Prise d'otages des Jeux olympiques de Munich

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Prise d'otages aux Jeux olympiques de Munich
Image illustrative de l'article Prise d'otages des Jeux olympiques de Munich
Bâtiment où eut lieu la prise d'otages

Coordonnées 48° 10′ 46.9″ N 11° 32′ 57.1″ E / 48.179694, 11.54919448° 10′ 46.9″ Nord 11° 32′ 57.1″ Est / 48.179694, 11.549194  
Date 5 - 6 septembre 1972
Type Prise d'otages
Morts 11 athlètes israéliens
5 terroristes
1 policier ouest-allemand
Organisations Septembre noir

Géolocalisation sur la carte : Allemagne

(Voir situation sur carte : Allemagne)
Prise d'otages des Jeux olympiques de Munich

La prise d'otages des Jeux olympiques de Munich (aussi appelée le Massacre de Munich) a eu lieu au cours des Jeux olympiques d'été de 1972 à Munich en Allemagne de l'Ouest. Le 5 septembre, des membres de l'équipe olympique d'Israël ont été pris en otage et assassinés par des terroristes membres de l'organisation palestinienne Septembre noir.

Le bilan de la prise d'otages est de onze membres de l'équipe olympique israélienne assassinés et d'un policier ouest-allemand tué. Cinq des huit terroristes ont été tués, les trois autres capturés.

Contexte[modifier | modifier le code]

Cet événement fait suite à la guerre des Six Jours et à la résolution no 242 de l'ONU[1] (1967), qui exige qu'Israël restitue les terres conquises lors de cette guerre aux différents pays arabes. En échange, ces États doivent reconnaître l'État d'Israël. Les Palestiniens sont alors placés sous occupation israélienne.

En septembre 1970, en Jordanie, il y eut les évènements de Septembre noir entre les Jordaniens et l'OLP.

La prise d'otages[modifier | modifier le code]

Le 5 septembre 1972 à 4h30 du matin, tandis que les athlètes israéliens dorment, huit membres de l'organisation terroriste palestinienne Septembre Noir vêtus de survêtements afin de se faire passer pour des sportifs et transportant des sacs chargés de fusils d'assaut, de pistolets et de grenades, franchissent grâce à l'aide non voulue d’athlètes canadiens (même si on a longtemps cru qu'ils étaient américains) une clôture grillagée afin de s'introduire dans le village olympique, puis pénètrent dans l'immeuble au 31 Connollystraße dans lequel se trouve le duplex de deux appartements utilisés par l'équipe israélienne.

Un membre de la délégation israélienne, Yossef Gutfreund, alerté par le bruit fait barrage avec son corps à la porte criblée de balles, tandis qu'il prévient ses camarades en criant « Attention, Terroristes ! ». La tentative de barrage de Gutfreund donne assez de temps à son compagnon de chambre, l'entraîneur d'haltérophilie Tuvia Sokolovsky, pour briser une fenêtre et se sauver. Moshe Weinberg, entraîneur de lutte, tente de s'interposer mais les assaillants lui tirent une balle dans la joue le forçant à leur indiquer où se trouvent ses autres camarades, mais il les attaque de nouveau, permettant ainsi à un athlète israélien, Gad Tsobari, de s’échapper. Il est aussitôt assassiné par les terroristes. Yossef Romano, un haltérophile tente lui aussi de s'opposer aux terroristes avec un couteau à fruit, il blesse l'un d'entre eux avant d’être abattu.

L'assaut des Palestiniens se solde par la prise d'otage de neuf occupants Israéliens. En plus de Yossef Gutfreund, les autres otages sont : Kehat Shorr, entraîneur de tir sportif, Amitzur Shapira, entraîneur d'athlétisme, André Spitzer, tireur sportif, Yacov Springer, entraineur de l'équipe d'haltérophilie, les lutteurs Eliezer Halfin et Mark Slavin, les haltérophiles David Berger et Zeev Friedman. Les autres membres de la délégation réussissent à fuir en sautant des balcons ou en se cachant dans l'immeuble. À 4 h 47, une femme de ménage alertée par les coups de feu prévient la sécurité qui envoie un garde non armé sur les lieux. À 5 h 08, les terroristes font parvenir aux policiers leurs revendications, déclarant qu’à compter de 9 h, ils abattront un otage toutes les heures et jetteront son corps dans la rue si celles-ci ne sont pas acceptées. À 8 h 15, une compétition de dressage hippique se déroule selon le programme[2].

Négociations[modifier | modifier le code]

Le groupe terroriste demande la libération et le passage en Égypte de 234 activistes Palestiniens, détenus en Israël, ainsi que de deux autres prisonniers allemands, Ulrike Meinhof et Andreas Baader, en Allemagne. Le premier ministre israélien Golda Meir répond immédiatement et très fermement qu'il n'y aura aucune négociation. Afin de démontrer leurs intentions, les terroristes jettent par le balcon le corps de Moshe Weinberg.

La cellule de crise est mise en place par le gouvernement ouest-allemand dirigé par le chef de la police munichoise Manfred Schreiber, le Ministre de l’intérieur Hans-Dietrich Genscher et le Ministre de l’intérieur bavarois Bruno Merk. Schreiber offre aux terroristes une quantité illimitée d'argent qu'ils refusent. Selon le journaliste John K. Cooley, la réponse est « l'argent ne signifie rien pour nous ; nos vies ne signifient rien pour nous. ». Toutefois, ils acceptent à cinq reprises de repousser leur ultimatum.

À cinq heures de l’après-midi, ils demandent que soit mis à leur disposition un avion pour se rendre au Caire avec leurs otages. Les négociateurs exigent un contact direct avec les otages pour s'assurer qu'ils sont encore en vie. André Spitzer et Kehat Shorr, deux des otages parlant couramment l'allemand ont une brève conversation avec les responsables allemands alors qu'il se tiennent à la fenêtre du deuxième étage du bâtiment assiégé, tenus en joue par deux des Palestiniens. Lorsque Spitzer tente de répondre à une question il est matraqué avec la crosse d'un fusil d'assaut AK-47 et disparaît de la fenêtre.

Quelques minutes plus tard, Genscher et Walter Tröger, le maire du village olympique, sont brièvement autorisés à pénétrer dans les appartements afin de parler avec les otages. Tröger mentionnera la dignité avec laquelle les otages israéliens font face à la situation et note « qu'ils sembl[ent] résignés à leur sort ». Il remarque également que plusieurs des otages, en particulier Gutfreund, ont subi des sévices et que David Berger a reçu une balle dans l'épaule gauche. Genscher et Tröger déclarent avoir vu « quatre ou cinq assaillants » à l'intérieur de l'appartement [3]. Après avoir considéré divers scénarios en vue de libérer les otages, les autorités allemandes mettent à la disposition des terroristes un bus afin de les transférer avec leurs otages à bord de deux hélicoptères avant de les conduire à l’aéroport de la base militaire Fürstenfeldbruck Air Base de l'OTAN.

Le dénouement[modifier | modifier le code]

Un Boeing 727 est positionné sur le tarmac de la base militaire Fürstenfeldbruck Air Base avec cinq ou six policiers armés à l'intérieur habillés comme membres d'équipage.

Le plan des Allemands est de maîtriser deux des combattants avant d'inspecter l'appareil donnant aux tireurs d'élite une chance de tuer ceux restés dans les hélicoptères, estimant qu'ils ne sont que deux ou trois. Toutefois, pendant le transfert, l'équipe de crise découvre que les terroristes sont au nombre de huit. À la dernière minute, alors que les hélicoptères sont sur le point d’atterrir à Fürstenfeldbruck, les policiers allemands à bord de l'avion votent pour l'abandon de leur mission sans consulter leur commandement central, seuls les cinq tireurs d'élite qui ont été préalablement positionnés sur le tarmac restent en position afin d'essayer de neutraliser un groupe plus nombreux et lourdement armé.

Les hélicoptères atterrissent peu après 22 h 30 et six des terroristes en sortent. Pendant que quatre des terroristes gardent les pilotes en respect avec leurs armes, deux autres vont inspecter le jet mis à leur disposition, et le trouvent vide. Réalisant qu'ils sont tombés dans un piège, ils courent rapidement vers les hélicoptères, vers 23 h, les autorités allemandes donnent l'ordre aux tireurs d'élite d'ouvrir le feu.

Les cinq tireurs d'élite allemands n'ont pas de contact radio entre eux et ne peuvent donc pas coordonner leurs tirs. Leurs fusils n'ont pas de lunettes ni d'équipements de vision de nuit. Dans le chaos qui s'ensuit, deux terroristes se tenant près d'un des pilotes sont tués, un troisième est mortellement blessé en fuyant. Les trois qui restent ouvrent le feu détruisant un grand nombre de projecteurs. Un policier allemand, Anton Fliegerbauer, se trouvant dans la tour de contrôle est tué. Les pilotes d'hélicoptère parviennent à s'enfuir, mais pas les otages car ils sont attachés dans l'appareil.

Il y a ensuite 75 minutes d'échanges de coups de feu, durant lesquelles la police allemande demande tardivement l'assistance de véhicules blindés. Ces derniers ne se trouvent pas dans l'aéroport au début de la fusillade, et mettent plus de 30 minutes à arriver car de nombreuses voitures obstruent la route de l'aéroport, bon nombre d'Allemands étant venus voir ce qui se passe.

Les véhicules blindés arrivent finalement vers minuit, permettant de sortir de l'enlisement. D'après Cooley, à 0 h 04 le 6 septembre, l'un des terroristes saute du premier hélicoptère. Il se tourne et tire sur les otages, tuant Springer, Halfin et Friedman, et blessant Berger. Ensuite il dégoupille une grenade et la jette dans le cockpit, où elle explose. Alors que le premier hélicoptère brûle, les autres tirent sur les camions de pompiers pour les empêcher de s'approcher, tandis qu'un autre exécute à bout portant les cinq autres otages, Gutfreund, Schorr, Slavin, Spitzer et Shapira.

Trois des terroristes couchés sur le ventre à proximité, dont deux d'entre eux faisant le mort, sont capturés. 40 minutes plus tard, avec l'aide de chiens et des gaz lacrymogènes, la police en retrouve un autre essayant de se cacher. Il est tué dans une fusillade durant sa tentative d'arrestation.

Les échanges de tirs prennent fin vers 0 h 30, près de trois heures après le début de la tentative ratée de sauvetage par la police allemande d'une opération qui, selon un fonctionnaire impliqué « [est] condamnée à l'échec dès le début ». À ce jour, les Allemands n'ont jamais expliqué de façon satisfaisante pourquoi ils n'ont pas déployé deux ou trois tireurs d'élite pour chaque terroriste. Les hommes engagés dans l’opération n'avaient pas de fusils de précision, ni de gilets pare-balles, ni d’équipement de vision nocturne.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Le 5 septembre 1972, Golda Meir, alors Premier ministre israélienne, avait appelé les autres pays à « sauver nos citoyens et condamner les actes criminels innommables ». L’événement fut largement condamné à travers le monde, le roi Hussein de Jordanie la qualifia de « crime sauvage, crime contre la civilisation… perpétré par des esprits pervers »[4].

Les autorités allemandes emprisonnèrent les trois preneurs d'otages survivants, et créèrent bientôt la cellule de lutte contre le terrorisme GSG-9, capable de secourir plus efficacement les otages au cas où un tel incident viendrait à se reproduire.

Le 9 septembre, des avions de la force aérienne israélienne bombardèrent des bases de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) en Syrie et au Liban faisant environ 200 victimes.

Le 29 octobre un avion allemand de la Lufthansa a été détourné par des ravisseurs exigeant la libération des trois membres de Septembre noir retenus prisonniers en attente d'être jugés. Safady et les Al-Gasheys furent en conséquence libérés par l'Allemagne. Certains observateurs suspectent le gouvernement allemand d'avoir libéré les terroristes pour se défaire de la lourde tâche d'avoir à les juger et de rendre des comptes sur leur gestion de la crise et de ses conséquences pour la délégation israélienne. Isräel n'eut de cesse alors de les éliminer. Les services secrets arriveront à en tuer deux, le troisième ayant réussi à se cacher dans un pays africain[5].

Pour « venger Munich », le Mossad, dans le cadre de l'opération Colère de Dieu, prend pour cible des responsables de l'OLP, certains des commanditaires présumés ainsi que les représentants de l'OLP en Italie, en France et à Chypre jusqu'au 15 janvier 1991, lorsque, finalement, furent tués les organisateurs du massacre de Munich (Abou Iyad et Abou Mohammed). A été également victime de ces représailles du Mossad, Ahmed Bouchiki, citoyen Norvégien (et frère de Chico Bouchikhi des Gipsy Kings), abattu devant sa femme enceinte de leur fils. Ahmed Bouchikhi avait été confondu avec Ali Hassan Salameh, numéro deux de l'OLP à l'époque.

Le 6 septembre après une cérémonie commémorative durant laquelle le président du Comité Olympique Avery Brundage fit un discours dans lequel il a salué la force du mouvement olympique sans mentionner les athlètes assassinés.

Les Jeux reprirent le lendemain. La plupart des 80 000 personnes présentes dans le Stade Olympique pour assister au match de football opposant l'Allemagne de l'Ouest à la Hongrie se comportèrent comme si rien ne s’était passé la veille. Lorsque plusieurs spectateurs déployèrent une banderole portant l'inscription « 17 morts, déjà oublié ? » des agents de sécurité saisirent la banderole et expulsèrent les spectateurs qui l'avaient déployée [6],[7].

Révélations de Der Spiegel[modifier | modifier le code]

En juin 2012, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, s'appuyant sur un rapport du Service fédéral de renseignement (BND) révèle que deux militants néo-nazis, Willi Pohl et Wolfgang Abramowski[8], auraient aidé l'organisation palestinienne Septembre noir dans les préparatifs de la prise d'otage des athlètes israéliens. Der Spiegel affirme que le chef des services secrets de l'OLP avait chargé l'un d'eux de perpétrer des attentats et des prises d'otage, notamment à la cathédrale de Cologne (ouest) afin de venger la mort des cinq Palestiniens du commando tués par les policiers allemands[9].

Les sportifs israéliens assassinés[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative devant le bâtiment de la prise d'otages.

Voici les noms des 11 sportifs israéliens assassinés lors de cette prise d'otages :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles de presse[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) J. K. Cooley, Green March Black September : The Story of the Palestinian Arabs, Londres,‎ 1973 (ISBN 0-7146-2987-1)
  • Dahlke, Matthias (Munich 2006), Der Anschlag auf Olympia '72. Die politischen Reaktionen auf den internationalen Terrorismus in Deutschland, Martin Meidenbauer Verlag ISBN 3-89975-583-9.
  • Daoud, M. (Abu Daaud) (New York, 2002) Memoirs of a Palestinian Terrorist ISBN 1-55970-429-2
  • Khalaf, Salah (Abu Iyad) (Tel Aviv, 1983) Without a Homeland : Conversations with Eric Rouleau
  • Morris, B. (New York, 1999 et 2001), Righteous Victims : A History of the Zionist-Arab conflict, 1881-2000, Vintage Books édition ISBN 0-679-74475-4
  • Reeve, S. (New York, 2001), One Day in September : the full story of the 1972 Munich Olympic massacre and Israeli revenge operation 'Wrath of God' ISBN 1-55970-547-7

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • TREVI, une structure de coopération policière européenne créée (entre autres) à la suite de cette prise d'otages

Liens externes[modifier | modifier le code]

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