Pierre Louÿs
Pierre Louÿs
Portrait de Pierre Louÿs
par Henry Bataille
| Nom de naissance | Pierre Louis |
|---|---|
| Activités | Romancier, poète |
| Naissance | 10 décembre 1870 Gand (Belgique) |
| Décès | 6 juin 1925 Paris (France) |
| Langue d'écriture | français |
Pierre Félix Louis dit Pierre Louÿs est un poète et romancier français, né à Gand (Belgique) le 10 décembre 1870 et mort à Paris le 6 juin 1925. Il est également connu sous les noms de plume de Pierre Chrysis, Peter Lewys et Chibrac[1].
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[modifier] Biographie
Pierre Louÿs est le fils de Pierre Philippe Louis (1812-1889) et de sa deuxième épouse, Claire Céline Maldan (1832-1879), petite-fille de Louise Junot (1772-1820), sœur du duc d'Abrantès (1771-1813) et du docteur Sabatier (1732-1811), médecin de Napoléon.
Il est peut-être en réalité le fils de Georges Louis (1847-1917), son demi-frère, diplomate et ambassadeur de France en Russie (1909-1913), fils né d'une première union de Pierre Philippe Louis.
Pierre Louÿs fait ses études à l'école Alsacienne de Paris, où il se lie d'amitié avec son condisciple André Gide. Il rédige ses premiers textes durant son adolescence et tient un journal. Encore jeune homme, il commence à s'intéresser au mouvement littéraire du Parnasse, dont il fréquente les poètes emblématiques, Leconte de Lisle, José-Maria de Heredia (dont il épousera en 1899 la plus jeune fille Louise, et sera l'amant de la puînée, Marie, épouse d'Henri de Régnier). Il évolue aussi dans le milieu symboliste.
Il fonde en 1891 la revue littéraire La Conque, où sont publiées les œuvres d'auteurs parnassiens et symbolistes, des maîtres servant de modèles, comme Mallarmé, Moréas, Leconte de Lisle ou Verlaine, mais également de jeunes poètes encore inconnus comme Valéry, André Gide et Louÿs lui-même.
Son premier recueil de poésies, Astarté, paraît en 1891 à compte d'auteur, puis aux Art indépendants Chrysis ou la cérémonie matinale en 1893, Poésies de Méléagre, traduction, en 1893, Lêda ou la louange des bienheureux ténèbres en 1893, La maison sur le Nil ou les Apparences de la Vertu en 1894, Scènes de la vie des courtisanes de Lucien de Samosate, traduction, en 1894, et la même année Chansons de Bilitis qui reste son œuvre la plus connue, et un exemple de mystification littéraire, Louÿs a en effet fait passer ces poèmes pour une traduction d'une poétesse grecque contemporaine de Sappho. Ce recueil de courts poèmes en prose est marqué par les influences du Parnasse hellénisant et du symbolisme avec un profond goût de la sensualité, du bucolique (dans sa première partie) et de l'érotisme élégant. Les évocations naturelles et précieuses y côtoient ainsi des scènes érotiques. Ces poèmes inspirèrent certains musiciens, dont Claude Debussy qui en tira trois compositions, avec la collaboration amicale de Louÿs.
Son premier roman, Aphrodite (mœurs antiques), est publié en 1896 au Mercure de France. D'un style associant raffinement extrême, évocations sensuelles et décadentisme recherché, il est, selon Yves-Gérard Le Dantec, « le drame sans remède d'une adolescence passée à la recherche de l'amour vrai[2] ». Ce roman connaît un grand succès, aussi bien dans les milieux littéraires post-parnassiens qu'auprès du grand public, grâce à un article louangeur de François Coppée.
par Félix Vallotton
paru dans Le Livre des masques
de Remy de Gourmont (1898)
Son roman suivant, La Femme et le Pantin (1898), inspiré des mémoires de Casanova, se déroule à l'époque contemporaine. Soulignant les aspects dramatiques de la sensualité, il est souvent considéré comme le chef-d'œuvre de Louÿs, avec Trois filles de leur mère. Dans un style plus sobre que celui des oeuvres précédentes, il allie pessimisme et cruauté mentale dans une atmosphère complexe d'affects torturés. De ce livre seront tirés d'abord une pièce de théâtre, La Femme et le Pantin, écrite par Pierre Louys et Pierre Frondaie, créée en décembre 1910, puis un drame musical, Conchita (1911) de Maurice Vaucaire et Carlo Zangarini sur une musique de Riccardo Zandonai, puis plusieurs films, La Femme et le Pantin (The Devil is a Woman) de Josef von Sternberg avec Marlène Dietrich (1935), La Femme et le Pantin de Julien Duvivier avec Brigitte Bardot (1959), et Cet obscur objet du désir de Luis Buñuel avec Fernando Rey et Carole Bouquet (1977).
Il écrit encore un ouvrage d'une ironique grivoiserie Les Aventures du roi Pausole (1901), mais à partir du début du XXe siècle, accablé de difficultés financières, Louÿs a beaucoup de mal à écrire et plus encore à publier. Il donne alors essentiellement des recueils d'articles et de nouvelles, préalablement publiés dans les journaux. Ses nouvelles sont teintées de fantastique comme celles du recueil Sanguines, publié en 1903, qui fait apparaître Honoré de Balzac dialoguant avec un de ses personnages : Esther Gobseck.
Après 1906, Louÿs écrit très peu, mais vers 1917 il fait paraître Isthi (publié sans nom d'auteur à quelques centaines d'exemplaires), Poétique et surtout son chef-d'œuvre lyrique, le Pervigilium mortis, longtemps resté inédit. Ses Derniers vers, très amers, ne sont pas non plus publiés de son vivant.
En 1919, il publie dans la revue littéraire Comoedia un article intitulé « Molière est un chef-d'œuvre de Corneille » , annonçant avoir mis au jour une supercherie littéraire, ce qui est à l'origine du débat de la paternité des œuvres de Molière.
Tout au long de sa vie, Pierre Louÿs a écrit un très grand nombre de curiosa, doublant notamment ses œuvres publiées d'une version érotique. D'autres textes, souvent ironiques, reprennent sous une forme coquine, voire pornographique, des œuvres sérieuses comme les quatrains de Pybrac ou le Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation. Il a également raconté ses difficiles relations avec les trois filles Heredia et leur mère dans Trois filles de leur mère, publié sous le manteau après son décès, puis officiellement dans le catalogue de Jean-Jacques Pauvert.
Grand connaisseur de la littérature ancienne, Pierre Louÿs était aussi un bibliophile, qui possédait une bibliothèque de plus de 20 000 volumes (dont des unica). Passionné de bibliographie, il publia plusieurs articles sur ces questions et fit des milliers de fiches qu'il céda à son ami Frédéric Lachèvre, auteur d'une Bibliographie des recueils collectifs de poésies publiés de 1597 à 1700 qui fait encore référence aujourd'hui. Frédéric Lachèvre a lui-même publié les lettres qu'il a reçues de Pierre Louÿs, après la mort de ce dernier sous le titre, Pierre Louÿs et l'histoire littéraire (Paris, 1925).
A partir de 1917, Pierre Louÿs vit avec Aline Steenackers (1895-1979) qu'il épouse en 1923. Elle lui donne possiblement[3] trois enfants : Gilles (Paris, 6 janvier 1920), Suzanne[4] (Paris, 27 janvier 1923) et enfin Claudine (née en 1924), dont postérité. En 1927, Aline Steenackers épouse Georges Serrières, ancien secrétaire de Pierre Louÿs.
Pierre Louÿs vit ses dernières années retiré dans la solitude. Paralysé et atteint de cécité partielle, il meurt en 1925. Il est inhumé à Paris, au cimetière du Montparnasse.
[modifier] Citation
Tombeau d'une jeune courtisane (Les Chansons de Bilitis)
- « Ici gît le corps délicat de Lydé, petite colombe, la plus joyeuse de toutes les courtisanes, qui plus que toute autre aima les orgies, les cheveux flottants, les danses molles et les tuniques d’hyacinthe.
- Plus que toute autre, elle aima les glottismes savoureux, les caresses sur la joue, les jeux que la lampe voit seule et l’amour qui brise les membres. Et maintenant, elle est une petite ombre.
- Mais avant de la mettre au tombeau, on l’a merveilleusement coiffée et on l’a couchée dans les roses ; la pierre même qui la recouvre est tout imprégnée d’essences et de parfums.
- Terre sacrée, nourrice de tout, accueille doucement la pauvre morte, endors-la dans tes bras, ô Mère ! et fais pousser autour de la stèle, non les orties et les ronces, mais les tendres violettes blanches. »
[modifier] Œuvres
Pierre Louÿs-José-Maria de Heredia
- Astarté, 1891
- Chrysis ou la cérémonie matinale, 1893
- Lêda ou la louange des bienheureuses ténèbres, 1894
- Ariane ou le chemin de la paix éternelle, 1894
- La Maison sur le Nil ou Les apparences de la vertu, 1894
- Les Chansons de Bilitis, 1894
- Danaë ou le malheur, 1895
- Aphrodite, 1896
- La Femme et le Pantin, 1898
- Byblis ou l'enchantement des larmes, 1898
- Les Aventures du Roi Pausole, 1901
- Sanguines, 1903
- Archipel, 1906
- La Femme et le Pantin, pièce en 4 actes de Pierre Louys et Pierre Frondaie, Paris, Théâtre Antoine, 8 décembre 1910
- Pervigilium Mortis (non publié), 1917
- Isthi, 1917
- Poëtique, 1917
- Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation, 1926
- Trois filles de leur mère, 1926
- Pybrac, 1927
- Douze douzains de dialogues ou Petites scènes amoureuses, 1927
- Psyché, 1927
- Au Temps des Juges, 1933
- L'Île aux dames, ébauche pour un roman érotique, (ISBN 2.7144.4317.6)
- Manuel de Gomorrhe, 1991
- Son journal est publié après sa mort et complété en 2003 (Mon Journal (20 mai 1888-14 mars 1890), éd. Alban Cerisier, Les Cahiers de la NRF, 232 p.)
- Pierre Louÿs est également l'auteur d'une correspondance exceptionnelle dont une partie a déjà été publiée (avec Claude Debussy, Paul Valéry et André Gide, son frère Georges Louis (Mille Lettres inédites de Pierre Louÿs à Georges Louis 1890-1917, éd. Jean-Paul Goujon, Fayard, 1320 p.) ou (Correspondance inédite, éd. Jean-Paul Goujon, Champion, 2006)
- Une compilation du meilleur des recueils Sanguines et Archipel, selon l'auteur, est publiée sous le titre L'homme de pourpre (éd. Le Castor Astral)
[modifier] Iconographie
Beaucoup d'artistes ont illustré les œuvres de Pierre Louÿs, y compris: Antoine Calbet, Louis Icart, Marcel Vertès, Rojan, Paul-Émile Bécat, Mariette Lydis, Milo Manara, Claire Wendling, Georges Pichard, Willy Pogany, Silvio Cadelo, Laure Albin-Guillot.
[modifier] Notes et références
- Source BnF
- Dictionnaire des auteurs Laffont-Bompiani, 1983, vol. III, p. 181
- Voir le site internet de l’écrivain Pierre Louÿs. Il existe en effet un doute sur ces paternités tardives.
- Elle épouse Octave Vranken, dont deux fils : Norbert et Pierre Vranken.
[modifier] Sources
- Article « Pierre Louÿs » par Yves-Gérard Le Dantec, Dictionnaire des auteurs Laffont-Bompiani, 1983, vol. III, p. 181
[modifier] Bibliographie
- Rober Cardinne Petit, Pierre Louys intime, Le Solitaire du hameau, Jean-Renard, 1942, 180 p.
- Dominique Bona, Les yeux noirs : les vies extraordinaires des soeurs Heredia, J-C. Lattès, 1989.
- Jean-Paul Goujon, Pierre Louÿs, Fayard, 2002, 872 p.
- Jean-Paul Goujon, Dossier secret Pierre-Louÿs-Marie de Régnier, Christian Bourgois, 190 p.
- Jean-Paul Goujon, L'Œuvre érotique de Pierre Louÿs, Sortilèges, 1994, 1083 p.
- Paul-Ursin Dumont, Pierre Louÿs, l'ermite du hameau, Libraidisque, Vendôme, 1985, 315 p.
[modifier] Liens externes
- Œuvres de Pierre Louÿs sur le projet Gutenberg
- Pierre Louÿs, Histoire du roi Gonzalve et des douze princesses, publiée aux dépens d’un bibliophile, Madrid, 1927
- Quelques textes de Pierre Louÿs
- Site de référence sur Pierre Louÿs
- Site sur Pierre Louÿs
- Généalogie de Pierre Louÿs
- Nouvelles en ligne sur la Bibliothèque électronique de Lisieux
- Pierre Louÿs, bibliophile, érotomane et amoureux, Nicolas Malais, Le Frisson Esthétique, n° 3, 2006