Politique en Indonésie

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Politique en Indonésie
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Cet article décrit la politique étrangère et la politique intérieure de l'Indonésie de son indépendance (17 août 1945) à nos jours.

Indépendance[modifier | modifier le code]

Après la proclamation de l’indépendance de la République d’Indonésie le 17 août 1945 par Soekarno et Hatta, le problème est de faire reconnaître la légitimité de cette indépendance par les Alliés. Soekarno et Hatta avaient accepté de collaborer avec l’occupant japonais.

Sjahrir, qui avait dirigé la résistance passive contre l’occupant, est nommé premier ministre en novembre 1945. Durant la période de conflit armé et diplomatique qui oppose l’Indonésie aux Pays-Bas, que les Indonésiens appellent la Revolusi, Sjahrir sera le négociateur indonésien, tant face aux Hollandais que devant la communauté internationale. Les Pays-Bas reconnaîtront officiellement l’indépendance de l’Indonésie par le transfert de souveraineté le 27 décembre 1949.

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

En 1955, l’Indonésie organise la conférence de Bandung, que certains considèrent comme l’acte de naissance du mouvement des non-alignés. L’attitude des États-Unis, qui soutiennent deux rébellions séparatistes en 1958, celle de la Permesta dans le Nord de Célèbes et celle du PRRI à Padang dans l’Ouest de Sumatra, amène Soekarno à se rapprocher du camp socialiste. Le Parti communiste indonésien (PKI) soutient activement cette politique.

Le "mouvement du 30 septembre 1965", lors duquel six des généraux les plus gradés de l’armée de terre indonésienne sont assassinés, sert de prétexte à cette dernière pour liquider le PKI. L’Indonésie rompt ses relations diplomatiques avec la Chine, qu’elle accuse d’avoir soutenu le mouvement.

Le nouveau régime, dirigé par le général Soeharto, renoue avec les États-Unis, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Il promulgue une loi favorable à l’investissement étranger.

En 1967 à Bangkok en Thaïlande, l’Indonésie fonde, avec ce pays, la Malaisie, les Philippines et Singapour, l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN dans son sigle anglais, pour Association of Southeast Asian Nations). Dans le contexte de la guerre froide du moment, et alors que les États-Unis sont fortement engagé dans la guerre du Viêt Nam, l’objectif des cinq pays est de développer la croissance et le développement et assurer la stabilité dans la région. En réalité, il s’agit contenir la « menace communiste » dans la région, telle que la décrit la « théorie des dominos » popularisée par le président américain Eisenhower pour illustrer la nécessité d’empêcher la victoire des communistes en Indochine.

En janvier 1974 éclatent à Jakarta des émeutes, en protestation contre ce que les étudiants indonésiens considèrent comme une mainmise du capital étranger, essentiellement japonais, sur l’économie indonésienne. Le régime de Soeharto fait marche arrière et limite les secteurs ouverts à l’investissement étranger.

En 1975, à la suite de la proclamation d’indépendance du Timor oriental par le Front révolutionnaire pour l'indépendance du Timor oriental (FRETILIN), l’Indonésie prend prétexte de l’appel à l’aide de deux autres partis, l’APODETI (Alliance populaire démocratique de Timor) et l’UDT (Union démocratique de Timor) pro-indonésiens, pour envahir la colonie portugaise, qu’elle annexe, au mépris du droit international mais avec la bénédiction des États-Unis, qui voyait d’un mauvais œil la création d’un nouvel État d’orientation progressiste.

L’Indonésie rétablit ses relations diplomatiques avec la Chine dans les années 1990.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

De 1948 à 1965, l’Indonésie va être le théâtre de plusieurs mouvements insurrectionnels, dont notamment :

La répression de ces mouvements servira d’argument à l’armée de terre pour se considérer comme garante de l’intégrité de l’Indonésie (même si elle-même se révèle capable de se soulever).

Les premières élections indonésiennes n’ont lieu qu’en 1955. Elles élisent, dans un premier temps une assemblée, dans un deuxième temps une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution. Celle-ci sera dissoute en 1957 avec le lancement de la « démocratie dirigée » par Soekarno.

Le "mouvement du 30 septembre 1965" sert de prétexte à l’armée de terre pour liquider le PKI, par un massacre qui fait entre 500 000 et 1 million de morts. Le major-général Soeharto, qui n’est pas l’officier le plus élevé de l’armée de terre, a pris la tête de la répression. En mars 1966, il impose à Soekarno de lui céder le pouvoir.

Accusant la Chine d’avoir soutenu le mouvement, les militaires entreprennent une politique de discrimination systématique à l’égard des Indonésiens d’origine chinoise, qui seront désormais qualifiés de Cina. Tous les signes extérieurs de l’identité chinoise : langue, écriture, enseignes, publications, sont interdits. On suggère aux Chinois d’adopter des noms indonésiens.

Pour la Nouvelle-Guinée occidentale, dont le statut avait été laissé en suspens lors de la reconnaissance de l’indépendance par les Pays-Bas, l’Indonésie obtient la tenue d’un « acte de libre choix » supervisé par les Nations unies, auquel participent seulement un millier de chefs traditionnels triés sur le volet. Le territoire est officiellement intégré à l’Indonésie en 1969.

Les deuxièmes élections de l’histoire de l’Indonésie se tiennent également en 1969. La nouvelle assemblée élit président Soeharto, unique candidat. Pour les élections de 1974, le régime force les partis politiques indonésiens à fusionner en 2 partis :

Désormais, aux côtés de ces deux partis, les Golongan Karya ("groupes fonctionnels") ou Golkar, qui déclarent ne pas être un parti, participent aux élections, qu’ils gagneront régulièrement, avec un pourcentage oscillant entre 65 % et 70 % des voix. À chaque fois, l’assemblée réélit président Soeharto, toujours unique candidat.

En 1976, Hasan di Tiro, descendant d’un chef de la résistance contre les Hollandais durant la guerre d'Aceh au début du XXe siècle, fonde en Aceh le Gerakan Aceh Merdeka ("mouvement pour un Aceh libre"). C’est le début d’une longue guerre civile qui ne dit pas son nom dans la province.

À la suite des émeutes de Jakarta de mai 1998, Soeharto démissionne. Le vice-président B. J. Habibie devient automatiquement président. Celui-ci organise à Timor oriental la tenue d’un référendum proposant le maintien du territoire dans la République d’Indonésie. Près de 80 % des voix se déclarent contre ce maintien, c’est-à-dire pour l’indépendance. L’armée de terre indonésienne se retire du territoire, livré aux violences des milices pro-indonésiennes qu’elle soutient. Une force multinationale débarque pour rétablir le calme.

Le gouvernement de Habibie promulgue par ailleurs des lois donnant une grande autonomie aux kabupaten (départements) et kota (villes), tant sur le plan administratif qu’économique. En somme, le gouvernement central reconnaît l’échec d’un demi-siècle d’imposition d’un État unitaire par la violence. Mais craignant de favoriser les tentations sécessionistes, il accorde l’autonomie, non aux provinces, dont la taille et la population sont souvent importantes, mais à leurs subdivisions, les kabupaten.

En 1999 se tiennent également les premières élections réellement démocratiques depuis 1955. L’assemblée qui en résulte élit président Abdurrahman Wahid, un dirigeant religieux musulman très respecté, qui l’emporte notamment sur Megawati Soekarnoputri, fille de Soekarno. « Gus Dur », comme on le surnomme affectueusement, inaugure une ère nouvelle. Il décide de redonner toute leur place aux citoyens d’origine chinoise, notamment par des mesures symboliques comme la déclaration du Nouvel An chinois comme fête nationale. Il entreprend de dialoguer avec les populations d’Aceh et de Nouvelle-Guinée occidentale, prenant une autre mesure symbolique en rebaptisant cette dernière "Papouasie".

Dans ce contexte de réformes et d’autonomie croissante des régions, un mouvement essaie de faire revivre les anciens États princiers[1]. En 2001 par exemple, le bupati (préfet) de Kutai Kertanegara réinstaure le sultanat du même nom. En 2004, un nouveau sultan est intronisé à Pontianak, capitale de la province de Kalimantan occidental dans l’île de Bornéo. Certains princes tentent de jouer un rôle politique. En 1999, le sultan de Ternate dans les Moluques essaie de se faire élire gouverneur de la nouvelle province des Moluques du Nord. En 2003, le prince de Mempawah à Kalimantan Ouest se présente aux élections de préfet.

Il ne s’agit pas en l’occurrence de rétablir l’autorité de ces princes, puisque ceux-ci, soit dépendent des autorités de la République pour le rétablissement symbolique de leur statut, soit cherchent à être élus. Ce mouvement s’inscrit dans une volonté plus générale des régions d’Indonésie d’affirmer leur identité.

Sans préjuger de l’évolution future de l’Indonésie, on peut seulement dire qu’après des décennies de politique violente pour imposer l’État centralisé, l’Indonésie semble adopter une politique plus souple à l’égard de ses régions.

Références[modifier | modifier le code]

  1. van Klinken, Gerry, "Return of the sultans" in Inside Indonesia, avril-juin 2004

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bertrand, Romain, Indonésie : la démocratie invisible - Violence, magie et politique à Java, Editions Karthala, 2002
  • Cayrac-Blanchard, Françoise, Indonésie, l’armée et le pouvoir, L’Harmattan, 1991
  • Cayrac-Blanchard, Françoise, Stéphane Dovert, Frédéric Durand, Indonésie - un demi-siècle de construction nationale, L’Harmattan, 1992
  • Feillard, Andrée et Rémy Madinier, La Fin de l’innocence. L’islam indonésien face à la tentation radicale, IRASEC, 2006
  • Ricklefs, M. C., A History of Modern Indonesia since c. 1300, Stanford University Press, réimprimé en 1994