Portique d'Octavie

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Portique d'Octavie
Vestiges du propylée du portique d'Octavie.
Vestiges du propylée du portique d'Octavie.

Lieu de construction Champ de Mars
Date de construction 146 av. J.-C.
Ordonné par Quintus Caecilius Metellus Macedonicus
Type de bâtiment Portique
Le plan de Rome ci-dessous est intemporel.
Planrome2b.png
Portique d'Octavie

Localisation du portique dans la Rome antique (en rouge)

Coordonnées 41° 53′ 35″ N 12° 28′ 44″ E / 41.89293, 12.47882641° 53′ 35″ Nord 12° 28′ 44″ Est / 41.89293, 12.478826  
Liste des monuments de la Rome antique

Le portique d'Octavie (en latin : Porticus Octaviae) est un ensemble de monuments situé sur le Champ de Mars à Rome, près du théâtre de Marcellus. En plus de l'enceinte à colonnade, le portique se compose de divers édifices, dont deux entrées monumentales et deux temples, l'un dédié à Junon Regina et l'autre à Jupiter Stator.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le portique d'Octavie est construit au sud du Champ de Mars, aux pieds des pentes sud du Capitole, près du cirque Flaminius[1]. Durant l'Empire, il est un des trois grands portiques qui marquent l'extrémité nord-est de l'esplanade occupée à l'origine par le cirque (voir le plan)[2]. C'est à proximité de ce portique que se trouve la grande Insula dell’Ara Coeli. Les ruines du portique et des temples se trouvent sous l'église Santa Maria in Campitelli et la Via di Sant'Angelo in Pescheria[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

« Piazza di Pescaria », gravure de Giuseppe Vasi, 1752.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Le portique est construit en 146 av. J.-C.[4] par Quintus Caecilius Metellus Macedonicus[5],[6], après la célébration de son triomphe pour ses victoires sur les Macédoniens d'Andriscos[2]. Il est construit autour d'un temple déjà existant, voué à Junon Regina en 187 av. J.-C. par le consul Marcus Aemilius Lepidus et construit en 179 av. J.-C. alors que Lepidus est censeur [7],[8]. Metellus fait construire un deuxième temple, selon la même orientation, qu'il dédie à Jupiter Stator[2]. Selon les Fasti Antiates Minores, le dies natalis du temple de Junon est le 23 décembre et celui du temple de Jupiter est le 5 septembre[9]. Le temple de Junon, probablement endommagé en 158 av. J.-C., est restauré par la même occasion[m 1].

Entre 33 et 23 av. J.-C., Octave-Auguste le reconstruit complètement et le dédie à sa sœur Octavie[n 1]. Après la reconstruction, Auguste dédie de nouveau le complexe et fixe le dies natalis des deux temples, comme celui de tous les temples des environs[a 1], au 23 septembre, jour de son propre anniversaire[10],[11].

Le portique est touché en 80 par un incendie et est restauré peu après, probablement sous Domitien[a 2]. Il est de nouveau reconstruit par Septime Sévère et Caracalla après l'incendie de 191[12],[13],[14]. L'édifice est endommagé en 442 par un tremblement de terre. C'est peut-être à cette occasion que les deux colonnes du propylée qui sont tombées sont remplacées par une arche en brique[12].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Durant le Moyen Âge et jusqu'au XIXe siècle, la zone du portique est transformée en marché aux poissons. L'église Sant'Angelo in Pescheria, construite au cours du VIIIe siècle sur une partie des ruines du portique, tire son nom de la nature du marché situé à proximité.

Description[modifier | modifier le code]

Le portique d'Octavie, tel que reconstruit par Auguste, s'élève sur un podium bas, à l’intérieur duquel ont été retrouvés des vestiges du portique de Metellus, plus ancien, en opus incertum[2]. Le portique enferme une place quasiment carrée de 119 m de large et un peu plus de 132 m de long[15], selon un axe nord-est sud-ouest. L'entrée principale se trouve au milieu du côté sud-ouest. Le portique se compose d'une double rangée de colonnes de granit, avec 28 colonnes en façade pour chaque côté[12]. Du portique d'Octavie restent essentiellement visibles le propylée d’entrée sud-ouest et un tout petit tronçon de colonnade.

À l'origine, le portique entoure deux temples, à l'ouest celui dédié à Junon Regina et à l'est celui dédié à Jupiter Stator. Les deux statues de culte sont l’œuvre de sculpteurs grecs de style néo-attique, Polyclès et Dionysios[2],[16]. D'après les auteurs antiques, à l'époque de Metellus, les temples sont précédés de 34 statues attribuées à Lysippe représentant les généraux d'Alexandre le Grand, que Metellus a prélevé du sanctuaire de Dion en Macédoine[a 3],[a 4],[14]. On trouve également une statue de bronze de Cornelia, mère des Gracques, première statue dans un édifice public honorant une femme[14].

La colonnade de l'enceinte abrite une bibliothèque, une ou plusieurs scholae et la Curia Octaviae[a 5] dans laquelle se réunit parfois le Sénat[a 6],[a 7],[12].

Propylée[modifier | modifier le code]

Deux colonnes corinthiennes de la face externe du propylée sud, de 8,6 mètres de haut, sur les quatre d'origine sont restées intactes. Les deux autres ont été remplacées par un arc donnant accès à l'église Sant'Angelo in Pescheria. De l'autre côté, trois colonnes sur les quatre sont toujours debout. Les tympans des frontons, à l'origine ornés de reliefs, ont été reconstruits en grande partie avec des matériaux réutilisés. Les murs latéraux, en opus quadratum recouvert de plaques de marbre, sont percés chacun d'un passage voûté qui communique avec la colonnade du portique[14].

Inscription[modifier | modifier le code]

Sur l'architrave du propylée se lit encore une inscription dédicatoire sévérienne datant de 203 ap. J.-C. :

[IMP•CAES•L•SEPTIMIV]S•SEVERVS•PIVS•PERTINAX•AVG•ARABIC•AD[IABENIC•PAR]THIC•MAXIMVS
TRIB•POTEST•XI•IMP•XI•COS•III•P•P•ET
[IMP•CAES•M•AVRELIV]S•ANTONINVS•PIVS•FELIX•AVG•[TRIB•POTEST•VI]•COS•PROCOS
INCENDIO•CORRVPTAM•REST[ITVERVNT]

Ce qui peut se traduire par :

« L'empereur César Auguste Lucius Septime Sévère, Pius Pertinax Arabicus Adiabenicus Parthicus Maximus, dans sa onzième puissance tribunitienne, salué onze fois imperator, trois fois consul, père de la patrie, et l'empereur César Auguste Marcus Aurelius Antoninus [Caracalla], Pius Felix, dans sa sixième puissance tribunitienne, consul, proconsul, ont restauré ce portique ruiné par un incendie »

Temple de Junon Regina[modifier | modifier le code]

Plan du portique d'Octavie[m 2],[17],[2].

Le temple dédié à Junon est représenté sur la Forma Urbis comme prostyle hexastyle. Les colonnes sont d'ordre corinthien, de marbre blanc, et mesurent 12,5 mètres de haut pour 1,25 mètre de diamètre[3].

Seuls des vestiges du temple dédié à Junon Regina subsistent aujourd'hui, visibles dans les caves des constructions modernes. Ils consistent principalement en fragments de blocs de travertin et de brique, ainsi que de fragments de colonnes et d'entablements en marbre[3],[18].

Temple de Jupiter Stator[modifier | modifier le code]

Selon Vitruve, le temple est l’œuvre de l'architecte grec Hermodore de Salamine[3],[a 8],[19]. Le temple est entièrement construit en marbre d'après les auteurs antiques qui précisent que c'est inédit à Rome[1]. Il est hexastyle et périptère, avec onze colonnes latérales. L'intervalle entre les colonnes en façade est égal à celui entre les colonnes latérales et entre la rangée de colonnes et le mur de la cella[3]. Sur le plan de la Forma Urbis, le temple est représenté avec des colonnes sur trois côtés[m 3] dont dix colonnes latérales et non onze comme l'indique Vitruve, ce qui peut être expliqué par une modification apportée au temple lors d'une restauration, par exemple sous Auguste lorsqu'est entreprise la reconstruction du portique[3]. À cette occasion, le plan du temple est modifié et devient peripteros sine postico, c'est-à-dire sans colonne à l'arrière[15]. La cella du temple abrite de nombreuses œuvres d'art[a 3]. Aucune trace du temple n'a été retrouvée à ce jour, à l'exception de fragments du mur de soutènement[20].

Curia Octaviae[modifier | modifier le code]

Sur le plan de marbre de la Forma Urbis, une double structure absidale orientée vers le nord est accolée à l'arrière des deux temples. Il pourrait s'agir de la Curia Octaviae qui consisterait en deux portions de gradins se faisant face[2]. L'ajout de la curie, datant de la restauration d'Auguste, peut expliquer la modification des plans des deux temples avec la suppression des colonnes sur la face nord afin de rendre les murs arrières aveugles[10]. Il est possible que les termes scholae et curiae utilisés par Pline l'Ancien désignent en fait le même édifice[10]. La Curiae Octaviae relie les deux temples à la colonnade du portique par des murs qui prolongent les podiums des temples[21].

Bibliothèque de Marcellus[modifier | modifier le code]

La bibliothèque est construite par Octavie après la mort de son fils Marcus Claudius Marcellus, neveu d'Auguste, en sa mémoire, comme le théâtre de Marcellus[22],[a 9]. La bibliothèque est restaurée par Caius Melissus, aidé financièrement par Mécène, à la fin du Ier siècle av. J.-C. Elle est alors divisée en deux sections, une pour les ouvrages grecs et une pour les ouvrages latins[23]. Les livres brûlent dans l'incendie de 80[a 10] mais sont probablement remplacés lors de la reconstruction du portique par Domitien[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Quand Dion Cassius dit qu'il a été construit après l'an 33 av. J.-C. avec le butin des campagnes en Dalmatie, il confond ce portique (Porticus Octaviae) avec un autre, nommé Porticus Octavia.

Références[modifier | modifier le code]

  • Sources modernes :
  1. a et b Platner et Ashby 1929, p. 304.
  2. a, b, c, d, e, f et g Coarelli 2007, p. 271.
  3. a, b, c, d, e et f Platner et Ashby 1929, p. 305.
  4. Gros 1973, p. n5.
  5. Platner et Ashby 1929, p. 424.
  6. Coarelli 2007, p. 265.
  7. Gros 1973, p. n4.
  8. Boyd 1953, p. 155.
  9. Degrassi 1963, p. 18, 508.
  10. a, b et c Gros 1973, p. 8.
  11. Degrassi 1963, p. 63, 508 et 512-514.
  12. a, b, c et d Platner et Ashby 1929, p. 427.
  13. CIL VI, 1034
  14. a, b, c et d Coarelli 2007, p. 272.
  15. a et b Coarelli 2007, p. 271-272.
  16. Gros 1973, p. 20.
  17. Lanciani 1901.
  18. Palchetti et Quilici 1968, p. 77.
  19. Gros 1973, p. 5.
  20. Gros 1973, p. 6.
  21. Gros 1973, p. 18.
  22. Platner et Ashby 1929, p. 84.
  23. Platner et Ashby 1929, p. 84-85.
  24. Platner et Ashby 1929, p. 85.
  25. Platner 1911, p. 372.
  • Autres sources modernes :
  1. Filippo Coarelli, « L'ara di Domizio Enobarbo e la cultura artistica in Roma nel II sec. a.C. », Dialoghi di Archeologia,‎ 1968, p. 334
  2. G. Carettoni, A. M. Colini, L. Cozza et G. Gatti, La pianta marmorea di Roma antica, Rome,‎ 1960
  3. G. Carettoni, A. M. Colini, L. Cozza et G. Gatti, La pianta marmorea di Roma antica, Rome,‎ 1960, p. 91
  • Sources antiques :
  1. Fasti Palatii Urbinatis
  2. Dion Cassius, Histoire romaine, LXVI, 24
  3. a et b Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXVI, 24, 34 et 40
  4. Festus, De Significatione Verborum, 363
  5. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXVI, 28
  6. Dion Cassius, Histoire romaine, LV, 8
  7. Flavius Josèphe, Guerre de Judée, VII, 5, 4
  8. Vitruve, De Architectura, III, 2, 5
  9. Plutarque, Vies parallèles, Marcellus, 30
  10. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LXVI, 24

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • (en) Filippo Coarelli, Rome and environs : an archaeological guide, University of California Press,‎ 2007, 555 p. (ISBN 978-0-520-07961-8)
  • (en) Samuel Ball Platner et Thomas Ashby, A topographical dictionary of Ancient Rome, Oxford University Press,‎ 1929
  • (en) Samuel Ball Platner, The Topography and Monuments of Ancient Rome, New York,‎ 1911
  • (fr) Pierre Gros, « Hermodoros et Vitruve », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, vol. 85,‎ 1973, p. 137-161 (lire en ligne)
  • (it) Rodolfo Lanciani, Forma Urbis Romae, Roma,‎ 1901
  • (la) A. Degrassi, Inscriptiones Italiae, vol. XIII,‎ 1963, chap. 2

Ouvrages sur le portique[modifier | modifier le code]

  • (en) M. J. Boyd, « The Porticus of Metellus and Octavia and their two temples », PBSR, vol. 21,‎ 1953
  • (en) M. Gwyn Morgan, « The Portico of Metellus : a Reconsideration », Hermes, vol. 99,‎ 1971
  • (it) A. M. Palchetti et L. Quilici, « Il tempio di Giunone Regina nel Portico di Ottavia », Quaderni dello Istituto di topografia antica dell’Università di Roma, vol. V,‎ 1968, p. 77

Liens externes[modifier | modifier le code]

Plan intemporel du Champ de Mars méridional