avocat d'un des autres soldats impliqués).

Selon Sivits, Graner s'amusait beaucoup à ces sévices, et a une fois frappé un détenu si violemment à la tête que ce dernier s'est évanoui. Quant au sergent Ivan Frederick, il forçat les détenus à se masturber, et semblait prendre plaisir à les regarder se faire frapper, ajoute Sivits dans ses déclarations.

Quant au sergent Javal Davis, il s'est jeté sur une pyramide de détenus, puis "a marché sur leurs doigts ou orteils", les faisant hurler de douleur.

Davis, dans un appel téléphonique à la chaîne ABC depuis le camp militaire à Bagdad où il est aux arrêts, a reconnu ces faits. Il affirme que s'il avait refusé de maltraiter les prisonniers, il "aurait alors désobéi à un ordre" venant des hommes du renseignement militaire (Military Intelligence).

Sivits, qui coopère avec les enquêteurs et compte plaider coupable, risque des peines moins lourdes que ses collègues. Ses récits sont les plus détaillés parmi ceux des militaires mis en cause, et les avocats des autres soldats incriminés parlent de déclarations "fabriquées", et douteuses du seul fait qu'il a passé un accord avec les procureurs. Alors que les autres gardes affirment avoir agi sur ordre de leurs supérieurs ou des responsables du renseignement militaire, Sivits a affirmé que ces mauvais traitements n'étaient pas autorisés par la hiérarchie, qui n'était pas au courant.

Durant l'occupation américaine, Abou Ghraib a aussi été utilisé en tant que centre de détention hébergeant des « détenus fantômes » [5]. Outre Abou Ghraib, l'Irak compte plus de 400 centres de détention, certains étant sous administration américaine ou irakienne, d'autres sous administration mixte, américaine et irakienne (centres d'Al-Dial, d’Al-Karmiya et de Sahat al-Usur) [6].

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En 2006, onze soldats américains ont été jugés et condamnés dans le cadre du scandale des tortures d'Abou Ghraib[7]. En mai 2006, le président américain George W. Bush a déclaré que la prison était la "plus grosse erreur" des Américains en Irak[8]. Mais d'après le général Janis Karpinski [réf. nécessaire], jugée coupable et dégradée, les ordres de torture seraient venus de Donald Rumsfeld; ils seraient intervenus dans le cadre général de l'utilisation de la torture en Irak et Afghanistan et auraient suivi l'arrivée à Abou Ghraib du major général Geoffrey D. Miller [réf. nécessaire]. Celui-ci avait déjà organisé les interrogatoires et la torture infligée dans le centre de détention de Guantánamo. Rumsfeld aurait annoté sur un ordre de mauvais traitements : « Personnellement, je reste debout huit à dix heures par jour. Pourquoi limiter les stations de position debout à quatre heures ? »[9].

En , la prison a été rouverte après rénovation. Renommée « Prison centrale de Bagdad », elle doit pouvoir accueillir jusqu'à 15 000 détenus[10].

Culture[modifier | modifier le code]

La prison d'Abou Ghraib est évoquée dans Le Poing de Dieu, un roman de l'écrivain britannique Frederick Forsyth publié en 1994.

En 2006, l'artiste colombien Fernando Botero expose une série d'œuvres sur les tortures commis par des soldats américains dans la prison d'Abou Ghraib dans une galerie new-yorkaise, puis en janvier 2007 à l'Université de Californie à Berkeley[11],[12].

Dans le film Mi$e à prix 2, ce serait McTeague (dit « le chirurgien ») qui serait responsable de quelques actes de tortures à Abu Ghraib.

Le scandale d'Abou Ghraib est évoqué dans la série américaine Homeland (saison 1, épisode 12).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Deux des photos ayant déclenché le scandale d'Abou Ghraib.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. GlobalSecurity [1]
  2. Communiqué d'Amnesty International, 21 octobre 2002 [2]
  3. Ulrike Löw, Mass grave sites in Iraq, Archaeologists for Human Rights, Münster, 2003, 11 p. [3]
  4. « L'Irak ferme la prison d'Abou Ghraïb », in Le Figaro, mercredi 16 avril 2014, page 7.
  5. Army, CIA Agreed on 'Ghost' Prisoners, in The Washington Post, 10 mars 2005
  6. 400 prisons secrètes en Irak : un député irakien accuse, Rue89, 4 novembre 2008.
  7. « Un sergent reconnu coupable évite la prison » dans Le Nouvel Obs, 02/06/2006 [lire en ligne]
  8. Jean-Louis Turlin, « Bavures en Irak : le mea culpa de George Bush et de Tony Blair » dans Le Figaro du 27/05/2006 [lire en ligne]
  9. (fr) Irak : Janis Karpinski, l'ex-commandante d'Abou Ghraib se rebiffe, sur Liberté internets, d'après Le Monde
  10. BBC : New jail opens at Abu Ghraib (21 février 2009) [4]
  11. Quelques-unes des toiles de Fernando Botero sur les abus de militaires américains à la prison d'Abu Ghraïb
  12. Article sur l'exposition de Botero sur l'International Herlad Tribune