Préfecture de Karafuto

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Préfecture de Karafuto
樺太庁 (ja)
Karafuto-chō (ro)

1907 – 1945

Drapeau Blason
alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Situation de la préfecture de Karafuto sur l'île de Sakhaline.

Informations générales
Statut Préfecture de l'empire du Japon
Capitale Toyohara
Langue Japonais
Monnaie Yen
Démographie
Population 406 557 hab. (décembre 1941)
Superficie
Superficie 36 090,3 km²
Histoire et événements
1907 Fondation de la préfecture
1905 (-1907) Début d'une colonisation
1943 Intégration comme partie intégrante du territoire japonais
1er décembre 1945 Autonomie
25 août 1945 Occupation soviétique

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La préfecture de Karafuto (樺太庁, Karafuto-chō?), aussi appelée Sakhaline du Sud, est une ancienne division administrative japonaise qui exista sur l'île de Sakhaline de 1905 à 1945. À la suite du traité de Portsmouth qui mettait fin à la guerre russo-japonaise (1904-05), la partie de Sakhaline située sous le 50e parallèle nord devint une colonie japonaise. En 1907, la préfecture de Karafuto fut établie avec pour première capitale Ōtomari (大泊, aujourd'hui Korsakov) en 1905 puis Toyahara (aujourd'hui Ioujno-Sakhalinsk) en 1907. En 1945, à la suite de la défaite du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, l'administration japonaise de Karafuto cessa d'exister et, depuis 1951, la partie sud de Sakhaline est intégrée au territoire russe.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premiers établissements japonais dans l'îles datent au plus tard de l'époque Edo (1603-1868). La ville d'Ōtomari fut fondée en 1679 et des cartographes du domaine de Matsumae réalisèrent une carte de l'île qu'ils nommèrent “Kita-Ezo”. L'explorateur et cartographe japonais Rinzō Mamiya prouva que Sakhaline était une île avec sa découverte du détroit de Mamiya (aujourd'hui appelé détroit de Tartarie) en 1809. Le Japon proclama unilatéralement sa souveraineté sur l'île entière en 1845, ignorant alors les révendications de l'empire russe.

En 1855, le traité de Shimoda reconnu que les deux pays (Russie et Japon) avaient chacun le droit d'occuper Sakhaline mais sans définir une ligne de démarcation précise. Cette ambiguïté amena des tensions entre les colons qui commençèrent à s'installer sur l'île dans les années 1860. Le shogunat Tokugawa tenta alors d'acheter l'île mais l'empire russe refusa et le nouveau gouvernement de Meiji fut incapable de négocier une partition de l'île en territoire distincts.

Avec le traité de Saint-Pétersbourg de 1875, le Japon acceptait d'abandonner ses révendications sur Sakhaline en échange de la propriété incontestée des îles Kouriles.

L'île de Sakhaline fut envahie par le Japon vers la fin de la guerre russo-japonaise en 1905 mais le traité de Portsmouth qui mit fin au conflit ne l'autorisait qu'à conserver la partie sud de l'île, sous le 50e parallèle nord. La Russie conservait la partie nord bien que les Japonais reçurent en échange d'avantageux droits commerciaux comme la possibilité de pêcher et d'exploiter les ressources minières de la partie nord.

En 1907, la préfecture de Karafuto fut officiellement établie, avec pour capitale Ōtomari. En 1908, la capitale fut déplacée à Toyohara.

Suite à l'incident de Nikolaïevsk en 1920, le Japon occupa brièvement la moitié nord de l'île, jusqu'à l'établissement de relations diplomatiques officielles avec la toute nouvelle Union soviétique en 1925. Cependant, le Japon continua de maintenir des concessions sur le charbon et le pétrole dans la partie nord jusqu'en 1944. En 1920, Karafuto devint officiellement un territoire outre-mer du Japon et son administration et développement furent régies par le ministère des Affaires coloniales.

En 1942, Karafuto devint une partie intégrante du territoire japonais (内地 naichi).

Invasion soviétique[modifier | modifier le code]

Siège de la préfecture de Karafuto.

En août 1945, après avoir répudié le pacte nippo-soviétique, l'Union soviétique envahi Karafuto. L'attaque commença le 11 août 1945, quelques jours avant la reddition du Japon. Le 56e corps de fusiliers soviétique, faisant partie de la 16e armée, constitué de la 79e division de fusiliers, de la 2e et 5e brigade de fusiliers et de la brigade blindée 214, attaqua la 88e division d'infanterie japonaise. Bien que les Soviétiques avaient un sérieux avantage numérique (trois contre un), ils progressèrent lentement en raison d'une forte résistance de la part des Japonais. Ce n'est que lorsque la 113e brigade de fusilers et le 365e bataillon naval indépendant de fusiliers, partis de Sovetskaïa Gavan sur le continent, débarquèrent à Tōro, un village situé sur la côte ouest de l'île, le 16 août 1945, que les Soviétiques réussirent à casser la ligne de défense japonaise. La résistance des Japonais s'affaiblissait petit à petit suite à ce débarquement mais les combats continuèrent quand même jusqu'au 21 août. Le 22 et 23 août, la plupart des unités japonaises acceptèrent un cessez-le-feu. Les Soviétiques terminèrent la conquête complète de l'île le 25 août 1945 avec la prise de la capitale Toyohara.

Évacuation japonaise de l'île[modifier | modifier le code]

Frontière entre la préfecture de Karafuto au sud et la partie soviétique au nord.

Lors de l'offensive soviétique en août 1945, plus de 400 000 personnes vivaient sur Karafuto. La plupart étaient d'origine japonaise ou coréenne, bien qu'une petite communauté de Russes blancs s'y trouvait ainsi que quelques Aïnoues. Au moment du cessez-le-feu le 22 et 23 août, 100 000 civils avaient déjà quitter l'île pour rejoindre Hokkaido au sud. Le gouvernement militaire établi par l'armée soviétique interdit la presse locale, confisqua les voitures et les postes de radio et imposa un couvre-feu. Les bureaucrates et fonctionnaires locaux aidèrent les autorités russes dans le processus de reconstruction avant d'être déportés dans des camps de travail dans le nord de l'île ou en Sibérie. Dans les écoles, des cours sur le marxisme-léninisme furent introduits et les enfants japonais furent obligés de chanter des chansons à la gloire de Staline.

Petit à petit, Karafuto perdait son identité japonaise. Le sud de l'oblast de Sakhaline fut incorporé en février 1946 et, en mars, toutes les villes, villages et rues furent renommés avec des noms russes. De plus en plus de colons russes arrivèrent sur l'île, avec lesquels les Japonais furent obligés de partager leurs habitations. En octobre 1946, les Soviétiques commencèrent à rapatrier tous les Japonais restants. En 1950, la plupart d'entre eux avaient été renvoyés, volontaires ou non, sur Hokkaido. Ils durent laisser tous leurs biens derrière eux, même l'argent, russe ou japonais, et arrivèrent au Japon ruinés et sans-abri. Aujourd'hui, certains d'entre eux gardent vivante la mémoire de l'île où ils habitaient avec la Karafuto Renmei, une association regroupant les anciens résidents de Karafuto.

Aucun traité de paix ne fut signé entre le Japon et la Russie, et le statut des îles Kouriles voisines reste disputé. Le Japon renonca à sa souveraineté sur le sud de Sakhaline lors du traité de San Francisco de 1952 mais n'a jamais officiellement reconnu la souveraineté russe dessus. Cependant, contrairement aux îles Kouriles, la zone n'est pas disputée entre les deux pays, car ils reconnaissent tous les deux que le Japon a renoncé à ses revendications territoriales.

Statut actuel[modifier | modifier le code]

En 1945, avec la défaite du Japon dans la Seconde Guerre mondiale, l'administration japonaise de Karafuto cessa d'exister et, en 1951, au traité de San Francisco, le Japon renonca à ses droits sur Sakhaline. Depuis cette époque, la partie sud de l'île fait partie de la Russie.

(Pour l'histoire moderne, voir oblast de Sakhaline)

Économie[modifier | modifier le code]

Cette locomotive japonaise à vapeur D51 se trouve aujourd'hui à la gare de Ioujno-Sakhalinsk sur l'île russe de Sakhaline. Elle fut utilisée par les Soviétiques jusqu'en 1979.

L'économie d'avant-guerre de Karafuto était basée sur la pêche, l'exploitation forestière et l'agriculture, ains que l'extraction de pétrole et de charbon. En ce qui concernait l'industrie, la fabrication de papier et de charbon de bois était plutôt bien développée. Karafuto souffrit d'un manque de main-d'œuvre pendant la majeure partie de son histoire, et des avantages fiscaux furent prévus pour encourager l'immigration. Durant la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de Coréens furent également installés de force sur Karafuto.

Un important réseau ferroviaire fut construit pour les besoins de l'extraction minière. La société des chemins de fer de Karafuto (樺太鉄道局, Karafuto Tetsudōkyoku?) gérait 682,6 km de voie sur 4 lignes principales, plus 58,2 km sur des lignes annexes.

Administration[modifier | modifier le code]

Karafuto fut administré à partir du gouvernement central à Tokyo par le département de la colonisation du ministère des Affaires intérieures. Le département de la colonisaion devint le ministère des Affaires coloniales (拓務省, Takumushō?) en 1923 au moment où Karafuto fut officiellement désigné comme territoire d'outre-mer de l'empire du Japon.

Lorsque le ministère des Affaires coloniales fut absorbé par le ministère de la Grande Asie de l'Est en 1942, l'administration de Karafuto fut séparé et la préfecture devint partie intégrante du territoire japonais.

Liste des gouverneurs de Karafuto[modifier | modifier le code]

Nom De À
Kiichirō Kumagai 28 juillet 1905 31 mars 1907
Kusunose Yukihiko 1er avril 1907 24 avril 1908
Tokonami Takejirō 24 avril 1908 12 juin 1908
Sadatarō Hiraoka 12 juin 1908 5 juin 1914
Bunji Okada 5 juin 1914 9 octobre 1916
Akira Masaya 13 octobre 1916 17 avril 1919
Kinjirō Nagai 17 avril 1919 11 avril 1924
Akira Masaya (Second mandat) 11 juin 1924 5 août 1926
Katsuzō Toyota 5 août 1926 27 juillet 1927
Kōji Kita 27 juillet 1927 9 juillet 1929
Shinobu Agata 9 juillet 1929 17 décembre 1931
Masao Kishimoto 17 décembre 1931 5 juillet 1932
Takeshi Imamura 5 juillet 1932 7 mai 1938
Munei Toshikazu 7 mai 1938 9 avril 1940
Masayoshi Ogawa 9 avril 1940 1er juillet 1943
Toshio Ōtsu 1er juillet 1943 11 novembre 1947

Principales villes[modifier | modifier le code]

La préfecture de Karafuto divisées en 4 sous-préfectures, Toyohara, Maoka, Esutoru et Shikuka.

En 1945, la préfecture de Karafuto était divisée en quatre sous-préfectures divisée en 11 districts eux-mêmes divisés en 41 municipalités (1 ville, 13 bourgs et 27 villages).

La plus grande ville était Toyohara. Les autres villes importantes étaient Esutoru au nord et Maoka à l'ouest.

La liste ci-dessous sont les villes et bourgs de la préfecture. Les noms en italique sont les noms russes.

Sous-préfecture d'Esutoru (恵須取支庁)

Sous-préfecture de Maoka (真岡支庁)

Sous-préfecture de Shikuka (敷香支庁)

Sous-préfecture de Toyohara (豊原支庁)

Dénomination[modifier | modifier le code]

Le nom japonais Karafuto (樺太?) vient de l'Aïnou Kamuy Kar Put Ya Mosir (カムイ・カ・プ・ヤ・モシ), qui signifie "l'île qu'un dieu créa sur l'estuaire (du fleuve Amour)". Elle fut autrefois connue sous le nom de Kita Ezo (北蝦夷?), ce qui signifie "Nord-Ezo" (Ezo est l'ancien nom d'Hokkaido). Lorsque les Japonais administraient la préfecture, Karafuto désignait seulement le sud de Sakhaline. Pour plus de commodité, la partie nord fut parfois appelée Sagaren (薩哈嗹?).

En russe, l'île entière s'appelait Sakhalin (Сахалин) ou Saghalien. Ces mots venaient du mandchou Sahaliyan Ula Angga Hada qui signifiait "sommet de l'embouchure du fleuve Amour". La partie sud était simplement appelée Yuzhny Sakhalin (Южный Сахалин, "Sakhaline du Sud").

En coréen, le nom est Sahallin (사할린) mais Hwataedo (화태도, 樺太島) était le nom utilisé pendant l'occupation japonaise de la Corée.

Expansion prévue[modifier | modifier le code]

Comme le Japon étendait peu à peu son influence sur l'Asie de l'Est et le Pacifique avec la création de la sphère de coprospérité de la grande Asie de l'Est, l'armée impériale japonaise dans ses plans pour attaquer l'Union soviétique abandonnés par l'engagement du Japon dans la guerre du Pacifique ou suite à l'invasion allemande de l'URSS, proposait d'annexer la partie nord de l'île de Sakhaline au Japon.

Références[modifier | modifier le code]

  • Sevela, Marie, « Sakhalin : The Japanese under Soviet rule ». History and Memory, 1998 (January), p. 41-46.
  • Sevela, Marie, « Nihon wa Soren ni natta toki. Karafuto kara Saharin e no ikô 1945-1948 ». Rekishigakukenkû, 1995, n° 676, pp. 26–35, 63.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Personnalités nées dans la préfecture de Karafuto[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]