Plérôme

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Plérôme est un terme grec qui signifie "Plénitude". Il désigne également le monde céleste, formé par l"ensemble des Éons que le gnostique atteindra à la fin de son aventure terrestre. On retrouve une quinzaine de fois ce terme dans le Nouveau Testament[1]

Il est présent dans la pensée platonicienne et dans certains textes de C.G Jung.

Le plérôme (plénitude) dans le Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Dans le Nouveau Testament, le mot "plérôme" signifie "plénitude".

Prière de saint Paul (Épître aux Éphésiens, III, 19) : "Ainsi, vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu'est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu."


Le Plérôme chez les gnostiques[modifier | modifier le code]

Selon C. A. Baynes, "dans la langue des gnostiques, plèrôma dénote deux idées principales. D'une manière générale, il signifie la plénitude des perfections et attributs divins, en contraste absolu, comme terme positif, avec l'aspect négatif de la Déité ineffable dont nul esprit humain ne peut former un concept défini. En second lieu, il désigne le Monde Idéal, l'archétype et le modèle parfait caché au ciel, dont toute manifestation phénoménale subséquente est une copie imparfaite."[2]

La doctrine de Valentin, gnostique égyptien vivant sous l'empereur Hadrien, emprunte à Platon (Timée[3]) son opposition de l'éternité et du temps, de l'Entité immuable, au-dessus du temps, et des entités mobiles (celles qui président aux périodes cosmiques)[4]. Le plérôme, réunion de toutes les entités, ressemble au monde intelligible qui contient les prototypes du réel. Ce terme, pour Basilide (autre gnostique) est associé au monde de l'Esprit pur.

Le Plérôme chez Carl Gustav Jung[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung, dans son ouvrage Les Sept Sermons aux morts, habituellement qualifié de "gnostique" et dont il attribue la substance à Basilide, enseigne ainsi ce qu'est le Plérôme :

Le néant est à la fois vide et plein...

Chose infinie et éternelle, le néant n'a pas de qualité puisqu'il les a toutes... Ce plein ou ce vide, nous le nommons PLEROMA.

En lui cessent toute pensée et toute existence puisque l'éternité et l'infini ne possèdent aucune qualité.

En lui n'existe aucun être vivant, puisqu'alors il devrait être distinct du pleroma possédant des qualités qui le différencieraient de lui..."[5].

Il oppose à cet omniprésent non-être ce qu'il appelle la Créatura.

La CREATURA ne fait pas partie du pléroma, elle a une existence propre... La créatura est la seule chose stable et certaine, car elle est empreinte de qualité, plus, elle est la qualité même.

Notre nature profonde, intime est la différenciation. Nous en sommes, en quelque sorte, le principe même et nous procédons, en quelque sorte d'un processus de Création.

Quitter cette nécessaire différenciation, nous conduirait à la dissolution, et nous pousserait en même temps à atteindre le "différent et le pareil", la différenciation que l'indifférenciation.

Jung assimile l'abandon de l'individuation humaine à une régression. Cependant il affirme :

Ce n'est pas la différenciation que vous devez vous efforcer d'atteindre, mais c'est votre différence propre.

Il déclare que sur le plan spirituel, le plérôme diffuse sa lumière dans l'air ambiant, et que sur ce plan, nous sommes partie intégrante de l'infini et de l'éternité.

Jung distingue, au sein du Plérôme (en tant que creatura vouée à la séparation) dix paires d'opposés, de couples, de contraires.

On y retrouve, par exemple, l'énergie et la matière, le bien et le mal, l'unité et la multiplicité.

Mais ces couples n'ont pas d'existence car chaque élément de la paire se compense et s'annule (Sermo 1). On retrouve, entre le Plérôme et la créature les éléments d'un dialogue intérieur qui constitue la véritable individuation humaine, ceci au moyen de données ésotériques et gnostiques.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Écrits gnostiques, Gallimard, Pléiade, 2007, 1830 p.
  • Carl Gustav Jung, Les Sept Sermons aux morts (1916), Éditions l'Herne.

Études[modifier | modifier le code]

  • H. Leisegang, La gnose (1924), Petite Bibliothèque Payot, 1971.
  • V. Macdermot, The Concept of Pleroma in Gnosticism, in M. Krause (édi.), Gnosis and Gnosticism, Nag Hammadi Studies, 17, Leiden, 1981, p. 76-81.
  • Madeleine Scopello, Les Gnostiques, Éditions du Cerf, 1991

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henry Duméry
  2. C. A. Baynes, A Coptic Gnostic Treatise, The University Press, 1933, p. 17-18.
  3. Platon, Timée, 37 c sqq.
  4. Henry Duméry dans l'Universalis
  5. Les Sept sermons aux morts p 10 à 15

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]