Point de vue du Gras

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Point de vue du Gras
Image illustrative de l'article Point de vue du Gras
Point de vue du Gras, depuis la fenêtre de la maison de Nicéphore Niépce de Saint-Loup-de-Varennes.
Artiste Nicéphore Niépce
Date 1826 ou 1827
Type Héliographie/photographie
Dimensions (H × L) 14 cm × 20 cm
Localisation Harry Ransom Center de l'Université du Texas à Austin, Austin (États-Unis)
Propriétaire Université d'Austin
Coordonnées 46° 43′ 37″ N 4° 51′ 26″ E / 46.72694444, 4.85722222 ()46° 43′ 37″ N 4° 51′ 26″ E / 46.72694444, 4.85722222 ()  

Le Point de vue du Gras est la première photographie (ou héliographie : « écriture par le soleil ») permanente réussie et connue de l'histoire de la photographie, prise par l'inventeur français Nicéphore Niépce (1765-1833) en 1826 ou 1827 dans sa maison de Saint-Loup-de-Varennes près de Chalon-sur-Saône en Bourgogne.

Description[modifier | modifier le code]

Niépce réalise cette photographie à l'aide d'une chambre noire et d'une plaque d'étain recouverte de bitume de Judée de 16,2 × 20,2 centimètres[1] (la mesure de la photo est 14 × 20 cm). Le fait que le soleil illuminât tous les bâtiments des deux côtés a longtemps fait considérer comme évident que le temps de pose avait été d'une journée entière[2], mais après avoir reconstitué le procédé dans les années 1990 et en s'appuyant sur les témoignages d'époque[3], J.-L. Marignier a démontré que le temps de pose avait dû être de plusieurs jours[4],[5].

Historique[modifier | modifier le code]

À partir de 1816, Nicéphore Niépce entreprend dans sa maison de Saint-Loup-de-Varennes de multiples recherches sur la photosensibilité des matériaux pour tenter de fixer sur un support l'image du fond d'une chambre noire. Il y parvient à l'été 1826/1827 au moyen d'une plaque d'étain recouverte de bitume de Judée (goudron naturel connu depuis l'antiquité) rincée dans un bain d'essence de lavande. Il réalise depuis la fenêtre du premier étage de l'atelier de son domicile baptisé « Le Gras », la première héliographie/photographie de l'histoire de la photographie baptisée « point de vue du Gras » avec un niveau de netteté surprenant.

En 1828, Niépce améliore sa technique et obtient des images d’une qualité supérieure avec des demi-teintes sur un support à base d'argent poli et en faisant agir des vapeurs d'iode sur l'image au bitume. La précision des images est étonnante.

En 1829, il s'associe avec son confrère inventeur Louis Daguerre (1787-1851) pour concevoir à deux un second procédé photographique amélioré baptisé physautotype, précurseur du daguerréotype.

Après un voyage d'affaire infructueux au Royaume-Uni afin d'intéresser la Royal Society à son procédé, Niépce donne la photographie au botaniste Franz Bauer. Elle est exposée au public pour la dernière fois en 1898 et tombe dans l'oubli par la suite. Helmut Gernsheim la refait connaître en 1952 et la compagnie Kodak en réalise une copie.

En 1963, l'Université du Texas à Austin achète la photographie à Helmut Gernsheim. Elle est actuellement exposée au Harry Ransom Center[6] et présentée dans un conteneur sous hélium, un gaz rare qui la protège de toute corrosion et noircissement.

De nos jours, la maison de Nicéphore Niépce, transformée en musée, met en ligne en temps réel sur son site web les images d'une webcam installée à la fenêtre depuis laquelle le cliché historique fut pris. Cette retransmission a débuté le 21 septembre 2003, à l'occasion du congrès At First Light consacré à Niépce et organisé au Harry Ransom Center[7].

Postérité[modifier | modifier le code]

En 2003, le magazine Life l'a listée parmi les « 100 photographies qui ont changé le monde »[8]. Entre 1995 et 1998, l'artiste Andreas Müller-Pohle s'en est inspiré pour créer Digital Scores[9].

Controverse sur la date de prise de vue[modifier | modifier le code]

La date généralement admise pour la prise de vue a été dans un premier temps 1826, jusqu'à ce qu'elle soit remise en cause en 1967 par Harmant et Marillier[10] qui, s'appuyant sur des lettres de Niépce, avancèrent qu'elle date de 1827, entre le 4 juin et le 18 juillet.

Ainsi le célèbre historien de l'art Helmut Gernsheim, qui a d'abord retenu la date de 1826 (dans un article de 1977 par exemple[11]), admet dorénavant celle de 1827 (dans un ouvrage de 1982 par exemple[12]).

En 2008, grâce à une reconstitution virtuelle permettant de calculer les ombres en fonction de la date, Jean-Louis Marignier estime que la période de prise de vue la plus probable est la deuxième quinzaine de juillet 1827[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. On ne confondra pas les dimensions de l'original avec celles de ses reproductions photographiques qui n'ont pu être prises par contact : voir le catalogue des œuvres de Niépce sur le site du musée de Saint-Loup de Varennes.
  2. Vidéo du musée.
  3. « Procédé de M. Daguerre », Le Constitutionnel, no 232,‎ 20 août 1839, p. 2 (lire en ligne).
  4. Jean-Louis Marignier, Niépce : L'invention de la photographie, Paris, Belin, coll. « Un savant, une époque »,‎ 1999, 592 p. (ISBN 2-7011-2433-6), p. 536.
  5. a et b Jean-Louis Marignier, « Aux origines de la photographie : Nicéphore Niépce », Communications, Académie des beaux-arts,‎ 25 juin 2008, p. 80 [53–84] (lire en ligne).
  6. (en) « The First Photograph », Harry Ransom Center (consulté le 24 septembre 2009).
  7. (en) Live web broadcast, sur le site de la Maison Nicéphore Niépce.
  8. (en) Robert Sullivan (dir.), 100 Photographs that Changed the World, New York, Life,‎ 2003 (ISBN 1-931933-84-7), « Pigeon House and Barn 1827 », p. 13 (reproduction dans The Digital Journalist, septembre 2003, no 71).
  9. (en) Digital Scores (after Nicéphore Niépce). 1995–1998, sur le site d'Andreas Müller-Pohle.
  10. (en) Pierre Georges Harmant et Paul Marillier, « Some Thoughts on the World's First Photograph », The Photographic Journal, vol. 107, no 4,‎ avril 1967, p. 130–140 (lire en ligne), trad. « À propos de la plus ancienne photographie du monde », Photo-Ciné-Revue,‎ mai 1972, p. 231–237.
  11. (en) Helmut Gernsheim, « The 150th Anniversary of Photography », History of Photography, vol. 1, no 1,‎ janvier 1977, p. 3–8 (DOI 10.1080/03087298.1977.10442876, lire en ligne), trad. Irène Gernsheim, « La première photographie au monde », Études photographiques, no 3 « Frontières de l'image / Le territoire et le document »,‎ novembre 1997 (lire en ligne).
  12. (en) Helmut Gernsheim, The Origins of Photography, Londres et New York, Thames & Hudson,‎ 1982, 280 p. (ISBN 0-500-54080-2), p. 34.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]