Poveglia

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Poveglia
Panorama de Poveglia
Panorama de Poveglia
Géographie
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Localisation Lagune de Venise (mer Méditerranée)
Coordonnées 45° 22′ 50″ N 12° 19′ 56″ E / 45.3806, 12.3322245° 22′ 50″ N 12° 19′ 56″ E / 45.3806, 12.33222  
Point culminant 2 m
Géologie artificialisé
Administration
Région Vénétie
Province Venise
Autres informations
Fuseau horaire UTC+1

Géolocalisation sur la carte : Lagune de Venise

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Poveglia
Poveglia

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
Poveglia
Poveglia
Îles d'Italie

Poveglia est une petite île située dans la lagune de Venise en Italie, entre la ville de Venise et la dune de Lido.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

À l’époque de l’Empire romain, l’île fut utilisée pour isoler des milliers de victimes de la peste et à trois reprises lorsque la peste noire s'est répandue à travers l’Europe. L’île fut en effet un lieu de sépulture des victimes de cette terrible maladie : un moyen jugé efficace pour séparer les gens atteints de ceux dits en santé. Il y a lieu de croire que plus de 160 000 personnes seraient mortes sur cette île tout au long de son histoire.

Moyen Âge - sous l'autorité des Doges de la République de Venise[modifier | modifier le code]

Cette île était autrefois appelé « Popilia » ou « Dei Pioppi » (en italien : des peupliers) probablement en raison de sa végétation.

Selon Pompeo Molmenti (it), dans la seconde moitié du IXe siècle, l’île a été peuplée par environ deux cents familles de Venise. Il s'agit alors des serviteurs du doge Pietro Tradonico, tué en 864 à la suite d’un complot de nobles vénitiens. Ils se barricadèrent dans le Palais des Doges jusqu’à ce qu’il leur soit assuré la vie sauve et une terre où s’installer. Orso Partecipazio, le successeur du doge assassiné, leur accorda l’île et un certain nombre de privilèges.

En juin 1305, Tolberto da Camino (it), Iacopo Ricco, Guido Avogaro et Pirolino de’ Costantini, ambassadeurs de Gerardo et Rizzardo da Camino (it) et de la commune de Trévise, demandèrent au Doge de Venise que leur soient livrés certains coupables de « machinations » contre da Camino et la municipalité de Trévise. Le Doge leur a répondu qu’il était désolé, mais qu’il ne pouvait pas les « livrer comme des étrangers », mais qu’il les avait déjà fait arrêter à Poveglia où ils seraient jugés.

En moins d’un siècle, la communauté de Poveglia s’agrandit : plus de huit cents maisons furent construites et l’île était riche en vignobles et marais salants. En 1378, elle était devenue une république autonome gouvernée par un Gastaldo ducal et dix-sept Consiglieri.

Dans les premiers siècles[Quand ?], la justice à Poveglia était administrée par un intendant (gastaldo) qui en référait au Palazzo Ducale.

Compte tenu de l’importance prise par la population de île, le 30 décembre 1339, par une résolution du Grand Conseil, on chargea le podestat de rendre la justice, et ont élu Pietro Lando podestat de Poveglia.

Le nouveau podestat avait compétence sur Malamocco, Pellestrina et Pastene. Chaque lundi, il devait aller à Malamocco et un autre jour de la semaine à Pellestrina. Mais comme le voyage à Pellestrina était long et désagréable en hiver, il a été décidé en octobre 1341 d’y renoncer. Le podestat était élu pour un an, et cet homme âgé de 20 à 50 ans était assisté par un notaire et quatre « famuli ».

En plus des juridictions civile et juridique, il devait assurer la protection du fragile équilibre environnemental, veiller à l’état des vignes, et faire entretenir les quais et les rives. Il était également chargé de veiller à la régularité des entrées dans la ville, Poveglia étant le point de passage obligé pour se rendre alors à Venise.

En septembre 1375, notamment, il fit arrêter des habitants de Chioggia qui transportaient de nuit à Venise du vin de contrebande.

Le déclin commença après 1379, à cause de la guerre de Chioggia. La population a considérablement diminué, mais ceux qui sont restés sur l’île n’ont jamais été privés de leurs anciens privilèges, comme l’exemption de taxes.

Au XVIe siècle, l'île fut transformée en lazaret (le Lazzaretto Vecchio et le Lazzaretto Nuovo étaient saturées), permettant d'accueillir les personnes malades de la peste. Les rumeurs locales racontent que plus de 160 000 de ces personnes y furent enterrées. De grandes fosses y auraient été ainsi creusées et d’imposants bûchers installés afin de brûler les corps. Craignant que le bacille ne se propage, certaines personnes qui présentaient des symptômes moins graves y auraient été envoyées après avoir été séparées de leurs familles[1].

Époque moderne - île en quarantaine[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, deux lois furent promulguées pour que les navires suspectés de cas de peste à bord puissent rester en quarantaine devant Poveglia.

« Permettendo circostanze del tempo e dell’acqua, obbligato ammiraglio Malamocco condur bastimenti in una sol volta al loro luogo: li provenienti da luoghi infetti in Fisolo, quelli di minor sospetto in Poveglia [...][2] »

« Con li metodi prescritti da terminazione 5 febbraio 1760, tradur debbano bastimenti soggetti a contumacia di giorni 40 nel Canal di Poveglia, li soggetti a giorni 28 in quello de’ Marani[3] »

En 1777, l’île est passée sous la juridiction du Magistrato alla Sanità (en).

Les navires, leurs équipages et passagers ne venaient pas directement au Lido, mais empruntaient le canale di Poveglia et le Teson[Quoi ?], et transitaient par Poveglia, où le grand bâtiment servait de lazaret. En 1793, on y isola un équipage d’une « tartarella idriotta infetta di peste » mais on n’enregistra aucun décès de la peste. Dans le rapport d’un ingénieur daté du 20 avril 1842, on peut lire que « Le lazaret de Poveglia a été progressivement amené à cet usage, avec la construction de bâtiments spacieux avec des conditions impérieuses pour la santé » ; de nouveaux puits sont construits pour éviter toute contamination possible.

À une époque[Quand ?], il y avait sur une église dédiée à San Vitale, qui possédait un crucifix célèbre, aujourd’hui conservé dans l’église de Malamocco, et un tableau de Titien, mais elle a été fermée en 1806 et plus tard détruite. Il n’en reste plus que le campanile pointu qui a été transformé en phare quand l’île a servi pour mettre les navires en quarantaine.

Époque contemporaine - entre lieu d'isolement et abandon[modifier | modifier le code]

Au cours du XIXe siècle, l’île a été transformée centre de quarantaine, usage maintenu jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle, elle fut occupée par les soldats et où on y déposa les cadavres de victimes.

Par la suite, Poveglia accueille également une maison de convalescence et de repos pour les personnes âgées, et ce jusqu’en 1968.

En 1922, un hôpital psychiatrique fut bâti sur l’île. Il y avait des rumeurs persistantes selon lesquelles des patients, après leur arrivée, voyaient les fantômes des esprits tourmentés, victimes de la peste cinq siècles auparavant. Le médecin résident décida d'enquêter sur ces phénomènes en pratiquant des lobotomies et des expériences médicales. D’après des témoignages, celui-ci aurait été victime des mêmes phénomènes d'apparitions et croyant sombrer dans la démence, se suicida en se jetant du clocher de l’hôpital. Après ces incidents, l’hôpital fut abandonné et demeure inhabité depuis[1]. Aucun article de journaux de l’époque, ni des archives de Venise ne rapporte que des médecins se soient suicidés sur l’île de Poveglia en se jetant du haut du campanile. Aucun évènement ne peut étayer les légendes qui courent sur l’île selon laquelle celle-ci serait hantée[réf. nécessaire].

En 2004, l'activité principale de l’île est l’agriculture, surtout la viticulture, et n’est pas accessible aux touristes[4].

Avenir de l'île[modifier | modifier le code]

En 2014, le gouvernement italien annonce son intention de se séparer de l'île, qui fait partie du domaine de l'État. Cette démarche entre dans la politique de vente du patrimoine étatique visant à réduire l'endettement de l'État italien[5]. Poveglia est mise aux enchères pour un bail d'une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans par l'Agenzia del demanio (it)[6]. Pour éviter que ce lieu historique ne devienne un lieu de villégiature pour les plus fortunés de la planète, les Vénitiens ont créé une association, « Poveglia per Tutti ». Pour tenter de remporter les enchères, chacun peut participer à hauteur de 99 € et avoir ainsi sa part dans l'avenir de l'île[7].

Malgré la mobilisation des Vénitiens permettant de rassembler 440 000 euros, la vente aux enchère est remportée par l'homme d'affaires Luigi Brugnaro, avec une offre de 513 000 euros, en mai 2014[8]. L'offre de cet acheteur est rejetée en juin 2014 par l'agence publique italienne chargée de la vente qui disposait de trente jours pour valider l'offre d'achat[9]. Celui-ci compte bien transformer les bâtiments en hôtel de luxe[1].

Réputation du site[modifier | modifier le code]

Au XXIe siècle, de nombreuses légendes urbaines ont été propagées sur cette île par des chasseurs de fantômes anglo-saxons, ces rumeurs ne sont confirmées par aucun travail historique. Selon le Daily Telegraph, « Poveglia jouit d’un passé peu enviable et est considérée, pour certains, comme un endroit réputé pour des phénomènes paranormaux[7] », et l'île est même « considéré comme un des lieux les plus hantés au monde[5] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Poveglia, l’île maudite de Venise - Article de paris Match du 23 mai 2014]
  2. 19 août 1750, not. 34 c.30t[réf. incomplète]
  3. 2 décembre 1771, not. 41 c. 153t[réf. incomplète]
  4. The Spookiest Places, Christina Valhouli, Forbes, 28 octobre 2004.
  5. a et b [radio] Thomas Cluzel, La grande braderie européenne, France Culture (reportage radiophonique),‎ 5 mai 2014 (présentation en ligne, écouter en ligne). Diffusé le 5 mai 2014 sur France Culture.
  6. (it) Cristina Giua, « Il Demanio prova l'asta online ad offerta libera per vendere 5 immobili », sur www.monitorimmobiliare.it,‎ 14 avril 2014 (consulté le 13 juin 2014).
  7. a et b (en) 'World's most haunted island' up for auction, Tom Kington, The Daily Telegraph, 15 avril 2014.
  8. Philippe Ridet, « L'État réduit sa dette en vendant une île de la lagune de Venise pour 513 000 euros », sur italie.blog.lemonde.fr, Le Monde (consulté le 25 mai 2014).
  9. LeParisien.fr, « Une île de la lagune de Venise toujours à saisir ! », Le Parisien - en ligne,‎ 11 juin 2014 (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

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