Pietro de' Crescenzi

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Pietro de' Crescenzi (en latin, Petrus Crescentius, Petrus a Crescentiis, francisé en Pierre de Crescent ou Pierre de Crescens) (Bologne 1230 - 1320 ou 1321) était un magistrat et un agronome italien du XIIIe siècle, qui fut également un écrivain (de langue latine), auteur d’un traité, le Ruralium commodorum opus.

Il est considéré comme le père de la science agronomique en Italie et est aussi considéré comme le restaurateur de l'agriculture au XIIIe siècle

Biographie[modifier | modifier le code]

Pietro de' Crescenzi reçut une éducation très soignée, et il étudia la philosophie et les sciences à l'université de Bologne, déjà célèbre à cette époque. Il suivit le barreau sous le fameux Azon, et exerça pendant quelque temps les fonctions d'avocat et celles d'assesseur du podestat ; mais les troubles qui agitèrent sa patrie l'obligèrent à s'en éloigner. Il voyagea en diverses contrées de l'Italie, fit beaucoup d'observations, et recueillit un grand nombre de faits d'une utilité générale. Les troubles s'étant apaises, il revint à Bologne après trente ans d'absence, et y fut nommé sénateur, à l'âge d'environ 70 ans.

Il s'était, beaucoup occupé de ce qui concerne l'agriculture, et il continua ses expériences en cultivant un domaine qu'il possédait au village de Saint-Nicolas, près de sa ville natale, dont le terroir fertile lui a fait donner le surnom de Bologne la Grasse. Il y jouit encore quelques années de la considération et de l'estime générale qu'inspiraient ses lumières et la sagesse de son esprit. Ce fut sur l'invitation de Charles II d'Anjou, roi de Sicile, mort en 1309, qu'il composa son Traité d'économie rurale, dans lequel il réunit à une théorie lumineuse les résultats certains d'une longue pratique, exempte de beaucoup de préjugés qui étaient encore en faveur plus de trois cents ans après. L'auteur est bien supérieur à son siècle.

Traité d'économie rurale[modifier | modifier le code]

Calendrier issue du Rustican de Pierre de Crescent. Miniature du Maître du Boccace de Genève issue du manuscrit du musée Condé, ms.340, vers 1470-1475.

Le Moyen Âge n’a pas ignoré les traités centrés autour d’une activité donnée comme l’agriculture ; ceux-ci se sont multipliés depuis les œuvres des Anglo-Normand du XIIIe siècle, dont Walter de Henley, au grand traité de Pierre de Crescent au XIVe siècle.

Rédigé entre 1304 et 1306, le Ruralium commodorum opus réunit toute la science agronomique médiévale et tous les souvenirs des auteurs latins, avec une orientation vers l’agriculture méditerranéenne.

Cette œuvre se place à mi-chemin entre la compilation qui relève de la tradition latine et des essais en partie originaux, soit théoriques comme le De vegetalibus d’Albert le Grand, soit pratiques comme les traités anglo-normands tels que la Housebondrie de Walter de Henley ou le Livre de Seneschausie et la Fleta de Robert Grossetête[1]

Le traité de Pietro de' Crescenzi sur l'Agriculture est le fruit de l'étude des anciens auteurs rustiques, comme Caton l'Ancien, Varron, Palladius, et même Columelle[2], quoiqu'on ait assuré positivement que cet auteur n'avait été retrouvé que depuis mais il ne les copie pas seulement et ajoute une longue pratique personnelle.

Tous les savants de l'université de Bologne, ainsi que plusieurs religieux, lui communiquèrent leurs connaissances. Crescenzi, dans sa préface, les remercie d'avoir approuvé et corrigé son œuvre, et les engage à l'améliorer encore.

Cet ouvrage, exécuté avec tant de soins, examiné et revu par plusieurs savants dont Fra Amerigo da Piacenza, est un monument remarquable dans l'histoire de l'agriculture et celle de l'esprit humain. Il fut composé en latin, sous ce titre : Opus ruralium commodorum, libri duodecim. Dès qu'il parut, il fit une grande sensation, et fut bientôt répandu dans toute l'Europe. On le traduisait en italien et ensuite en plusieurs autres langues modernes. Charles V, roi de France, le fit traduire en français en 1373, avec d'autres livres relatifs à l'économie rurale (voir : Jean de Brie et Corbichon). Le manuscrit de la traduction faite pour ce prince existe encore : il est orné de trois vignettes, et très bien conservé. Il a pour titre : Rustican du labour des champs., translaté du latin de Pierre de Crescens en français, par l'ordre de Charles V, roi de France en 1373. Le traducteur n'y est pas nommé.

Après l'invention de l'imprimerie, ce livre fut l'un des premiers que l'on mit à l'impression. La plus ancienne édition latine est intitulée : Pétri de Crescentiis, civis Bononiensis opus ruralium commodorum, Augsbourg, 1471, in-fol., extrêmement rare, ainsi qu'une autre faite à Strasbourg dans la même année. Beughem et Ovide Montalban (Bumaldo) n'ont pas connu ces éditions, et disent que la première est de 1473. L'une des plus anciennes et la plus belle est celle de Louvain, donnée par Jean de Westphalie en 1474, in-fol. ; le caractère en est beau ; ce n'est point l'ancien gothique, mais le gothique réformé, qui approche beaucoup du caractère romain usité depuis. L'éditeur dit effectivement que c'est par un procédé nouveau. C'est le premier ouvrage qui soit sorti des presses de Louvain. Il y en eut ensuite un grand nombre d'éditions avec date et sans date, et même sans indication de lieu ; Strasbourg, 1486, in-fol. ; Vicence, 1490, in-fol. ; Bâle, Henri-Pierre, 1538, in-fol. ; Cracovie, 1571, in-fol., etc.

Gessner l'a inséré dans ses Rei rusticœ scriptores, Leipzig, 2 vol. in-4°. Dans quelques-unes des anciennes éditions, il y a de mauvaises figures de plantes qui sont copiées de l' Hortus sanitatis de Johannes de Cuba. L'ouvrage de Crescenzi fut traduit en italien dès le XIVe siècle, et cette traduction, qui fait autorité dans la langue, fut imprimée à Florence, in-fol. Les Juntes en donnèrent une bonne édition en 1605, in-4° ; la meilleure était celle de Naples, 1724, 2 vol. in-8°, avant l'édition récente de Milan, 1805, in-8°, dans la Collection des auteurs classiques.

Des écrivains accrédités, tels qu'Adrien Politi, le Bembo et le Redi avaient cru que cette traduction était de Crescenzi lui-même, ou plutôt que cet auteur avait écrit originairement en italien mais il est universellement reconnu aujourd'hui que le texte latin est l'ouvrage original, et que la traduction italienne est d'un auteur du même siècle qui ne s'est point fait connaître. Coppi l'attribue à Lorenzo Benvenuti, de San Geminiano en Toscane. La traduction de Sansovino, revue par B. de Rossi, Florence, 1605, in-4°, est plus estimée pour son exactitude ; elle a reparu sous ce litre : Trattato délia agricoltura, Bologne, 1784, in-4°.

L'édition française de Charles V[modifier | modifier le code]

Par ordre de Charles V, son livre sera traduit en français dès 1373. La première édition française, faite sur le manuscrit du roi Charles V, est intitulée : Prouffits champestres et ruraule, touchant le labour des champs, vignes et jardins, etc., composé en latin par Pierre Crescens, et translaté depuis en langage françois, à la requête de Charles Vf roy de France, en 1373, Paris, 1486, par Jean Bonhomme, in-fol. Antoine Vérard en fit une seconde édition à Paris dans la même année ; toutes les deux sont rares ; une troisième parut dans la même ville chez Galliot du Pré, 1533, in-fol. ; une autre chez Jean et Michel Lenoir, in-fol., sans date (1539), et une cinquième en 1540, sous ce titre : Le bon Mesnaiger. Au présent volume des prouffits champestres et ruraulx, est traité du labour des champs, etc., par Pierre de Crescens. Audit livre est ajousté outre les précédentes impressions, la manière de enter, planter et nourrir tous arbres, selon le jugement de maistre Gorgole de Corne. Le petit traité de Gorgole de Corne, que l'on a ajouté à la fin de l'ouvrage de Crescenzi, lui est très inférieur sous différents rapports ;, il est plein des préjugés de l'astrologie.

Lorsque l’invention de l’imprimerie permis l’édition de nombre de traités de l’époque (Roberto Valturio en 1472, Leon Battista Alberti en 1485…), l’ouvrage de Pierre de Crescent, bien que déjà représentatif d’une tradition déjà ancienne, fut imprimé en 1471, ce qui laisse supposer sa valeur encore reconnue à l’époque[1].

Filippo Re (1763-1817), professeur d'agriculture à Bologne, a publié en 1807, un essai historique sur Crescenzi et son ouvrage. Carl von Linné a consacré à la mémoire de Crescenzi un genre de plantes de l'Amérique, auquel il a donné le nom de Crescentia.

Publications[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antonio Saltini, Storia delle scienze agrarie, t. I, Dalle origini al Rinascimento, Edagricole, Bologne, 1984, pp. 193–211
  • (s. dir.), Bertrand Gille : Histoire des techniques, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1978 (ISBN 978-2-07-010881-7)

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Histoire des techniques - Bertrand Gille
  2. Crescenzi cite expressément Columelle dans le livre IV, chap. 10, 11 et 15, et il est à remarquer qu'il suit à peu près la même marche que lui, en divisant son ouvrage en douze livres, et le terminant comme lui par un calendrier agronomique.
  3. La première édition en français est de 1486, la première en allemand de 1493. La première traduction italienne est de Florence 1478, suivie d'une autre de Vicenza, en 1490. L'édition de Venise est donc la troisième impression en italien.
  4. La traduction française du traité d'agriculture de Crescenzi parut pour la première fois dès 1486 sous le titre de Livre des prouffits cbampestres. La première édition sous le titre Le Bon Mesnaiger vit le jour à Paris chez Nicolas Cousteau en 1533. Le texte concerne l'agriculture, la viticulture, le bétail, la chasse, la pêche, la basse-cour, etc
  5. L'ouvrage contient un important chapitre sur la vigne, la conservation des grappes, la mise en tonneaux, le transvasement, la dégustation du vin, les vertus et propriétés du vin.