Poursuite des Nez-Percés

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Poursuite des Nez-Percés
Groupe de Nez-Percés menés par Chef Joseph en 1877.
Groupe de Nez-Percés menés par Chef Joseph en 1877.
Informations générales
Date Juin - octobre 1877
Lieu Oregon, Idaho, Wyoming et Montana
Issue Victoire américaine
Belligérants
Nez-Percés
Palouses
Drapeau des États-Unis États-Unis
Commandants
Chef Joseph
Looking Glass
White Bird
Ollokot
Toohoolhoolzote
Husishusis Kute
Hahtalekin
Oliver O. Howard
John Gibbon
Nelson Miles
Samuel D. Sturgis
Guerres indiennes

La poursuite des Nez-Percés est un épisode des guerres indiennes opposant plusieurs groupes de Nez-Percés aux troupes de l'United States Army pendant l'été 1877.

Contexte[modifier | modifier le code]

Territoire traditionnel des Nez-Percés (en vert).

Le territoire traditionnel des Nez-Percés s'étend sur une zone englobant les bassins des rivières Clearwater et Snake, dans les États actuels de l'Oregon, de l'Idaho et du Washington. Depuis leur première rencontre avec les Européens en 1805 lors du passage de l'expédition Lewis et Clark, ils ont toujours entretenu de bonnes relations avec les Américains. Lorsque la guerre Cayuse éclate en 1847, les Nez-Percés, plutôt que de soutenir leurs semblables, restent loyaux envers les États-Unis[1]. À la fin de la guerre, en 1855, le gouverneur du Territoire de Washington, Isaac Stevens, souhaite ouvrir les terres tribales à la colonisation. Lors du conseil de Walla Walla, il négocie une série de traités avec les peuples du plateau du Columbia qui définissent les limites de leurs réserves. Grâce à leur rôle durant la guerre Cayuse, les Nez-Percés ont pu obtenir de rester sur leurs terres, leur réserve englobant une grande partie de leur territoire ancestral[1].

Selon les termes du traité de 1855, aucun colon n'est autorisé à s'installer à l'intérieur de la réserve. En octobre 1860 cependant, de l'or est découvert à Orofino Creek, sur les terres des Nez-Percés, et de nombreux chercheurs d'or affluent et s'installent illégalement sur leurs terres, bientôt suivis par des éleveurs et des agriculteurs. Le gouvernement des États-Unis est impuissant face à l'arrivée massive de colons et échoue à les maintenir hors des limites de la réserve[2]. La seule solution selon lui, est de réduire la taille de la réserve afin de permettre à l'armée américaine de patrouiller efficacement[3].

En mai 1863, les officiels américains organisent à Lapwai une rencontre avec les Nez-Percés pour négocier un nouveau traité qui prévoit une réduction de près de 90 % de la surface de la réserve[3]. Calvin Hale, surintendant des affaires indiennes du Territoire de Washington, réussit à convaincre une partie des Nez-Percés de signer ce traité au nom de l'ensemble de la tribu. Les chefs signataires, dont Chef Lawyer, ne sont pas directement touchés par la réduction du territoire puisqu'ils vivent déjà dans les limites de la future réserve[3]. Cinq groupes cependant n'acceptent pas ce traité et refusent d'abandonner leurs terres. Leurs chefs sont notamment Looking Glass, Husishusis Kute, Hahtalekin, White Bird et Vieux Chef Joseph[4].

Dessin représentant Vieux Chef Joseph.

Le Sénat met quatre ans pour ratifier le traité et pendant plus d'une décennie, le gouvernement ne fait rien pour obliger les Nez-Percés à rejoindre leur réserve[5],[1]. Durant l'été 1871, Vieux Chef Joseph meurt et son fils Jeune Chef Joseph lui succède à la tête du groupe des Nez-Percés de la Wallowa alors que les premiers colons s'installent dans la vallée[1]. Chef Joseph racontera plus tard ses dernières paroles :

« Quand je serai parti, pense à ton pays. Tu es le chef de ce peuple. Ils attendent de toi que tu les guides. Rappelle toi toujours que ton père n'a jamais vendu son pays. Tu dois te boucher les oreilles chaque fois qu'on te demandera de signer un traité pour vendre ton pays natal. Encore quelques années et les hommes blancs t'encercleront. Ils ont les yeux sur cette terre. Mon fils, n'oublie jamais mes dernières paroles. Cette terre renferme le corps de ton père. Ne vends jamais les os de ton père et de ta mère.[6] »

Chef Joseph a conscience de l'inutilité de provoquer un conflit armé avec les Américains et prône une politique de coopération avec les colons[1].

Photographie du général Oliver O. Howard durant la guerre de Sécession.

Les autorités américaines traitent les Nez-Percés avec complaisance, remettant même en cause la légalité du traité de 1863[7]. Dans un rapport envoyé à Washington, Oliver O. Howard qui prend le commandement du Département du Columbia en 1874, conseille de « laisser ces Indiens véritablement pacifiques […] disposer de cette modeste vallée pour eux seuls. »[7] Entre 1871 et 1876 cependant, les tensions entre les Nez-Percés et les colons s'accroissent et en juin 1876, deux Blancs tuent un Nez-Percé, le suspectant injustement d'avoir volé plusieurs de leurs chevaux. Dix semaines après l'incident et constatant qu'aucune arrestation n'a eu lieu, Chef Joseph et son frère Ollokot annoncent aux Blancs qu'ils ont une semaine pour quitter la vallée de la Wallowa sans quoi ils auront à en subir les conséquences. Les colons refusent et s'organisent en milice, tandis qu'Howard envoie une compagnie de cavalerie pour calmer les ardeurs des deux côtés. Il parvient à désamorcer la situation en promettant que les hommes responsables de la mort du jeune Nez-Percé seraient jugés, jugement qui n'aboutira pas à leur condamnation puisque les Nez-Percés témoins de l'incident ne se présenteront pas le jour du jugement[7].

Photographie de Chef Joseph en 1877.

À la suite de cet incident, et après l'humiliation subie par l'armée américaine à la bataille de Little Big Horn quelques mois plus tôt, Howard revoit sa position et demande la tenue d'une réunion avec les Nez-Percés non-signataires du traité. Le 13 novembre 1876, à Lapwai, et contrairement à ce qu'il avait pu dire jusqu'alors, il leur annonce qu'ils sont liés par le traité de 1863 et qu'ils doivent rejoindre la réserve. Chef Joseph continue de s'y opposer, refusant de céder la vallée de la Wallowa[8]. En mai 1877, une autre rencontre a lieu à Lapwai et cette fois, les Nez-Percés ont choisi Toohoolhoolzote comme porte-parole. Plus belliqueux et moins diplomate que Chef Joseph, il s'oppose fermement à Howard, répétant obstinément qu'il ne rejoindra pas la réserve, et finit par agacer Howard qui l'envoie pour quelque jours en prison. Les autres chefs, jugeant que toute résistance armée serait vaine, acceptent finalement de rejoindre la réserve. Au cours de la dernière rencontre qui a lieu le 14 mai, Howard leur annonce qu'ils ont 30 jours pour quitter leurs terres et rejoindre leurs nouveaux emplacements[8].

Guerre[modifier | modifier le code]

Carte décrivant les mouvements des Nez-Percés et de l'Armée des États-Unis.
  • 2 juin : Au lac Tolo, des Nez-Percés excédés, n'appartenant pas à la tribu de Wallowa, tuent 6 colons, pour venger des morts de leur tribu, ainsi que des vols de bétail.
  • 4 juin : Un nouveau raid fait 14 morts chez les colons. L'armée intervient pour forcer les Nez-Percés à rejoindre la réserve.
  • 15 juin : Départ vers le Canada du groupe de Jeune Chef Joseph, comprenant 800 personnes dont 200 hommes adultes.
  • 17 juin : Bataille de White Bird Canyon : les Nez-Percés n'ont pas de pertes, le commandant de cavalerie Perry est repoussé et laisse 38 morts sur le terrain.
  • 22 juin : le général Howard réunit 400 soldats et 100 volontaires et part à la poursuite des Nez-Percés. Il est d'abord surpris quand ils lui font face, puis est dirigé par une ruse des Nez-Percés dans une vallée en impasse.
  • 4 et 5 juillet : Escarmouches de Cottonwood : trois volontaires de l'Idaho meurent.
  • 11 juillet : Victoire des Nez-Percés à la bataille de Clear Water Creek. Les 600 hommes d'Howard et son artillerie sont stoppés par 24 Nez-Percés qui ont élevé des barricades en profitant du terrain accidenté. Le camp put être levé et la tribu se diriger vers les Bitteroots Mountains.
  • 9 août : Le colonel Gibbon, prévenu par télégraphe, attend les Nez-Percés au-delà des Bitteroots Moutains. Il surprend le campement avec deux cents hommes. La bataille de Big Hole fait 80 morts chez les Nez-Percés, qui repoussent néanmoins les Tuniques Bleues.
  • 19 août : Chef Joseph parvient à dérober 150 mules au général Howard.
  • Du 20 au 25 août : Combats de Camas Meadows
  • 22 août : Entrée dans le parc du Yellowstone
  • 30 septembre-4 octobre : Bataille des monts Bear Paw ; le chef Looking Glass y trouve la mort, avec environ 20 autres Nez-Percés. Sur les 400 soldats américains, 40 ont trouvé la mort.

Reddition[modifier | modifier le code]

  • 5 octobre : reddition de Chef Joseph, avec 87 hommes, 184 femmes et 147 enfants, à 70 km de la frontière canadienne.

Épilogue[modifier | modifier le code]

Trois cents autres Nez-Percés parvinrent au Canada. Le peuple Nez-Percés est ensuite envoyé dans la réserve indienne, en Oklahoma, où il décline rapidement. En 1885, après une campagne d'opinion en Nouvelle-Angleterre, Chef Joseph et sa tribu sont autorisés à se rendre dans une réserve du Territoire du Nord-Ouest, où on continuait de le considérer comme un danger public.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Forczyk 2011, p. 5-9
  2. West 2009, p. 75-81
  3. a, b et c West 2009, p. 85-94
  4. West 2009, p. 105-106
  5. West 2009, p. 98-100
  6. West 2009, p. 106
  7. a, b et c West 2009, p. 105-115
  8. a et b West 2009, p. 115-120

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Merrill D. Beal, "I will fight no more forever" : Chief Joseph and the Nez Perce War, Seattle, University of Washington Press,‎ 2000 (1re éd. 1963), 366 p. (ISBN 978-0-295-74009-6, OCLC 55225952)
  • (en) Robert Forczyk, Nez Perce 1877 : the last fight, Oxford, Osprey Publishin,‎ 2011, 96 p. (ISBN 978-1-84908-192-4, OCLC 709777768, lire en ligne)
  • (en) Jerome A. Greene, Nez Perce summer, 1877 : the U.S. Army and the Nee-Me-Poo crisis, Helena, Montana Historical Society Press,‎ 2000, 554 p. (ISBN 9780917298684, OCLC 43951833)
  • (en) Oliver O. Howard, Nez Perce Joseph : an account of his ancestors, his lands, his confederates, his enemies, his murders, his war, his pursuit and capture, Boston, Lee and Shepard Publishers,‎ 1881 (OCLC 883765726, lire en ligne)
  • (en) Kent Nerburn, Chief Joseph & the flight of the Nez Perce : the untold story of an American tragedy, New York, PerfectBound,‎ 2005 (ISBN 978-0-06-051301-6, OCLC 63200587)
  • (en) Scott M. Thompson, I will tell of my war story : a pictorial account of the Nez Perce War, Seattle, University of Washington Press,‎ 2000, 122 p. (ISBN 978-0-295-97943-4, OCLC 423442703, lire en ligne)
  • (en) Elliott West, The last Indian war : the Nez Perce story, New York, Oxford University Press,‎ 2009, 397 p. (ISBN 978-0-19-513675-3, OCLC 255902883, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]