Pierre de La Brosse

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Pierre de la Brosse (ou parfois Pierre de la Broce), né vers 1230 et mort pendu le 30 juin 1278, est le grand chambellan pendant la première partie du règne de Philippe III le Hardi.

Une rapide ascension[modifier | modifier le code]

De la Brosse est, contrairement à ce qu'affirme la légende noire répandue après son exécution (qui prétend qu'il est de basse extraction), issu de la petite noblesse de Touraine. Son grand-père paternel est assez fortuné pour épouser une femme de la noblesse[1]. Son père est déjà au service de la monarchie avec le titre de sergent du roi[2].

En 1261 Pierre de la Brosse devient valet de chambre et chirurgien[3] au service du roi Saint Louis. Celui-ci, visiblement satisfait des services de Pierre, le fait sire de Nogent-l'Erembert, puis châtelain du roi en 1264 et chambellan en 1266[1]. Le frère de Pierre est panetier[4] au service du roi. La charge de chambellan est bien rémunérée (plus de 100 livres parisis par an). C'est un poste de confiance considérable. Ainsi c'est le chambellan qui débloque les fonds que le roi souhaite donner aux membres de la noblesse en dédommagement et gratification[1].

Pierre de la Brosse est aussi un proche de Philippe, le second fils de Louis IX, devenu l'héritier du trône après la mort de son frère aîné Louis. Le futur Philippe III est un homme influençable qui prête trop souvent l'oreille aux conseils de son entourage. Pierre de la Brosse va rapidement devenir un personnage essentiel pour le futur souverain. Ce dernier accompagne en 1270 la croisade lancée par Louis IX et qui se termine par la mort du roi[5], d'un de ses fils[6] ainsi que par le décès d'Isabelle d'Aragon[7], la première femme (enceinte de six mois) du nouveau souverain Philippe III. Pierre de la Brosse est nommé exécuteur testamentaire de cette dernière[8]. Le nouveau roi le désigne en outre comme membre d'un éventuel conseil de régence[9]. Il devient ainsi rapidement le favori du nouveau monarque, avec titre de grand chambellan, et en 1271 est promu au rang de garde des enfants royaux[10] avec Pierre d'Alençon le propre frère de Philippe III. À ces postes il accumule une fortune considérable, grâce aux largesses du roi qui le couvre de revenus et de fiefs, tels celui de Langeais[11] en Touraine, mais aussi grâce aux dons de ceux qui veulent profiter de son influence sur le souverain[12]. Philippe III lui octroie de nombreux biens - terres, rentes - à Nogent-le-Roi ainsi qu'en Béarn, Saintonge et Normandie. Il obtient même des possessions du roi Henri III en Angleterre[1].

Pour consolider cette ascension il recherche des alliances matrimoniales pour sa famille. Il est marié depuis 1255 à une femme de la petite noblesse, Philippa de Saint-Venant dont il a plusieurs enfants. En 1275 sa fille Isabelle est promise à un écuyer issu d'une famille de chambellans au service de la dynastie capétienne depuis plus d'un siècle et sa dernière fille, Amicie, doit se marier avec le sire de Beaugency. Certains projets avortent, comme l'union entre son fils aîné et une fille de la famille de Parthenay en 1274, mais son second fils devient, avec le soutien du roi, chanoine de Tours[1]. Son népotisme s'exerce aussi au profit de membres plus éloignés de sa famille. Pierre de Benais, un parent par alliance, devient évêque de Bayeux en 1276. Un autre parent, Philippe Barbe, est nommé bailli de Bourges.

Luttes d'influences autour du roi[modifier | modifier le code]

Cette rapide promotion sociale lui attire de nombreuses inimitiés au sein de la noblesse. Sa réussite insolente traduit en effet un certaine habileté personnelle mais surtout l'emprise totale qu'il possède sur le roi. Pour de nombreux barons de la cour le souverain doit s'appuyer sur les princes et nobles de son royaume et non sur des "parvenus"[1] issus de la Cour. Le chambellan bouscule la hiérarchie du royaume car devenu « quasi second après le roi ». Il impose son avis au conseil du roi (il porte le titre de « conseiller du roi » en 1275). Il faut cependant nuancer son influence car Philippe III consulte, pour les grande décisions politiques, les vieux conseillers de son père qu'il a maintenus en place mais il semble bien que l'avis de Pierre de la Brosse soit devenu prépondérant[1].

Son rôle dans la distribution des libéralités royales lui attire de nombreux ennemis et à partir de 1274 l'hostilité des barons devient ouverte. Le mariage du roi avec Marie de Brabant, une femme cultivée et brillante, affaiblit son crédit auprès du roi d'autant que la reine ne supporte pas l'affection du roi pour son chambellan[1],[13]. La rumeur va jusqu'à envisager une relation amoureuse entre le roi et son chambellan[14],[1]

La mort subite du fils aîné du roi, le prince Louis, en 1276, précipite le conflit. Pierre de la Brosse tente en effet de discréditer la reine. Il laisse entendre que celle-ci ne serait pas étrangère à la mort du prince et qu'elle prépare le terrain à son propre fils Louis de France qui vient de naître en éliminant les fils du premier lit. La reine, à laquelle le roi est très attaché, riposte en l'accusant de manipulation dans cette même affaire. Le roi semble-t-il hésite moins indigné de la calomnie de son protégé que des soupçons qui s'accumulent contre lui[1]. Pour sortir de ce mauvais pas Pierre de la Brosse tente de suborner[15] par l'intermédiaire de son cousin Pierre de Benais, l'évêque de Bayeux, une béguine [16] du diocèse de Liège qui prétend avoir des révélations sur la mort du jeune prince. Pierre de Benais tente de lui faire dire que la mort du prince est l'œuvre de la « clique brabançonne » qui entoure la reine. Mais en novembre 1277 la manœuvre du chambellan et de son cousin apparaît clairement lorsque l'évêque de Liège interroge à son tour la béguine.

La chute[modifier | modifier le code]

Cette implication du chambellan n’est semble-t-il pas suffisante pour le perdre aux yeux du roi, mais l’hostilité des grands barons est cette fois ouverte. Il ne faut pas oublier que plusieurs d’entre eux sont les débiteurs de Pierre de La Brosse (le comte Robert II d'Artois par exemple). L’affront fait à la reine par cette accusation calomnieuse a gravement offensé toute la haute noblesse. Mais pour convaincre Philippe III, il faut une accusation beaucoup plus grave, ce sera celle de « haute trahison ».

À l’été 1276 Philippe III lève un immense ost[17] afin d’envahir la Castille. Le roi de ce pays, Alphonse X, ne cesse de s’ingérer dans les affaires du royaume de Navarre dont la reine Jeanne est jeune et célibataire. Il y a donc un enjeu matrimonial que Philippe III compte emporter[18]. Un ost particulièrement important - que l’on nomme l’ost de Sauveterre, du nom de l’endroit ou il fut stoppé - est réuni et entame sa marche vers les Pyrénées. Brutalement et de façon assez incompréhensible pour les barons, le roi décide de négocier avec le souverain castillan. Certains crient à la trahison et pensent qu’on a fait croire au roi qu’Alphonse X voulait négocier. Quelques jours plus tard un messager, portant une boîte qui contient des lettres, expire dans un couvent. Cette boîte est marquée du sceau de Pierre de La Brosse. Transmise au roi, cette boîte prouve la collusion entre le roi castillan et le principal conseiller de Philippe III.

S’agit-il d’une trahison réelle ou d’un coup monté ? Impossible à dire mais l’affaire paraît rondement menée et il n’est pas improbable que les pièces à conviction aient été forgées par les barons de la cour[1]. Pierre de La Brosse est arrêté en janvier 1278 à Vincennes mais emprisonné loin de la capitale, à Janville dans la Beauce. Sans doute faut-il y voir une volonté de l’éloigner du roi afin que celui-ci ne tente pas une manœuvre pour sauver son chambellan. Il est pendu au gibet de Montfaucon le 30 juin, sans procès. Le fait qu’il soit pendu, tel un manant, n’est pas innocent. Ce supplice est dégradant et les nobles souhaitent ainsi montrer que, dans la mort, Pierre de La Brosse revient à sa condition de départ.

La chute du favori entraîne celle de son clan. Le bailli de Bourges est démis de ses fonctions et l’évêque de Bayeux, que la reine poursuit de sa vindicte, s’enfuit à Rome[19]. Ce n’est que sous le règne de Philippe le Bel que les descendants de Pierre de La Brosse retrouvent une partie de leurs biens.

De la Broce apparaît dans la Divine comédie (Purgatoire, Chant VI), avec les autres âmes de ceux qui, quoique absous, n’avaient pu faire leur dernière confession et repentance à cause d’une mort violente.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Franck Collard, Grandeur et décadence d'un conseiller du roi, L'Histoire, no 197, mars 1996, p. 51-54
  2. Ce titre correspond probablement à la garde d'une forteresse, vraisemblablement celle de Châtillon-sur-Indre.
  3. Chirurgien est une tâche assez proche de celle de barbier. Il soigne les plaies et les douleurs mais n'opère pas.
  4. Il s'agit d'une des fonctions de l'hôtel du roi parmi les plus prestigieuses et qui consiste à s'occuper de l'approvisionnement en pain de la table du roi.
  5. emporté par la dysenterie le 25 août 1270
  6. le comte de Nevers Jean Tristan, emporté par la dysenterie le 3 août 1270
  7. décédée suite à une chute de cheval
  8. Il était déjà l'un des cinq exécuteurs testamentaires de Saint-Louis
  9. octobre 1270
  10. dont le futur Philippe le Bel
  11. dont il devient seigneur en 1272
  12. Ainsi Robert II d'Artois lui octroie une rente de plus de 50 livres tournois (somme importante pour l'époque) sur le tonlieu d'Arras, Gui de Dampierre plus de 100 livres de revenus sur les foires de Lille et le roi de Sicile, Charles Ier d'Anjou, l'oncle du roi, tous les fiefs qu'il détient dans la châtellenie de Langeais vers 1273.
  13. Le fait que le roi préfère écouter Pierre de la Brosse, un parvenu aux yeux de la reine, au détriment des avis des barons dont le duc de Brabant, le propre frère de la reine, n'est pas étranger à cette hostilité.
  14. Le cas n'est pas unique à l'époque. Il suffit de songer à Édouard II, et son favori Hugues le Despenser.
  15. durant l'hiver 1276/1277
  16. un béguine est une femme, généralement veuve, qui abandonne tous ses biens afin de vivre dans la prière en communauté appelée "béguinage".
  17. appelé l’ost de Sauveterre du nom de l’endroit où il fut arrêté
  18. Jeanne finira par épouser en 1284 le fils aîné de Philippe III, le futur Philippe le Bel
  19. Il retrouve son évêché au début du règne de Philippe Le Bel.
  20. Gérard Sivéry, Marguerite de Provence : Une reine au temps des cathédrales, Fayard,‎ 1987, 286 p. (ISBN 978-2-2136-4782-1, présentation en ligne), p. 4-5 (chapitre X)