Portes de Bernward

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52° 08′ 56″ N 9° 56′ 47″ E / 52.1489, 9.94639 ()

Portes de Bernward

Les Portes de Bernward sont les deux battants d'une même porte en bronze située dans le portail occidental de la cathédrale d'Hildesheim (Basse-Saxe), datant de 1015.

Leurs riches personnages bibliques de scènes de la Genèse et de Jésus-Christ qui se font face sont considérés comme la plus ancienne série d'images de l'art allemand et en font un chef d’œuvre de l'art préroman.

Elles doivent leur nom à l'évêque Bernward d'Hildesheim qui les fit réaliser pour l'église Saint-Michel d'Hildesheim.

Pour des raisons de conservation, elles ont maintenant été ramenées à l'intérieur de la cathédrale. Lorsqu'elles étaient à l'entrée, elles représentaient au visiteur les porta salutis pour le paradis.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les portes forment avec les colonnes du Christ les concours de l'évêque Bernward pour démontrer la richesse de son évêché et des Ottoniens qui voulaient établir une autorité culturelle en vue d'une renovatio imperii. Une inscription latine sur le chambranle au milieu de la porte inscrite à l'époque de l'évêque Bernward indique 1015 comme la date de conception de ces portes :

„AN[NO] DOM[INICE] INC[ARNATIONIS] M XV B[ERNVARDVS] EP[ISCOPVS] DIVE MEM[ORIE] HAS VALVAS FVSILES IN FACIE[M] ANGELICI TE[M]PLI OB MONIM[EN]T[VM] SVI FEC[IT] SVSPENDI“

« En l'an de notre Seigneur 1015, l'évêque Bernward – que sa mémoire soit bénie - a fait fondre ces panneaux de portes moulés à l'image du temple des anges en son souvenir. »

Le temple des anges ferait référence à Saint L'archange Michel auquel Bernward vouait un culte. Selon les historiens, les portes ne se situaient pas d'abord dans le portail occidental qui fut créé par son successeur Gothard de Hildesheim mais pour une chapelle dont les fondations ont été révélées par des fouilles. Mais durant le XIe siècle, la cathédrale subit de nombreuses modifications dans sa construction par la succession des évêques puis avec la restauration entre 1842 et 1850, la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale qui avait gravement endommagé le portail ouest.

Les portes ont échappé aux bombardements de Hildesheim le 22 mars 1945 car le chapitre de religieux a demandé à son initiative de les enlever pour les protéger avec d'autres œuvres d'art de la cathédrale trois ans plus tôt et entreposées dans un souterrain du centre-ville proche du lieu, une opération très compliquée en raison du poids des portes.

Caractéristiques de fabrication et techniques[modifier | modifier le code]

Les portes ont été coulées en une seule pièce chacune. Compte tenu des dimensions (472.0 x 125.0 cm pour le battant à gauche, 472.0 x 114,5 cm pour celui à droite, épaisseur maximale d'environ 3.5-4.5 cm) et le poids énorme (chacune d'environ 1,85 tonnes), elles sont un travail considérable. La matière première utilisée pour la coulée du bronze se compose principalement de cuivre (80 %) et à parts égales de plomb, d'étain et de zinc.

Comme celles de Aix-La-Chapelle et de Mayence, on a utilisé la procédé de la cire perdue. Les scènes ont été reproduites directement sur le moule puis on a gratté les supports métalliques. Les têtes de lion ont été intégrées en même temps dans le moule.

Style et composition[modifier | modifier le code]

Conception générale[modifier | modifier le code]

Les Portes de Bernward imitent la forme d'un cadre de porte antique. Les cadres entourant les scènes sont assez étroits, à l'image des reliefs ou du Codex Aureus d'Echternach.

Composition des scènes[modifier | modifier le code]

La composition de chaque scène est simple et efficace. Contrairement à des représentations de l'art carolingien, les artistes ont renoncé une composition riche où le relief passerait au second plan. Le décor, composé de plantes (principalement sur l'aile gauche) et des architectures (principalement sur la droite), est exécuté en bas-relief et réduit au minimum. Il ne sert qu'à la compréhension de la scène. Grâce à leurs mouvements et leurs gestes expressifs, chaque personnage est lié à un autre, ils perdraient leurs sens si on les prenait isolément.

Personnages[modifier | modifier le code]

Détail du battant à droite
L'adoration des rois mages

Comme souvent dans l'art médiéval, les personnages n'ont pas leurs propres visages, mais la répétition d'un type stylisé. La caractéristique de la sculpture ottonienne est des visages ovales et disproportionnés avec de grands yeux en amande dans des orbites peu profondes, complétées sur le front par des sourcils pointus. Néanmoins les expressions faciales sont parfois très expressives et en accord avec les gestes. Dans ce contexte, la figure de Caïn dans la scène fratricide est frappante, il regarde avec anxiété, les yeux écarquillés la main de Dieu dans le ciel.

Il n'existe pas de signature d'artistes pour les portes, laissant penser qu'on a fait appel à une manufacture.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Les Portes de Bernward racontent l'histoire du salut pour l'Homme suivant la typologie biblique. Les seize panneaux représentent des scènes de l'Ancien Testament (porte de gauche) et du Nouveau Testament (porte de droite). La gauche, de haut en bas, montre les débuts de l'Humanité (La Création, La Chute, le Fratricide) ; la droite, de bas en haut, l'œuvre rédemptrice du Christ, l'Annonciation faite à Marie, Noël, la Passion du Christ et la Résurrection de Jésus. Cette illustration de plusieurs scènes sur un même support correspond à une pratique de l'enluminure et est reprise aussi pour les colonnes. Les interprétations s'appuient pour la plupart sur les écrits théologiques des Pères, en particulier Saint Augustin.

Modèles et effets[modifier | modifier le code]

Des exemples remarquables des pièces monumentales en bronze de cette époque ont été trouvés à la Cathédrale d'Aix-la-Chapelle (environ 800) et à la Cathédrale Saint-Martin de Mayence voulus par l'archevêque Willigis de Mayence en 1009. Toutefois ces portes n'ont pas d'ornementation. En 1001-1002, Bernward a vécu au Vatican. Sans doute a-t-il voulu reproduire les portes monumentales en bronze à l'entrée de la basilique Saint-Pierre, à l'époque constantinienne, qui étaient aussi illustrées. Les scènes semblent être inspirées des livres faits à la cour de Charles II le Chauve ou bien de ceux de Tours où Bernward s'est rendu en 1006. À la suite des Portes de Bernward , plusieurs autres portes en bronze sont apparus sans pour autant reproduire leurs saynètes ou en étant en bois avec des panneaux de ce métal, tels que les portes en bronze de la Cathédrale Notre-Dame d'Augsbourg, ou de la Cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod.

Pour l'entrée ouest de l'église Saint-Paul de Worms, le sculpteur Lorenz Gedon a créé en 1881 une réplique des portes de Bernward, en ôtant une scène de chaque porte par manque de place.

Références[modifier | modifier le code]