Portrait de Louis XIV en costume de sacre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Louis XIV
en costume de sacre
Image illustrative de l'article Portrait de Louis XIV en costume de sacre
Louis XIV en costume de sacre.
Artiste Hyacinthe Rigaud
Date 1701
Type portrait
Technique Huile sur toile
Dimensions (H × L) 277 × 194 cm
Localisation Musée du Louvre, Paris
Numéro d'inventaire INV 7492

Le portrait de Louis XIV en costume de sacre a été réalisé en 1701 par le peintre français Hyacinthe Rigaud pour répondre à une commande du monarque qui souhaitait contenter le désir de son petit-fils, Philippe V. Louis XIV le conserva et le fit accrocher à Versailles.

De par son éclat et sa qualité, ce portrait s'est imposé comme le « portrait officiel » de Louis XIV.

Contexte[modifier | modifier le code]

À la mort de Charles, le 1er novembre 1700, l’Espagne était en proie aux appétits dynastiques des autres puissances européennes. Le testament du feu roi écarta cependant toute idée de partage et désigna, au premier rang des prétendants légitimes à la couronne, Philippe, duc d’Anjou, second fils du Grand Dauphin et petit-fils de Louis XIV.

Le futur jeune roi d’Espagne, désireux d’emporter avec lui l’image de son grand-père, convainquit Louis XIV de commander à Hyacinthe Rigaud ce qui allait devenir l’image absolue du pouvoir royal et le portrait de référence pour les générations à venir

« Sa réputation étant venue jusqu’au roi, par le portrait qu’il avoit fait de Monseigneur, commandant devant le siège de Philisbourg, il eut l’honneur en 1700, d’être nommé par Sa Majesté, pour peindre Philippe V, roi d’Espagne, son petit-fils, quelques jours avant son départ pour aller prendre possession de ses royaumes. Cet ouvrage donna lieu au roi d’Espagne de prier le roi, son grand-père, de lui donner aussi son portrait peint de la même main ; ce que Sa Majesté lui accorda. Rigaud eut l’honneur de le commencer l’année suivante ; et étant achevé, ce monarque le trouva d’une ressemblance si parfaite et si magnifiquement décoré, qu’il lui ordonna d’en faire une copie de même grandeur, pour l’envoyer au roi d’Espagne, à la place de l’original. Sa Majesté très-chrétienne y est peinte en pied, revêtue de ses habits royaux. Ce tableau a dix pieds et demi de haut ; il est placé à Versailles, dans la salle du Trône, et celui du roi d’Espagne dans le cabinet de Sa Majesté. »

C'est ainsi que s'exprimait Hyacinthe Rigaud, par le biais d'un ami, dans l'autobiographie qu'il envoya au grand duc de Toscane Cosme III de Médicis en 1716[1],[2].

Ces propos sont accrédités par la mention du paiement correspondant dans les livres de comptes de l'artiste, en 1701 : « Le Roy et le roy d’Espagne, et une copie du portrait du Roy de la même grandeur que l’original pour sa Majesté catholique, le tout 12 000 livres », soit le prix de trois tableaux[3]. Le même paiement est porté aux comptes de bâtiments royaux le 16 septembre 1702 : « deux grands portraits du Roy en pied, avec l’esquisse en petit desdits portraits, comme aussy du portrait en pied du roy d’Espagne »[4].

Genèse[modifier | modifier le code]

Louis XIV, Roi de France, modello de Hyacinthe Rigaud à partir duquel fut réalisé le Portrait de Louis XIV en costume de sacre (1701, musée Condé).

Il semble que Philippe V ait obtenu satisfaction grâce à l’intercession de Madame de Maintenon qui, dans une lettre adressée au duc de Noailles, et datée du 11 mars 1701 avoue[5] :

« Je travaille à lui envoyer le portrait qu’il m’a ordonné de lui faire faire. Voici deux après-dinées que je reviens de Saint-Cyr pour obliger le Roi à se faire peindre. La goutte est venue à notre secours. Sans elle nous ne l’aurons pas tenu trois ou quatre heures. »

La veille le marquis de Dangeau, nous a laissé dans son Journal un premier témoignage corroborant les dires de la favorite, en décrivant la genèse du masque de Louis XIV, destiné à être enchâssé plus tard dans la composition finale, élaborée dans l’intimité de l’atelier du peintre : « Jeudi 10 [mars 1701], à Versailles - La goutte du roi continue, il se fait peindre l’après-diné par Rigaud pour envoyer son portrait au roi d’Espagne à qui il l’a promis […][6]. » Le lendemain, le travail continuait effectivement : « Vendredi 11, à Versailles - La goutte du Roi a un peu augmenté et au sortir du sermon, où on le porta, il se fit reporter chez Madame de Maintenon où Rigaud travailla à son portrait. »

Le 3 septembre 1703, dans une lettre touchante qu’il adressa à la marquise, Philippe V avouait à son tour  : « Je vous remercie des soins que vous avez pris pour me procurer le portrait du roi, que j’attends avec impatience[7]. » La grandeur et la complexité de la composition justifiaient bien l’attente légitime des commanditaires et le temps passé par l'artiste à parfaire son travail. D’ailleurs, tout tend à prouver que Rigaud travaille à l'effigie tout en achevant le portrait de Philippe V, lequel ne sera jamais envoyé en Espagne.

D’ailleurs, le jeudi 19 janvier 1702, Rigaud sollicite une nouvelle séance de pose, comme en témoigne le marquis de Dangeau : « Le roi, qui n’avait point de conseil à tenir, eut le matin la patience de se faire achever de peindre chez madame de Maintenon par Rigaud ; il envoie ce portrait au roi d’Espagne, qui l’en avoit instamment prié »[8].

« On a exposé le portrai du Roi dans le grand appartement de Versailles ; il est en pied avec l’habit royal. Cet ouvrage est de M. Rigaud. Jamais portrait n’a été mieux peint, ni plus ressemblant ; toute la Cour l’a vu et tout le monde l’a admiré. Il faut qu’un ouvrage soit bien beau et bien parfai pour s’attirer un applaudissement général dans un lieu où le bon goût règne et où l’on n’est pas prodigue de louanges. Sa Majesté ayant promis son portrait au roi d’Espagne, veut tenir sa parole en lui donnant l’original, et M. Rigaud en doit faire une copie qui est souhaitée par toute la Cour[9]. »

La direction des Bâtiments du roi commande effectivement à l’atelier du peintre un grand nombre de copies (sous des formes diverses pour les cours européennes ou les officines royales de province, comme celle commandée à François Stiémart par exemple) ou des gravures ainsi que le prouve une ordonnance de paiement datée du 16 septembre 1702 : « Au sieur Rigault, peintre ordinaire du Roy, pour deux grands portraits du Roy en pied, avec l’esquisse en petit desdits portraits, comme aussy du portrait en pied du Roy d’Espagne qu’il a faits pendant la présente année, 10.001 livre »[10].

En tant que fidèle graveur des œuvres de son confrère catalan, Pierre Drevet est tout naturellement désigné pour mener à bien les burins et reçoit « parfait payement de cinq mille livres pour la graveure [sic] qu’il a faite du portrait en pied du feu roy Louis XIV, d’après le sieur Rigaud, pendant 1714-1715 »[11].

Pour ce faire, Drevet s’était aidé d’un dessin exécuté par le tout jeune Jean-Marc Nattier[n 1] et dont la direction des bâtiments relate le paiement, le 20 août 1713 : « au sr Nattier le jeune, peintre, pour le dessin d’un portrait du roi d’après Rigaud, qu’il a copié pour servir de modèle pour graver pendant 1713, […] 500 livres »[4]. Drevet doit beaucoup au travail de Nattier qui a transposé le tableau de Rigaud dans ses moindres détails, aux dimensions prévisionnelles de la gravure[n 2]. Il a cependant prolongé la galerie de marbre en arrière-plan d’une travée, variation suivie par le graveur. Nul doute que Rigaud lui-même ait supervisé le travail de Nattier, puisque le dessin était destiné à son ami Prevet et que le père de Natier, Marc, avait été un fidèle collaborateur de Rigaud...

Mariette considère l’œuvre de Drevet comme « ce que [l’artiste] a fait de plus considérable » et qu’elle « a eté gravé par ordre de sa majesté très Chretienne et pour estre mise dans Son Cabinet »[12]. En 1733, il en note la rareté dans une lettre à Gabburri : « Pour ma part je peux vous inciter à acquérir un portrait du roi régnant et de la reine, mais celui gravé par Drevet est très difficile à avoir, et je l’ai vu en vente à plus de huit livres. Je peux l’avoir pour un prix discret mais il faut me donner du temps »[13].

Description[modifier | modifier le code]

Signé et daté dans le phylactère, sur la base de la colonne représentant la déesse de la Justice, « Peint par Hyacinthe Rigaud en 1701 », ce vaste portrait est celui d'un roi vieillissant (63 ans), parvenu au faîte de sa gloire.

L'original, actuellement conservé au musée du Louvre[n 3], provenant des collections de la couronne[14], possède une réplique autographe aujourd'hui présentée dans le salon d’Apollon du château de Versailles, également signée et aux dimensions légèrement différentes[n 4],[15]. On peut également trouver une copie à l'hôtel Negresco.

Devant un trône en étoffe bleue fleurdelysée et sous un dais rouge, le roi avec ses regalia (couronne fermée, main de justice et sceptre de son grand-père Henri IV) et en habits de cour (chemise à jabot et manchettes en dentelles, hauts-de-chausses en soie, souliers à talons rouges ornés de boucles de diamants, bas de soie maintenus par des jarretières) porte le manteau royal[16] et le collier de l'Ordre du Saint-Esprit[17],[18].

Copies et travaux[modifier | modifier le code]

Exécutée par Pierre Legendre, une copie de ce portrait se trouve dans la bibliothèque du Palais Rohan à Strasbourg, face au portrait de Louis XV, également en costume de sacre[19].

Une autre copie ou une reproduction est présente à l'Observatoire de Paris, entre deux portraits de Giovanni Domenico Cassini et Urbain Le Verrier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Phœnix, Art Museum. Inv. 65-62
  2. H. 63,7 ; L. 51,4
  3. Inv. 7492
  4. H. 276 ; L. 194. MV2041, inv. 7494, MR 2401, Collection de la couronne, entré à Versailles sous Louis Philippe

Références[modifier | modifier le code]

  1. Abrégé de la Vie de Hyacinthe Rigaud, 1716 sur Wikisource
  2. Charles-Philippe de Chennevières-Pointel 1854, p. 118
  3. Joseph Roman 1919, p. 83
  4. a et b Jules Guiffrey 1881, p. 693
  5. Théophile Lavallée, Correspondance générale de madame de Maintenon publiée pour la première fois sur les autographes et les manuscrits authentiques […], Paris, Charpentier, 1866, volume IV, p. 416. Autographe du cabinet de M. le duc de Cambacérès.
  6. Journal du marquis de Dangeau, publié en entier pour la première fois par MM. Soulié, Dussieux, de Chennevières, Mantz, de Montaiglon avec les additions inédites du Duc de Saint-Simon, tome VIII, 1701-1702, Paris, 1856, p. 51.
  7. Lavallée, op. cit. p. 443-444. Manuscrit des Dames de Saint-Cyr.
  8. Journal du marquis de Dangeau, op. cit., p. 295. En note de l’édition est annexé le passage du Mercure de France de la même année.
  9. Mercure de France, 1702, p. 302-303.
  10. Guiffrey, op. cit., 1896, IV, p. 827
  11. Guiffrey, op. cit., 1896, V, p. 876, 16 février 1716.
  12. Pierre-Jean Mariette, Notes manuscrites sur les peintres et les graveurs, 1740-1770, Paris, Bibliothèque Nationale de France, cabinet des Estampes, Ya2 4, VII, f° 11.
  13. Raccolta di lettere sulla pittura, scultura ed architettura scritte da’piu celebri personaggi dei secoli XV, XVI, XVII, 1822, II, p. 398.
  14. Fernand Engerand 1901, p. 463
  15. Claire Constans, Musée National du château de Versailles : Les peintures, Paris, RMN, 1995, II, p. 757, n°4269.
  16. Manteau de velours bleu azur brodé de fleurs de lys et doublé de fourrure d'hermine.
  17. Myriam Tsikounas, « De la gloire à l'émotion, Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud », Sociétés & Représentations, vol. 26, no 2,‎ 2008, p. 57 (lien DOI?)
  18. Étude d'un tableau : Louis XIV en costume de sacre
  19. Roland Recht et Marie-Jeanne Geyer (dir.), Le portrait dans les musées de Strasbourg, 1988, p. 321

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Charles-Philippe de Chennevières-Pointel, Louis Étienne Dussieux, Paul Mantz, Anatole de Montaiglon, Édouard Soulié, Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture, publiés d’après les manuscrits conservés à l’école impériale des beaux-arts, vol. II, Paris, Société de l'histoire de l'art français,‎ 1854
  • Antoine Joseph Dezallier d'Argenville, Abrégé de la vie des plus fameux peintres, avec leurs portraits gravés en taille-douce, les indications de leurs principaux ouvrages, Quelques réflexions sur leurs Caractères, et la manière de connoître les dessins des grands maîtres, vol. IV, Paris, De Bure,‎ 1745
  • Fernand Engerand, Inventaires des collections de la couronne. Inventaire des tableaux commandés et achetés par la direction des bâtiments du roi (1709-1792), vol. I,‎ 1901, 463-464, 561, 620 p.
  • Jules Guiffrey, Comptes des Bâtiments du Roi sous le règne de Louis XIV, 1664-1715, vol. V, Paris,‎ 1881, 693, p. 693, 697, 789, 876 p.
  • Charles Maumené, Louis d'Harcourt, Iconographie des rois de France, vol. V, Paris, Colin,‎ 1931, 91-95 p.
  • Anatole de Montaiglon, Procès-verbaux de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture (1648-1793) publiés par Anatole de Montaiglon d’après les registres originaux conservés à l’École des Beaux-Arts de Paris, Paris, Société de l’Histoire de l’art français,‎ 1875-1892
  • Stéphan Perreau, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), le peintre des rois, Montpellier, Nouvelles Presses du Languedoc,‎ 2004
  • Joseph Roman, Le livre de raison du peintre Hyacinthe Rigaud, Paris, Laurens,‎ 1919