Police d'écriture

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Une police d’écriture, ou police de caractères, en typographie, est un ensemble de glyphes, c’est-à-dire de représentations visuelles de caractères d’une même famille, qui regroupe tous les corps et graisses d’une même famille, dont le style est coordonné, afin de former un alphabet, ou la représentation de l’ensemble des caractères d’un langage, complet et cohérent.

Évolution du terme[modifier | modifier le code]

À l’origine, conformément au sens premier du mot « police », ce terme désigne la liste des caractères disponibles à la vente à l’époque du plomb. On décrivait ainsi le nombre de caractères par signe, par exemple 500 « e », 400 « s », etc.. La police établie par le fondeur et marchand des caractères, spécifiait en particulier le poids pour un nombre donné de types identiques, et le prix. Les caractères étaient très souvent vendus au poids, et plus rarement par casses complètes comme cela s’est fait plus tard. Chaque imprimeur composait lui-même le contenu de ses casses en fonction de ses besoins et de ses habitudes. La police était donc un document papier, un catalogue indispensable[1]. Le terme ne figure pas dans les glossaires du langage de l’atelier typographique du xixe siècle, étant réservé aux rapports entre le « patron » et les fondeurs extérieurs. L’atelier disposait d’un nombre très limité de polices au sens actuel, et les fontes se limitaient au romain et à l’italique, plus rarement un gras, dans des gammes de corps assez réduites. La distinction est devenue nécessaire, avec l’utilisation du mot police, vers la fin du dix-neuvième siècle, où l’apparition de la publicité, les affiches, et l’évolution du goût du public, ont conduit à utiliser des caractères beaucoup plus diversifiés.

Le catalogue d’un caractère donné, sous toutes ses formes différentes : taille (corps), graisse, style (romain, italique, ombré, décoratif, etc.), autrement dit les fontes, en est venu à désigner la famille globale d’un caractère. Dans le même temps se généralisait la vente par casses complètes et l’utilité de la police catalogue disparaissait, d’où la généralisation du sens actuel.

Police et fonte[modifier | modifier le code]

Les termes de « police » et de « fonte » sont souvent confondus. Une fonte est l’ensemble des caractères correspondant aux mêmes caractéristiques de corps, graisse et italique au sein d’une même police. Par exemple :

  • Garamond est une police de caractères ;
  • le Garamond romain gras 12 points est une fonte.

Cette confusion remonte à l’époque du plomb, où un caractère était le dessin particulier d’un alphabet, une fonte était la manifestation de ce dessin en tant que caractères d’imprimerie en métal et une police listait le nombre de ces caractères. Un imprimeur voulant utiliser le caractère Garamond commandait un jeu de fontes Garamond pour chaque corps désiré, ce jeu étant défini par une police.

Puisque les alphabets sont désormais stockés sous forme numérique, ils peuvent être redimensionnés dans une certaine mesure et ne sont jamais à court de lettres. Les termes fonte et caractère ne sont néanmoins pas interchangeables. En effet, les caractères sont les éléments signifiants du langage. Par exemple, la lettre « a » peut avoir plusieurs dessins appelés glyphes. D’autre part, les fondeurs numériques commercialisent leurs productions de différentes manières : soit par polices entières, comprenant donc toutes les fontes (variantes stylistiques : romain, italique, graisses différentes, rtc.) ; soit par fonte séparée. Dans tous les cas le corps n’intervient pas puisque tous les corps sont possibles en numérique. On aura donc tendance à choisir une fonte donnée pour composer du texte, dont on installera les fichiers correspondants sur son ordinateur. Les différents caractères sont codés selon des codages (ASCII, latin1, unicode par exemple) qui sont utilisés par les logiciels pour choisir les glyphes adéquats.

Mis à part les cas ci-dessus, la distinction entre « police » et « fonte », avec le numérique, a perdu beaucoup de sa raison d’être. Beaucoup de professionnels préfèrent utiliser fonte, suivant l’usage anglo-saxon qui tend à privilégier font plutôt que typeface (ou font family, qu’il ne faut pas confondre avec une « famille » d’une classification) : sans souci de l’étymologie puisqu’il n’est plus question de « fonte » de plomb dans des moules. Les spécialistes préconisent cependant, pour des raisons de clarté du discours, de conserver l’usage de « police » et de « fonte »[2].

Classifications[modifier | modifier le code]

Jusqu’au dix-neuvième siècle, la question d’une classification ne se posait pas : chaque époque a utilisé son style de caractères. Après la textura des premiers imprimeurs, on est passé aux alphabets humanistiques, qui ont suivi leur lente évolution. Les fontes usées ou démodées étaient remplacées par de nouvelles, plus conformes au goût du jour. À partir des débuts de l’ère industrielle, les demandes augmentent avec le besoin de formes nouvelles : apparaissent les lettres sans empattement, dites antiques, ou au contraire des lettres ornées. Les bibliophiles et le mouvement Arts and Crafts en Angleterre déterminent le retour aux modèles historiques. Les machines à composer (Linotype, puis Monotype) imposent de nouveaux standards. Bref, on se retrouve avec une profusion de polices de styles extrêmement différents. La nécessité d’une classification apparaît alors.

Afin de mieux appréhender la richesse offerte par les différents caractères, des typographes ont tenté de regrouper les caractères présentant des caractéristiques graphiques similaires en familles. Ces classifications sont arbitraires.

Classification Thibaudeau[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Classification Thibaudeau.
Le Garamond, avec ses empattements triangulaires (voyez la partie supérieure de la hampe de la lettre « d »), est typique de la famille des elzévirs (classification Thibaudeau), ou de la famille des garaldes (classification Vox).
Le Didot, qui se caractérise par des empattements filiformes, est avec le bodoni le principal représentant de la famille des didones (classification Vox).
La famille des égyptiennes (classification Thibaudeau), ou des mécanes (classification Vox), se caractérise par des empattements rectangulaires.

La première de ces classifications est l’œuvre d’un Français, en 1921. Elle repose sur la présence et la forme des empattements et est exposée dans l’ouvrage La Lettre d’imprimerie. Les quatre familles qui la composent (auxquelles il faut ajouter les « écritures ») sont encore fréquemment utilisées aujourd’hui pour classer les caractères de manière simple. Ces quatre familles (plus les écritures) sont les suivantes :

  • l’Elzévir aux empattements triangulaires ;
  • le Didot aux empattements filiformes ;
  • l’Égyptienne aux empattements carrés (les égyptiennes modernes ont plusieurs graisses) ;
  • l’Antique ou Bâton, sans empattements, avec pas ou peu de différence entre pleins et déliés, très sobre (convient à tous les types de travaux) ;
  • les caractères Écriture dans lesquels se classe la textura.

Classification Vox-Atypi[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Classification Vox-Atypi.

La « classification nouvelle des caractères d’imprimerie » proposée par Maximilien Vox en 1952 se fonde elle sur une organisation chronologique. Outre des traits de caractères en commun (contraste des pleins et déliés, axe d’inclinaison, empattements) la date d’apparition du prototype de chaque famille est prise en compte. Vox distingue ainsi neuf familles.
Cette classification est adoptée en 1962 par l’Association typographique internationale (ATypI) qui l’étend de deux nouvelles familles ce qui lui donne un certain caractère officiel et universel[3].
Ces dix familles et une onzième dans laquelle se rangent les caractères grecs, arabes… sont les suivantes :

  • Humane : type gras et trapu. Origine : écriture humaniste du début de la Renaissance (Vieux romain, etc.)
  • Garalde : nom composé de « Garamond » et de « Alde » (Alde Manuce). Origine : famille Elzévir (Vendôme, Garamond, etc.)
  • Réale : contrastes pleins-déliés plus marqués (Caslon, Baskerville, etc.)
  • Didone :  : lettres rigides, contrastes pleins-déliés très forts, empattements filiformes (Bodoni, Didot, Walbaum, etc.)
  • Mécane : forts empattements rectangulaires. Marque l’époque du machinisme (égyptienne, italienne, Clarendon, Rockwell, etc.)
  • Linéale : caractère bâton, sans empattements (Univers, Simplex, Europe, Caravelle, Gill, Helvetica, etc.)
  • Incise : caractère bâton dont les terminales s’élargissent, sur le modèle des inscriptions monumentales de l’Antiquité (Latine, Optima, etc.)
  • Scripts : caractère d’écriture aux ligatures continues (Diane, Banville, Étoile, Rondo, etc.)
  • Manuaire : caractère dans lequel on ressent l’influence de la main, mais dont les lettres ne sont pas liées entre elles (Banco)
  • Fraktur : caractère spécifiquement allemand connu sous le nom de « gothique » (Médicis, Fractura, etc.)

C’est également le référentiel de l’AFNOR et de la norme DIN (quoique les termes utilisés soient différents).

Classification chronologique[modifier | modifier le code]

Classification Novarese[modifier | modifier le code]

Le dessinateur de caractères italien Aldo Novarese propose en 1956 une classification en dix familles suivant le même principe que Thibaudeau.

Alessandrini-Codex 1980[modifier | modifier le code]

Classification chinoise[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Styles de caractères chinois.

Les polices d’écriture chinoises les plus fréquemment utilisées sont généralement classifiées en quelques styles :

Style song ti.
Style ming ti.
  • Song ti, style de la dynastie Song basé sur le style régulier
  • Ming ti, ou mincho en japonais, style japonais importé durant la dynastie Ming, basé sur le Song ti et le style régulier
  • Hei ti aussi appelé gothique ou sans serif

W3C[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Famille de polices (CSS).

Le World Wide Web Consortium, organisme de normalisation des technologies du Web, a défini pour sa norme de présentation CSS cinq familles de polices génériques[4] :

  • serif : des familles de police à empattement
  • sans-serif : des familles de polices sans empattement
  • cursive : des familles de polices simulant l’écriture à la main
  • fantasy : des familles de polices dont les glyphes sont exotiques et plus décoratives qu’utilisables pour du long texte. Peuvent convenir pour des titres
  • monospace : des familles de polices à chasse fixe, comme sur des machines à écrire ou des terminaux d’ordinateur. Informellement traduit en monochasse, elles fonctionnent sur le principe du stoïchédon.

Cette classification a ceci de particulier qu’elle ne sert pas à classifier tous les caractères existants, juste à donner des guides d’affichage — d’où leur appellation de « familles de polices génériques ». On notera aussi que les noms sont en anglais. L’adverbe sans est un gallicisme relativement fréquent dans la langue anglaise.

Les polices en informatique[modifier | modifier le code]

En informatique, il existe plusieurs formats de caractères ; les fontes matricielles (“bitmaps”, à taille fixe) et les polices vectorielles (à taille variable). Les vectorielles sont de deux types : les polices type Hershey, que l’on se contente de mettre à l’échelle sans correction particulière relative à leur taille, et les polices plus récentes à correction d’échelle. Les deux peuvent être agrandies, orientées ou étirées sans perte de qualité, mais la nature des Hershey les a fait plutôt réserver aux traceurs de courbes et affichages grossiers sur écran.

Les polices matricielles[modifier | modifier le code]

On trouvera dans Police matricielle une description technique de ces polices.

Les polices pour affichage à l'écran[modifier | modifier le code]

Les polices prévues pour l'affichage à l'écran dans une définition donnée donnent toujours un résultat meilleur que des polices vectorielles.

Les polices d’imprimantes[modifier | modifier le code]

Pendant des années, les logiciels PC usuels ne pouvaient exploiter une police de caractères que si celle-ci se trouvait codée dans l’imprimante. De plus, chaque police n’était définie que dans quelques tailles ou corps bien précis. Par exemple, on disposait du « Courrier 10 et 12 » et du « Times 8, 9, 10, 11, 12, 18 ».

Avec ce système, chaque lettre de chaque police dans chaque taille était représentée par un ensemble de points plus ou moins important selon la résolution de l’imprimante. Ce système avait néanmoins l'avantage d'imprimer uniquement des glyphes tels qu'ils avaient été conçus.

Les utilisateurs de TeX à travers le système METAFONT disposaient alors des avantages des polices vectorielles et des polices d'imprimantes. En effet, METAFONT convertit un format vectoriel en un format matriciel parfaitement adapté à l'imprimante utilisée. Actuellement, les utilisateurs de TeX utilisent des formats de sortie vectoriels (généralement Portable Document Format).

Les polices vectorielles[modifier | modifier le code]

Les polices vectorielles à correction d’échelle comportent plusieurs technologies différentes dont les Fontes SVG décrites dans un article dédié. Les fontes SVG, permettent les assemblages de caractères ainsi que la transparence et le remplissage par motifs ou dégradés de couleurs. Les utilisateurs utilisent souvent les fontes vectorielles dans des tailles pour lesquelles elles n'ont pas été prévues. Même si une fonte vectorielle peut être redimensionnée à volonté, les versions prévues pour de petites tailles d'impression ou d'affichage sont moins élancées pour être plus lisibles. Les versions prévues pour des grandes tailles sont plus élancées.

Les polices PostScript[modifier | modifier le code]

Avec l’adoption du langage PostScript comme norme d’impression, l’utilisation des polices de caractères a pu évoluer, car les modèles d’imprimantes qui disposaient de la technologie PostScript pouvaient s’affranchir de la limitation de la taille des glyphes.

Les fontes PostScript permettent des ligatures de glyphes. Il existe deux types de police PostScript : celles de Type 1 et celles de Type 3.

Les polices PostScript appelées Type 1 sont codées par des vecteurs (courbe de Bézier) décrivant la forme de chaque lettre plutôt que par des points. L’imprimante se charge de recalculer les points lors de la sortie en fonction de sa résolution ; ainsi on peut « rastériser »[5] (« flasher ») un document conçu pour une imprimante laser en 1 200 ppp.

Les polices dites de Type 3 permettent la transparence et le remplissage par motifs ou dégradés de couleurs. Elles sont peu ou non utilisés en impression professionnelle car elles posent des problèmes dans les flux de production PostScript et PDF. De plus, elles ne supportent pas le hinting et ne sont pas belles à l'écran.

Les polices PostScript de dernière génération sont de format OpenType avec l'extension «.otf». Les polices PostScript reprennent les dessins des typographes professionnels et sont donc préférées dans les arts graphiques.

Les polices TrueType[modifier | modifier le code]

Les polices TrueType de Apple, déclinées aussi en OpenType par Microsoft, sont équivalentes aux Type 1 de Adobe à une exception près : leur gestion est entièrement intégrée à Microsoft Windows (à partir des versions 3.0 et 3.1) grâce à un programme spécialisé appelé Adobe Type Manager (ATM). Au départ, elles utilisaient des courbes nommées « splines » et étaient impossibles à imprimer en impression professionnelle ; toutefois le Type 42 a rendu possible cette impression. Ce format est créé par le PostScript ou par Distiller (Adobe).

Elles ont connu un succès extraordinaire, en grande partie lié au succès de Microsoft Windows lui-même. Paradoxalement, pendant longtemps elles ne furent que peu employées sur l’Apple Macintosh car, le Mac étant surtout utilisé pour les arts graphiques, ceux-ci n’utilisaient pas ce genre de polices, lesquelles ne pouvaient pas à l’époque être gérées par les RIP (raster image processor).

Les polices TrueType de dernière génération sont de format OpenType avec l'extension «.ttf». Les polices TrueType peuvent être complétées par des instructions extrêmement puissantes. Les logiciels OpenOffice.org et LibreOffice supportent ces extensions depuis leur versions 3.3.

Aspects légaux dans les pays anglophones[modifier | modifier le code]

Les réglementations américaines ne permettent pas de protéger par copyright le design des polices (typefaces), alors qu’elles permettent le dépôt de brevet d’un design novateur.

Les polices numériques ayant un design particulier deviennent souvent protégeables par copyright en tant que logiciel informatique. Les noms des polices de caractères peuvent devenir des marques déposées. La conséquence de ces protections légales est que certaines polices existent sous de multiples noms, et sous des implémentations différentes.

Certains éléments de moteurs logiciels utilisés pour afficher les polices sur des ordinateurs étaient associés à des brevets logiciels. En particulier, Apple avait déposé un brevet sur certains des algorithmes de hinting pour TrueType, obligeant les alternatives open-source telles que FreeType à utiliser des algorithmes différents. Ces brevets n'ont plus cours dans le monde depuis mai 2010. En conséquence, depuis la version 2.4, FreeType fait usage de ces techniques par défaut[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1] Adam Frey, Manuel nouveau de typographie-imprimerie : Deuxième partie, Paris, 1835
  2. [2] Jean-Pierre Lacroux, Orthotypographie
  3. http://www.irem.sciences.univ-nantes.fr/telecharge/ecrit.pdf
  4. (en) Generic font families, Cascading Style Sheets Level 2 Revision 1 (CSS 2.1) Specification.
  5. Terme technique à expliciter davantage par une définition d’un ouvrage spécialisé de référence (par exemple : un dictionnaire terminologique). L’apposition « flasher » apparaît également insuffisante comme explication à un lecteur non initié. Une suggestion : rapprocher de « raster » qui est lié à la représentation matricielle d’une image.
  6. « The TrueType bytecode patents have expired!, sur freetype.org »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Article de presse[modifier | modifier le code]

  • Jacques Drillon, « Une histoire de la typographie : Mais que fait la police ? », Le Nouvel Observateur, no 2479,‎ 10 mai 2012, p. 114 à 117 (ISSN 0029-4713)

Articles connexes[modifier | modifier le code]