Poupée vaudou

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Une poupée vaudou est une poupée représentant l'esprit d'une personne, employée pour lui jeter des sorts. Cet objet prétendument magique, devenu un stéréotype de la sorcellerie, est souvent représenté dans la culture populaire.

Poupée vaudou

Dans le vaudou[modifier | modifier le code]

Poupée vaudou avec 58 aiguilles plantées dans le corps

Contrairement aux croyances répandues, les poupées n'apparaissent pas en tant que telles dans le vaudou. Les fidèles offrent des poupées sur les autels d'Erzulie, mais elles ne visent pas à ensorceler. Les wangas ou ouangas, permettent en revanche de jeter des sorts (maladie, échec, rupture amoureuse ...) sans aller jusqu'à la mort. Ils prennent cependant la forme de paquets ficelés rassemblant plusieurs ingrédients, et non de poupées.

Les bokors sont des sorciers vaudous qui ont la réputation de jeter des sorts.

Aux Antilles françaises, les paquets permettant d'envoûter des gens sont appelés quimbois.

Dagyde[modifier | modifier le code]

Dans la sorcellerie occidentale, la poupée (souvent de cire, parfois de bois ou de chiffons) qui sert à jeter des sorts est appelée dagyde (du grec dagos, poupée)[1]. Elle apparaît dès l'Antiquité : on a ainsi retrouvé des poupées magiques dans le sanctuaire d'Isis et de Mater Magna (Ier et IIIe siècles) à Mayence. Les Métamorphoses d'Apulée (IIe siècle) en fait également mention. Les dagydes réapparaissent au Moyen Âge, on en trouve des exemples au moins depuis le XIIIe siècle en Europe.

La poupée représente une personne, et les actions sur la poupée sont supposées avoir des effets sur la personne à travers la poupée. Elle est censée contenir un élément de la personne à envoûter (cheveux, bouts de peau, rognures d'ongle…), son nom sur un morceau de papier, ou une image (photographie). La poupée est parfois consacrée suivant des rites divers. Dans les pratiques de magie noire, la poupée est piquée d'aiguilles, coupée ou brûlée à certains endroits. La personne visée est censée souffrir aux endroits où la poupée a été atteinte.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Dans Les Métamorphoses d'Apulée (III, 16), la sorcière Pamphile envoie sa servante Photis recueillir des cheveux pour jeter des sorts aux personnes dont ils proviennent.

À partir de la fin du XIXe siècle, la dagyde médiévale est liée à la sorcellerie dans la littérature. Un personnage de Là-bas (1891) de Joris-Karl Huysmans est dit ensorcelé. Le roman cite les dagydes au chapitre XIV. Huysmans raconte aussi un rite d'envoûtement au XIVe siècle dans Un procès, un article paru en 1898[2]. Dans son roman L'Envoûteur est dans l'escalier (1985), M. Lebrun raconte une vengeance réalisée à l'aide d'une poupée percée d'aiguilles.

L'image des poupées accompagne parfois les représentations du vaudou au cinéma fantastique. Dans le film Voodoo Island (1957) avec Boris Karloff, un enquêteur découvre la présence du vaudou (et de poupées vaudous) sur une île[3]. Dans Jeu d'enfant, un tueur en série invoque le vaudou pour ensorceler une poupée[4]. Beaucoup d'autres films cependant présentent les poupées d'ensorcellement en dehors de la culture vaudoue[5]. Ainsi dans La Maison qui tue où une petite fille fabrique une figurine à l'aide de bougies pour torturer son père. Dans le film italien Blue Holocaust, une femme en tue une autre à l'aide d'une poupée vaudou. Ou encore le film Pirates des Caraïbes : La Fontaine de jouvence, où le capitaine Barbe noire utilise une poupée pour contrôler Jack Sparrow.

Les poupées vaudous apparaissent aussi dans des jeux vidéo comme Monkey Island, et le héros de Voodoo Vince est lui-même une poupée vaudou.

Dans l'actualité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nicolas Sarkozy : Le Manuel vaudou.

Nicolas Sarkozy a assigné en justice la société K&B Éditeurs qui a publié une parodie de poupée vaudou à son effigie, accompagnée d'un grimoire humoristique. Le 29 octobre 2008, Nicolas Sarkozy a été débouté, de toutes ses demandes concernant la poupée éditée par K&B et commercialisée avec un manuel par la société Tear Prod[6].

Le tribunal des référés de Paris a estimé qu'il n'y avait «ni atteinte à la dignité humaine, ni attaque personnelle», et que sa mise en vente ne «caractérise pas une atteinte fautive au droit à l'image». Le «Manuel vaudou» s'inscrit donc dans les limites autorisées de la liberté d'expression. Le 27 novembre, la cour d'appel de Paris a estimé que la poupée vaudou constituait bien une "atteinte à la dignité" du chef de l'État mais a autorisé sa commercialisation sous conditions[7].

Dans son arrêt, la cour a jugé « que l'incitation du lecteur à piquer la poupée jointe à l'ouvrage avec les aiguilles fournies, action que sous-tend l'idée d'un mal physique serait-il symbolique, constitue une atteinte à la dignité de la personne de M. Sarkozy ». La cour d'appel souligne toutefois « qu'il n'y a pas lieu d'interdire la poupée », cette mesure n'étant « pas proportionnée et adéquate ». Elle a donc enjoint à la société Tear Prod « apposer au besoin par un bandeau, sur tout coffret mis en vente ou proposé à quelque titre que ce soit au public, la mention » de la condamnation[8].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Article Doll de Traditionnal Witchcraft (en)
  2. Un procès de J.-K. Huysmans.
  3. Fiche du film Voodoo Island sur ImDB.
  4. Fiche du film Jeu d'enfant sur ImDB.
  5. Voodoo Doll sur imdb
  6. http://www.legalis.net/jurisprudence-decision.php3?id_article=2504
  7. « Poupée vaudoue : Sarkozy gagne en appel », Le Monde, 28 novembre 2008.
  8. http://www.legalis.net/jurisprudence-decision.php3?id_article=2505

Voir aussi[modifier | modifier le code]