Place des femmes dans l'Église catholique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Carmélites de la communauté de Nogoyá, Argentine

La place des femmes dans l'Église catholique est souvent discutée de nos jours. Les grands principes de la hiérarchie catholique (égalité en dignité entre femmes et hommes, reconnaissance de femmes comme bienheureuses, saintes, Docteurs de l'Église, voire Mère de Dieu, pas d'ordination de prêtresses, etc.), s'alignent sur les positions traditionnelles - avec, à la fois, une ouverture sur certains sujets notamment dans la lettre Mulieris dignitatem du pape Jean-Paul II, et une fin de non recevoir aux revendications d'égalité des féministes.

La vision catholique de la femme[modifier | modifier le code]

Égale dignité de la femme et de l'homme[modifier | modifier le code]

Pour l’Église catholique, les femmes ont une dignité égale à celle des hommes. Elles ne sont ni inférieures, ni impures [1].

Sainte Hélène, impératrice romaine, épouse de Constance Chlore et mère de Constantin..

Contrairement à une légende, l’Église n’a jamais mis en doute le fait que les femmes possèdent une âme. Pour le christianisme, le statut de la personne et sa dignité sont indépendants de l'origine ethnique, de la situation sociale ou de la dimension sexuelle, comme l'indique explicitement l’apôtre Paul de Tarse dans l'Epître aux Galates quand il rappelle l'égalité fondamentale de tous les baptisés :

« Il n’y a ni Juif, ni Grec ; il n'y a ni esclave ni homme libre ; il n'y a ni masculin ni féminin ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. »

— Ga 3. 27-28

Dans une déclaration de 2008, Benoît XVI appelle les chrétiens à être « partout les promoteurs d’une culture qui reconnaisse à la femme, dans le droit et dans la réalité des faits, la dignité qui lui revient »[2] .

Différence de fonction[modifier | modifier le code]

L’institution catholique soutient en même temps le principe de la différence des fonctions. Cette « diversité des fonctions » est présentée comme fondée en nature. Elle ne découlerait donc pas d’un « ordre arbitraire »[3]. Du fait de leur capacité physique à donner la vie, les femmes disposeraient de qualités particulières dans les relations humaines (souci de l’autre, écoute, humilité etc.), qualités présentées comme précieuses dans la famille, la société et l’Église.

Cependant, l’institution catholique écarte les femmes de tout ministère ordonné (prêtrise et diaconat). Les femmes ne prêchent presque jamais, et l’enseignement officiel de l’Église n’est défini que par des hommes. Il est rarissime qu’une femme, même religieuse, exerce une tutelle sur des prêtres, alors que les religieuses ont fait vœu d'obéissance envers les évêques.

Pour Jean-Paul II, il y a un « déséquilibre » inscrit « dans les rapports originels entre l'homme et la femme »[4]. Ainsi la charge « d'enseigner, de sanctifier et de gouverner les fidèles » est dans l’Eglise catholique « exclusivement réservée à des hommes »[5].

L’argument avancé pour justifier le refus de l’accès des femmes aux trois fonctions de l'Église (tria munera : gouverner, enseigner, sanctifier) exercées en plénitude par la hiérarchie ecclésiastique est double :

  • Jésus était un être masculin et ses apôtres aussi. L’Église catholique ne se sent donc pas la capacité de contrevenir à ce modèle.
  • Le ministère, étant la représentation de l’activité christique, réclame une capacité de la représenter ; le Christ étant masculin, seul l’être masculin peut assurer cette représentation[6].

Pour l'historien des religions Odon Vallet, le catholicisme ne déroge pas à une constante : « Au-delà des particularismes confessionnels, les grandes religions manifestent une étonnante proximité dans leur représentation de l'idéal féminin ; les femmes doivent être d'abord fidèles et fécondes, et sont avec des degrés variables souvent reléguées à un statut social globalement secondaire »[7].

Les modèles de sainteté[modifier | modifier le code]

L'idéal féminin proposé par les théologiens de l’antiquité chrétienne et du haut Moyen Âge est celui de la Vierge Marie.

Hildegarde de Bingen recevant l'inspiration divine, manuscrit médiéval.

Parmi les femmes canonisées entre le X et le XIXe s. inclus, les femmes ne sont que 16%. Parmi celles-ci, à peine une dizaine de mères de famille, la plupart ayant une origine royale[8].

Parmi les mères de famille canonisées, on peut citer Sainte Hélène (mère de Constantin) et Sainte Monique (mère de St Augustin).

Parmi les 35 docteurs de l'Église, tous canonisé(e)s, on compte quatre femmes  : Thérèse d'Avila et Catherine de Sienne (proclamées docteurs en 1970), Thérèse de Lisieux (en 1997) et Hildegarde de Bingen (en 2012).

Arrière-plan : les femmes dans le Nouveau Testament et dans la théologie traditionnelle[modifier | modifier le code]

Dans les Evangiles[modifier | modifier le code]

Dans l’univers palestinien du temps de Jésus, les hommes ne parlaient guère aux femmes. Une preuve en est que, dans les Evangiles eux-mêmes, on ne voit pas les apôtres parler aux femmes. (Il y a une exception cependant : la réponse de Pierre à la servante du grand prêtre qui le reconnaît au soir de l’arrestation de Jésus : « Je ne sais pas ce que tu veux dire », Mc 14, 68.)[9]

Or Jésus converse régulièrement avec les femmes. Davantage : il reconnaît souvent en elles la force de l’Esprit. On le voit par exemple dans l’épisode de la guérison de la fille d’une Cananéenne (Mc 7, 24-30), ou dans le dialogue avec Marthe avant la résurrection de Lazare (Jn 11, 25-27). Mais, en même temps, Jésus n’admet ni que les femmes s’enferment dans la vie domestique (Lc 10, 41), ni qu'elles se cantonnent à leur condition biologique. À la femme qui l’interpelle crûment en bénissant le ventre qui l’a porté et les seins qu’il a sucés, Jésus répond : « Bienheureux plutôt ceux qui font la volonté de mon père » (Lc 11, 27-28)[9].

Jésus ignore ostensiblement les tabous qui pèsent sur les femmes qu’il rencontre : il se laisse toucher par la femme qui perd son sang (Mt 9, 20-22), il accepte l’hommage d’une pécheresse anonyme sous le regard réprobateur de Simon le pharisien (Lc, 7, 36-50), il demande de l’eau à une Samaritaine, l’étrangère infréquentable (Jn 4, 1-42)[10].

Moins que par des paroles, la relation de Jésus et des femmes se révèle donc par des gestes ou des attitudes. L'épisode du flacon de parfum brisé (Jn 12, 1-11) illustre sa proximité avec Marie de Béthanie. Au Calvaire, les femmes, nommées par leurs noms, donnent par leur présence une ultime preuve de leur fidélité. Et, au matin de Pâques, ce sont les femmes, venues parfumer le cadavre de leur maître défunt, qui reçoivent la révélation de la résurrection (Mt 28, 1-10, Mc 16, Lc 24, Jn 20, 10-18)[9].

Dans les autres écrits du Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Même si saint Paul reconnaît l’égalité des hommes et des femmes dans le Christ, il demande aux femmes « de se taire dans les assemblées » (1 Co 14, 34) [9].

Mais lui-même dialogue avec les femmes. A Philippes, disent les Actes, « nous étant assis, nous adressâmes la parole aux femmes qui s’étaient réunies. L’une d’elles, Lydie, nous écoutait… » (Ac 16, 13). Dans ses lettres, il salue plus de quinze femmes auxquelles il confie des responsabilités importantes. À Chencrée, port de Corinthe, il charge Phoebée du diaconat et de la présidence d’une communauté (Rm 16, 1) [9].

Dans la théologie traditionnelle[modifier | modifier le code]

Saint Augustin[modifier | modifier le code]

Saint Augustin, dans la Trinité XII, 7, explique que la femme n’est pas l’image de Dieu au même titre que l’homme. En tant que homo, la femme est image de Dieu en son âme rationnelle, mais en tant que femina, elle ne le reflète pas dans son corps. Plus précisément, la femme n’est image de Dieu qu’avec son mari, alors que le mari est en lui-même image parfaite de Dieu. L’existence corporelle de la femme la voue ainsi à une fonction d’auxiliaire de l’homme[11].

Saint Thomas d'Aquin[modifier | modifier le code]

Pour saint Thomas d’Aquin, dans la Somme théologique I, question 92 article 1, la subordination naturelle de la femme est appuyée sur l’imperfection de ses facultés rationnelles et de son corps. Le récit de la création signifie que la distinction des sexes a pour finalité la reproduction de l’espèce : l’homme, en tant que sexe premier, reçoit une aide pour son activité procréatrice. La perspective de Thomas n’est cependant pas celle d’une complémentarité réciproque entre l’homme et la femme, mais celle d’une relation entre le supérieur et le subordonné. Certes, en tant qu’être humain (homo), possédant la qualité d’image de Dieu, la femme a, non moins que l’homme (vir), la béatitude pour finalité naturelle. Toutefois, comme cette finalité ne sera réalisée que dans la gloire éternelle, dans la vie terrestre, elle demeure assujettie[12].

Les religieuses aujourd'hui[modifier | modifier le code]

On compte en 2014 plus de 700 000 religieuses dans le monde. La diminution globale par rapport à 2013 est de 10 000 unités environ. Les augmentations, sur l’année, concernent l’Afrique (+700 environ ) et l’Asie (+2 100 environ), alors que les diminutions se situent en Amérique (-4 200 environ), en Europe (-9 000) et en Océanie (–200 environ)[13].

En 2004, aux États-Unis et au Canada, de 78% à 82% des religieux-religieuses sont des femmes. La proportion est de 76% en Europe[14].

Au Canada en 2004, l’âge moyen des religieuses de 73 ans. Aux États-Unis en 1999, la moyenne est de 69 ans. En France, au même moment, elle est de 74 ans[15].

Les congrégations féminines se dirigent elles-mêmes, même si elles sont ultimement soumises aux évêques et au Saint-Siège. L'abbesse, supérieure d'une abbaye, est élue par ses consœurs réunies en chapitre.

Les salésiennes forment la congrégation religieuse des femmes la plus importante au monde[réf. nécessaire]. L'ordre du Carmel et l'ordre franciscain comptent aussi un grand nombre de membres. Parmi les autres ordres notables, on peut citer les Petites sœurs des pauvres, fondées en 1839 par Jeanne Jugan et engagées dans une action caritative internationale, pour l’accueil et le soin des personnes âgées pauvres et isolées ; les Sœurs de la Miséricorde fondées par Catherine McAuley en 1831 ; les Sœurs de Saint-Joseph du Sacré-Cœur fondées en 1866 par Mary MacKillop ; et les Missionnaires de la Charité fondées en 1950 par mère Teresa.

Place des femmes dans la vie ecclésiale[modifier | modifier le code]

Une certaine prise de responsabilités[modifier | modifier le code]

Du fait de la baisse du nombre des prêtres, les laïcs participent de plus en plus au travail religieux. Or, en France, on observe une très forte féminisation des permanents laïcs (par exemple à hauteur de 89% dans le diocèse de Strasbourg et de 97% dans le diocèse de Chartres[16]). Les femmes occupent aujourd’hui des postes autrefois réservés à des prêtres [17]. En paroisse, elles font la catéchèse, préparent au baptême et au mariage, accompagnent les familles en deuil...

En 1984, sur 150 000 catéchistes de l’enseignement primaire et 70 000 dans le premier cycle secondaire, 87% étaient des femmes. En 1994, parmi les laïcs catéchistes, la proportion des femmes est de 90,2%[18].

Les femmes sont de plus en plus nombreuses parmi les aumôniers de l’enseignement public comme privé, d’hôpitaux, de prisons… Si les religieuses ont joué un rôle pionnier dans l’accès à ce type de poste dans les années 1980 et au début des années 1990, aujourd’hui ce sont des femmes généralement mariées qui les occupent [19].

En 2015, on compte 371 femmes employées au Vatican (19% du personnel), pour la plupart dans des emplois de service, ainsi qu’au supermarché du Vatican, au bureau de poste et dans les musées. Les femmes ayant les postes les plus élevés sont une religieuse italienne, Nicoletta Spezzati, sous-secrétaire à la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, et une laïque, italienne également, Flaminia Giovanelli, sous-secrétaire au Conseil pontifical Justice et Paix[20].

L'absence de visibilité[modifier | modifier le code]

Pour Céline Béraud, dans l’Église catholique, la reconnaissance passe par la visibilité liturgique. Le prêtre jouit pleinement de cette visibilité, mais les laïcs en sont largement dépourvus [21]. Dans un rituel, ils peuvent certes animer les chants, faire des lectures, distribuer la communion, mais leurs fonctions sont secondaires et dépendent entièrement du président de la cérémonie, qui est nécessairement un prêtre. La réticence de l’épiscopat à l’égard des « assemblées dominicales en l’absence de prêtres » (ADAP) peut s’analyser comme liée à la crainte d’un amoindrissement de la centralité du prêtre.

Au cours de la messe, l’Évangile peut être lu non seulement par un prêtre mais aussi par un diacre. De ce fait, il ne peut être lu par une femme. Les femmes agissent le plus souvent en amont du rituel, notamment dans la préparation des sacrements. Au moment même de la célébration du rituel, elles rejoignent les coulisses [22].

On observe ainsi, dans de nombreuses paroisses de France, une difficulté à admettre que les filles soient servantes de messe. Dans certaines paroisses, le groupe des enfants de choeur est mixte et les tâches sont indifférenciées, dans d’autres il est strictement masculin, dans d’autres enfin il est mixte, mais avec une répartition des tâches telle que les filles n’ont pas accès à l’autel : elles se chargent alors d’activités périphériques comme la distribution des feuilles de chants ou la quête[23].

Selon Isabelle de Gaulmyn, journaliste au quotidien « La Croix », « dans une société où l’image compte, où l’on a besoin de figure incarnée, l’Église catholique ne peut continuer à cacher ses femmes »[24].

Une difficile prise de parole[modifier | modifier le code]

Les femmes ont droit à la parole dans l’Église en tant que catéchistes et, dans une certaine mesure, en tant qu’enseignantes au sein des universités catholiques. Elles peuvent également prendre part aux synodes diocésains, qui ne sont cependant que consultatifs. Lors des synodes romains, ou lors des réunions des conférences épiscopales nationales, elles sont parfois invitées à donner un avis mais n’ont aucune part aux votes.

En septembre 2014, le nombre de femmes membres de la Commission théologique internationale est passé de un à cinq parmi vingt-cinq membres[25].

Pour la bibliste Anne-Marie Pelletier « dans l’Église même, plus d’une femme se sent marginalisée, non reconnue, traitée en mineure. […] [Pourtant] des évolutions se font : aujourd’hui des femmes entrent dans les conseils épiscopaux, d’autres se retrouvent à des postes institutionnels jusqu’alors réservés à des prêtres. Il reste beaucoup à faire, en commençant tout simplement par leur donner plus largement la parole »[26].

Pour le pape François, « il faut encore élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église »[27].

Le refus de l'ordination des femmes[modifier | modifier le code]

Le refus de l'ordination presbytérale[modifier | modifier le code]

Selon le pape Jean-Paul II l'impossibilité d'ordination des femmes serait directement issue des choix du Christ lui-même[28] :

  • « En n'appelant que des hommes à être ses Apôtres, le Christ a agi d'une manière totalement libre et souveraine. Il l'a fait dans la liberté même avec laquelle il a mis en valeur la dignité et la vocation de la femme par tout son comportement, sans se conformer aux usages qui prévalaient ni aux traditions que sanctionnait la législation de son époque »
  • « D'autre part, le fait que la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l'Église, n'ait reçu ni la mission spécifique des Apôtres ni le sacerdoce ministériel montre clairement que la non-admission des femmes à l'ordination sacerdotale ne peut pas signifier qu'elles auraient une dignité moindre ni qu'elles seraient l'objet d'une discrimination; mais c'est l'observance fidèle d'une disposition qu'il faut attribuer à la sagesse du Seigneur de l'univers. »
  • « C'est pourquoi, afin qu'il ne subsiste aucun doute sur une question de grande importance qui concerne la constitution divine elle-même de l'Église, je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (cf. Lc 22,32), que l'Église n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l'Église. »
  • Voir également la Déclaration de la sacrée Congrégation de la Doctrine de la Foi sur la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel[29].

Le refus de l'ordination diaconale[modifier | modifier le code]

Il y a eu des diaconesses dans l’Église d’Occident. Elles ont cependant disparu dès le Ve siècle[30].

Des demandes d’ordination diaconale des femmes ont été formulées à plusieurs reprises par l’épiscopat allemand. Le débat en ce sens est très animé en Allemagne, aux États-Unis, en Suisse et en Autriche. Il n’a jamais été abordé par l’épiscopat français[31].

Rome est opposé à toute ordination diaconale des femmes, comme risquant d’entraîner une confusion avec le diaconat masculin. Selon le P. Bruno Chenu, cette réaction traduit la peur qu’un diaconat féminin ne fonctionne comme un « cheval de Troie » pour investir le presbytérat[32].

La vision catholique de la femme mariée[modifier | modifier le code]

Concevant la famille comme une société volontaire, l'Église a donné au mari le rôle de chef en se fondant sur l'épître dans laquelle l'apôtre Paul de Tarse préconise la soumission de la femme à son époux, tout en recommandant à ce dernier de l'aimer comme un autre soi-même :

Épître aux Éphésiens 5.22 à 5.28
« Soyez soumis les uns aux autres comme au Seigneur Jésus.
Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur ;
en effet, le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'Église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur.
Or, de même que l'Église est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l'être à leurs maris en toutes choses ».

« Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église, et s'est livré pour elle
afin de la sanctifier par la parole, après l’avoir purifiée par le baptême d’eau,
afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible». « De la même façon les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme, c'est s'aimer soi-même. »

L'interprétation de ce texte au cours des siècles a cependant porté à le nuancer. L'encyclique Casti Connubii de Pie XI en 1930 précisait :

« Cette soumission, d'ailleurs, ne nie pas, elle n'abolit pas la liberté qui revient de plein droit à la femme, tant à raison de ses prérogatives comme personne humaine, qu'à raison de ses fonctions si nobles d'épouse, de mère et de compagne ; elle ne lui commande pas de se plier à tous les désirs de son mari, quels qu'ils soient, même à ceux qui pourraient être peu conformes à la raison ou bien à la dignité de l'épouse ; elle n'enseigne pas que la femme doive être assimilée aux personnes que dans le langage du droit on appelle des « mineurs », et auxquelles, à cause de leur jugement insuffisamment formé, ou de leur impéritie dans les choses humaines, on refuse d'ordinaire le libre exercice de leurs droits, mais elle interdit cette licence exagérée qui néglige le bien de la famille ; elle ne veut pas que, dans le corps moral qu'est la famille, le cœur soit séparé de la tête, au très grand détriment du corps entier et au péril — péril très proche — de la ruine. Si, en effet, le mari est la tête, la femme est le cœur, et, comme le premier possède la primauté du gouvernement, celle-ci peut et doit revendiquer comme sienne cette primauté de l'amour. Au surplus, la soumission de la femme à son mari peut varier de degré, elle peut varier dans ses modalités, suivant les conditions diverses des personnes, des lieux et des temps ; bien plus, si le mari manque à son devoir, il appartient à la femme de le suppléer dans la direction de la famille. »

En 1988, dans sa lettre apostolique Mulieris Dignitatem, Jean-Paul II interprète la soumission dont parle Saint Paul comme réciproque entre mari et femme:

« L'auteur de la Lettre aux Éphésiens ne voit aucune contradiction entre une exhortation ainsi formulée et la constatation que « les femmes doivent se soumettre à leurs maris, comme au Seigneur ; en effet, pour la femme, le mari est la tête » (cf. 5, 22-23). L'auteur sait que cette attitude, si profondément enracinée dans les mœurs et la tradition religieuse du temps, doit être comprise et vécue d'une manière nouvelle, comme une « soumission mutuelle dans la crainte du Christ » (cf. Ep 5, 21) ; d'autant plus que le mari est dit « chef » de la femme comme le Christ est chef de l'Église ; il l'est pour « se livrer pour elle» (Ep 5, 25), et se livrer pour elle c'est donner jusqu'à sa vie. Mais, tandis que dans la relation Christ-Église, la seule soumission est celle de l'Église, dans la relation mari-femme, la « soumission » n'est pas unilatérale, mais bien réciproque ! »

Féminisme et Eglise catholique[modifier | modifier le code]

La critique féministe de l'institution catholique[modifier | modifier le code]

Le féminisme chrétien et non-chrétien a souvent critiqué l'attitude de l'Église envers les femmes.

L’association féministe Les chiennes de garde a remis le prix du « Macho de l’année 2009 » à Mgr André Vingt-Trois. Celui-ci avait déclaré sur Radio-Notre Dame en novembre 2008 : « Le plus difficile est d’avoir des femmes qui soient formées. Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête. »[33]

La critique du féminisme par l'institution catholique[modifier | modifier le code]

Le cardinal Joseph Ratzinger, devenu ensuite pape sous le nom de Benoît XVI, a reproché, dans une lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi adressée aux évêques de l’Église catholique romaine en juillet 2004, au « féminisme radical » de vouloir reconstruire une identité féminine aux dépens de l'identité masculine.

« Une première tendance souligne fortement la condition de subordination de la femme, dans le but de susciter une attitude de contestation. La femme, pour être elle-même, s’érige en rivale de l’homme. Aux abus de pouvoir, elle répond par une stratégie de recherche du pouvoir ».

La lutte des sexes, selon le cardinal, serait donc une stratégie de recherche du pouvoir adoptée par des femmes sur-réagissant à leur condition de subordination vis-à-vis des hommes, et considérant « comme sans importance et sans influence le fait que le Fils de Dieu a[it] assumé la nature humaine dans sa forme masculine ». D'après lui, les courants de « féminisme radical » pousseraient les femmes à s'affirmer en réaction et par opposition (aux hommes) et non en étant pleinement elles-mêmes.

« Toute perspective qui entend être celle d’une lutte des sexes n’est qu’un leurre et un piège »[34].

La même lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, intitulée De la collaboration des hommes et des femmes dans l’Église et dans le monde, considère qu'il est du rôle des politiques sociales de combattre « combattre toute discrimination sexuelle injuste ». Elle affirme également que le modèle de procréation biologique n'est pas le seul et qu'il convient de « ne pas enfermer la femme dans un destin qui serait simplement biologique », car « la maternité peut trouver des formes d'accomplissement plénier même là où il n'y a pas d'engendrement physique ».

Réflexion de laïcs sur la place des femmes dans l'Église catholique[modifier | modifier le code]

Le théologien Gérard Delteil propose une analyse similaire à partir de textes catholiques, analyse qu'il estime transposable aux trois grands monothéismes. Au-delà du discours sur l'égale dignité des hommes et des femmes, il existe un discours sur la différence, « inscription religieuse de l'inégalité qui marque la prédominance masculine ». Cette prédominance s'exerce via la codification des rôles au sein de l'Église, mais aussi via un triple phénomène d'idéalisation/stigmatisation de la femme, aboutissant à un discours ambigu de différenciation, qui tend à enfermer homme et femme dans des stéréotypes, et à légitimer l'inégalité hommes/femmes[35].

Plusieurs organisations de laïcs et laïques catholiques réfléchissent à la place des femmes dans l'Église. On peut citer le Comité de la jupe, créé en 2008 par Christine Pedotti et Anne Soupa à la suite d'un mot malheureux du cardinal archevêque de Paris André Vingt-Trois[36] Également l’association Femmes et Hommes Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES), créé en 2011 de la fusion des associations Femmes et Hommes en Église (FHE) et Droits et Libertés dans les Églises (DLE), créées respectivement en 1969 et 1987.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Place des femmes dans l'Eglise catholique contemporaine[modifier | modifier le code]

  • Joseph Famerée (dir.), Le christianisme est-il misogyne ? Place et rôle de la femme dans les Eglises, Bruxelles, Lumen vitae, 2010.
  • Joseph Moingt, « Les femmes et l’avenir de l’Église », Revue Etudes, 2011/11.

Historiographie[modifier | modifier le code]

  • Dans la revue Clio[3] : la France contemporaine (Étienne Fouilloux, no 2, 1995 ; Bruno Dumons, no 15, 2002), la vie religieuse au Moyen Âge (Paulette Lhermitte-Leclerc, no 8, 1998), la maternité (Anne Cova, no 21, 2005) ; Georges Duby et l’histoire des femmes (Plusieurs articles dans le no 8-1998, dont une bibliographie anglo-saxonne)
  • Monique Alexandre, « La place des femmes dans le christianisme ancien. Bilan des études récentes », in Pascale Delage, Les Pères de l’Église et les femmes, Actes du colloque de La Rochelle, 2003, Association Histoire et culture, 2003.
  • Angela Berlis, Charlotte Methuen (éd.), « Approches féministes de l'histoire et de la religion », Annuaire de l'association européenne des femmes pour la recherche théologique, no 8, 2000, 318 p., (ISBN 90-429-0903-X) [4]
  • Geneviève Bührer-Thierry, Didier Lett, Laurence Moulinier-Brogi, « Histoire des femmes et histoire du genre dans l’Occident médiéval », Historiens et Géographes, no 392, octobre 2005, p. 135-146.
  • Mathilde Dubesset, « Genre et fait religieux », Revue Sens public, 6 octobre 2003 [En ligne] URL : http://www.sens-public.org/spip.php?article45
  • Mathilde Dubesset et Geneviève Dermenjian (éd.), "Chrétiennes", revue Clio, Histoire, femmes et sociétés, no 15, 2002.
  • Monique Dumais, « Synergie : Femmes et religion au Québec depuis 1970 », Religiologiques, no 11, printemps 1995, p. 51-64. [En ligne] URL : http://www.religiologiques.uqam.ca/no11/synergie.PDF
  • Isabelle Ernot, Didier Lett, Rebecca Rogers (dir.), dossier « Les médiévistes et l'histoire du genre en Europe », Genre & Histoire, no 3, automne 2008. En ligne.
  • Margo Gravel-Provencher, La Déclaration Inter Insigniores. analyse et prospectives à partir de la pensée de Hans Urs von Balthasar. http://www.interinsigniores.ca.
  • Marie-Élisabeth Henneau, « La Femme et le cloître à l'époque moderne. Bilan historiographique et perspectives de recherches », in G. Leduc (dir.), Nouvelles sources et nouvelles méthodologies de recherche dans les études sur les femmes, Paris, L'Harmattan, 2004, p. 59-73.
  • Élizabeth J. Lacelle (dir.), La femme et la religion au Canada français : un fait socio-culturel. Perspectives et enjeux…, Montréal : Éditions Bellarmin, coll. « Femmes et religions », no 1, 1979, 232 p.
  • Claude Langlois, « Catholicisme au féminin ou féminisation du catholicisme ? Délimiter ou définir : un nouveau champ de recherche en histoire et en sociologie » in École pratique des hautes études. Section des sciences religieuses, Annuaire. Résumé des conférences, T. 102, 1993-1994, p. 379-385.
  • F. Lautman (éd), Ni Ève ni Marie. Luttes et incertitudes des héritières de la Bible, Paris : Ed. Labor et Fides, 1997 [État des lieux sur les recherches conduites en sociologie et en histoire]
  • Didier Lett, « Les médiévistes et l’histoire du genre en Europe », Genre & Histoire, no 3, automne 2008. [En ligne]
  • Rebecca Rogers, « Réflexions méthodologiques et historiographiques sur les études “genre” et l’histoire des religions » in Nadine Weibel (éd.), Weiblicher Blick-Männerglaube. Religions d’hommes, regards de femmes : Beiträge zur Genderperspektive in den Weltreligionen, Münster : éditions Waxmann, 2008, p. 15-27.

Histoire générale des chrétiennes[modifier | modifier le code]

Histoire générale
  • (fr) Dans la revue Clio[5] (référence sur l’histoire des femmes et du genre), voir les numéros thématiques : no 2 « Femmes et religions » en 1995 ; no 15 « Chrétiennes » en 2002 ; no 26 « Clôtures » en 2007.
  • (fr) Georges Duby et Michèle Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, Plon, 5 volumes, 1991-1992. [Synthèse fondatrice. Importante bibliographie]
  • (fr) Élisabeth Dufourcq, Histoire des chrétiennes. L’autre moitié de l’Évangile, Montrouge, Bayard, 2008, 1258 p.
  • (fr) Pierre Grimal (dir.), Histoire mondiale de la femme, plusieurs tomes, Paris : Nouvelle librairie de France.
  • (fr) A.-M. Pelletier, Le Christianisme et les femmes, Paris : Le Cerf; Coll. « Histoire du christianisme », 2001, 194 pages.
  • (fr) Suzanne Tunc, Brève histoire des chrétiennes, Paris : Éditions du Cerf, coll. « Parole présente », 1989 [Comment, à partir des disciples égaux de Jésus s’est progressivement constituée une structure hiérarchique et masculine, prisonnière du Lévitique, du droit romain et des philosophes grecs. Comment des femmes ont pourtant pris l’initiative et transmis le message du Christ]
Pour le Moyen Âge
  • (fr) Régine Pernoud, La Femme au temps des cathédrales, LGF, coll. « Livre de poche », 1982, (ISBN 2253030341)
  • (fr) Paulette L'Hermitte-Leclercq, L’Église et les femmes dans l’Occident chrétien des origines à la fin du Moyen Âge, Turnhout : Brepols, 1997.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Catéchisme de l'Église Catholique, articles 369 et suivants : « Égalité et différence voulues par Dieu »
    • 369 : L’homme et la femme sont créés, c’est-à-dire ils sont voulus par Dieu : dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et d’autre part dans leur être respectif d’homme et de femme. « Être homme », « être femme » est une réalité bonne et voulue par Dieu : l’homme et la femme ont une dignité inamissible qui leur vient immédiatement de Dieu leur créateur (cf. Gn 2, 7. 22). L’homme et la femme sont, avec une même dignité, « à l’image de Dieu ». Dans leur « être-homme » et leur « être-femme », ils reflètent la sagesse et la bonté du Créateur. « L’un pour l’autre »« une unité à deux »
    • 371 : Créés ensemble, l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un pour l’autre.
  2. http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/speeches/2008/february/documents/hf_ben-xvi_spe_20080209_donna-uomo_fr.html
  3. Lettre aux femmes du monde entier, Jean Paul II, 1995
  4. Jean-Paul II, Lettre apostolique Mulieris dignitatem sur la dignité et la vocation de la femme (1988), § 10.
  5. Jean-Paul II, Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis sur l'ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes (1994), § 1.
  6. Christian Duquoc, La femme, le clerc et le laïc, Labor et fides, 1989, p. 24
  7. Odon Vallet, Femmes et religions - Déesses ou servantes de Dieu ? Paris, Gallimard, 1994, p. 110, cité dans le rapport Étude sur la liberté de religion ou de conviction et la condition de la femme au regard de la religion et des traditions Commission des droits de l'Homme, ONU 2002 [1]
  8. P. Delooz, Sociologie et canonisation, La Haye, Martinus Nijhoff, 1969, p. 270.
  9. a, b, c, d et e Élisabeth Dufourcq, « Les chrétiennes, apôtres des apôtres et miroir de l’Église », Études 2010/6.
  10. A.-M. Pelletier, Le Christianisme et les femmes, Paris, Le Cerf, 2001, p. 26.
  11. S. Agacinski, Métaphysique des sexes. Masculin/féminin aux sources du christianisme, Seuil, 2005, p. 160-167.
  12. K.E. Borresen, Subordination et équivalence. Nature et rôle de la femme d’après Augustin et Thomas d’Aquin, Paris, Mame, 1968, p. 150 et suivantes.
  13. Source : Agence Fides 17/10/2014
  14. Kristoff Talin, Survivre à la modernité. Religieuses et religieux dans le monde occidental, Médiaspaul, 2005, p. 185-188.
  15. Kristoff Talin, Op. cit., p. 192.
  16. Céline Béraud, Prêtres, diacres, laïcs, révolution silencieuse dans le catholicisme français, Paris, PUF, 2007, p. 126.
  17. Monique Hébrard, Les femmes dans l’Église, Paris, Cerf, 1984, p. 491.
  18. E. Dufourcq, Histoire des chrétiennes, 2008, p. 1178.
  19. Céline Béraud, op. cit., p. 126.
  20. Journal La Croix, 8 mars 2015 , « Femmes au Vatican, plus nombreuses et plus qualifiées ».
  21. Céline Béraud, op. cit., p. 129.
  22. Céline Béraud, op. cit., p. 130.
  23. Céline Béraud, « Des petites filles à l’autel ? Catholicisme, genre et liturgie », in Céline Béraud, Frédéric Gugelot et Isabelle Saint-Martin, Catholicisme en tension, Editions de l’EHESS, 2012, p. 246-248.
  24. Site du journal La Croix, « Et si l’Eglise catholique montrait ses femmes ?, 28 janvier 2015 »
  25. Journal La Croix, 5 février 2015, « Les femmes en responsabilité restent rares au Vatican ».
  26. Le Pèlerin, 21 août 2014, interview d’Anne-Marie Pelletier
  27. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, § 103.
  28. Extraits de la Lettre apostolique Mulieris dignitatem
  29. Inter Insigniores
  30. Anne Jacquemin, « La pythie, l’archéide et la diaconesse : trois visages de femmes vouées au divin », dans Du héros païen au saint chrétien, Institut d’études augustiniennes, 1997, p. 79-85. Cf. Marie-Françoise Baslez, Bible et histoire. Judaïsme, hellénisme et christianisme, Paris, Gallimard, 2003, p. 311-313 et 341-342.
  31. Céline Béraud, Prêtres, diacres, laïcs, révolution silencieuse dans le catholicisme français, Paris, PUF, 2007, p. 78.
  32. Bruno Chenu, « Faut-il inventer un nouveau ministère de diaconesse ? », La Croix, 29 mars 1999.
  33. Le Figaro, 7 mars 2009http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/03/04/01016-20090304ARTFIG00710-mgr-andre-vingt-trois-sacre-macho-de-l-annee-.php.
  34. Lettre aux évêques de l'Église catholique sur la collaboration de l'homme et de la femme dans l'Église et dans le monde
  35. Gérard Delteil, Les racines religieuses de l'inégalité hommes - femmes, Conférence mars 1999 [2]
  36. Le Figaro, 5 décembre 2008, « André Vingt-Trois accusé de propos sexistes ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]