Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur

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Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur est un essai de l'écrivain franco-tunisien Albert Memmi, publié en mai 1957 chez Buchet/Chastel.

À la lumière de son expérience personnelle – Juif de Tunisie en contact avec les colonisateurs aussi bien qu'avec les colonisés –, Albert Memmi entreprend, avec une grande lucidité, de montrer qu'ils sont dans une perpétuelle interdépendance, liée au système colonial, qu'ils ne peuvent se définir que les uns par rapport aux autres, et que l'indépendance des colonies est inéluctable, mais comporte aussi des risques.

Cet essai est constitué de deux parties, étroitement reliées, car il s'agit des deux faces d'une même réalité.

Portrait du colonisateur[modifier | modifier le code]

Pour Memmi, tout colonisateur, même le "petit Blanc", même le colon « de bonne volonté », ne peut être qu'un privilégié, fût-ce relativement, par rapport aux indigènes ; et il est toujours un « usurpateur », puisque ses privilèges ne sont pas légitimes, et il le sait. D'où, d'une part, une mauvaise conscience, qui atteint son paroxysme chez l'homme de gauche, qui est déchiré par ses contradictions, qui ne sait comment se situer face au système colonial, qui est mal à l'aise par rapport aux revendications nationalistes des colonisés, et qui sait pertinemment qu'il n'aura pas davantage sa place après l'indépendance. Et, d'autre part, un mépris de soi, du fait de sa médiocrité, consubstantielle au système colonial, qui incite le colonialiste à s'appuyer sur son prétendu patriotisme et sur le prestige de la métropole pour essayer de se justifier à ses propres yeux ; conformément à ce que Memmi appelle le « complexe de Néron », il recourt aussi à tous les stéréotypes racistes, qui sont autant de mystifications visant à naturaliser l'oppression et à dresser des barrières inamovibles entre les races. Ce faisant, il manifeste des tendances fascisantes, qui risquent de contaminer la métropole.

Portrait du colonisé[modifier | modifier le code]

Le colonialiste fait du colonisé un portrait mystificateur. Mais le colonisé, dépourvu de tout droit, constamment soumis et humilié, et en état permanent de carence, est souvent amené à se conformer au miroir qu'on lui tend. Certains tentent bien de s'assimiler, et donc de s'aliéner culturellement, mais l'assimilation, refusée par le colonisateur, n'est qu'un mirage. La révolte est donc inévitable. Pour assurer la cohésion du mouvement de révolte, l'élite des colonisés en arrive souvent à affirmer les « valeurs refuges », régressives, que sont la tradition, la famille et, plus encore, la religion, ce qui est lourd de dangers, une fois l'indépendance obtenue.