Pierre de Celle

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Pierre de Celle
Biographie
Naissance vers 1115
Troyes
Décès 1183
Chartres
Évêque de l’Église catholique
évêque de Chartres
1181 – 1183
Précédent Jean de Salisbury Renaud de Bar Suivant
Autres fonctions
Fonction religieuse
abbé de Saint-Rémi (1162)
Fonction laïque
professeur de la faculté des arts de Paris (1145).

Pierre de Celle (ou Pierre de la Celle, latinisé en Petrus Cellensis) né à Troyes au début du XIIe siècle et mort à Chartres en 1183, est un moine bénédictin.

En 1145, il devient abbé du monastère de La Celle, près de Troyes, puis en 1161 ou 1162 abbé de Saint-Remi à Reims, où il rencontre Jean de Salisbury. Il succède à ce dernier comme évêque de Chartres en 1181.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre de Celle naquit vers 1115 en Champagne, dans la famille noble des seigneurs d'Aulnoy-les-Minimes près de Provins, lointainement apparentée à la maison royale de France. Encore jeune homme, il choisit d'entrer au cloître et se décida pour les Clunisiens de Saint-Martin-des-Champs à Paris. C'est là qu'il fit connaissance de Jean de Salisbury, futur évêque de Chartres, ils étudièrent ensemble sur la Montagne Sainte-Geneviève et restèrent amis toute la vie.

Après quelques années d'études, Pierre se rendit aux arguments des partisans de la réforme grégorienne ; il renonça à l'école de Paris devenue trop mondaine et devint moine bénédictin : « Ô Paris, comme tu es fait pour séduire les esprits et les décevoir. C'est chez toi que résident les réseaux du vice et les chausse-trapes du Malin ; c'est chez toi que la flèche de l'enfer traverse les cœurs des insensés... » C'est ce qu'il écrivait, saisi d'horreur, dans l'une de ses lettres. À cette époque, précisément, Pierre de Celle se liait aussi d'amitié avec Goswin d'Anchin, élève et futur adversaire d'Abélard.

Après son temps d'étude à Paris, Pierre entra au couvent bénédictin de Montier-la-Celle, à quelques kilomètres au sud-ouest de Troyes en Champagne, couvent où probablement il avait déjà passé son enfance et auquel il dut le surnom qu'il porterait plus tard de Cellensis ou de Celle. Vers 1145 il en devint l'abbé et c'est à l'époque de son abbatiat qu'il entra en relation avec les plus grandes figures de son temps. Entre autres il se lia également d'amitié avec Bernard de Clairvaux dont l'ordre cistercien suscita chez lui une grande admiration, et par la suite les deux couvents collaborèrent dans des entreprises communes. Pour l'évêque Thibaud de Paris, qu'il avait connu en personne au temps où il était prieur de Saint-Martin-des-Champs, il composa à sa demande certains sermons.

En 1148, Jean de Salisbury rendit visite à son ami à Montier-la-Celle, et y resta pendant un bon moment après avoir abandonné son poste d'enseignant en arts libéraux à Paris ; il fut ordonné prêtre en 1147. Avec l'aide de Bernard de Clairvaux, Pierre s'entremit en faveur de Jean auprès de l'archevêque de Cantorbéry, Thibaut du Bec, qui le prit immédiatement à son service. Les lettres de Pierre qui datent de cette époque nous donnent une image vivante de ses diverses activités et de ses contacts variés : il ne cessait de correspondre avec Jean de Salisbury, Thomas Becket, l'archevêque Eskil de Lund, sans parler des papes Eugène III et Alexandre III.

Parmi ceux qui lui étaient les plus proches on compte aussi l'évêque Henri de Beauvais. C'était là aussi une connaissance qui remontait au temps où il avait fait ses études à Paris. Henri était le propre fils du roi Louis VI et de la reine Adèle de Savoie ; il avait été dès son enfance préparé à une haute carrière ecclésiastique. Il avait commencé son ascension dans la hiérarchie de l'église comme chanoine du chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Paris, à laquelle il appartint comme sous-diacre jusqu'en 1136. En 1145, il devint archidiacre de la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, puis abbé titulaire de tous les monastères dépendant en propre du roi, qui étaient au nombre de sept. Un cours intermède s'ensuivit comme moine cistercien sous Bernard de Clairvaux ; c'est à cette occasion qu'il fit la connaissance du pape Eugène III. En 1147 - selon certaines sources seulement en 1149 - il fut élu évêque de Beauvais par le clergé local. Cet épiscopat fut troublé par de graves querelles avec le peuple et le chapitre de Beauvais et avec son frère monté entre-temps sur le trône. À ce moment Pierre de Celle était aux côtés de son ami Henri pour le conseiller.

Par la suite, en 1162, Henri fut, sans qu'on s'y attendît, choisi comme nouvel archevêque de Reims. Cette même année, il emena avec lui Pierre de Celle et lui donna l'abbatiat le plus renommé de la ville. Pierre devint abbé du vénérable monastère de Saint-Rémi à Reims ; c'est là que jadis le premier roi mérovingien, Clovis Ier, avait été baptisé et avait été oint avec l'huile légendaire de la Sainte Ampoule. Pierre de Celle dirigea le couvent en tant qu'abbé pendant dix-neuf ans - jusqu'en 1181. En sa qualité de vicaire, il remplaçait le métropolitain de Reims pendant son absence.

Même en cette époque Jean de Salisbury rendait encore visite à son ami l'abbé. C'est là, à Reims, qu'il aurait écrit son Historia Pontificalis avant d'être élu à l'évêché de Chartres en 1176 à l'instigation de l'archevêque Guillaume de Sens et du roi Louis VII.

Sous l'égide de Pierre de Celle eut lieu la réorganisation architecturale et l'agrandissement du cloître Saint-Rémi à Reims. Afin de créer de la place pour accueillir les nombreux groupes de pèlerins, le vieux portail roman fut démoli et remplacé par un nouveau, de style gothique. La nef fut prolongée en outre de deux travées voûtées. La particularité stylistique d'un triforium sans fenêtre caractérise de façon typique cette phase de construction. Désormais, également, un nouveau chœur plus profond avec un déambulatoire et cinq absides remplaçait le vieux bâtiment du chœur - construit en style champenois. Si l'on fait abstraction des graves dommages causés par la Seconde Guerre mondiale, Saint-Rémi se présente toujours sous la même forme architecturale que celle qu'avait imaginée autrefois Pierre de Celle.

En 1182 la vie du vieil l'abbé connut une nouvelle fois une tournure surprenante ; depuis plusieurs années déjà il souffrait de graves maladies : des calculs rénaux accompagnés de goutte - il n'en fut pas moins appelé à succéder sur le siège de Chartres à son ami Jean de Salisbury qui était mort en octobre 1180 et le pape Lucius III approuva la nomination. Ce choix surprenait, puisque dès 1178, Pierre n'avait pas été inclus dans la nouvelle promotion de cardinaux : la maladie l'avait empêché de participer au troisième concile du Latran.

Après son élection comme évêque de Chartres, cependant, Pierre se mit au travail avec énergie : à ses frais il fit entourer Chartres d'un mur fortifié, ce qui lui a valu la reconnaissance des habitants. Mais il ne lui fut pas permis de rester longtemps comme primat de la cathédrale de Chartres. Le 19 ou 20 février 1183 (1182 si l'on fait commencer l'année à Pâques), l'ancien abbé mourut des suites d'une brève maladie. À l'occasion du cortège funèbre, les habitants de Chartres auraient embrassé son corps – tant l'évêque était populaire. Il fut enterré dans l'abbaye Saint-Josaphat aux côtés de Jean de Salisbury.

Notes et références[modifier | modifier le code]