Principauté d'Antioche

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Principauté d'Antioche, 1135.

La principauté d’Antioche, dont le territoire est en Turquie et en Syrie, était l'un des États latins d'Orient constitué lors des croisades (1098-1268).

Histoire[modifier | modifier le code]

La fondation de la principauté est due à la seule volonté de Bohémond de Tarente de se tailler un État en Terre Sainte. Avant de participer à la croisade, Bohémond de Tarente, fils aîné de Robert Guiscard, s'était vu préférer son demi-frère cadet Roger Borsa comme duc des Pouilles et de Calabre.

Antioche était une ancienne ville byzantine qui n'avait été conquise par les musulmans qu'une dizaine d'années auparavant, en 1084. Et lors de leur passage à Constantinople, le basileus Alexis Ier Comnène avait exigé par serment des principaux chefs croisés qu'ils lui restituent les terres précédemment perdues par les Byzantins - et seul Raymond IV de Toulouse avait refusé de prêter serment.

La prise d'Antioche[modifier | modifier le code]

Face aux difficultés pour assiéger Antioche, Bohémond vit là l'occasion de se faire accorder un fief. Tout d'abord il menaça, prétextant l'allongement du siège, de retourner en Italie chercher des renforts, mais ses capacités de stratège et l'importance du contingent l'accompagnant étaient nécessaires aux croisés, qui lui promirent tout ce qu'il souhaitait pour qu'il restât. Ensuite, le départ de Tatizius, le représentant du Basileus lui donna l'occasion de prétendre à une trahison, laquelle pouvait autoriser les croisés à se considérer déliés de leur serment. Enfin, s'étant assuré - par une intelligence à l'intérieur de la ville - d'y pouvoir enfin pénétrer, il fit promettre par les chefs de la croisade que le premier à y entrer la posséderait. C'est ainsi qu'au petit matin du 3 juin 1098, lorsque la ville fut investie, seule la bannière de Bohémond flottait sur la ville.

À peine entrés dans la ville, les croisés doivent subir à leur tour le siège mis en place par une armée seldjoukide qui tenta de reprendre la ville. La découverte de la Sainte-Lance permit aux croisés de reprendre courage et de repousser cette armée. Bohémond devint alors le chef incontesté de la ville et refusant le titre byzantin de duc d'Antioche, s'intitula prince d'Antioche, marquant ainsi une indépendance vis-à-vis de Byzance.

Les premières décennies[modifier | modifier le code]

Carte des états latins d'Orient.

Le 13 juin 1098, Les armées croisées reprennent leur routes vers Jérusalem, excepté Bohémond qui doit désormais assurer son fief, sinon l'étendre. Il est cependant capturé en 1100 et son neveu Tancrède devient régent et agrandit la principauté, prenant les villes de Tarse et Latakia à l'Empire byzantin. Bohémond fut libéré en 1103, et laissa la régence à Tancrède pour partir chercher de nouvelles troupes en Italie. Il utilisa ses troupes pour attaquer Byzance en 1107 et fut battu à Dyrrhachium et fut obligé par Alexis Ier Comnène de signer le traité de Déabolis dans lequel il acceptait qu'Antioche reconnaissait être vassal de l'Empire Byzantin jusqu'à la mort de Bohémond et le retour à Byzance des terres conquises par les croisés depuis leur passage à Constantinople en 1097. Bohémond attaqua aussi Alep avec Baudouin Ier de Jérusalem et Josselin Ier d'Édesse, et quand Baudouin et Josselin furent capturés, Tancrède devint aussi régent d'Edesse. Bohémond laissa une fois de plus la régence à Tancrède pour repartir en Italie, où il mourut en 1111.

Alexis Ier réclama le retour de la principauté à Byzance, mais Tancrède, soutenu par le comte de Tripoli et le roi de Jérusalem refusa. Il mourut en 1112 et Bohémond II lui succéda, sous la régence du neveu de Tancrède, Roger de Salerne, qui battit les Seldjoukides en 1113.

Cependant, le 27 juin 1119, Roger fut tué à Ager Sanguinis et Antioche devint un état vassal de Jérusalem avec le roi Baudouin II comme régent jusqu'en 1126. Bohémond II, qui épousa Alix, fille de Baudouin II, ne gouverna que quatre ans, avant d'être tué en 1130, et Baudouin II, puis son gendre Foulque d'Anjou assurèrent la régence au nom de Constance, la fille de Bohémond II. En 1136, Constance, encore âgée de 10 ans, épousa Raymond de Poitiers, qui en avait 36.

Raymond, comme ses prédécesseurs, attaqua la province byzantine de Cilicie. L'empereur Jean II Comnène riposta et assiégea Antioche, força Raymond à reconnaître sa suzeraineté et une administration grecque, mais une émeute formentée par Josselin II d'Édesse obligea les grecs à fuir la ville. Jean II projetait de reprendre les états croisés quand il mourut en 1142.

La principauté, entre Byzance et l'Arménie[modifier | modifier le code]

Après la chute d'Édesse en 1144, Antioche fut attaquée par Nur ad-Din. Mal secouru par la deuxième croisade, la plus grande partie de l'est de la principauté fut perdue et Raymond fut tué à la bataille d'Inab en 1149. Baudouin III de Jérusalem devint régent au nom de la veuve de Raymond, jusqu'en 1153 quand elle épousa Renaud de Châtillon. Renaud entra immédiatement en conflit avec Byzance, ayant pillé l'île byzantine de Chypre. Il fut attaqué en 1158 par Manuel Ier et dut s'humilier et reconnaître sa suzeraineté.

Renaud fut fait prisonnier par les Musulmans en 1160 et la régence fut assurée par le patriarche d'Antioche (Renaud ne fut pas libéré avant 1176, et ne revint jamais à Antioche). Manuel épousa Marie, fille de Raymond et de Constance. En 1163, Bohémond III succéda à sa mère, mais fut fait aussi prisonnier dans les années qui suivirent et le cours de l'Oronte devint la frontière définitive entre Alep et Antioche. Bohémond revint en 1165 et épousa une nièce de Manuel Ier ; il autorisa aussi l'établissement d'un patriarche grec orthodoxe dans la ville.

Grâce à l'aide de flottes italiennes, l'état d'Antioche survécut à la reconquête de Saladin. Ni Antioche, ni Tripoli ne participèrent à la troisième croisade, bien que les restes de l'armée de Frédéric Barberousse s'arrêtèrent quelque temps à Antioche en 1190 pour enterrer leur roi. Le fils aîné de Bohémond III, nommé Raymond devint comte de Tripoli après la bataille de Hattin et épousa une princesse arménienne en 1194, mais mourut en 1199. Bohémond III mourut en 1201.

Sa succession fut le début d'une guerre se succession entre Bohémond IV, second fils de Bohémond III, soutenu par les Latins d'Antioche, et Raymond-Roupen, fils de Raymond et petit-fils de Bohémond III, soutenu par les Arméniens. Ce ne fut qu'en 1221 avec la mort de Raymon-Roupen que la guerre prit fin. Bohémond IV mourut en 1233 et Antioche, gouverné par son fils Bohémond V ne prit pas grande part à la cinquième croisade, ni à la lutte entre Frédéric II et les barons d'orient, ni à la septième croisade de Saint-Louis. Bohémond IV évita habilement de se soumettre à l'empereur germanique en réaffirmant la suzeraineté byzantine sur la principauté d'Antioche.

La chute de la principauté[modifier | modifier le code]

En 1254, Bohémond VI épousa Sibylle, une princesse arménienne, mettant fin à la lutte entre les deux états, bien que sur ce point la Petite-Arménie était le plus puissant des deux et Antioche était le vassal. Alors commença le conflit entre les Mamelouks et les Mongols ; quand les Mongols furent vaincus à la bataille d'Aïn Djalout en 1260, Baybars se retourna contre leurs alliées, Antioche et l'Arménie. La ville fut prise en 1268 avec la totalité du nord de la Syrie franque ; trente trois ans plus tard, ce fut le tour d'Acre et les état croisés disparurent. Le titre de prince d'Antioche passa à l'extinction des comtes de Tripoli, aux rois de Chypre issus d'une branche cadette de la famille de Poitiers-Antioche.

Géographie et démographie[modifier | modifier le code]

La principauté était, même pendant sa plus grande extension, plus petite que le comté d'Édesse et que le royaume de Jérusalem. Elle s'étendait au nord-est du bord de la mer Méditerranée, et bordé par le comté de Tripoli au sud, le comté d'Édesse au nord-est, les États musulmans (notamment ayyubide et mamelouk) à l'est, éphémèrement l'empire byzantin et surtout le Royaume arménien en Cilicie au nord-ouest.

Il y avait probablement 20 000 habitants au XIIe siècle, principalement des arméniens et des chrétiens orthodoxes, avec quelques musulmans à l'extérieur de la ville. Il y avait très peu de catholiques romains en dehors des croisés, même si un patriarcat latin y fut établi en 1100.

Institutions[modifier | modifier le code]

Indépendance[modifier | modifier le code]

  • De tous les États francs d'Orient, seule la principauté d'Antioche ne relevait pas du royaume de Jérusalem[1] : le prince d'Antioche ne prête pas l'hommage et dispose d'une pleine souveraineté. Pour ce qui est des rapports de la principauté avec Constantinople, la situation peut être résumée à grandes lignes. Bohémond de Tarente en 1108 (traité de Deabolis-Devol) avait fini par se reconnaître l'homme lige du basileus. Mais Tancrède, qui est régent pendant la minorité de Bohémond II, ne cède pas aux exigences des Byzantins. Il faut attendre la campagne de 1137, menée par Jean II Comnène, pour que le prince d'Antioche reconnaisse la souveraineté byzantine.
  • Cependant, bien que la principauté d'Antioche ne soit pas du royaume, il peut arriver que le roi de Jérusalem la gouverne quand son prince vient à manquer[1],[Note 1]

Seigneuries vassales[modifier | modifier le code]

Les principales seigneuries vassales de la principauté d'Antioche sont :

  • la seigneurie de Valénie et Marqab ;
  • la seigneurie de Saône et de Sardoine ;
  • la seigneurie de Harrenc ;
  • la seigneurie de Cerep ;
  • la seigneurie de Capharda.

Par ailleurs, il arriva que le prince d'Antioche revendiquât la suzeraineté de ses voisins : Tancrède revendiquait cette qualité pour le comté d'Édesse et il fut un temps le suzerain du comte de Tripoli Guillaume Jourdain[2].

Armoiries[modifier | modifier le code]

Armoiries Bohémond d'Antioche.svg Armoiries Bohémond VI d'Antioche.svg

On attribue à Bohémond Ier de Tarente les armes d'argent, à la branche de fougère de sinople, nouée d'or et renversée en pal. Elles sont cependant attribuées a posteriori, car les blasons n'apparaissent qu'un demi-siècle après la mort de Bohémond.

Plus tard, Bohémond VI d'Antioche portait : écartelé, en 1 et 4 de gueules et en 2 et 3 d'azur semé de fleurs de lys d'or et il est précisé que Saint Louis lui avait permis d'écarteler son blason avec les lys de France, ce qui laisse penser que les précédents princes portaient : de gueules plein.

Liste des princes d'Antioche[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des princes d'Antioche.

Organisation de la principauté[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ainsi, Baudouin II de Jérusalem gouverna à la mort de Roger de Salerne, puis à la mort de Bohémond II. Le roi Foulque de Jérusalem assura la régence de la principauté pour Constance fille de Bohémond II.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Élisabeth Crouzet-Pavan, Le Mystère des rois de Jérusalem (1099-1187), Albin Michel, 2013, p. 246.
  2. Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'époque des Croisades et la principauté franque d'Antioche], thèse de doctorat ès-Lettres, Université de Paris, éditions P. Geuthner (1940), p. 437.