Principauté de Salm-Salm

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Principauté de Salm-Salm

17511793

Drapeau
Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Senones
Langue français
Démographie
Population 1751 ≈ 10 000
Superficie
Superficie 1751 240 km²
Histoire et événements
21 décembre 1751 Création
2 mars 1793 Rattachement à la République française
Princes
1751-1770 Nicolas Léopold
1770-1778 Louis Charles Othon
1778-1793 Constantin Alexandre

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La principauté de Salm-Salm forme, à la fin du XVIIIe siècle, un territoire recentré, vestige d'une seigneurie autrefois plus vaste nommée Salm-en-Vosges. Elle succède à un territoire historique plus vaste séparé en 1598 par un long indivis ; le comté de Salm du comte Jean IX, devenu, après 1600 par le mariage de sa fille Christine, partie du duché de Lorraine d'une part, et une première principauté de Salm qui désigne commodément l'autre moitié du comté de Salm attribuée au rhingrave Frédéric, comte sauvage du Rhin élevé en 1602 au statut de prince d'Empire d'autre part.

La principauté de Salm-Salm n'existe effectivement qu'entre 1751 et 1793. Elle est souveraine bien que les Français disposent d'un droit de libre passage. Après l'annexion ratifiée le 2 mars 1793, la Convention sépare l'ancien territoire princier en deux cantons des Vosges, le canton de Senones et le canton de La Broque, ce dernier canton complété ultérieurement par l'apport d'autres communes du val de Bruche.

La refondation de la principauté[modifier | modifier le code]

Réunion de deux rameaux de Salm[modifier | modifier le code]

Les Salm descendant du Rhingrave Frédéric s'étaient séparés au XVIIe siècle en plusieurs branches ; celle de Neufville de la ligne de Dhaun avait reçu la dignité princière (princes de Salm), mais avait aussi donné naissance au rameau collatéral des ducs de Hoogstraten.

Article détaillé : Maison de Salm.

Le prince de Salm Louis Othon avait pour seule héritière sa fille aînée Dorothée, laquelle épousa en 1719 son cousin Nicolas- Léopold, du rameau collatéral des ducs de Hoogstraten. À la mort du prince en 1738, le rameau de Hoogstraten recueillit alors la dignité princière, et Nicolas-Léopold prit le titre de prince de Salm-Salm pour signifier cette réunion. Le territoire de la principauté restait inchangé, partagé avec le comté de Salm des ducs de Lorraine.

Refonte du territoire[modifier | modifier le code]

La principauté de Salm, depuis 1623, formait un territoire morcelé, imbriqué dans les territoires du comté de Salm dévolu au duc de Lorraine. Elle formait aussi une enclave germanique entre le duché de Lorraine, dépendant de l'Empire, et l'Alsace, partiellement occupée par la France par les traités de 1648.

À partir de 1736, par le traité de Vienne, il fut établi par convention entre le roi Louis XV de France et l'empereur Charles VI du Saint-Empire que le duc François III de Lorraine renoncerait à ses États en faveur de l'ex-roi de Pologne Stanislas Leszczyński, beau-père en exil du roi de France. Celui-ci deviendrait duc « viager » de Lorraine et de Bar et à sa mort, la Lorraine et le Barrois seraient rattachés à la France. Nicolas-Léopold craignit qu'à cette occasion, sa principauté ne subisse le même sort. Après de longues négociations, il obtint qu'une convention soit signée le 21 décembre 1751 entre lui-même, Stanislas et Louis XV. Un nouveau partage entre le comté et la principauté y était décidé, sorte de remembrement aboutissant cette fois à deux aires géographiquement bien distinctes.

La prncipauté après 1751

La Lorraine acquit l'ouest du territoire avec Badonviller pour capitale, et les Salm-Salm abandonnaient leurs droits sur la baronnie de Fénétrange. L'essentiel de l'ancien comté, sur la rive gauche de la Plaine, était en revanche attribué en pleine propriété aux princes de Salm-Salm, comprenant une trentaine de localités : le bourg de Senones qui devint capitale de la principauté, Ménil et Saint-Maurice-les-Senones, Vieux-Moulin et les Frénot, Allarmont, Albet, La Broque, Grandfontaine, les forges de Framont, Fréconrupt, Vipucelles et Quevelles, Plaine, Champenay, Diespach, Saulxures, Bénaville et le Palais, La Petite-Raon, Paulay, Raon-sur-Plaine, Celles, Moussey, Belval, Saint-Stail, Grandrupt, Le Vermont et Vexaincourt, soit une population d'environ 10 000 habitants. La principauté couvrait un territoire d'environ 240 kilomètres carrés (20 km sur 12).

Un nouvel État souverain[modifier | modifier le code]

La nouvelle prospérité[modifier | modifier le code]

Le partage avait favorisé la nouvelle principauté de Salm-Salm, en extension comme en ressources naturelles ou artisanales. On y cultivait le seigle, le sarrasin, l'orge, la pomme de terre et un peu de froment, du chanvre et du lin. On y trouvait des forêts de sapins et donc des scieries, il y avait des lièvres, des sangliers, des chevreuils et des perdrix ; dans les rivières, des truites, des lottes et des ombres. Beaucoup d'arbres fruitiers, des cerisiers en quantité.

Il y avait aussi des forges. Les activités minières et métallurgiques constituèrent le patrimoine de loin le plus considérable des seigneurs de Salm. C'est en effet à Framont-Grandfontaine que fut édifiée au milieu du XVIe siècle la première entreprise sidérurgique « moderne » des Vosges où se coulait la fonte tout au long de l'année, et non plus sur quelques mois avant destruction des hauts fourneaux. L'importance des filons métallifères (et non la qualité) contribua à la puissance et à la renommée des forges princières de Salm-Salm au XVIIIe siècle. Lors de l'annexion de la Principauté par la France révolutionnaire, la famille Champy (originaire de Bourgogne) s'en rendit propriétaire en 1796 et en poursuivit l'exploitation avec succès. Progressivement concurrencées par l'utilisation à moindre coût du charbon minéral, les forges survécurent difficilement pour disparaître en 1857.

Princes souverains de Salm-Salm[modifier | modifier le code]

La capitale et la cour des princes[modifier | modifier le code]

Dans leur nouvelle capitale, Senones, les princes firent édifier deux châteaux entre 1754 et 1781, ainsi que plusieurs hôtels particuliers. Ils ordonnèrent aussi divers embellissements. Dom Augustin Calmet, abbé bénédictin de Senones et historien érudit, participa à la reconstruction du monastère dont il avait la charge, et contribua à faire connaître la principauté. Voltaire lui-même y fut son invité en 1744 et 1754. Bien qu'elles aient été transformées en usines textiles au XIXe siècle, les constructions princières et l'abbaye furent classées monuments historiques dans les années 1980.

Le rattachement à la France[modifier | modifier le code]

Pierre commémorative de la principauté de Salm à Grandfontaine (Bas-Rhin)
Article détaillé : Princes possessionnés d'Alsace.

La principauté de Salm avait réussi à conserver son indépendance politique et économique après les traités de Westphalie qui accordaient au roi de France les possessions alsaciennes des Habsbourg alors que la partie duché de Lorraine demeurait au Saint-Empire romain germanique. Au même titre que la principauté, la ville de Mulhouse, le comté de Montbéliard avec Riquewihr et le comté de Nassau-Sarrewerden étaient aussi considérés comme des territoires étrangers susceptibles d’être annexés. Les princes de Salm-Salm (princes possessionnés d'Alsace) étaient donc considérés comme seigneurs au service de l’Empire et dont le territoire, enclavé dans les possessions du nouvel État français, constituait pour l'Assemblée constituante un obstacle à l’unification et à la sécurité du sol national.

Senones : monument commémorant le rattachement à la France

Scrutant avec inquiétude les bouleversements provoqués par la Révolution française, et l'échec de la fuite de la famille royale à Varennes-en-Argonne, le prince Constantin Alexandre prend la sage précaution de se retirer définitivement le 15 août 1791 de Senones, capitale de sa principauté vosgienne et gagne son château d'Anholt en Westphalie. Ce domaine a été acquis en 1647 par le mariage du prince Léopold Philippe Charles de Salm avec l’héritière des comtes d'Anholt, Anna-Maria.

La Convention nationale, ayant interdit - plus formellement en 1792 sous peine de mort - la sortie des denrées du territoire national français en temps de guerre, se borne à établir un blocus économique de la principauté et provoque une crise alimentaire dans la principauté. Les pourparlers engagés depuis Anholt par le prince Constantin et par des émissaires de la principauté n’aboutissent point, ouvrant la voie à une procédure d’annexion de l’enclave pour les partisans de la République ou les ennemis de l'ancien ordre religieux au sein des instances représentatives de la principauté. Le conseil municipal de Senones n'a d'autre choix que de voter le rattachement à la République française le 21 février 1793. Le traité, ratifié à Paris par la Convention nationale le 2 mars 1793, précise, non sans cynisme, que la Convention accepte : « le vœu librement émis par le peuple de la ci-devant principauté de Salm … ». Sous l'égide du conventionnel Couthon, l’ancien territoire de la principauté qui compte plus de 12 000 habitants est définitivement incorporé au département des Vosges.

Un monument de 1893, sur la place du « nouveau château » à Senones, commémore le centenaire du rattachement.

Le train du Rabodeau[modifier | modifier le code]

Un club de passionnés réussit quelques décennies à entretenir en état de marche le train à vapeur du Rabodeau, joignant Étival-Clairefontaine à Senones (18km) via Moyenmoutier, le trajet aller comme retour s'effectuant en une demi-heure. Ce train était une attraction touristique, et fut parfois affrêté pour accueillir des cortèges de mariage. Son activité s'arrête cependant en 1982

Au présent[modifier | modifier le code]

Le régiment de Salm-Salm fut dissous le 1er janvier 1791 ; il devint le 62e de ligne qui participa à la bataille de Valmy. L'office de tourisme de Senones a choisi de mettre en valeur ce passé historique, reconstituant une section de ce régiment et organisant, pour les touristes, une relève de la garde.

La relève de la garde de Salm à Senones

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Devenu persona non grata dès que sa présence est connue en principauté de Salm-Salm, Voltaire s'est vu octroyer un délai de trois jours pour en déguerpir. Invité généreusement par l'abbé de Senones, dom Calmet, alors que de retour de Prusse il se morfond à Colmar, il découvre pendant son court séjour de quinze jours l'érudition des moines et la qualité de leur bibliothèque. Prenant les eaux à Plombières, il se confond en remerciements épistolaires auprès de son hôte. Ce dernier abbé, vaillant octogénaire, avoue sa surprise devant l'intransigeance du prince vis-à-vis de son invité, si sérieux et si studieux qu'il n'aurait point été surpris d'une prochaine conversion. Mais Voltaire, même en méforme, redevenant le malicieux satiriste, ironise aussi sur le délai si généreux qui lui a été accordé pour quitter un minuscule territoire « dont un escargot ferait le tour en une journée » selon lui.

Notes et références[modifier | modifier le code]


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • BRIGNON Marc, « La fin du château de Salm », Revue Lorraine (56), 1984
  • Pierre de la Condamine, Salm en Vosges, nouvelle édition augmentée, Éd. du Palais Royal, Paris, 1974.
  • ERPELDING Danièle, Actes des princes lorrains, 1re série, Actes des comtes de Salm, université de Nancy II, UER de recherche régionale, 1979
  • FISCHER Gérard et Marie-Thérèse, L'Ancien Ban de Plaine au fil du temps, 1979
  • FISCHER Gérard et Marie-Thérèse, La Broque, ancienne terre de Salm, 1988
  • GENY Pierre, Étude sur les paroisses du val d'Allarmont. Chapitre II, « L'abbaye de Senones et les comtes de Salm »
  • LEYPOLD Denis, La Métallurgie du fer dans le massif vosgien, la vallée de la Bruche de l'Antiquité au XIXe siècle, Société savante d'Alsace, 1996
  • LEYPOLD Denis, « Contribution à la connaissance du château de Salm, données historiques et architecturales », L'Essor, n° 139, 1988
  • LEYPOLD Denis, « Nouvelles données historiques sur le château de Salm : le point sur sa construction », L'Essor, n° 151, 1991
  • PUPIER Jean-Luc (et collaborateurs), « Senones à travers les âges », Bulletin des Amis de la Bibliothèque de Senones, n° 3, Senones, 1983
  • SEILLIERE Frédéric, Document pour servir à l'histoire de la Principauté de Salm en Vosges et de la Ville de Senones, sa capitale, réédition par les Éditions Jean-Pierre Gyss, Strasbourg, 1982.
  • Société philomatique vosgienne, Histoire des terres de Salm, SPV, Saint-Dié-des-Vosges, 1994.

Liens externes[modifier | modifier le code]