Préfaisceau
En mathématiques, un préfaisceau sur un espace topologique X est (dans le langage des catégories) un foncteur contravariant de la catégorie des ouverts de X dans une autre catégorie[1] ; cette définition, qui peut paraître ésotérique, va s'éclairer grâce aux exemples ci-dessous. On peut donc avoir des préfaisceaux d'ensembles, de groupes, d'anneaux ou de tout autre type de structures mathématiques. Les faisceaux sont des préfaisceaux qui peuvent être définis de manière locale. En géométrie, aussi bien d'ailleurs en géométrie algébrique qu'en géométrie différentielle, la notion de faisceau est une généralisation de celle d'ensemble des sections d'un fibré vectoriel. Dans ce cadre, X est une variété algébrique ou une variété différentielle.
Les faisceaux ont été introduits par Jean Leray en topologie algébrique lorsqu'il était en captivité durant la seconde guerre mondiale[2]. Sous l'impulsion, notamment, d'Henri Cartan[3], de Jean-Pierre Serre[4] et d'Alexandre Grothendieck[5],[6] (à qui on doit le terme préfaisceau), les faisceaux ont pris par la suite une importance considérable dans de nombreux domaines des mathématiques où l'on cherche à passer, pour un problème donné, d'une solution locale à une solution globale. Les obstructions à un tel passage s'étudient grâce à la cohomologie des faisceaux.
Sommaire
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Préfaisceaux [modifier]
Définition d'un préfaisceau — Soit X un espace topologique et
une catégorie. Un préfaisceau d'objets
sur
est la donnée de :
- Pour tout ouvert U de X, un objet
appelé objet des sections de
sur U (ou au-dessus de U). - Pour tout ouvert V inclus dans U, un morphisme
, appelé morphisme de restriction de U sur V ;
donnés tels que, pour toutes inclusions d'ouverts
, on ait :
est appelé objet des sections globales.
De façon équivalente, on peut définir un préfaisceau
comme un foncteur contravariant de la catégorie des ouverts de X (avec les inclusions comme morphismes) dans la catégorie des ensembles.
Les préfaisceaux les plus courants sont à valeurs dans des catégories concrètes (en) (catégories des ensembles, groupes, anneaux, espaces vectoriels, algèbres, modules, espaces topologiques, groupes topologiques, etc.). Dans ce cas, pour tous ouverts
, on note :
-
.
et un élément
s'appelle une section de
au-dessus de U. On écrit
au lieu de
.
Exemples [modifier]
- L'exemple fondamental de préfaisceau est celui où les morphismes de restriction sont les restrictions usuelles de fonctions. Notamment sur une variété différentielle (resp. une variété analytique) X, l'ensemble
des fonctions indéfiniment dérivables à valeurs complexes (resp. l'ensemble
des fonctions analytiques à valeurs complexes) est un anneau. On obtient un préfaisceau d'anneaux sur X en considérant les restrictions usuelles de ces fonctions. - On peut de même considérer l'ensemble
des distributions sur la variété différentielle X (resp. l'ensemble
des hyperfonctions sur la variété analytique réelle X) si cette variété est de dimension finie et paracompacte (par exemple s'il s'agit d'un ouvert non vide de
); cet ensemble est un groupe abélien. On obtient le préfaisceau des distributions (resp. des hyperfonctions) sur X en considérant les restrictions de ces distributions (resp. de ces hyperfonctions) à des ouverts U de X. - Dans le plan complexe, une équation différentielle ordinaire, linéaire et à coefficients holomorphes, étant donnée, les espaces de solutions sur des ouverts évitant les points singuliers de l'équation forment un préfaisceau d'espaces vectoriels de dimension égale à l'ordre de l'équation.
Les exemples ci-dessus de préfaisceaux sont des faisceaux (voir infra).
Morphismes de préfaisceaux et de faisceaux [modifier]
Les préfaisceaux sur un ensemble X peuvent être considérés comme des objets d'une catégorie, dont les flèches sont définies comme suit.
Définition d'un morphisme de préfaisceaux et d'un morphisme de faisceaux — Étant donné deux préfaisceaux
et
sur un même espace topologique X, un morphisme de préfaisceaux
est la donnée d'une famille de morphismes
pour tout ouvert U, telle que, pour toute section s de
sur U on ait :
.Un morphisme de faisceaux (voir infra) est un morphisme de préfaisceaux entre deux faisceaux.
Fibres et germes [modifier]
Soit
un préfaisceau sur X à valeurs dans une catégorie
qui admet des limites inductives. La fibre (EGA, 0.3.1.6) (terminologie anglaise : « stalk », tige) de
en un point
de X est par définition l'objet de
limite inductive
la limite étant prise sur tous les ouverts contenant
, la relation d'ordre sur ces ouverts étant l'inclusion
, et les morphismes de transition étant les morphismes de restriction
.
Lorsque
est une catégorie concrète, l'image canonique d'une section s dans
est le germe de s au point x, noté
.
Remarque. Certains auteurs appellent germe de
en un point
ce qui est appelé ci-dessus la fibre de
en ce point.
Faisceaux [modifier]
Définition d'un faisceau [modifier]
Reprenons l'exemple des fonctions
sur une variété différentielle X. La propriété de ces fonctions d'être indéfiniment différentiables est locale. Il est donc possible de « recoller » des fonctions
coïncidant sur une partie ouverte de leur domaine de définition (y compris lorsque cette partie est vide) en une fonction
globale. Il en irait de même pour des fonctions continues ou plus généralement de classe
. Il en va de même, bien que ce soit moins évident, pour des distributions sur une variété différentielle paracompacte de dimension finie, ou pour des fonctions analytiques ou des hyperfonctions sur une variété analytique réelle paracompacte de dimension finie. C'est cette propriété qu'on souhaite ici généraliser à partir de la notion de préfaisceau.
Faisceau d'ensembles [modifier]
Définition [modifier]
Condition pour qu'un préfaisceau d'ensembles soit un faisceau — Un préfaisceau d'ensembles
sur X est appelé faisceau lorsque pour tout ouvert V de X, réunion d'une famille d'ouverts
, et pour toute famille
de sections de
sur les ouverts
, vérifiant :
il existe une unique section s de
sur V telle que :
.
Remarque [modifier]
Comme la famille vide constitue un recouvrement de l'ouvert vide, la condition ci-dessus entraîne que
est un singleton (sauf dans le cas trivial où les
sont tous vides).
Autres cas [modifier]
On définit de même, sur un espace topologique X, un faisceau de groupes (resp. de groupes abéliens d'anneaux, etc.) comme étant un préfaisceau de base X à valeurs dans la catégorie des groupes (resp. des groupes abéliens, des anneaux, etc.) qui vérifie la condition ci-dessus.
Faisceau à valeurs dans une catégorie [modifier]
Définition générale [modifier]
Examinons maintenant le cas d'un faisceau sur X à valeurs, de manière générale, dans une catégorie
(EGA, 0.3.1) :
Définition générale d'un faisceau —
Un préfaisceau
sur X à valeurs dans une catégorie
est appelé faisceau si la condition suivante est vérifiée :
Pour tout objet T de
,
est un faisceau d'ensembles.
Voyons quelques exemples fondamentaux.
Faisceau de Modules [modifier]
Soit
un faisceau d'anneaux sur un espace topologique X. On appelle
-Module à gauche un faisceau d'ensembles
de base X muni de la structure suivante : pour tout ouvert U, on se donne sur
une structure de module à gauche sur l'anneau
, de telle sorte que l'application de restriction
(
) soit un homomorphisme de modules compatible avec l'homomorphisme d'anneaux
. Pour tout
, par passage à la limite inductive sur les ouverts décroissants
, la fibre
est un
-module à gauche, et la donnée de ces fibres pour tout
, avec la structure de
-module à gauche qui vient d'être précisée, équivaut à celle du
-Module à gauche
.
Faisceau de groupes topologiques [modifier]
Soit
la catégorie des groupes topologiques (avec pour morphismes les homomorphismes continus). Un faisceau sur X à valeurs dans
est un faisceau de groupes
tel que, pour tout ouvert U et tout recouvrement de U par des ouverts
, la topologie du groupe
soit la moins fine tendant continues les restrictions
. Un morphisme de faisceaux de groupes topologiques
est un morphisme de faisceaux de groupes tel que pour tout ouvert U,
est continu (EGA, 0.3.1.4).
On définirait de même un faisceau d'anneaux topologiques ou un faisceaux de Modules topologiques sur un faisceaux d'anneaux topologiques.
Généralisation. Topos [modifier]
Dans la définition ci-dessus, le faisceau
est un foncteur d'un type particulier de la catégorie des ouverts d'un espace topologique dans une catégorie
. On peut envisager un cas plus général : soit
une « petite catégorie » (i.e. une catégorie dont la classe des objets est un ensemble) admettant des produits fibrés, et
une catégorie. Un préfaisceau
sur
à valeurs dans
est, de manière générale, un foncteur contravariant de
vers
. On peut munir
d'une structure appelée « topologie de Grothendieck »[7]. Cela consiste à définir pour tout objet U de
des « familles couvrantes » de U, à savoir des familles de morphismes
qui ont des propriétés analogues au recouvrement d'un ouvert U d'un espace topologique X par une famille d'ouverts
, les morphismes, dans ce cas, étant les inclusions. La catégorie
, munie d'une catégorie de Grothendieck, s'appelle un site. Un faisceau sur le site
à valeurs dans
se définit à partir de la notion de préfaiceau en raisonnant, mutatis mutandis, comme si
était un espace topologique habituel[8], une intersection de parties ouvertes étant remplacée par le produit fibré. On appelle topos toute catégorie équivalente à la catégorie des faisceaux d'ensembles sur un site. La notion de topos généralise celle d'espace topologique. Il existe toutefois nombre d'exemples qui n'ont pas de rapport avec la topologie : si G est un groupe, la catégorie des ensembles sur lesquels G opère est un topos; le « topos ponctuel », i.e. la catégorie des faisceaux sur l’espace réduit à un point, n’est autre que la catégorie des ensembles[9].
Soit X un objet de
. Le foncteur représentable
est, d'après ce qui précède, un préfaisceau, dit « représenté par X ». Le foncteur covariant canonique
, de la catégorie
dans la catégorie des faisceaux d'ensembles sur
, est pleinement fidèle[10], et permet donc d'identifier X avec le préfaisceau
, ainsi que la catégorie
avec la catégorie des préfaisceaux sur
. La « topologie canonique » sur
se définit comme étant la topologie (de Grothendieck) la plus fine (i.e. celle qui a le plus de familles couvrantes) pour laquelle les foncteurs représentables
sont des faisceaux; en choisissant sur
une topologie (de Grothendieck) moins fine que la topologie canonique, on peut donc identifier le site
avec son topos[9].
Faisceau des sections d'un espace étalé [modifier]
Soit X un espace topologique. On appelle espace étalé de base X un couple
où E est un espace topologique et p est un homéomorphisme local de E dans X (i.e. tout point x de X possède un voisinage ouvert que p applique homéomorphiquement sur un voisinage ouvert de
). Pour tout sous-ensemble S de X, on appelle section de
au-dessus de S une application continue
telle que
pour tout
. Soit, pour tout ouvert U,
l'ensemble des sections de
au-dessus de U. Alors
(muni des morphismes de restriction aux ouverts
des applications
) est un faisceau d'ensembles de base X, appelé faisceau des sections de l'espace étalé
. On montre le résultat suivant[1] :
Théorème — Tout faisceau d'ensembles de base X est isomorphe au faisceau des sections d'un espace étalé, unique à un isomorphisme près.
On peut identifier le faisceau d'ensembles
et l'espace étalé
, ce qui explique pourquoi de nombreux auteurs définissent un faisceau comme étant un espace topologique vérifiant les conditions idoines (c'est le point de vue dû à M. Lazard[3] ; celui présenté ci-dessus a été développé ultérieurement par Grothendieck[5],[6]).
Faisceau associé à un préfaisceau [modifier]
Soit
un préfaisceau. On appelle faisceau associé au préfaisceau
un faisceau
muni d'un morphisme de préfaisceaux
possédant la propriété universelle suivante : pour tout morphisme
dans un faisceau, il existe un unique morphisme
tel que
. Le faisceau associé, s'il existe, est unique. Dans le cas des préfaisceaux à valeurs dans une catégorie où la limite inductive existe (par exemple les catégories des ensembles, des groupes, des anneaux, des algèbres sur un anneau, des modules sur un anneau etc.), le faisceau associé existe. Le morphisme
induit un isomorphisme des fibres
.
Le faisceau
se construit explicitement de la manière suivante dans le cas où le préfaisceau
, défini sur l'espace topologique X, est à valeurs dans une catégorie concrète où la limite inductive existe : pour tout ouvert U de X, soit
l'ensemble des fonctions s' de U dans la réunion disjointe
tel que pour tout
et il existe un voisinage ouvert V de x,
, et
tels que
pour tout
. Alors
est le faisceau associé à
. Pour des raisons évidentes, il est également appelé le faisceau des sections de
. Si
est un faisceau (et dans ce cas seulement),
s'identifie à
.
Faisceau induit [modifier]
Section au-dessus d'un ensemble quelconque [modifier]
Soit X un espace topologique métrisable, S une partie de X, et
un faisceau de base X. L'ensemble
des sections de
au-dessus de S se définit par
i.e. une section de
au-dessus de S est un germe de section définie dans un voisinage ouvert de S.
Faisceau induit sur un ensemble quelconque [modifier]
On définit comme suit le faisceau induit sur S, noté
: pour tout sous-ensemble V de S, relativement ouvert par rapport à S, l'ensemble
de ses sections au-dessus de V coïncide avec
.
Exemples [modifier]
- Soit A un ensemble non vide, X un espace topologique, et
le préfaisceau sur X défini par
pour tout ouvert U non vide de X et
, les morphismes de restriction
étant tous égaux à l'identité
. Pour tout
, et ce préfaisceau est donc appelé le préfaisceau constant de fibre A sur X. On a
, et une section
est un point de A en tant que rattaché à l'ouvert U, autrement dit c'est une application constante de U dans A, ou encore une application
de la forme
qui, en tant qu'application
, est constante. Notons que si
et
sont deux ouverts disjoints, et si
et
sont deux sections définies respectivement sur
et
, il n'existe pas en général de fonction constante
définie sur
qui coïncide avec
sur
et avec
sur
, sauf si A est un singleton ; en écartant ce cas, le préfaisceau considéré n'est donc pas un faisceau dès qu'il existe dans X deux ouverts disjoints, c'est-à-dire lorsque X n'est pas un espace topologique irréductible. L'espace étalé est
lorsque A est muni de la topologie discrète. Cet espace s'identifie au faisceau
associé au préfaisceau
. Pour tout ouvert U de X,
est l'ensemble des applications continues
, autrement dit l'ensemble des applications localement constantes de U dans A (constantes lorsque U est connexe). Ce faisceau est appelé faisceau simple de base X et de fibre A (certains auteurs l'appellent faisceau constant de base X et de fibre A, terminologie qui peut être trompeuse puisque ses sections ne sont pas en général des fonctions constantes ; par ailleurs on définit le faisceau localement constant, mais il a une autre signification). - De la même manière, on peut définir le préfaisceau
des fonctions réelles bornées sur un espace topologique X, mais ce préfaisceau n'est pas, en général, un faisceau, car la bornitude n'est pas une propriété locale. Une section
est une fonction bornée sur U, et le faisceau
des sections de
est donc le faisceau des fonctions localement bornées sur X. Celui-ci coïncide avec
si, et seulement si de tout recouvrement de X par une famille d'ouverts, on peut extraire un sous-recouvrement fini, c'est-à-dire si X est un espace quasi-compact. - Les fonctions dérivables forment un faisceau, de même que les fonctions
ou holomorphes, que les distributions, les hyperfonctions, etc. C'est dû au fait que, cette fois, la définition de ces objets est locale et que par « recollement » on peut passer du local au global. - Soit p un point fixé d'un espace topologique séparé X et E un ensemble. On peut définir un préfaisceau
qui à un ouvert U associe E si U contient p et un singleton
sinon. L'application de restriction de U à V est l'identité ou l'unique application de E dans le singleton
suivant l'appartenance de p à U et V. On vérifie que c'est un faisceau, dit « gratte-ciel ». La fibre en
de ce faisceau est le singleton
si x est différent de p et E si x=p. - Dans une catégorie
, muni d'une topologie de Grothendieck moins fine que la topologie canonique, soit
un objet de cette catégorie: alors
est un faisceau sur le site
, comme on l'a dit plus haut.
Image directe et image inverse [modifier]
Soit
une application continue entre deux espaces topologiques. Soit
un préfaisceau sur
. Son image directe par
est le préfaisceau
qui à tout ouvert
de
associe
, les applications de restrictions sont évidentes. Si
est un faisceau, il en est de même pour
.
La construction de l'image inverse
est plus délicate. Soit
un préfaisceau sur
, à valeurs dans une catégorie où la limite inductive existe. À tout ouvert
de
, on associe la limite inductive des
lorsque W parcours l'ensemble des ouverts de Y contenant
. Lorsque
est un faisceau, ce procédé ne donne pas un faisceau en général et
est alors par définition le faisceau associé à ce préfaisceau.
Les constructions d'image directe et d'image inverse sont adjointes dans le sens suivant: Soient
,
des faisceaux sur
,
respectivement. Alors on a une bijection canonique entre
et
.
Morphismes injectifs et morphismes surjectifs [modifier]
Un morphisme de faisceaux
sur
est injectif si
est injectif pour tout ouvert
de
. Il est surjectif si les morphismes de fibres
sont surjectifs. Les morphismes injectifs sont exactement les monomorphismes dans la catégorie des faisceaux sur
, et les morphismes surjectifs sont exactement les épimorphismes dans cette catégorie.
Noyau, image, quotient [modifier]
Soit
un morphisme de faisceaux de groupes abéliens (resp. de
-Modules à gauche, où
est un faisceau d'anneaux de base X) sur un espace topologique
.
- Le noyau
de
est le faisceau défini par
. - L'image
de
est le faisceau associé au préfaisceau
. - Le conoyau
de
est le faisceau associé au préfaisceau 
La catégorie des faisceaux de groupes abéliens (resp. des
-Modules à gauche) sur X est une catégorie abélienne, et on a la suite exacte
-
.
- En particulier, si
est l'inclusion d'un sous-faisceau
, alors son conoyau est le faisceau quotient de
par
. On note ce quotient par
. En général,
est différent de
car le « foncteur section »
n'est pas exact (il est exact à gauche mais non à droite en général). En revanche, on a pour les fibres l'égalité
car le « foncteur fibre »
est exact, d'où l'exactitude de la suite
-
.
Faisceau des germes d'homomorphismes [modifier]
Soit
un faisceau d'anneaux sur un espace topologiques X et
,
deux
-Modules à gauche sur X. Le préfaisceau
est un faisceau de groupes abéliens noté
, et appelé faisceau des germes d'homomorphismes de
dans
. Pour tout
on a
Soit
. Le germe
est représenté par, disons,
, où U est un voisinage ouvert de x. Puisque
, f induit un morphisme de fibres
. Par conséquent, il existe une application canonique
qui n'est ni injective ni surjective en général (elle est bijective si
est un « faisceau cohérent »[4]).
Produit tensoriel de faisceaux [modifier]
Soit
un faisceau d'anneaux sur un espace topologiques X,
un
-Module à droite et
un
-Module à gauche. On appelle produit tensoriel de
et
le faisceau de groupes abéliens noté
engendré par le préfaisceau
. La fibre de ce faisceau au point
est le groupe abélien
Typologie des faisceaux [modifier]
Nous présentons ci-dessous trois types de faisceaux : les faisceaux flasques et les faisceaux mous, introduits par Godement[1] et la notion (introduite antérieurement par Henri Cartan[11]) de faisceau fin.
Faisceaux flasques [modifier]
Définition et propriétés générales [modifier]
- Soit
un faisceau sur un espace topologique X, à valeurs dans une catégorie concrète. Ce faisceau est flasque si pour tout ouvert U de X, le morphisme de restriction
est surjectif. - Le fait pour un faisceau d'être flasque est une propriété locale. Par conséquent,
est flasque si, et seulement si pour tous ouverts
, l'application
est surjective. - Pour tout ouvert U, le « foncteur section »
est exact sur la catégorie des faisceaux flasques de groupes abéliens (ou de
-Modules à gauche sur un faisceau d'anneaux
).
Exemples [modifier]
- Les fonctions réelles quelconques sur un espace topologique forment un faisceau flasque.
- Comme on le voit facilement, tout faisceau simple sur un espace topologique irréductible est flasque (« Théorème de Grothendieck »[1]).
- Il en va de même du faisceau des fonctions réelles bornées sur un espace topologique quasi-compact.
- Soit X une variété analytique réelle paracompacte de dimension n. Le faisceau des germes d'hyperfonctions sur X est flasque[12].
Faisceaux mous [modifier]
Définition et propriétés générales [modifier]
- Soit X un espace topologique paracompact et
un faisceau sur X, à valeurs dans une catégorie concrète. Ce faisceau est mou si toute section au-dessus d'un fermé se prolonge à X tout entier. - Pour un faisceau, le fait d'être mou est une propriété locale: si tout point de X possède un voisinage ouvert U tel que toute section de
au-dessus d'un sous-ensemble fermé de X, contenu dans U, se prolonge à U, alors
est un faisceau mou. - Soit X un espace topologique métrisable (donc paracompact) ; pour tout sous-ensemble localement fermé S de X (i.e. tout sous-ensemble S de X possédant un voisinage ouvert U dans lequel il est relativement fermé), le « foncteur section »
est exact sur la catégorie des faisceaux mous de groupes abéliens (ou de
-Modules à gauche sur un faisceau d'anneaux
). - Soit X un espace topologique paracompact et
un faisceau sur X, à valeurs dans une catégorie concrète. Si
est flasque, il est mou.
Exemples [modifier]
Soit X une variété différentielle paracompacte de dimension n. Les faisceaux de groupes abéliens de base X suivants sont mous: le faisceau
des germes de fonctions continues sur X, le faisceau
des germes de fonctions indéfiniment dérivables sur X, le faisceau
des germes de distributions sur X. En revanche, ces faisceaux ne sont pas flasques[12].
Faisceaux fins [modifier]
Définition et propriétés générales [modifier]
- Soit X un espace topologique paracompact et
un faisceau de groupes abéliens de base X. Ce faisceau est dit fin si le faisceau d'anneaux
est mou. - Le faisceau
est fin si, et seulement si étant donné deux sous-ensembles fermés A et B de X, il existe un homomorphisme
induisant l'identité au voisinage de A et 0 au voisinage de B. - Si
et
sont des faisceaux de groupes abéliens et si
est fin, alors le faisceau de groupes abéliens
est fin (cette propriété explique l'importance des faisceaux fins).
Exemples [modifier]
- Le faisceau
des germes d'applications de X dans
est fin, et il en va donc de même de tout
-Module. - Si X est une variété différentielle paracompacte de dimension finie, les faisceaux d'anneaux commutatifs suivants sont fins: le faisceau
des germes de fonctions réelles différentiables sur X, ainsi que les faisceaux
et
(voir supra). Il en va donc de même des faisceaux de Modules sur ces faisceaux d'anneaux, par exemple du faisceau
des germes de distributions ou des formes différentielles extérieures sur X. - En revanche, le faisceau simple de fibre
et le faisceau
des germes de fonctions holomorphes sur une variété analytique paracompacte de dimension finie ne sont pas fins[13].
Notes et références [modifier]
Notes [modifier]
Références [modifier]
- Michael Artin, Grothendieck Topologies - Notes on a Seminar by. M. Artin. Spring, 1962., Harvard University, Department of Mathematics, 2006 [lire en ligne]
- Michael Artin, Alexandre Grothendieck et Jean-Louis Verdier, SGA 4 (Théorie des topos et cohomologie étale des schémas), Springer, 1972 (ISBN 3540058966) [lire en ligne]
- Henri Cartan, « Faisceaux sur un espace topologique, I », Séminaire Henri Cartan, 1950-1951a [texte intégral]
- Henri Cartan, « Faisceaux sur un espace topologique, II », Séminaire Henri Cartan, 1950-1951b [texte intégral]
- Roger Godement, Topologie algébrique et théorie des faisceaux, Hermann, 1958, 283 p. (ISBN 2705612521) [lire en ligne]
- Alexandre Grothendieck, « Sur quelques points d'algèbre homologique I », TMJ (en), vol. 9, 1957a, p. 119-184 [texte intégral]
- Alexandre Grothendieck, « Sur quelques points d'algèbre homologique II », TMJ, vol. 9, 1957b, p. 185-221 [texte intégral]
- Alexandre Grothendieck et Jean Dieudonné, Éléments de géométrie algébrique I, Springer, 1971 (ISBN 3540051139) [lire en ligne]
- (en) Robert C. Gunning (en), Introduction to Holomorphic Functions of Several Variables. Volume III: Homological Theory, Wadsworth & Brooks/Cole Publishing Company, 1990, 194 p. (ISBN 053413310X) [lire en ligne]
- (en) Masaki Kashiwara (de) et Pierre Schapira, Sheaves on Manifolds: With a Short History "Les Débuts De La Théorie Des Faisceaux" by Christian Houzel, Springer, 1990, 528 p. (ISBN 3540518614) [lire en ligne]
- (en) Masaki Kashiwara et Pierre Schapira, Categories and Sheaves, Springer, 2006, 508 p. (ISBN 3540279490) [lire en ligne]
- (en) Mitsuo Morimoto, An Introduction to Sato's Hyperfunctions, AMS, 1993 (ISBN 978-0-82188767-7) [lire en ligne]
- Jean-Pierre Serre, « Faisceaux algébriques cohérents », The Annals of Mathematics, 2e série, vol. 61, no 2, 1955, p. 197-278 [texte intégral]
appelé objet des sections de
, appelé morphisme de restriction de U sur V ;
.
des fonctions indéfiniment dérivables à valeurs complexes (resp. l'ensemble
des fonctions analytiques à valeurs complexes) est un anneau. On obtient un préfaisceau d'anneaux sur X en considérant les restrictions usuelles de ces fonctions.
des
des
); cet ensemble est un groupe abélien. On obtient le préfaisceau des distributions (resp. des hyperfonctions) sur X en considérant les restrictions de ces distributions (resp. de ces hyperfonctions) à des ouverts U de X.


pour tout ouvert U non vide de X et
, les morphismes de restriction
étant tous égaux à l'identité
. Pour tout
, et ce préfaisceau est donc appelé le préfaisceau constant de fibre A sur X. On a
, et une section
est un point de A en tant que rattaché à l'ouvert U, autrement dit c'est une application constante de U dans A, ou encore une application
de la forme
qui, en tant qu'application
, est constante. Notons que si
et
sont deux ouverts disjoints, et si
et
sont deux sections définies respectivement sur
définie sur
qui coïncide avec
lorsque A est muni de la topologie discrète. Cet espace s'identifie au faisceau
est l'ensemble des applications continues
ou holomorphes, que les distributions, les hyperfonctions, etc. C'est dû au fait que, cette fois, la définition de ces objets est locale et que par « recollement » on peut passer du local au global.
qui à un ouvert U associe E si U contient p et un singleton
sinon. L'application de restriction de U à V est l'identité ou l'unique application de E dans le singleton
, muni d'une topologie de Grothendieck moins fine que la topologie canonique, soit
est un faisceau sur le site
de
.
de
.
de 
.
, alors son conoyau est le faisceau quotient de
. En général,
est différent de
car le « foncteur section »
n'est pas exact (il est exact à gauche mais non à droite en général). En revanche, on a pour les fibres l'égalité
car le « foncteur fibre »
.



est surjectif.
, l'application
est surjective.
est exact sur la catégorie des faisceaux mous de groupes abéliens (ou de
est mou.
induisant l'identité au voisinage de A et 0 au voisinage de B.
est fin (cette propriété explique l'importance des faisceaux fins).
des germes d'applications de X dans
est fin, et il en va donc de même de tout
des germes de fonctions réelles différentiables sur X, ainsi que les faisceaux
et le faisceau
des germes de fonctions holomorphes sur une variété analytique paracompacte de dimension finie ne sont pas fins