Ponthus et Sidoine

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Ponthus et Sidoine
Image illustrative de l'article Ponthus et Sidoine
Illustration d'un manuscrit commandé par Charlotte de Savoie vers 1475 (Heidelberg, CPG 142, fol. 122r)

Auteur Anonyme

Le roman de Ponthus et Sidoine, (titre complet : Ponthus et la belle Sidonie), également nommé roman de Ponthus, est un roman en prose anonyme paru entre 1390 et 1425, vraisemblablement commandé par Geoffroi de La Tour Landry ou la famille de Laval, nobles bretons, afin de renforcer leur légitimité sur la Bretagne. Il se déroule en Galice et en forêt de Brocéliande, mettant en scène le chevalier de Ponthus, un noble galicien qui tombe amoureux de la princesse Sidoine, fille du roi de Bretagne.

Résumé[modifier | modifier le code]

L'histoire du prince de Ponthus commence au moment de l'invasion du roi musulman Broada, fils d'un puissant sultan, qui débarque à La Corogne avec une armée de 30 000 hommes et vainc le roi de Galice Thibour. Un noble de la cour réussit à sauver treize chevaliers[1], en plus de l'héritier Ponthus, qui s'exilent au royaume de Bretagne pour y demeurer trois ans. Ponthus se rend à la cour du roi de Bretagne, y rencontre la princesse Sidoine et tous deux tombent amoureux[2].

Peu après, les Maures attaquent la Bretagne et Ponthus remporte contre eux une victoire décisive qui sauve le royaume. Pour cet exploit, le roi le nomme connétable mais les calomnies du chevalier Gannelet l'amènent à décider d'habiter dans la forêt de Brocéliande[2]. Les intrigues de cour de Gannelet finissent par l'envoyer au royaume d'Angleterre où il réussit non seulement à réconcilier les rois d'Angleterre et d'Irlande, mais également à sauver le royaume d'une attaque des Maures. Persuadé que l'amour que lui porte Sidoine est encore ardent, il quitte Londres pour la Bretagne afin de l'épouser. Il réussit à rassembler une puissante flotte de Bretons, de Normands et de Francs, qui attaque l'armée musulmane occupant La Corogne et les extermine, avec leur roi Broada. Une fois le trône de Galice récupéré, il retrouve sa mère, la reine galicienne, ainsi que son oncle le comte des Asturies[3].

Histoire littéraire[modifier | modifier le code]

Il existe 28 manuscrits, dont 23, tous datés du XVe siècle, sont exploitables. Dix éditions sont réalisées, et plusieurs traductions effectuées[4], dont une en néerlandais[5]. Deux versions allemandes existent, dont l'une a été réalisée par Éléonore d'Autriche[6]. Les manuscrits sont assez homogènes et peu de différences existent entre les versions qu'ils contiennent[7].

Analyse[modifier | modifier le code]

Ce roman, dont un partie de l'action se déroule dans la forêt de Brocéliande, constitue le dernier roman médiéval l'ayant pour cadre[8]. Il a suscité peu d'intérêt chez les spécialistes de la littérature médiévale, Paul Meyer le qualifiant de « faible ouvrage » pendant qu'Armand Strubel ne lui trouve aucun intérêt. Si Gaston Paris estime à la fin du XIXe siècle que ce roman médiéval mérite une édition traduite en français moderne, il faut attendre 1997 pour en voir paraître la première édition critique[9].

Ce n'est pas à proprement parler une œuvre originale, puisqu'il est inspiré du roman de Horn, poème anglo-normand de la fin du XIIe siècle[10]. Le personnage de Ponthus provient vraisemblablement de légendes créées de toutes pièces par la famille de Laval au début du XVe siècle, dans un contexte où les familles nobles se font valoir des origines héroïques. Ils cherchent à attribuer la fondation de Paimpont au chevalier de Ponthus. Les Laval auraient commandé à la même époque l'écriture du roman, pour asseoir leur légitimité[11].

Réception et influence[modifier | modifier le code]

L'histoire de Ponthus et Sidoine fait l'objet d'une large diffusion au sein de la noblesse européenne aux XVe et XVIe siècles[12]. Elle figure dans les plus importantes bibliothèques bretonnes et françaises, comme celle de Charlotte de Savoie, l'épouse du roi de France Louis XI. Cette histoire sert probablement de trame aux joutes tenues en 1449-1450 à Chalon-sur-Saône, dénommées Pas de la Fontaine aux Pleurs[13].

Toponymes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hêtre de Ponthus.

Le roman de Ponthus et Sidoine influence vraisemblablement la toponymie de la forêt de Paimpont, assimilée à la légendaire Brocéliande. Les toponymes sont surtout présents autour de Paimpont, en Bretagne. D'après sa légende, le hêtre de Ponthus aurait ainsi poussé sur les ruines du château du chevalier (toujours visibles à son pied[14],[15]). Une avenue de Paimpont a été baptisée « avenue du chevalier Ponthus » en 1994[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. de Crécy 1997, p. lxxi
  2. a et b de Crécy 1997, p. lxxii
  3. de Crécy 1997, p. lxxvi
  4. de Crécy 1997, p. vii
  5. de Crécy 1997, p. xxxvi
  6. de Crécy 1997, p. xxxv
  7. de Crécy 1997, p. xxxix
  8. Gaël Hily, « Le hêtre de Ponthus », dans Guide de la France merveilleuse : 28 parcours sur les traces de nos légendes, Payot,‎ avril 2011 (ISBN 978-2-228-90638-8), p. 63-64
  9. de Crécy 1997, p. lxxviii-lxxix
  10. de Crécy 1997, p. lxxix
  11. Gwenola le Couadec, enseignant-chercheur de l'UFR sciences sociales à Rennes II, citée dans Pierre Cognez, Les dernières prophéties de Geneviève Zaeppel, La Compagnie Littéraire,‎ 2005, 113 p. (ISBN 2876830868 et 9782876830868), p. 44-45
  12. de Crécy 1997, p. lxxvii
  13. Sébastien Nadot, Le spectacle des joutes. Sport et courtoisie à la fin du Moyen Âge, Presses Universitaires de Rennes, 2012.
  14. a et b de Crécy 1997, p. LXXVIII
  15. Il s'agit historiquement d'une forteresse des Gaël-Monfort

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Claude de Crécy, Le roman de Ponthus et Sidoine, vol. 475 de Textes littéraires français, Librairie Droz,‎ 1997, 458 p. (ISBN 2600001956 et 9782600001953)