Politique de l'enfant unique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Un enfant à Shanghai, en 2007.

Afin de contrôler la démographie du pays, le gouvernement de la République populaire de Chine a lancé deux politiques majeures de contrôle des naissances : la politique du wan xi shao (chinois : 晚稀少 ; pinyin : wǎn xī shǎo ; littéralement : « mariage tardif, naissances peu rapprochées et peu nombreuses »), lancée au début des années 1970 et la politique de l'enfant unique (计划生育政策 / 計劃生育政策, jìhuà shēngyù zhèngcè, « politique du planning familial »), mise en application en 1979[1] et assouplie en 2013.

Politique démographique[modifier | modifier le code]

La mise en place de la « politique de l'enfant unique », la politique de contrôle des naissances la plus autoritaire mise en place à l'échelle d'un pays, est difficile à justifier sur un plan purement démographique. En effet, la fécondité chinoise a fortement chuté entre 1970 et 1978, passant de 5,75 à 2,75 enfants par femme[2] ce qui montre que la politique démographique précédente (wan-xi-shao) fut particulièrement efficace. Toutefois, en raison d'une fécondité particulièrement élevée lors des années pro-natalistes, la densité du nombre de femmes en âge de procréer va progresser jusqu'au début des années 1990[3] et la natalité va donc demeurer très élevée pendant encore plusieurs décennies. Dans un premier temps, l'instauration de la politique de l'enfant unique n'a pas conduit à une réduction du taux de fécondité ; au contraire, la baisse de la fécondité observée lors de la période précédente a marqué un coup d'arrêt. Après une très légère reprise jusqu'à atteindre environ 2,8 enfants par femme au cours de la décennie 1980, la fécondité est repartie à la baisse au cours de la décennie suivante, puis s'est stabilisée aux environs de 1,6 enfants par femme[4],[5]. On peut noter que les pays voisins ayant adopté une politique moins autoritaire de réduction de la natalité ont aussi connu une baisse substantielle du taux de fécondité. Cela a conduit certains démographes à se demander si cette politique avait vraiment eu un effet sur la croissance de la population chinoise[6].

L'origine de la politique fait débat. Certains, dont Susanne Greenhalgh, sont d'avis qu'elle trouve ses racines dans la peur malthusianiste d'une surpopulation[7]. D'autres auteurs, notamment Pascal Rocha da Silva, avancent l'hypothèse que la politique ait avant tout une motivation économique. En effet, elle est mise en place par Deng Xiaoping concomitamment avec les Quatre Modernisations. Celles-ci indiquent que la nouvelle légitimité de l'État chinois se trouve non plus dans le dogme mais dans l'amélioration concrète du niveau de vie. Limiter drastiquement le nombre d'enfants permet d'allouer les maigres ressources de l'État plus pleinement à la croissance économique. En 1995, l'État indique que tel est le but de la politique en ces termes : « le planning familial doit servir et être subordonné à la tâche centrale du développement économique ». Une raison secondaire est que les Quatre Modernisations vont entraîner, de manière prévisible, une baisse de la supervision étatique des campagnes : il n'est dès lors plus possible de poursuivre la politique de wan-xi-shao, qui repose sur la structure de la période maoïste (qui permet de surveiller chacun en tout temps)[8].

Cependant, à la toute fin des années 1970, la République populaire de Chine, afin de limiter la croissance de sa population, a adopté une règlementation limitant le nombre d'enfant par couple à 1. Les minorités ethniques (à l'exception des Zhuang, la première minorité ethnique de Chine) ne sont, dans un premier temps, pas concernées. En 1984, face au constat que la Politique est insupportable pour les paysans, l'État publie le document 7[Quoi ?]. Cette préférence pour les garçons découle surtout du simple fait que les assurances sociales (et notamment vieillesse) sont quasi inexistantes à la campagne. Lors du mariage, l'épouse entre dans la famille de son mari et s'occupera de ses beaux-parents et non pas de ses parents biologiques.

Un bulletin d'information dans le village de Nongchang dans la province du Sichuan en septembre 2005 : 25 000 yuans sont dus au titre de « taxe de compensation sociale », 11 500 ont été collectés et 13 500 restent à payer.

Depuis 2002, le versement d'une somme de 510 euros (5 000 yuans à rapporter au salaire moyen urbain de 1 200 yuans) permet la naissance légale d'un deuxième enfant. Dans le cas de naissances illégales, des pénalités sont prévues : amendes et non délivrance du hukou, petit livret permettant, entre autres, la gratuité des transports, scolarité, etc. Un nombre inconnu d’enfants noirs – ou enfants cachés par les familles par peur de représailles – existe en RPC. D'autre part, les nouveaux riches chinois peuvent payer les amendes.

Toujours dans le but de ralentir l'accroissement naturel, la Constitution chinoise limite les mariages en imposant l'âge minimal de 22 ans pour les hommes et de 20 ans pour les femmes. En retardant la formation des foyers, elle espère réduire la période de fécondité.

Le 28 mars 2006, Zhang Weiqing, responsable de la commission nationale de la population et du planning familial, a indiqué dans une interview accordée au site internet du gouvernement chinois que la politique du planning familial avait aidé la Chine à éviter la naissance de quatre cents millions de bébés au cours des trois dernières décennies. Il a fait remarquer que la Chine avait mis environ trente ans pour réaliser l'objectif du contrôle de la population, alors que cela en avait pris cent dans les pays développés (on note toutefois que d'autres pays en développement comme le Vietnam et la Thaïlande ont réalisé une transition aussi rapide[9] sans avoir recours à une politique autoritaire). « L'objectif d'assurer au peuple chinois une vie relativement confortable n'aurait pas pu être réalisé si nous avions quatre cents millions de personnes supplémentaires », a affirmé Zhang Weiqing.

Le 15 novembre 2013, l'agence Chine Nouvelle annonce que le plénum du Comité Central a décidé d'assouplir progressivement sa politique de l'enfant unique : alors que jusqu'ici les Chinois n'étaient autorisés à avoir un deuxième enfant que s'ils vivaient à la campagne et que leur premier nourrisson était une fille ou lorsque les deux parents étaient enfants uniques, désormais les couples qui ne comptent qu'un seul parent enfant unique pourront avoir deux enfants ; la politique des naissances sera ajustée et améliorée progressivement pour promouvoir « l'accroissement équilibré à long terme de la population de la Chine », a indiqué l'agence qui parle d'une « réforme majeure »[10].

Stérilisation et avortement[modifier | modifier le code]

En République populaire de Chine 13 millions d'avortements sont réalisés chaque année et environ 55 % des femmes chinoises ont avorté au moins une fois alors que 70 % des femmes interrogées déclarent souhaiter plus d'un enfant sans pouvoir y accéder[11].

Par ailleurs cette politique de l'enfant unique a conduit à des stérilisations et des avortements forcés[12]. L'avocat Chen Guangcheng a défendu la cause de femmes forcées à être stérilisées ou à avorter, parfois à quelques jours de l'accouchement[13].

Le respect des quotas ayant une incidence politique sur les responsables des cantons, certaines exactions auraient été observées dans ce sens au Tibet, entraînant des stérilisations et avortements forcés[14].

Trafic d'êtres humains[modifier | modifier le code]

Cette politique de l'enfant unique induit un déséquilibre entre les sexes (116 garçons pour 100 filles en 2005) avec pour conséquence la mise en place de trafic d'êtres humains notamment dans le cadre de la prostitution en République populaire de Chine. Ainsi en 2002, un homme a été condamné à mort pour avoir enlevé puis vendu une centaine de femmes à des Chinois célibataires dans la province du Guangxi. Dans la province du Yunnan des dizaines de femmes ont pu être libérées avant d'être vendues à des réseaux mafieux de la prostitution. Elles étaient destinées à alimenter les lieux de prostitution comme esclaves sexuelles dans les centres urbains de l'Asie du Sud-Est. D'autres femmes devaient rejoindre Taïwan afin de s'y marier[15],[16].

Le chef adjoint des services d'enquêtes sur les crimes indique qu'entre 30 000 et 60 000 enfants disparaissent chaque année en Chine sans pouvoir indiquer toutefois le pourcentage attribué au trafic humain. En août 2009, le ministère chinois de la Sécurité publique a mis en place un programme pilote destiné à informer les populations migrantes de ce trafic[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Evénements politiques et fécondité en Chine depuis 1950, Yves Blayo, Population (French Edition), 46e année, no 6, Hommage a Roland Pressat: Methodes et applications de l'analyse demographique (Nov. - Dec., 1991), pp. 1589-1615. doi:10.2307/1533527. Résumé
  2. Peng X., La fécondité chinoise : constats et perspectives, cf. Attané I., La Chine au seuil de XXIe siècle (éd.), 2002, INED, p. 61
  3. Banister J. & Hardee-Cleaveland, 1988, China Quarterly, p. 248
  4. Taux de fécondité, site Google PublicData (source : Banque Mondiale)
  5. World Data Bank (choisir base "Statistiques Santé, nutrition et population" - Taux de fertilité, site Databank de la Banque Mondiale, visité le 26 janvier 2014.
  6. http://io9.com/did-chinas-one-child-policy-actually-reduce-population-1511784972
  7. Greenhalgh S., Missile science, population science : The origins of China's one'child population policy, june 2005, p. 253-276, China Quarterly, Vol. 182
  8. Pascal Rocha da Silva, La politique de l'enfant unique en République Populaire de Chine, 2006, Université de Genève, p. 22-28.
  9. http://www.google.fr/publicdata/explore?ds=d5bncppjof8f9_&met_y=sp_dyn_tfrt_in&hl=fr&dl=fr&idim=country:VNM:THA:CHN
  10. Fin de l'enfant unique, investissement privé...un vent de réformes souffle sur la Chine, sur le site de La Tribune consulté le 18 novembre 2013.
  11. Life News 18/02/09
  12. Courrier International (Chen Bin) 05/02/09
  13. Le défenseur des avortées par force In Chine, l'empire du double langage, Le Nouvel Observateur, N°2265, p61, avril 2008
  14. Human Rights in China and Tibet
  15. Chine un pays à la dérive sexuelle
  16. Trafic humain en Chine
  17. Chine informations; Chine : nouveau programme pour lutter contre le trafic humain

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :