Pierre et Jean

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Pierre et Jean
Image illustrative de l'article Pierre et Jean

Auteur Guy de Maupassant
Genre Roman Naturaliste
Pays d'origine Drapeau de la France France
Éditeur Paul Ollendorff
Date de parution 1er décembre 1887 / 1er janvier 1889
Type de média feuilleton dans la Nouvelle Revue

Écrit d’un seul trait durant l’été 1887, Pierre et Jean est le quatrième roman de Maupassant. C’est une œuvre naturaliste (ou réaliste-psychologique). L’œuvre, très courte, est éditée en volume le 9 janvier 1889 chez Ollendorff. Elle est composée du récit, mais également d’une célèbre préface intitulée Le roman dans laquelle Maupassant expose en quelques pages sa vision du roman naturaliste et critique le genre de l’étude psychologique.

Pierre et Jean a pour cadre la ville du Havre où vivent les Roland.

Résumé[modifier | modifier le code]

M. Roland, ancien bijoutier parisien, déménage avec toute sa famille au Havre par amour partagé de la mer. Après leurs études à Paris, les deux fils de M. et Mme Roland, Pierre, l’aîné, médecin, et Jean, avocat, décident de s’installer dans la nouvelle résidence familiale.

Une somme d’argent laissée en héritage à Jean par un ami de la famille, Léon Maréchal, renforce la rivalité des deux frères, opposés physiquement et moralement[1] .

Un soupçon naît chez Pierre : et si Jean était le fils de Maréchal ?

Peu à peu, il découvrira la vérité et le secret familial en fouillant dans le passé de sa mère qui a entretenu jadis une liaison avec Maréchal.

Étrangement, à la fin du roman c’est l’aîné, le fils légitime, qui est exclu et s'auto-exclu du cercle familial en s’engageant comme médecin sur le transatlantique La Lorraine ; M. Roland accepte le mariage de Jean avec Mme Rosémilly.

Personnages[modifier | modifier le code]

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Pierre Roland : homme brun de 30 ans, né en 1855. Il est jaloux de son frère Jean et va enquêter sur la légitimité de son frère. Il est reçu docteur en médecine et souhaite installer un cabinet de médecine dans la région, il trouve un appartement qui lui conviendrait mais finalement c'est Jean qui va le louer pour y faire son cabinet d'avocat. À la fin du récit, il s'engage comme médecin à bord du transatlantique La Lorraine.
  • Jean Roland : homme blond de 25 ans, né en 1860, il est le fils de Louise Roland et de Maréchal, il est licencié en droit, il souhaite installer son cabinet d'avocats dans la région, il va épouser Mme Rosémilly, il est décrit comme un homme calme, réservé. Toutes ses caractéristiques s'opposent visiblement à celles de Pierre.
  • Louise Roland : la mère de la famille (48 ans), elle vit depuis des années dans le mensonge avec son mari, la mort de Maréchal va bouleverser sa vie en apparence tranquille.
  • Gérôme Roland : le père de la famille Roland, il était bijoutier à Paris dans le passé et vit maintenant de ses rentes, il a une passion pour la pêche, il est décrit comme un homme anodin, peu fin. Il semblerait qu'il ignore son infortune.
  • Maréchal : plus riche que la famille Roland, il lègue à sa mort par testament toute sa fortune à Jean ; personnage absent, il est pourtant un personnage clef de l'histoire. Il fut d'abord client de la bijouterie familiale.

Personnages secondaires[modifier | modifier le code]

  • Mme Rosémilly : jeune femme, veuve de 23 ans, elle touche des rentes d'un capitaine ; c'est aussi la voisine et l'amie de la famille Roland. Elle va accepter la demande en mariage de Jean.
  • Marowsko : pharmacien polonais réfugié en France, il soulèvera les doutes de Pierre en disant « ça ne fera pas un bon effet » à propos de l'héritage ; il se sentira trahi quand Pierre annonce son départ sur un transatlantique car il comptait sur sa future clientèle.
  • La serveuse de la brasserie : En apprenant l'héritage de Jean, elle fait une remarque qui va pousser Pierre à enquêter sur la légitimité de son frère : « Ce n'est pas étonnant qu'il te ressemble si peu ».
  • Le capitaine Beausire : ancien long-courrier retraité rencontré sur le port, il est devenu ami de la famille et convive de ses repas au même titre que Mme Rosémilly.
  • Maître Lecanu : notaire, il annonce à la famille Roland la mort de Maréchal et l'héritage que reçoit Jean. C'est un personnage totalement naturaliste car il considère la mort de Maréchal comme une bonne nouvelle « ça fait toujours plaisir ».
  • Joséphine : la bonne de la famille Roland âgée de 19 ans, elle est décrite comme une paysanne grossière, tempérament campagnard.
  • Dr Pirette : médecin à bord d'un transatlantique appelé la Picardie, il renseignera Pierre sur le métier de médecin à bord d'un transatlantique.
  • Jean Bart : gardien du bateau familial

Étude de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Le lecteur découvre, en même temps que des paysages, certaines caractéristiques de cette partie de la Normandie : l’atmosphère des cafés, de la jetée, les marins fiers de leurs exploits, les bonnes campagnardes… (ce qui confirme le réalisme de Maupassant). Il existe toutefois de rares écarts par rapport à la réalité comme l’invention de la rue « Belle-normande » ou le phare « d’Étouville ».

Cette approximation confirme ce que dit Maupassant dans sa préface Le roman : « parler du réel, même de manière réaliste c’est forcément tricher un peu ».

Maupassant n’a pas d’emblée manifesté le désir d’associer cette préface et le roman. De plus, même après les avoir réunis, ils forment un tout disparate : comment expliquer alors que Maupassant ait réuni dans le même volume ces deux textes ?

  1. Une réponse est fournie par l’éditeur de Pierre et Jean, qui trouvait l’œuvre un peu courte.
  2. D’autres raisons, plus littéraires, peuvent expliquer cette association : le roman instaure une sorte de jeu de cache-cache entre l’auteur et le lecteur. Le préfacier et le romancier portent des masques différents. Ce sont deux faux-frères, comme le sont également Pierre et Jean. Cette préface est donc un négatif, une « image inversée » de la nouvelle.

Conclusion : Le texte Le roman peut se lire de manière indépendante et il est avant tout une réflexion sur ce genre littéraire, qui, à cette époque, connaissait une importante et très profonde remise en cause.

Cette œuvre est une œuvre naturaliste, notamment par les sujets qu’elle traite, à savoir l’hérédité (légitime ou bâtarde), la petite bourgeoisie, et les problèmes de l’argent.

Analyse[modifier | modifier le code]

D’Italo Calvino, dans Pourquoi lire les classiques, Paris, Éditions du Seuil, 1993, p. 114–115 : « Le testament inattendu d’un ami de la famille, défunt, fait exploser la rivalité latente de deux frères, Pierre, le brun, et Jean, le blond, à peine diplômés l’un en médecine et l’autre en droit ; pour quelle raison l’héritage va-t-il tout entier au placide Jean et non à Pierre, le tourmenté ? En famille, à part Pierre, personne ne semble se poser ce problème. Et Pierre, de question en question, de colère en colère, renouvelle la prise de conscience d’un Hamlet, d’un Œdipe : la normalité et la respectabilité de la famille de l’ex-bijoutier Roland n’est qu’une façade ; la mère au-dessus de tout soupçon était une femme adultère ; Jean est le fils adultère et c’est à cela qu’il doit sa fortune ; la jalousie de Pierre n’est plus maintenant ressentie à cause de l’héritage de la mère et de son secret ; c’est la jalousie que son père n’a jamais songé à savoir qui dévore à présent le fils ; Pierre a, de son côté, la légitimité et la connaissance, mais autour de lui le monde vole en éclats. »

Préface « Le roman »[modifier | modifier le code]

Voici les idées développées de la préface :

  • Le critique ne doit pas chercher dans un livre ironique ce qui plaît à son imagination.
  • L'artiste doit écrire quelque chose qui lui convienne le mieux suivant son tempérament.
  • Le critique ne doit pas se préoccuper des tendances.
  • Le critique ne doit juger que la valeur artistique d'une œuvre.
  • « L'artiste doit être libre de comprendre, d'observer, de concevoir ce qui lui plaira ».
  • Le critique qui juge un naturaliste doit montrer en quoi « la vérité dans la vie diffère de la réalité dans son livre ».
  • « l'effet de la fin » ne donne pas envie au lecteur de savoir « ce que deviendront, le lendemain, les personnages les plus attachants ».
  • « Le romancier, au contraire, qui prétend nous donner une image exacte de la vie, doit éviter avec soin tout enchaînement d'évènements qui paraîtrait exceptionnel ».
  • Le but de l'écrivain réaliste est « nous forcer à penser, à comprendre le sens profond et caché des évènements ».
  • L'habilité de l'écrivain réaliste consiste à « savoir éliminer, parmi les menus évènements innombrables et quotidiens tous ceux qui lui sont inutiles, et mettre en lumière, d'une façon spéciale, tous ceux qui seraient demeurés inaperçus pour des observateurs peu clairvoyants et qui donnent au livre sa portée, sa valeur d'ensemble ».
  • Le romancier réaliste doit respecter cette règle : « Rien que la vérité et toute la vérité ».
  • « Faire vrai doit consister à donner l'illusion complète du vrai ».

(Source : préface de Pierre et Jean nommée « Le roman »)

Adaptations[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J.-P. Blin, « Paysage réel, paysage mental: lecture psychocritique de Pierre et Jean de Maupassant », Le Langage et l'Homme, vol. XXVI, no 1 (mars 1991), p. 13–21.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ainsi, Pierre est brun comme M. Roland, tandis que Jean est blond comme l'était Maréchal.