Pollution intérieure

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher

La notion de pollution intérieure désigne les formes de pollution touchant les milieux clos tels que les habitations ou les lieux de travail. De nombreuses sources de polluants plus ou moins toxiques contribuent à former un environnement dangereux pour l'homme sur le long terme. La pollution de l'air intérieur est le problème le plus étudié.

Si aujourd'hui les polluants, présents dans l'air extérieur, commencent, ainsi que leurs effets à être connus et quantifiés, il n'en est pas de même pour la pollution de l'air en milieux fermés où nous passons l'essentiel de notre temps.

Sommaire

[modifier] Enjeux

Dans les pays riches, les gens passent en moyenne 80% à 90% de leur temps dans les bâtiments et des habitacles de véhicules, Chaque jour nous respirons en moyenne 15 000 litres d'air. Les personnes les plus fragiles développent souvent des maladies respiratoires (asthme, allergies, cancers) plus ou moins dues à cette pollution. Il existe un lien fort entre qualité de l'air intérieur et précarité énergétique[1].
Ceci explique l'intérêt croissant des environnementalistes, des autorités sanitaires et du monde médical pour cette pollution discrète, qui fait de plus en plus l'objet d'études sanitaires et scientifiques.

Aux États-Unis cette pollution à le nom d'indoor pollution et est prise en compte par les autorités depuis plusieurs décennies.

[modifier] Ce qu'on sait

Initialement, la médecine galénique s'est intéressée à la circulation de l'air à l'intérieur des espaces clos mais ensuite ce domaine a été longtemps occulté par celui de la pollution de l'air ambiant, extérieur. Au dix-neuvième siècle, Raspail avait pourtant mis l'accent sur la pureté de l'air qui était menacée par une mauvaise circulation de l'air et divers produits, notamment les peintures au plomb. Il a affirmé : "L’air pur est le pain de la respiration"[2].

[modifier] Sources connues de pollution intérieure

Voici quelques sources de pollution intérieure :

[modifier] Actions

Il n'y a pas encore de consensus sur des indices de qualité de l'air intérieur[4]. L'OMS travaille à des valeurs guides pour l'Europe[5],[6]. Dans plusieurs pays, des agences et des conseillers et/ou des Observatoires de la qualité de l'air intérieur ont été mis en place sur le thème de l'air intérieur (on a ainsi montré qu'en France, 1/3 des logements étaient mal ou insuffisamment aérés[7].
En France, des conseils Médicaux en Environnement Intérieur (CMEI) ont été créés sous l'égide de la direction générale de la santé et intégrés dans le Plan National Santé Environnement (PNSE) pour aider et conseiller le public ou les aménageurs (65 CMEI en France mi-2006)[8]. Des programmes tels que Phyt'air cherchent à utiliser les plantes pour améliorer l'air intérieur mais les effets réels des plantes sur l'air intérieur sont négligeables[9].

Dans le cadre du Grenelle de l’environnement et du PNSE 2 (second Plan National Santé Environnement), l'INERIS et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) ont en juillet 2009 créé une cellule d'appui à la gestion des situations d’urgence concernant l’air intérieur (avec un coordonnateur et deux ingénieurs d’astreinte 24h sur 24), à l'attention des autorités nationales, territoriales et municipales gérant des établissements recevant du public et pour les cas où les premières réactions sont déterminantes[10].

Un dossier de presse du ministère de l'écologie présente une synthèse des mesures proposées par le groupe de travail Air de la deuxième version du Plan National Santé Environnement (PNSE 2); ce groupe cible particulièrement le chauffage domestique au bois comme ayant un impact sur la qualité de l'air intérieur, du fait des émissions de benzène notamment. Suit un chapitre sur la qualité de l’air intérieur, et la création d’indices de mesure[3]

[modifier] Etude réalisée

En mars 2009, l’Association Santé Environnement France a lancé une étude sur la qualité de l’air dans dix crèches en France. Trois molécules ont été analysées, au rang desquelles le Benzène et le Formaldéhyde qui sont des cancérigènes avérés et les Phtalates qui engendrent des troubles de la fertilité. Toutes se retrouvent dans le mobilier ou dans les matériaux utilisés pour la construction de la crèche. Or, dans une majorité de crèches, les taux de benzène et de formaldéhyde dépassent les valeurs de référence de l’Organisation Mondiale de la Santé. Lire dans son intégralité le point de vue des médecins de l'ASEF sur l'air interieur des crèches[1]

[modifier] Le cas particulier des pesticides

Pour combler une lacune de connaissance et certains besoins en toxicologie, expologie et biomonitoring humain (BMH), une étude « EXPOPE » Initiée en par l’INERIS a en France, avec une université[11] porté sur plus de 130 enfants franciliens de 6 et 7 ans vivant en pavillons ou appartements, avec ou sans jardin et animaux domestiques. Les chercheurs ont recherché 31 pesticides (insecticides, herbicides et fongicides choisis comme indicateurs pour leur utilisation, leur toxicité et/ou leur rémanence) dans l’air intérieur, les poussières, sur la peau des mains et dans l’urine des enfants. Parallèlement un questionnaire a permis d’évaluer le degré d’exposition directe des enfants.
Résultats : au moins un pesticide était présent dans 94 % des foyers (insecticide en général). L’alpha-HCH, le propoxur et le lindane (insecticide utilisé depuis 1938 pour traiter planches et charpentes, interdit en 1998 en France, mais très rémanent) étaient les plus fréquents.

L’origine de ces molécules (jusqu’à plusieurs centaines de nanogrammes par m3, taux relativement faibles comparés à ceux de formaldéhyde (qui se compte plutôt en µg/m3), mais pour des produits pour lesquels il n’y avait pas encore de valeur-seuil ou de norme, et dont certains peuvent agir comme perturbateur endocrinien, c'est-à-dire à très faibles doses) a rarement pu être précisée : 87 % des familles avaient néanmoins utilisé au moins un pesticide dans l’année (insecticide le plus souvent) et plus de 25 % ont signalé l'intervention d'un professionnel de la désinsectisation dans l’immeuble ou la maison. Le lindane et l’alpha-HCH étaient plus fréquents dans l’habitat ancien. Des variations saisonnières sont observées, également liées au type d’habitat et à la présence de plantes d'intérieur. Les maisons contenaient plus de propoxur que les immeubles. Divers métabolites et produits de dégradation de pesticides ont été détectés dans les urines. On ne peut aujourd'hui faire la part des sources externes et intérieures et de certains transferts (sol (pédologie)|terre sous les chaussures, etc.).

[modifier] Le cas particulier des moisissures

400 espèces de moisissures[12] ont été décrites en environnement intérieur : elles se développent sur des substrats contenant de la cellulose et de la lignine mais aussi sur des substrats inertes, trouvant leur nourriture dans la poussière ou l'eau. Elles sont favorisées par l'humidité dues notamment à une mauvaise isolation (pont thermique au niveau des cadres de fenêtre ou de l'isolant, bouches de VMC), à des infiltrations, remontées capillaires.

Les principales espèces avec un pouvoir allergène ou infectieux rencontrées dans l'air intérieur sont : Alternaria, Cladosporium, Penicillium, Aspergillus (à l'origine d'aspergillome). D'autres colonisateurs se rencontrent fréquement, tels Fusarium (marqueur de forte humidité), Ulocladium (en), Botrytis, Acremonium (en), Phoma, Chaetomium (en), Stachybotrys, Trichoderma. Ils sont à l'origine de contaminants comme les COV, les bêta-glucanes (aux propriétés irritantes sur les muqueuses et aux propriétés immunosuppresseurs, effets sur le système nerveux central comme dans le syndrome du bâtiment malsain) ou les mycotoxines.

Les infections décrites sont : bronchite, alvéolite, pleurésie, aspergillose de types bronchopulmonaire, chronique nécrosante ou pulmonaire invasive touchant les personnes immunodéprimées, mycotoxicoses notamment aux trichothécènes.

[modifier] Facteurs de risque

  • Le manque d'aération (accentué depuis le renforcement de l'isolation des habitats depuis les chocs pétroliers) ou le manque d'entretien des installations d'aérations
  • une ou des source(s) extérieure (proche) de polluants
  • apports réguliers ou occasionnels de polluants via les habits, chaussures ou objets contaminés
  • travaux intérieurs (peinture, ponçage, décapage, désinfection...)

[modifier] Législation

  • En milieu industriel diverses normes et seuils réglementaires ou recommandés cadrent la santé au travail

[modifier] Législation française

  • Un Conseil national de l'air existe en France
  • Dans les établissements recevant du public, en application de loi Grenelle 2 (art.180), un décret [13] définit les conditions de surveillance de la qualité de l'air intérieur dans les établissements recevant du public (ERP). Il impose une surveillance de la qualité de l'air intérieur pour les propriétaires ou exploitants de certains ERP accueillant « des populations sensibles ou exposées sur de longues périodes, comme les crèches, les écoles, les établissements d'accueil de personnes handicapées ou encore les établissements pénitentiaires pour mineurs » (listés par le décret). Ceci doit être fait avant 2015 pour l'accueil collectif d'enfants de moins de six ans et les écoles maternelles ; avant 2018 pour les écoles élémentaires ; avant 2020 pour les accueils de loisirs et les établissements d'enseignement du second degré ; avant janvier 2023 pour les autres établissements aux frais du propriétaire ou de l'exploitant, puis avec un pas de temps de sept ans ; avec valuation des systèmes d'aération, dosage des principaux polluants par des organismes accrédités. En cas de dépassement d'une des valeurs de référence (fixées par décret), le contrôle sera à renouveler avant deux ans et une expertise devra trouver les sources de pollution et y remédier. Ne pas respecter ce décret exposera à une amende de 1.500 euros. Les résultats seront communiqués aux personnels des établissements. Un décret [13] fournit des valeurs-guides pour le formaldéhyde et le benzène, deux polluants jugés communs et préoccupants. Un projet de décret doit préciser les conditions de prélèvement et analyse, et la liste des polluants à surveiller. Un projet d'arrêté relatif aux conditions d'accréditation des organismes procédant respectivement aux mesures de la qualité de l'air intérieur et à l'évaluation des moyens d'aération du bâtiment est également soumis à consultation sur le site du ministère[14].
  • À partir de Janvier 2012, un décret de 2011[15] impose que les nouveaux produits de peinture, décoration et construction (peintures, isolants, moquettes, vernis, colles.. devront afficher leurs niveaux d'émissions de certains polluants (COV) pour les produits nouvellement mis sur le marché. Une dizaine de composés volatils polluants doivent être pris en compte pour la détermination de la note (dont le formaldéhyde et le toluène. L'étiquetage n'impose pas d'évaluation environnementale, toxicologique ou écotoxicologique du produit par un tiers indépendant. La donnée qui sert à calculer la note est autodéclarative. Les associations de consommateurs ou l'État pourront périodiquement faire vérifier ces déclarations. Le décret précise que « Le fabricant est responsable de l'exactitude des informations mentionnées sur l'étiquette, qu'il obtient par le moyen de son choix. »[15].

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] En anglais

[modifier] Liens externes


[modifier] Notes et références

  1. Air pur, Air intérieur et précarité énergétique, résumés et accès aux articles
  2. Article : De la pureté à la qualité de l'air (XIX-XXIe s.) (Faites vérifier la qualité de l'air... comme vous le dit F.-V. Raspail).
  3. a et b Dossier de presse Air (format PDF) pp. 18 et suivantes.
  4. Article « Étude des enjeux liés à la mise en œuvre d'un indice de la qualité de l'air intérieur auprès d'acteurs du bâtiment »Air Pur N° 73 - Deuxième semestre 2007, pages 11 à 14
  5. Valeurs guides pour la qualité de l’air. Version actualisée en français, à l’échelle mondiale de 2005. Matières particulaires, ozone, dioxyde d’azote et dioxyde de soufre, OMS, 2006, ix + 484 pages, ISBN:92 890 2192 6(
  6. Development of WHO guidelines for indoor air quality : dampness and mould Rapport du groupe de travail de Bonn (Allemagne, 17-18 Oct 2007)
  7. Plaquette l'Ademe et vous, Juillet-Aout 2008 Dossier "Qualité de l'air intérieur, Changement d'air recommandé", Ademe évoquant une enquête nationale rendue publique fin 2006.
  8. http://www.appanpc.fr/Interview/interview_CMEI.asp Interview] de deux CMEI
  9. Journal de l’environnement, La plante en pot ne dépollue pas l'air intérieur.
  10. Communiqué de l'INERIS et CSTB du 6 juillet 2009 « Air intérieur : une expertise multidisciplinaire en appui aux situations de crise »
  11. Faculté des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques de l’Université Paris V
  12. Alexandre Rivier, Moisissures pathogènes de l’habitat lorrain : enquête à domicile, Semaine médicale de Lorraine, novembre 2011
  13. a et b Décret du 2 décembre 2011
  14. Philie Marcangelo-Leos, Qualité de l'air intérieur : la périodicité des mesures est fixée ; 7 décembre 2011, Santé-environnement
  15. a et b Décret n° 2011-321 du 23 mars 2011 relatif à l'étiquetage des produits de construction ou de revêtement de mur ou de sol et des peintures et vernis sur leurs émissions de polluants volatils (JORF n°0071, du 25 mars 201, page 5343 texte n° 16 , NOR: DEVL1101903D)
Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Navigation
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils
Autres langues