Pogrom de Iași

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Corps de Juifs, hommes, femmes et enfants, dans la rue à Iași

Le pogrom de Iași du 27 juin 1941, est un des pogroms les plus sanglants dans l'histoire du peuple juif, lancé par les forces gouvernementales roumaines dans la ville de Iași, contre la population juive. Ce pogrom s'est soldé par la mort d'au moins 13 226 Juifs[1] selon les autorités roumaines.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, de 1939 à 1944, la Roumanie est une alliée de l'Allemagne nazie, et répercute sa politique antisémite. Pendant les années 1941-1942, trente-deux lois, trente-et-un décrets et dix-sept résolutions gouvernementales, tous violemment antisémites, sont publiés dans le Monitorul Oficial (journal officiel). La Roumanie se joint aussi à l'Allemagne dans l'invasion de l'Union soviétique, initialement dans le but de récupérer la Bessarabie prise par les soviétiques en 1940 après le pacte Molotov-Ribbentrop.

Le 27 juin 1941, le dictateur roumain Ion Antonescu téléphone au colonel Constantin Lupu, commandant de la garnison de Iași, lui indiquant formellement de « nettoyer Iași de sa population juive », en organisant un pogrom selon les plans mis au point précédemment.

Des rumeurs avaient déjà circulé, relayées par la presse d'État, affirmant que des parachutistes soviétiques avaient été largués aux environs de Iași, et que les Juifs étaient entrés en contact avec eux pour les aider. Dans la semaine précédant le pogrom, les signes annonciateurs du pogrom devinrent menaçants. Les maisons habitées par des chrétiens sont marquées d'une croix, les hommes juifs sont réquisitionnés pour creuser de larges tranchées dans le cimetière juif, et les soldats commencent à pénétrer dans les maisons juives « à la recherche de preuves ». Le 27 juin, les autorités accusent officiellement la communauté juive de sabotage, et rassemblent les soldats et la police qui serviront à être le fer de lance du pogrom, là où les Juifs seront faussement accusés d'avoir attaqué des soldats dans la rue.

Pogrom et train de la mort[modifier | modifier le code]

Arrestation des Juifs

Selon un rapport commissionné et accepté par le gouvernement roumain, la participation de la population au pogrom est quasi générale[2] :

« Ceux qui participèrent à la chasse à l'homme dans la nuit du 28 au 29 juin furent en premier et principalement la police de Iași, aidée par la police bessarabienne et les unités de gendarmerie. Les autres participants furent les soldats de l'armée, des jeunes gens armés par les agents du SSI (Serviciul Special de Informații), et la foule qui volait et tuait, sachant qu'elle n'aura pas de compte à rendre de ses actions...
En plus de donner des informations sur les Juifs, de conduire les soldats aux maisons et aux caches des Juifs, et même de pénétrer eux-mêmes dans les maisons, certains résidents roumains de Iași ont aussi pris part aux arrestations et aux humiliations imposées aux Juifs sur leur chemin vers Chestura. Les auteurs de ces crimes comprenaient les voisins des Juifs, les participants plus ou moins connus des mouvements antisémites, des étudiants, des pauvres, des petits fonctionnaires, des cheminots, des artisans frustrés par la concurrence juive, des cols-blancs, des retraités et des vétérans de l'armée. »

Un des trains de la mort charriant ses cadavres

Dans la nuit, les soldats roumains, la police et la foule commencent à massacrer les Juifs. Au moins 8 000 personnes, hommes, femmes et enfants, sont tuées dans le pogrom initial. Puis les autorités roumaines arrêtent plus de 5 000 Juifs, les dépouillent de toutes leurs possessions, et les emmènent à la gare, en tirant sur ceux qui n'avancent pas assez vite. Une fois à la gare, ils sont enfermés à plus de cent dans des wagons à bestiaux. De nombreux Juifs périssent de suffocation et de faim à bord des deux trains, qui vont les balader pendant huit jours au travers du pays, sous un soleil de plomb. Selon le rapport officiel[3] :

« Dans le train de la mort qui quitte Iași pour Călărași, dans le sud de la Roumanie, et qui transporte environ 5 000 Juifs, seulement 1 011 atteignent leur destination en vie après sept jours (la police roumaine comptera 1 258 cadavres, mais des centaines de morts furent jetés du train sur les voies entre Mircești, Roman, Săbăoani et Inotești). Le second train vers Podu Iloaiei (situé à seulement 15 kilomètres de Iași) contient près de 2 700 Juifs au départ mais seulement 700 débarqueront en vie. D'après les rapports des autorités roumaines, 1 900 Juifs furent embarqués dans le train et "seulement" 1 194 sont morts. »

Buste de Viorica Agarici dans la gare de Roman

Le nombre total exact des victimes du pogrom de Iași est inconnu, mais le gouvernement roumain a donné le nombre de 13 226 victimes identifiées, tandis que la communauté juive de Iași parle de près de 15 000 morts.

Au milieu de ces atrocités, quelques femmes et hommes ont fait acte de courage et de charité. Dans la ville de Roman, Viorica Agarici, la présidente de la Croix-Rouge locale pendant la Seconde Guerre mondiale, est une des 54 roumains honorés comme Justes parmi les nations, titre décerné au nom de l'État d'Israël par le Mémorial de Yad Vashem. Dans la nuit du 2 juillet 1941, après avoir soigné des soldats roumains blessés sur le front russe, elle entend des gens gémir d'un train transportant des Juifs survivants du pogrom de Iași. Profitant de sa position, elle demande et reçoit la permission de donner de la nourriture et de l'eau aux malheureux passagers exténués. Son action est condamnée par les habitants de Roman, et elle est obligée de quitter la ville et de s'installer à Bucarest. Considérée comme une héroïne par la communauté juive de Roumanie, son buste a été installé, après sa mort en 1979, lors d'une cérémonie commémorative dans la gare de Roman.

Procès pour crimes de guerre[modifier | modifier le code]

Les Tribunalele Poporului (tribunaux populaires) sont créés en 1946 et décident de juger 57 personnes pour le pogrom de Iași: 8 militaires de haut rang, le préfet de la région de Iași et le maire de Iași, 4 soldats, 21 civils et 22 gendarmes. 165 témoins, principalement des survivants des massacres sont appelés à la barre[4].

La majorité de ceux condamnés pour crimes de guerre et crimes contre la paix (article 2 de la loi 291/1947), soit 23 personnes, y compris des généraux et des colonels, sont condamnés à la prison à vie avec travaux forcés et à 100 millions de lei de dommages-intérêts. Un colonel est condamné à la prison à vie et à 100 millions de lei de dommages-intérêts. Sept accusés sont condamnés à 25 ans de travaux forcés, douze à 20 ans de travaux forcés, certains à 15 ans et un accusé à 5 ans de travaux forcés. Quelques accusés sont acquittés faute de preuves suffisantes[5]. Très peu accomplirent la totalité de leur peine.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) RICHR, Ch.5 - The Holocaust in Romania, p. 22
  2. (en) RICHR, Ch.5 - The Holocaust in Romania, p. 23
  3. (en) RICHR, Ch.5 - The Holocaust in Romania, p. 25
  4. (en) RICHR, Ch.12 - Trials of War Criminals, p. 21
  5. (en) RICHR, Ch.12 - Trials of War Criminals, p. 22-23

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]