Pierre de Rosette
| Pierre de Rosette | |
| Type | Stèle |
|---|---|
| Dimensions | 112 centimètres (hauteur), 76 cm (largeur), environ 28 cm (épaisseur) |
| Matériau | Granodiorite |
| Méthode de fabrication | Gravure |
| Période | IIe siècle av. J.‑C. |
| Culture | Dynastie des Ptolémées, Égypte ancienne |
| Lieu de découverte | Rosette |
| Date de découverte | juillet 1799 |
| Conservation | British Museum |
| Archéologie | | |
La pierre de Rosette est un fragment de stèle gravée de l'Égypte ancienne portant trois versions d'un même texte qui a permis le déchiffrement moderne des hiéroglyphes. L'inscription qu'elle comporte est un décret promulgué à Memphis en 196 av. J.-C. au nom du pharaon Ptolémée V. Le décret est écrit en deux langues (égyptien ancien et grec ancien) et trois écritures : égyptien en hiéroglyphes, égyptien en écriture démotique et alphabet grec. La pierre a une dimension de 112 par 76 centimètres (par 28 cm d'épaisseur). La stèle est en granodiorite, un matériau fréquemment assimilé à tort à du basalte ou du granite.
Exposée à l'origine dans un temple, la stèle est probablement déplacée au début de l'ère chrétienne ou durant le Moyen Âge, et par la suite utilisée comme matériau de construction pour des fortifications dans la ville de Rosette, dans le delta du Nil. Elle est redécouverte le 15 juillet 1799 par un soldat français lors de la campagne d'Égypte de Bonaparte. Premier texte égyptien bilingue connu, la pierre de Rosette éveille rapidement l'intérêt du public en raison de son potentiel pour la traduction des langages de l'ancienne Égypte jusque-là indéchiffrés. Des copies et moulages circulent parmi les musées et les savants européens. Pendant ce temps, Napoléon est défait en Égypte et la pierre originale devient possession britannique en 1801. Transportée à Londres et exposée au British Museum dès 1802, elle est l'objet le plus visité de ce musée.
La première traduction du texte en grec est réalisée dès 1803. Il faut cependant attendre près de vingt ans avant que le déchiffrage des hiéroglyphes ne soit annoncé par Jean-François Champollion, à Paris, en 1822, et plus encore avant que les érudits ne soient capables de lire les inscriptions égyptiennes antiques avec assurance. Les principales étapes de déchiffrement ont été : la reconnaissance que la pierre comporte trois versions du même texte (en 1799) ; le fait que le texte en démotique retranscrit phonétiquement des noms étrangers (1802) et que le texte en hiéroglyphes fait de même et comporte d'importantes ressemblances avec le démotique (Thomas Young, 1802) ; enfin, la compréhension que le texte en hiéroglyphes utilise des caractères phonétiques également pour écrire des mots égyptiens (Champollion, 1822-1824). Depuis sa redécouverte, la pierre de Rosette est l'objet de nombreuses rivalités nationales, dont le changement de propriété de la France à l'Angleterre durant les Guerres napoléoniennes, de longues polémiques sur les apports relatifs de Young et Champollion à son déchiffrement et, depuis 2003, la demande, par l'Égypte, d'un retour à son pays d'origine.
Deux autres exemplaires fragmentaires du même décret sont découverts plus tard, ainsi que plusieurs textes égyptiens bilingues ou trilingues dont deux décrets ptolémaïques légèrement plus anciens (le décret de Canope et le décret de Memphis). Ainsi, la pierre de Rosette n'est plus une pièce unique, mais son rôle a été essentiel dans la compréhension moderne de la littérature de l'Égypte antique et plus généralement, de sa civilisation.
Sommaire |
[modifier] Description
[modifier] La pierre de Rosette
La pierre de Rosette est décrite comme « une pierre de granite noir, portant trois inscriptions... trouvée à Rosette » dans un catalogue des artéfacts découverts par l'expédition française et cédés aux troupes britanniques en 1801[1]. Quelque temps après son arrivée à Londres, les inscriptions sont frottées de craie blanche pour les rendre plus lisibles, le reste de la surface étant enduit de cire de carnauba afin de la protéger des doigts des visiteurs[2]. Ceci donne une couleur noire à la pierre, ce qui a conduit à l'identifier — à tort — à du basalte[3]. Ces ajouts sont retirés en 1899, ce qui révèle la teinte gris sombre originelle de la roche, l'éclat de sa structure cristalline et les veines roses traversant le coin supérieur droit[4]. La pierre de Rosette montre une forte ressemblance avec des échantillons de granodiorite issus d'une carrière de Gebel Tingar, sur la rive gauche du Nil, à l'ouest d'Éléphantine, dans la région d'Assouan qui font partie de la collection Klemm : le veinage rose est typique de la granodiorite de cette région[5].
La pierre de Rosette mesure 114,4 cm de haut, est large de 72,3 cm et épaisse de 27,9 cm. Elle pèse environ 760 kg[6]. Elle porte trois inscriptions. En haut, des hiéroglyphes égyptiens, au centre, un texte en écriture démotique et en bas du grec ancien[7]. La face avant est polie et les inscriptions sont légèrement incisées. Les côtés de la pierre sont lissés et l'arrière n'est que grossièrement travaillé, probablement car il n'était pas destiné à être visible[5],[8].
[modifier] La stèle initiale
La pierre de Rosette est un fragment de stèle. Aucun autre fragment de cette stèle n'a été découvert au cours des fouilles menées sur le site de Rosette[9]. Aucun des trois textes n'est complet. Celui du haut est le plus endommagé : seules les quatorze dernières lignes sont visibles, toutes interrompues sur la droite et douze d'entre elles sur la gauche. Le texte central en démotique est le mieux conservé : il est constitué de trente-deux lignes, dont les quatorze premières sont légèrement endommagées sur le côté droit. Le dernier texte en grec contient cinquante-quatre lignes, les vingt-sept premières étant complètes. Les autres sont de plus en plus fragmentaires à cause d'une cassure en diagonale dans le coin inférieur droit de la pierre[10].
Il est possible d'estimer la longueur totale du texte et les dimensions originelles de la stèle par comparaison avec des stèles analogues, y compris des copies, qui ont été conservées. Le décret de Canope, légèrement plus ancien, édicté en 238 avant Jésus-Christ sous le règne de Ptolémée III, est haut de 219 cm, large de 82 cm et contient trente-six lignes de texte en hiéroglyphe, soixante-treize en démotique et soixante-quatorze en grec. Les textes sont de longueurs similaires[11]. Par comparaison, il est possible d'estimer que quatorze ou quinze lignes de hiéroglyphes, pour une hauteur de 30 cm, sont manquantes en haut de la pierre[12]. En plus des inscriptions, le haut de la stèle montrait certainement le roi accompagné de dieux, surmontés d'un disque ailé, comme sur la stèle de Canope. Ces points communs, auxquels il faut ajouter un signe signifiant « stèle » sur la pierre même (le hiéroglyphe O26 selon la classification de Gardiner :
|
) suggèrent que le sommet était arrondi[7],[13]. La hauteur initiale de la stèle est estimée à environ 149 cm[13].
[modifier] Le décret de Memphis et son contexte
La stèle est érigée après le couronnement du roi Ptolémée V et est gravée d'un décret qui établit le culte divin du nouveau monarque[14]. Le décret est édicté par un congrès de prêtres rassemblé à Memphis. La date donnée est le 4 Xandicus dans le calendrier macédonien et 18 Méchir du calendrier égyptien, ce qui correspond au 27 mars de l'an 196 avant Jésus-Christ. Cette année est indiquée comme étant la neuvième du règne de Ptolémée V, ce qui est confirmé par la mention de quatre prêtres qui ont officié cette année-là. Aëtus, fils d'Aëtus est prêtre des cultes divins d'Alexandre le Grand et des cinq Ptolémées jusqu'à Ptolémée V. Ses trois collègues mentionnés dans l'inscription ont mené les cultes de Bérénice II (épouse de Ptolémée III), Arsinoé II (épouse et sœur de Ptolémée II) et Arsinoé III, mère de Ptolémée V[15]. Toutefois, une autre date est donnée dans les textes en grec et en hiéroglyphes, qui correspond au 27 mars 197, anniversaire officiel du couronnement de Ptolémée. L'inscription en démotique entre en contradiction avec cette date[16]. Bien que la cause de ces anomalies ne soit pas établie, il est certain que le décret est publié en 196 et est destiné à rétablir le pouvoir des Ptolémées sur l'Égypte[17].
Le décret est publié durant une période de troubles pour l'Égypte. Ptolémée V, fils de Ptolémée IV et de la sœur et épouse de celui-ci, accède au pouvoir en 204 av. J.-C., à l'âge de cinq ans, après la mort soudaine de ses deux parents qui, selon les sources de l'époque, sont assassinés suite à un complot mené par Agathoclée, maîtresse de Ptolémée IV. Les conspirateurs gouvernent l'Égypte en tant que tuteurs de Ptolémée V[18],[19] jusqu'à ce que, deux ans plus tard, une révolte menée par le général Tlépomus éclate et qu'Agathoclée et sa famille soient lynchées par la foule à Alexandrie. Tlépomus devient régent et est à son tour remplacé en 201 av. J.-C. par Aristomène d'Alyzie, qui est premier ministre à l'époque du décret[20].
Les puissances étrangères profitent des dissensions internes à l'Égypte. Antiochos III et Philippe V de Macédoine s'allient pour se partager les possessions égyptiennes outremer. Philippe s'empare de plusieurs îles et cités en Carie (en Asie mineure) et en Thrace. La bataille de Panium, en 198, permet à Antiochos de s'approprier la Cœlé-Syrie, y compris la Judée. Pendant ce temps, dans le Sud de l'Égypte, une révolte dure depuis le règne de Ptolémée IV[16]. Ces guerres étrangères et la révolte interne perdurent lorsque Ptolémée V, âgé de douze ans et après sept ans de règne, est officiellement couronné et le décret de Memphis publié[19].
La pierre de Rosette est un exemple tardif d'une classe de stèles de donation, qui présente les exonérations fiscales accordées par le monarque régnant à des prêtres[21]. Les pharaons ont érigé ces stèles depuis deux mille ans, les exemples les plus anciens datant de l'Ancien Empire. Au début, ces décrets étaient publiés par le roi lui-même, mais le décret de Memphis est délivré par des prêtres, garants de la culture traditionnelle égyptienne[22]. Ce décret annonce que Ptolémée V a fait don d'argent et de grain aux temples égyptiens[23], que, lors de la huitième année de son règne, il a endigué une crue du Nil particulièrement importante afin d'aider les agriculteurs[23]. En remerciement, les prêtres s'engagent à ce que l'anniversaire du roi et celui de son couronnement seront célébrés chaque année et à ce que Ptolémée soit vénéré comme un dieu. La partie grecque de la pierre de Rosette commence ainsi : Βασιλεύοντος του νέου και παραλαβόντος την βασιλείαν παρά του πατρός… (Basileuontos tou neou kai paralabontos tén basileian para tou patros… ; « Le nouveau roi, ayant reçu le royaume de son père… »). Le décret se termine par l'instruction selon laquelle une copie, écrite dans trois langages : la « langue des dieux » (hiéroglyphes), la « langue des documents » (démotique) et la « langue des Grecs » devra être placée dans chaque temple[24],[25].
Pour les Ptolémées, il est essentiel d'obtenir le soutien du clergé pour pouvoir gouverner le peuple. Les grands prêtres de Memphis, où le roi est couronné, sont très importants car ils forment la plus haute autorité religieuse de l'époque et ont une forte influence sur tout le royaume[26]. Le fait que le décret soit publié à Memphis, ancienne capitale de l'Égypte, plutôt qu'à Alexandrie, siège effectif du gouvernement des Ptolémées, montre que le jeune roi est soucieux de s'attirer leur soutien actif[27]. C'est pourquoi, malgré le fait que les gouvernants de l'Égypte parlent grec depuis la conquête par Alexandre le Grand, le décret de Memphis, comme les précédents décrets ptolémaïques, incluent des textes en égyptien pour montrer au peuple sa pertinence, par le truchement des prêtres[28].
La stèle n'est probablement pas originaire de Rosette, où elle a été trouvée, mais plutôt d'un temple situé plus à l'intérieur des terres, peut-être dans la ville royale de Saïs. Le temple dont elle provient a probablement été fermé en 392 après J.-C. quand l'empereur romain d'Orient Théodose Ier a ordonné de fermer tous les temples non chrétiens. À une époque inconnue, la stèle est brisée, le plus grand fragment devenant ce qui est appelé depuis le XIXe siècle la pierre de Rosette. Les temples égyptiens antiques ont été utilisés comme carrières, leurs pierres étant récupérées pour construire de nouveaux bâtiments. La pierre de Rosette est incorporée aux fondations d'une forteresse par le sultan mamelouk Qaitbay, au cours du XVe siècle, pour défendre un bras du delta du Nil. C'est dans ces fortifications qu'elle est retrouvée en 1799.
Deux autres exemplaires du décret de Memphis ont été retrouvés depuis la découverte de la pierre de Rosette : la stèle de Nubayrah et une inscription dans le temple de Philae. Contrairement à la pierre de Rosette, leurs inscriptions hiéroglyphiques sont relativement intactes et, bien que les inscriptions de la pierre de Rosette aient été déchiffrées longtemps avant leur découverte, elles ont permis aux égyptologues de préciser les conjectures sur les parties manquantes de la pierre de Rosette.
[modifier] Redécouverte : une pierre « française »
La Révolution française éclate en 1789, inspirée par la philosophie des Lumières. La monarchie est renversée, les anciennes institutions ont bouleversées, de nouvelles sont créées (dont l'École polytechnique en 1794), le roi Louis XVI exécuté. Les puissances européennes, qui sont des monarchies, se liguent contre la nouvelle République proclamée en 1792. Cette Première Coalition est vaincue après la Campagne d'Italie menée par le général Bonaparte, en 1797. Mais le Royaume-Uni ne signe pas de traité de paix avec la France. Plutôt que d'affronter directement les Anglais, les Français décident d'attaquer les lignes commerciales anglaises : en mai 1798 commence la Campagne d'Égypte. L'armée française, menée par Bonaparte, envahit l'Égypte. Elle est accompagnée d'une Commission des Sciences et des Arts, un corps de 167 « savants » (ingénieurs, scientifiques) destinés à étudier la brillante civilisation égyptienne.
Le 1er août 1798, la flotte anglaise détruit son homologue française à Aboukir, les Français sont contraints de se déployer à l'intérieur des terres.
En 1799, l'armée ottomane, alliée de l'Angleterre, débarque à Aboukir[29]. Rosette est une ville qui se trouve à l'extrême est de la baie d'Aboukir, sur le Nil à quelques kilomètres de la mer Méditerranée. Entre Rosette et la mer se trouve un fort en ruines du XVe siècle qui permet de contrôler le Nil. Les troupes françaises, sous le commandement du colonel d'Hautpoul, renforcent en urgence les défenses de ce Fort Julien[30]. Pendant les travaux, le lieutenant Pierre-François Bouchard, polytechnicien et membre de la Commission des Sciences et des Arts, remarque une dalle comportant des inscriptions. Les Français peuvent lire la dernière phrase du texte grec et comprennent immédiatement que la stèle peut être importante pour la science[31]. La découverte est annoncée à l'Institut d'Égypte récemment fondé au Caire, dans un courrier rédigé par Michel Ange Lancret, lui aussi jeune polytechnicien, membre de cet institut[32]. Le rapport de Lancret est lu lors de la trente et unième réunion de l'Institut, le 29 juillet, soit quatre jours après que Bonaparte ait vaincu les Ottomans à Aboukir[33]. Pendant ce temps, Bouchard est missionné pour conduire la pierre au Caire, où il arrive vers le milieu du mois d'août et où la pierre jouit immédiatement d'un grand succès auprès des savants français[34].
La découverte est signalée dans le numéro 37, daté du 15 septembre 1799, du Courrier de l'Égypte, journal officiel de l'expédition française[35]. Le journaliste anonyme qui rédige l'article décrit la stèle, raconte sommairement sa découverte, donne un résumé succinct de son texte et écrit [36] : « Cette pièce offre un grand intérêt pour l'étude des caractères hiéroglyphiques, peut-être même en donnera-t-elle enfin la clef. » Une étude plus poussée est publiée par l'orientaliste et directeur de l'Imprimerie du Caire Jean-Joseph Marcel dans La Décade égyptienne, revue de l'Institut d'Égypte, en 1800. Il précise que l'écriture centrale « qui avait d'abord été annoncée comme syriaque, puis comme copte, est composée de [...] caractères cursifs de l'ancienne langue égyptienne ». Il analyse le contexte de parution de la stèle mais commet une erreur sur la date du décret et le nom du pharaon[37].
Il est rapidement décidé de procéder à des reproductions de la pierre. Le dessin s'avère insuffisamment précis pour une étude scientifique. Jean-Joseph Marcel invente l'autographie, qui consiste à enduire la pierre d'encre et l'appliquer sur du papier, en faisant en sorte que l'encre ne pénètre pas les caractères gravés, qui apparaissent ainsi en blanc sur fond noir et à l'envers sur le papier. Il tire des épreuves dès le 24 janvier 1800. Nicolas-Jacques Conté utilise une méthode inverse, la chalcographie, par laquelle ce sont les creux qui retiennent l'encre. Le texte imprimé apparait donc en noir, sur fond blanc, toujours à l'envers. Adrien Raffeneau-Delile, lui, prend l'empreinte de la pierre par moulage. Le général Dugua ramène ces reproductions à Paris au printemps 1800[38].
Entre-temps, Bonaparte a quitté l'Égypte, un traité de paix est signé par son successeur, Kléber, en janvier 1800. Les savants français partent pour Alexandrie, d'où ils doivent embarquer pour la France avec nombre de leurs découvertes, dont la pierre de Rosette. Ils sont dans un premier temps ralentis par une épidémie de peste, puis embarquent pour la France. Mais, avant que leur navire soit prêt à appareiller, les hostilités reprennent et, le 27 avril 1800, après avoir attendu à bord pendant un mois, ils reviennent à terre. Kléber est assassiné le 14 juin, c'est Menou qui lui succède. Après des défaites, il est contraint de capituler à Alexandrie, où il s'est retiré avec ses troupes, le 26 août 1801[39]. Un traité d'armistice est rédigé, mais l'article concernant les antiquités égyptiennes est refusé par le général anglais John Hely-Hutchinson, 2nd Earl of Donoughmore (en), car il stipulait « les individus constituant l'Institut d'Égypte et la Commission des arts emporteront avec eux les papiers, plans, mémoire, collections d'histoire naturelle, et tous les monuments d'art et d'antiquité recueillis par eux »[40]. S'ensuit une querelle épistolaire entre Menou et Hely-Hutchinson, soutenus chacun par leurs savants, pour la possession des objets recueillis par l'expédition française. Le ton monte, la pierre de Rosette étant l'objet principal des convoitises des deux camps. Les Français vont jusqu'à menacer de brûler ou de jeter à la mer les trésors qu'ils ont amassés[41]. Un accord finit par être trouvé : les savants français peuvent conserver leurs notes et échantillons, mais les dix-sept objets les plus importants, dont la pierre de Rosette, deviennent possession de la Couronne britannique[42].
[modifier] Au British Museum
La pierre de Rosette accoste à Portsmouth au mois de février 1802. Elle est transférée à la Society of Antiquaries of London, à Londres. Les Anglais en font plusieurs copies qu'ils envoient aux plus prestigieuses universités européennes afin qu'elle puisse être étudiée[43]. À la fin de l'année 1802, la pierre de Rosette est transférée au British Museum avec les autres pièces prises aux Français à Alexandrie[44].
[modifier] Déchiffrage
Les trois inscriptions portées sur cette pierre se sont révélées être le même texte reproduit selon trois systèmes d'écritures différentes : des hiéroglyphes, du démotique et du grec. On crut, à ce moment-là, que le mystère des hiéroglyphes allait être rapidement percé.
Akerblad et Silvestre de Sacy se lancèrent dans la première tentative de déchiffrage, mais elle demeura vaine. Ce fut ensuite au tour d'un savant britannique Thomas Young de se lancer dans un travail qui sembla promis au succès. Hélas, Young ne connaissait pas le copte et peu de textes anciens. Sur les signes hiéroglyphiques pour lesquels il proposa une valeur, cinq seulement étaient exacts, et il s'obstinait à lire sur la pierre de Rosette Arsinoé, alors qu'y était mentionné, en réalité, Autocrator. Si certains des signes présents dans les cartouches étaient assez simples à trouver, ce fut parce qu'ils avaient été créés pour rendre les voyelles des noms d'origine étrangère des derniers souverains (Ptolémée, Cléopâtre, Alexandre).
Jean-François Champollion, qui n'avait pas encore dix ans au moment de la découverte de la pierre, se lança très jeune dans la bataille du déchiffrage des hiéroglyphes. Il pressentit que la clé était la connaissance des textes anciens et surtout du copte, langue parlée en Égypte, et descendant de l'égyptien ancien. Un ami, l’architecte Jean-Nicolas Huyot, avait envoyé des documents au jeune Champollion. Dans un cartouche, ce dernier repéra le signe solaire de Râ (Rê), un autre signe qu'il savait être MS et deux S : RâMSS, donc Ramsès, ce qui en même temps signifie « Rê l’a mis au monde ». Idem pour ThôtMS, Thoutmôsis. Après huit années de travail acharné, en 1822, il peut annoncer à la communauté scientifique qu'il a percé le secret. Sa méthode était bonne, puisqu'elle s'appliqua à la traduction d'autres textes hiéroglyphiques.
[modifier] Reproduction
Depuis 1802, elle est exposée au British Museum. Elle a toutefois été prêtée au Musée du Louvre dans les années 1980.
Pièce vedette du British Museum, la pierre de Rosette est déclinée en une foule d'objets dérivés.
Une immense reproduction (quatorze par sept mètres), sculptée dans du granite noir du Zimbabwe par Joseph Kosuth, ainsi que sa traduction en français sont accessibles au public sur la place des Écritures à Figeac.
Une reproduction de la pierre a été présentée du 22 avril 2009 au 4 avril 2010, au Musée de la civilisation de Québec, dans le cadre de l'exposition Fascinantes momies d'Égypte.
[modifier] Bibliographie
[modifier] Sources récentes en français
- Didier Devauchelle, La Pierre de Rosette, Figeac, Alternatives - Musée Champollion (Figeac), 2003, 64 p. (ISBN 2862273805)
- Jean Leclant, « Champollion, la pierre de Rosette et le déchiffrement des hiéroglyphes », dans Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 116, no 3, 1972, p. 557-565 [texte intégral (page consultée le 30 janvier 2012)]
- Robert Solé et Dominique Valbelle, La Pierre de Rosette, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire », 1999, 230 p. (ISBN 2-02-061197-X)
[modifier] Ouvrages anciens
- Auteur anonyme, « ? », dans Courrier de l'Égypte, no 37, 15 septembre 1799
[modifier] Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Rosetta Stone » (voir la liste des auteurs)
- Bierbrier 1999, p. 111-113
- Parkinson et al. 1999, p. 23
- Synopsis 1847, p. 113–114
- Miller et al. 2000, p. 128–132
- Middleton et Klemm 2003, p. 207–208
- Fiche du British Museum
- Ray 2007, p. 3
- Parkinson et al. 1999, p. 28
- Parkinson et al 1999, p. 20
- Budge 1913, p. 2–3
- Budge 1894, p. 106
- Budge 1894, p. 109
- Parkinson et al. 1999, p. 26
- Parkinson et al 1999, p. 25
- Clarysse and Van der Veken 1983, p. 20–21
- Parkinson et al. 1999, p. 29
- Shaw et Nicholson 1995, p. 247
- Tyldesley 2006, p. 194
- Clayton 2006, p. 211
- Bevan 1927, p. 252–262
- Kitchen 1970, p. 59
- Parkinson 2005, p. 13
- Bevan 1927, p. 264–265
- Ray 2007, p. 136
- Parkinson et al 1999, p. 30
- Shaw 2000, p. 407
- Walker et Higgs 2001, p. 19
- Bagnall et Derow 2004
- Solé et Valbelle 1999, p. 7
- Solé et Valbelle 1999, p. 7, 8 et 9
- Solé et Valbelle 1999, p. 10, 11, 12
- Solé et Valbelle 1999, p. 13, 14
- Solé et Valbelle 1999, p. 15
- Solé et Valbelle 1999, p. 14 et 21
- Solé et Valbelle 1999, p. 17
- Solé et Valbelle 1999, p. 18
- Solé et Valbelle 1999, p. 19, 20
- Solé et Valbelle 1999, p. 23, 24
- Solé et Valbelle 1999, p. 45,46
- Solé et Valbelle 1999, p. 48
- Solé et Valbelle 1999, p. 53
- Solé et Valbelle 1999, p. 54, 55
- Solé et Valbelle 1999, p. 57
- Solé et Valbelle 1999, p. 58
