Pointe du Hoc

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

49° 23′ 45″ N 0° 59′ 20″ O / 49.3958, -0.988889 ()

Pointe du Hoc

La pointe du Hoc (API : /pwε̃t dy ɔk/), du scandinave haca (promontoire), est une petite avancée de la côte normande dans la mer de la Manche, située dans le Calvados. Elle surplombe une falaise de 25 à 30 mètres de haut avec une plage de galets d'une dizaine de mètres de large à ses pieds. La pointe se trouve sur la commune de Cricqueville-en-Bessin.

Elle fut le théâtre d'une des opérations du débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944. Située entre les plages de Utah Beach (à l’ouest) et Omaha Beach (à l'est), la pointe avait été fortifiée par les Allemands (WN 75[1]) et, selon les reconnaissances aériennes alliées, était équipée de pièces d'artillerie lourde dont la portée menaçait les deux plages voisines. Il avait été jugé primordial, pour la réussite du débarquement, que les pièces d'artillerie soient mises hors service le plus rapidement possible.

Cette mission fut confiée au 2e bataillon de Rangers américain qui réussit à prendre le contrôle du site au prix de lourdes pertes. Par la suite, les pièces d'artillerie se révèleront avoir été déplacées par les Allemands peu de temps auparavant et installées 1,3 km en arrière, à l'intérieur des terres.

Prise de la pointe[modifier | modifier le code]

Plan de la position.

La stratégie[modifier | modifier le code]

Avant le débarquement du 2e bataillon de rangers prévu le 6 juin à h 30, l'aviation et la marine alliée doivent au préalable bombarder la pointe afin de neutraliser la garnison en place, à savoir 125 fantassins et 80 artilleurs allemands.

Pour ce faire, le 25 avril 1944 à 17h55, une puissante formation de bombardiers alliés venant de la terre avait survolé la Pointe du Hoc en trois vagues successives. Les premières bombes touchèrent l'importante ferme Guelinel qui n'était plus occupée que par les Allemands, la famille Guelinel ayant dû évacuer les lieux précédemment. Tous les bâtiments furent détruits, y compris les baraquements de la cantine construite en annexe ainsi que les étables et la plupart des chevaux chargés de tracter les batteries de canons.

Selon des soldats allemands (Benno Müller, Emil Kaufman), au cours de cette action deux encuvements furent détruits, et trois des six canons à long tube furent gravement endommagés ou rendus inutilisables. Dans la nuit du 25 avril au 26 avril les pièces intactes furent déplacées vers l'intérieur des terres, 1 300 mètres en amont, dans un chemin creux où elles étaient prêtes à tirer. Pour donner le change aux futurs vols de reconnaissances alliés, le commandant de la batterie fit construire à la hâte des canons factices dans les encuvements inoccupés, ainsi que des poteaux télégraphiques. L'organisation TODT cessa d'ailleurs à partir de cette date toute nouvelle construction sur le site considéré à risques[2]. Le dernier bombardement dit de préparation pour le D-Day eut lieu le 4 juin avec 85 Douglas A-20 Havoc qui déversèrent près de 100 tonnes de bombes sur la Pointe. Le résultat fut jugé satisfaisant.

Puis ce furent les bombardiers lourds de l'Opération Flashlamp, 35 Boeing B-17, qui pilonnèrent de nouveau le site au matin du 5 juin avec de nouveau 100 tonnes de bombes déversées, détruisant un canon et un bunker de munitions. Endommageant à peine, malgré des coups directs, trois bunkers à l'épreuve des bombes où étaient stationnés du personnel. Ceci malgré les matériels employés, notamment des bombes de 500 livres hautement explosives qui furent insuffisantes pour percer les abris conçus pour résister à des bombes de 1000 livres. Avant le D-Day proprement dit, environ 380 tonnes de bombes furent larguées sur La Pointe du Hoc[3].


À h 30, dix LCA (Landing Craft Assault) ainsi que quatre DUKW doivent être mis à l’eau. Deux des DUKW emmènent chacun une échelle de pompier de 33 mètres de haut empruntée aux pompiers de Londres, alors que les LCA sont équipés de lance-fusées qui enverront des cordes et des échelles de cordes au sommet de la falaise, ainsi que des échelles extensibles qui seront assemblées sur place. À h 30, les 225 hommes de James Earl Rudder doivent débarquer sur la plage puis escalader la falaise pour détruire l'artillerie allemande.

Les compagnies E et F débarquent à l’est de la pointe, alors que la compagnie D débarque à l’ouest.

Une fois la zone maîtrisée, ils peuvent tirer une fusée éclairante afin de recevoir les 225 rangers du 5e bataillon en renfort, en attendant d’être rejoints par le 116e régiment d’infanterie américain débarquant à Omaha Beach. Si à h aucune fusée n’est tirée, les renforts seront détournés sur Omaha Beach dans le secteur Charlie.

Le déroulement des opérations[modifier | modifier le code]

Rangers escaladant la pointe du Hoc.

Le bombardement naval préliminaire débuta à h 50, tiré par les USS Texas, USS Satterlee et HMS Talybont, suivi par une vague de 19 Martin B-26 Marauder de la 9e Air Force.

L’opération commence par la perte du LCA 860 peu après la mise à l’eau ; dans ce bateau se trouvait le commandant de la compagnie D, le capitaine Slater ; celui-ci rejoindra ses camarades le 9 juin.

À cause du courant et de la fumée du bombardement, les barges furent déportées vers la pointe de la Percée à deux kilomètres à l’est du lieu de débarquement prévu. Cette erreur de navigation entraîna un retard de quarante minutes et la perte d’un DUKW.

Le bataillon de rangers débarquera à h 10 à l'endroit prévu. Aucune fusée éclairante n'ayant été tirée à h, les renforts prévus furent déployés sur Omaha Beach. Le retard pris par les rangers leur enleva l'effet de surprise, mais l'attaque se déroula relativement bien grâce, notamment, au feu support de destroyers alliés.

Une fois la falaise escaladée, les rangers prirent les bunkers allemands et découvrirent que les 6 pièces d'artillerie initiales, des canons français de 155 mm GPF modèle 1917[4], avaient été déplacées et remplacées par des pylônes en bois.

À h, la route côtière était sous le contrôle des rangers. Vers h, une patrouille découvrit les pièces d’artillerie sans aucune défense plus à l'intérieur des terres et les détruisit.

Isolés[modifier | modifier le code]

Les renforts ayant été détournés sur Omaha Beach, le 2e bataillon de rangers se retrouve isolé.

Dans l’après-midi, le lieutenant-colonel Rudder envoya le message « Sommes à Pointe-du-Hoc — mission accomplie - munitions et renforts nécessaires - beaucoup de pertes[5] » à l'USS Satterlee qui lui répondit « aucun renfort disponible - tous les rangers sont déployés ». Les seuls renforts que reçurent les rangers du 2e bataillon furent les survivants de la compagnie A du 5e bataillon de rangers qui avaient débarqué à Omaha Beach. Ces renforts amenèrent le 2e bataillon de rangers à environ 85 combattants.

La situation des rangers était critique et ils subirent de nombreuses attaques dans la nuit de la part d'une compagnie du 914.IR de la 352.Infanteriedivision. Vers h, la compagnie D qui couvrait le flanc ouest fut submergée, vingt rangers sous les ordres du sergent Petty restèrent en arrière afin de permettre à cinquante de leurs camarades de se replier et furent fait prisonniers.

Au matin du 7 juin, seuls 90 hommes étaient encore en état de combattre.

Le 7 juin dans l’après-midi, une force de secours constituée d’éléments du 5e bataillon de rangers, du 116e d’infanterie et des chars du 743e bataillon arrivèrent enfin.

Ce n’est que le 8 juin au matin que les soldats américains repoussèrent les Allemands et prirent le village de Saint-Pierre-du-Mont, village le plus proche de la pointe, à 1,5 km au sud-est.

Le bilan[modifier | modifier le code]

Sur les 225 rangers qui débarquèrent ce jour-là, 135, au 8 juin 1944, (en comptant les hommes du LCA 860) furent tués. Le lieutenant-colonel James Earl Rudder lui-même fut blessé par deux fois durant cette opération.

Monument[modifier | modifier le code]

Discours du président Ronald Reagan lors du 40e anniversaire de l'événement.

En janvier 1979, la France a légué une partie des terrains de la pointe du Hoc aux États-Unis[6]. Elle abrite un monument en l'honneur du sacrifice des troupes américaines et est l'un des lieux de commémoration du débarquement. Le président Ronald Reagan y assista à une cérémonie lors des commémorations du 40e anniversaire du débarquement en juin 1984. De nombreux blockhaus et cratères de bombardement sont encore visibles et le site est aménagé pour la visite.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

  • Le jeu vidéo Call of Duty 2, sorti sur PC, Mac et Xbox 360, permet de revivre l'attaque de la Pointe du Hoc dans la peau d'un ranger de la compagnie Dog.

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 2 casemates pour canon, 2 casemates pour flak, 6 encuvements pour canon, un bunker de direction de tir, 5 abris pour personnels, abris à munitions et tobrouks
  2. Christophe Prime, Omaha Beach - 6 juin 1944
  3. Steven J.Zaloga, The most daring raid of World war II - D-Day-Pointe-du-Hoc
  4. Les allemands les avaient pris dans les réserves de l'armée française. En réalité, le 6 juin, il n'en restait plus que 5, car l'autre avait été détruit par un bombardement aérien les jours précédents.
  5. Old Glory Stories American Combat Leadership in World War II de De Cole C. Kingseed, 2006. ISBN 159114440X.
  6. « Cimetière et mémorial américains de Normandie (page 27) », American Battle Monuments Commission (consulté le 16 août 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]