Plume (écriture)

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Plume métallique
Choix de plumes métalliques

La plume est un morceau de métal ou d'autre matière, taillé en bec, dont la forme permet de retenir une petite réserve d'encre par capillarité et qui, adapté à un porte-plume, sert à écrire ou à dessiner.

L'utilisation de la plume pour écrire est liée à l'utilisation de l'encre, contrairement aux instruments permettant de graver : style, ou de déposer leur propre matière : craie, graphite. La plume est en concurrence avec d'autres instruments pour déposer de l'encre : le pinceau en Extrême-Orient et le calame au Moyen-Orient et en Afrique. Par sa forme, sa fente et sa souplesse, la plume permet de calligraphier les pleins et les déliés dont l'apprentissage a marqué des générations d'écoliers.

Les différentes sortes de plumes sont :

  • les plumes d'oie ou d'autres oiseaux ;
  • les plumes métalliques ;
  • les plumes en autres matières (verre, celluloïd, etc.).

Histoire[modifier | modifier le code]

Encrier utilisé pour la cérémonie d'inauguration du Musée des arts décoratifs de Budapest. Fabriqué par la Manufacture de porcelaine Zsolnay à Pécs, 1895-1896

Les plumes sont faites à partir de plumes d'oiseaux. Si aujourd'hui on ne parle plus que de plume d'oie, les plumes de corbeau, de coq de bruyère et de canard étaient utilisées pour l'écriture fine et les plumes de vautour et d'aigle pour l'écriture à traits larges. La plume d'oie (d'oiseau) est connue des romains (première mention écrite sur des parchemins et papyrus au IVe siècle[1]) mais ils lui préfèrent le calame et elle ne s'impose qu'à partir du Ve siècle après J.-C. Elle dominera tout le Moyen Âge et la période classique : le bout de la penne est durci par chauffage puis taillé en bec pour retenir la goutte d'encre, le porte-plume est la penne elle-même. Elle disparaît pratiquement à la fin du XIXe siècle.

La plume métallique apparaît dans l'Antiquité - plumes de cuivre en Égypte, plume de bronze à Rome, plumes d'or et d'argent au Moyen Âge - et tente de compenser le défaut de la plume d'oie dont la pointe s'use vite en grattant le papier (des pointes de plumes en corne ou en écaille de tortue font également cette tentative) mais sa mauvaise souplesse et sa mauvaise tenue à la corrosion provoquée par l'encre[2] ne lui permet pas de la détrôner et elle reste un objet d'artisanat et de curiosité[1].

Seule l'apparition de nouveaux aciers ayant la résistance et la souplesse nécessaire lui permettra de conquérir le monde. Ces premiers aciers sont produits à Birmingham vers 1820 et dès 1835 les plumes métalliques anglaises commencent à s'exporter dans le monde entier pour remplacer la plume d'oie et le calame. En 1827, Petrache Poenaru brevette à Paris, la plume portable sans fin, qui s'alimente elle-même avec de l'encre, précurseur du stylo-plume d'aujourd'hui.

Dès la fin du XIXe siècle, le stylographe (ou stylo-plume ou porte-plume réservoir) a ensuite concurrencé la plume pour porte-plume avec l'avantage de posséder sa propre réserve d'encre, d'abord sous forme d'un réservoir, puis de cartouches jetables.

Dès 1960 le stylo à bille et le stylo-feutre détrôneront la plume qui n'est plus aujourd'hui utilisée que pour la calligraphie, le dessin et sur les stylographes.

Aujourd'hui, la plume est devenue un objet de collection recherché par les calamophilistes.

Plume d'oie et d'autres oiseaux[modifier | modifier le code]

Plume d'oie
Encyclopédie - Taille de la plume

La plume d’oiseau remplace progressivement le calame en Occident entre le VIe siècle et le IXe siècle car elle permet d’écrire en traits plus fin sur le parchemin et car sa souplesse permet de faire plus facilement pleins et déliés.

Chaque oiseau produit environ cinq pennes utilisables sur chaque aile : les rémiges. La tige de la plume est recouverte d’une graisse qui empêche que l’encre puisse y adhérer ; pour l’éliminer les extrémités des tiges étaient plongées dans de la cendre ou du sable chaud. Elles étaient ensuite grattées avec une lame puis laissées à vieillir pendant environ un an. Leur taille, dernière étape avant utilisation, nécessite une connaissance et une habileté particulière, elle se fait à l’aide d’un taille-plume.

Diderot y consacre une planche entière dans l’Encyclopédie.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, la production, la fabrication et vente de plumes d'oies est une industrie importante en Europe. Les principaux pays producteurs sont la Pologne, la Poméranie et la Lituanie. En 1830 l’Angleterre importe vingt quatre millions de plumes et l’Allemagne cinquante millions; à elle seule la Banque d’Angleterre utilise un million et demi de plumes par an.

Plume métallique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Plume Sergent-Major.

Fabriquée de manière artisanale depuis l'Antiquité égyptienne, l'industrialisation de la plume métallique se fit de 1820 à 1840 grâce à la machine à vapeur qui permit l'amélioration de la qualité des aciers et la mise au point des procédés de fabrication des métaux en feuille. La plume métallique devient alors un bec de plume que l'on insère dans un porte-plume.

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, les seuls aciers utilisés pour fabriquer les plumes métalliques provenaient de SheffieldAngleterre et étaient produits à partir de minerai de fer importé de Suède. Les aciéries livraient l'acier en feuilles d'épaisseur calibrée, laminées à chaud.

Le centre principal de production de plumes métalliques était Birmingham. Les fondateurs de cette industrie sont : Joseph Gillot – Josiah Mason – les frères John et William Mitchells – James Perry.

En France une industrie se développa sur le chemin d'importation des plumes anglaises à Boulogne-sur-Mer grâce à : Pierre Blanzy et Eugène Poure (compagnie Blanzy-Poure) en 1846 d'une part et François Lebeau (Société Lebeau aîné) en 1856. Camille Baignol et Ferdinand Farjon, les deux gendres de François Lebeau prendront la suite avec l'entreprise "Baignol et Farjon".

Les étapes de fabrication des plumes sont :

  1. le découpage à la presse dans les bandes tirées des feuilles d'acier
  2. le perçage des jours où aboutira la fente
  3. le marquage des inscriptions
  4. un recuit pour rendre l'acier plus malléable
  5. l'estampage pour imprimer un motif en relief
  6. le formage pour donner sa forme cylindrique à la plume
  7. une trempe et un recuit pour obtenir la dureté et l'élasticité voulue
  8. un nettoyage
  9. un aiguisage pour effiler le bec de la plume
  10. la découpe de la fente à la presse (l'opération la plus délicate)
  11. un polissage
  12. un vernissage pour protéger la plume de l'oxydation
Boites de plumes en carton
Boites de plumes en métal
Plumes figuratives

Les plumes sont ensuite mises en boite, ces boites sont en carton et illustrées, elles contiennent généralement une grosse (144 plumes). D'autres conditionnements sont utilisés, boîtes métalliques puis en matière plastique avec des contenus adaptés au marché, 5, 10, 24, 100 plumes.

Cette activité employait une très importante main d'œuvre, en particulier féminine (5000 personnes à Birmingham en 1850 pour une production annuelle qui dépassait le milliard de plumes).

La plume devenant un objet de consommation courante, la concurrence entre les fabricants a entraîné le besoin de se différencier et d'attirer le consommateur. Les plumes prennent des formes diverses. Elles prennent également des noms divers :

  • liés à l'actualité : plume de l'Allianceplume du Jubilé
  • destinés à des consommateurs particuliers : plume Chrétienneplume du Sacré Cœur pour les écoles chrétiennes.
  • liés aux modes : la défaite de 1870 et le patriotisme en résultant entraînera la création en France de plumes militaires : Sergent MajorSergent Chefplume PatriotiqueÀ la Cantinière' – À la Cocarde.


Plumes Sergent Major, Ballon, J
Penna corona


Chaque pays a sa plume préférée, utilisée dans les écoles.




La plume métallique pour porte-plume disparaît comme objet de consommation courante à partir des années 1960.

Au début du XXe siècle chaque fabricant propose plusieurs centaines de modèles, en 1966, Blanzy-Conté-Gilbert (un des derniers fabricant français) n'en propose plus que 50, en 1970 : 20 et en 1979 : 4.

Aujourd'hui il ne subsiste que quelques fabricants dans le monde qui produisent des plumes pour le dessin et quelques modèles pour l'écriture, vendus comme outils pour les calligraphes ou comme objets de curiosité.

Plumes de stylographe[modifier | modifier le code]

Plume de Stylographe

La plume de stylographe ou stylo-plume, est faite d'acier ou d'or; d'autres métaux précieux sont aussi utilisés. Pour lui assurer une bonne résistance à l'usure, l'extrémité du bec est parfois réalisée en iridium.

Il existe différentes qualités de plumes, allant de la plus banale plume d'acier brut ou doré, installée sur les stylo-plumes scolaires, aux plumes étudiées installées sur les stylo-plumes de luxe des grandes marques, dont les plumes sont en or, platine, ou bien palladium. Dans cette dernière catégorie chacune des plumes est spécifique et la plume la plus recherchée par les amateurs est celle possédant la "dreamtouch" (touché de rêve) qui ne nécessite pas de pression pour écrire, mais dont le tracé s'effectue en effleurant le papier avec douceur et souplesse grâce à une capillarité qui offre un constant et conséquent débit d'encre.

On peut noter différents calibres de plumes pour stylographes généralement adoptés par la plupart des fabricants selon le code de référence suivant :
XF : Extra-fine
F : Fine
M : Médium
B : Large
Il existe aussi des plumes dites "Italique" spéciales pour la calligraphie dont le bec est non renforcé par une micro bille d'iridium, et est taillé en biseau plus ou moins large selon l'épaisseur du trait désiré.

Autres plumes[modifier | modifier le code]

Plume de verre
Stylo à plume de verre

D'autres matériaux ont été utilisés pour fabriquer des plumes.

Le celluloïd a permis de faire des plumes souples et résistantes à la corrosion mais fragiles. Leur forme est copiée sur celle des plumes métalliques.

Le verre a permis de faire des plumes qui résistent parfaitement à l'agressivité de l'encre mais elles sont très fragiles. La plume de verre n'a pas la forme des plumes métalliques mais est formée d'un ensemble de fils de verre souvent torsadés entre lesquels l'encre monte par capillarité. Elles ne permettent pas de faire des pleins et des déliés et produisent une écriture fine et uniforme. Elles furent très prisées en Grande-Bretagne à la fin du XIXe siècle. Elles furent réutilisées dans les stylos à plume rentrante dans le premier quart du XXe siècle. Elles sont encore produites aujourd'hui en Italie comme objet décoratif et cadeau.

Éléments constitutifs d'une plume[modifier | modifier le code]

Les deux parties principales d’un plume métallique sont le canon et la pointe. Le canon est la partie qui sert à maintenir la plume (par ex : dans un porte plume), la pointe est la partie que est contact avec l’encre.
Le canon peut être cylindrique ou plat. Il est souvent gravé ou estampé pour indiquer le nom du fabricant, le nom de la plume et ses caractéristiques. La base du canon s’appelle le talon, qui est parfois surmonté d'un trou.
Le canon et la pointe peuvent être séparés par un épaulement ou un rétrécissement, la gorge.
La pointe est constituée d'un épaulement, d'une carne et d'un bec. Le bec a une incision centrale, la fente, qui se termine par un jour, ou percé. Pour rendre le bec plus souple, il peut avoir des incisions latérales qui elle même peuvent se prolonger en une fente, le ciseau [3].


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L. Van Cleem & J.P. Lacroux, La mémoire des Sergent - Major. Ramsay 1988
  • Robert Alexis & Daniel Mine, L'Epopée de la Plume métallique en Belgique - De Tournai à Floreffe 1904- 1929, 252 pp. quadrichromie. Préface de Lionel Van Cleem. juillet 2010.
  • Robert Alexis & Daniel Mine, Le Mystère de la Plume Ballon, 212 pp. quadrichromie, plus de 400 "Ballon" différentes recensées. décembre 2008.
  • Robert Alexis & Daniel Mine, Mille et une plumes Belges 270 pp., quadrichromie, 1750 plumes belges répertoriées. septembre 2012.
  • Jean-Pierre Bellot, Jacques Fleuret, Bernard Robert, Les plumes en ordre de bataille (consacré à la Compagnie Française), quadrichromie, 160 pp., 2004
  • Jean-Pierre Bellot, Jacques Fleuret, Bernard Robert, Les plumes dans l'Ordre de la Légion d'honneur (consacré à la Compagnie Blanzy-Poure), quadrichromie, 280 pp., 2007.
  • Jean-Pierre Bellot, Jacques Fleuret, Bernard Robert, Les plumes à l'ordre des crayons (consacré à la Compagnie Baignol & Farjon), quadrichromie, 360 pp., décembre 2009.
  • Donald Jackson, Histoire de l'écriture. Denoël 1981
  • Divers contributeurs, Au fil de la Plume. Revue du CCOE
  • Claude Mediavilla, Calligraphie, Paris, Imprimerie nationale Éditions, 1993.
  • Erich Lasswitz, Schrift und schreiben. München, Lux, 1960.
  • Valerio Pacciolla, Pennini, Plumes, Nibs. Milano, 2014.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Warenprobe Schreibfedern von Soennecken.jpg

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pierre Haury, Jean-Pierre Lacroux, Une Affaire de stylos, éd. Seghers, 1990 « 232103455 », 198 p.
  2. L'encre fabriquée jusqu'au XXe siècle est généralement acide ; voir Bonaventure Berger, « Encre », dans Ferdinand Buisson, Dictionnaire de pédagogie (lire en ligne).
  3. Vocabulaire de la plume