Pierre d'Alcántara

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Saint Pierre d'Alcantara (Juan de Sanabria) est né en 1499 à Alcantara, et mort le à Arenas (Espagne). Sa personnalité austère reste associée à la réforme des franciscains et à celle des carmélites. Ce représentant du Siècle d'Or espagnol a été canonisé par le pape Clément IX, le 28 avril 1669.

Saint Pierre d'Alcantara (statue du Vatican)

Biographie[modifier | modifier le code]

Les années de formation[modifier | modifier le code]

Juan de Sanabria est né à Alcantara en 1499. Son père, Pedro Alonso Garavito, juriste de formation est régidor de la ville. À la mort de celui-ci en 1507, sa mère, Maria Vilela de Sanabria, qui provient d'une famille aisée, se remarie. Quant à Juan, après avoir étudié la grammaire dans sa cité natale, il se rend à Salamanque pour y compléter sa formation à l'université. Entre 1511 et 1515, il se consacre successivement aux arts libéraux, à la philosophie et au droit canon. En 1515, il est admis chez les franciscains de la custodie du Santo Evangelico, fondée en 1502 par Juan de Guadalupe, laquelle dépendait des Conventuels de la province de Santiago[1]. Pour commencer, Juan accomplit son noviciat, sous la direction de Francisco de Fregnal, à Caceres, au couvent San Francisco de los Majaretes, dont son oncle, Miguel Roco, est le gardien (= supérieur). À sa profession religieuse, il reçoit le nom de Pedro, auquel on ajoute, selon la coutume franciscaine, le lieu d'origine. Il poursuit alors sa formation ecclésiastiques à Majaretes, puis à Belvis de Monroy. En 1522, il est ordonné sous-diacre, en 1523 diacre, et prêtre en 1524[2].

Le contexte franciscain[modifier | modifier le code]

Saint Pierre Apôtre et saint François d'Assise (par Luis Tristan)

Pour comprendre la situation complexe de l'ordre franciscain à l'époque du saint, il paraît utile de rappeler brièvement qu'à la fin du Moyen Âge, cet ordre est traversé par un désir de réforme, qui provoque en son sein une division entre les Conventuels, attachés aux traditions en vigueur, et ceux qui deviendront les Observants, désireux d'une application plus rigoureuse de la règle. En 1517, le pape Léon X, par la bulle Ite et vos in vineam, regroupe tous les essais de réforme sous l'appellation d'Observance, sépare les Observants des Conventuels, et confie la juridiction de l'Ordre au ministre général des premiers. C'est ainsi que le couvent où était entré Pierre en 1515, s'est trouvé rattaché, en 1517, à l'Observance de la province de Santiago[2]. Attestés dès 1480, les Observants espagnols, appelés aussi déchaussés (parce qu'ils proviennent d'une branche italienne réformée ainsi dénommée), prendront, à la mort de Pierre d'Alcantara, le nom d'Alcantarins, en hommage au saint qui avait réussi à réconcilier, dans une même réforme (1577), les deux tendances religieuses. Ils formeront ainsi l'une des subdivisions, à l'intérieur de l'Observance, du mouvement dit "de la stricte Observance"[3].

Dans la province de San Gabriel[modifier | modifier le code]

Les apparitions de saint Jean de Capistran à saint Pierre d'Alcántara (par Luca Giordano)

Jusqu'en 1557, Pedro fera partie de la province de San Gabriel, la custodie d'Estrémadure ayant été rattachée à celle-ci durant le chapitre provincial des Observants de Santiago, en 1519. Dans cette province, on le retrouve successivement gardien des couvents de Robledillo, Gata, Bradajoz, La Lapa et Plasencia. Il est ensuite appelé à de plus hautes responsabilités : Clément VII l'établit procureur de certaines maisons; il est nommé définiteur en 1535, 1544 et 1551, et provincial de 1538 à 1541, non sans avoir été pressenti pour la charge à trois autres reprises. Par deux fois, en 1540 et 1552, il est élu comme représentant au chapitre général de l'ordre. C'est à l'une de ces occasions que, retenu à Barcelone par la maladie, il rencontrera le jésuite saint François de Borgia. Dans le même temps, Pedro fonde les couvents de Villanueva del Fresno (1538), Tabladilla et Valverde de Leganès (1540). Il voyage également à l'étranger : probablement à Nice pour le chapitre général de 1535, et à Rome, où il aurait été reçu par Jules III en 1554; mais c'est surtout au Portugal qu'il se plaît à séjourner, tantôt pour aider son parent Martin de Santa Maria Benarides à fonder la custodie observante de l'Arrélida (1539), tantôt pour assurer les fonctions de gardien et de maître des novices à Palhaes (de 1542 à 1544), sans compter d'autres séjours entre 1548 et 1557[2].

Dans la province de San José[modifier | modifier le code]

À partir de 1557, Pedro relèvera de la custodie de San José, pour laquelle il obtiendra du pape Pie IV le rang de province, en 1561. Dès 1555, en effet, il avait demandé la permission de se retirer dans la solitude, à Santa Cruz de Paniagua (Caceres), où il avait fait la connaissance de Juan Pascual, fondateur de la custodie de San Simon en Galice, qui dépendait de Santiago. Deux ans plus tard, à la mort de celui-ci, il lui succède comme Commissaire général des Conventuels réformés. La même année, il fonde le couvent du Pedroso de Acim (Concepción del Palancar), celui du Tiers-Ordre féminin régulier à Jerez de los Caballeros (Badajoz), en 1558[4], et encore ceux d'Aldea de Palo et d'Arenas, en 1561. Après avoir assisté à un ultime chapitre général en 1559, Pedro meurt chez son médecin, à Arenas, le 18 octobre 1562[2]. Organisateur de la vie consacrée et animateur de la vie intérieure, il aura rénové le franciscanisme espagnol, en développant de petites communautés de huit religieux, très pauvres et très austères, qui ne consacraient pas moins de trois heures par jour à l'oraison[5].

Le témoignage de Thérèse d'Avila[modifier | modifier le code]

Tableau représentant un saint auréolé et chauve, donnant la communion à Thérèse agenouillée.
Saint Pierre d'Alcántara donnant la communion à sainte Thérèse d’Avila (par Livio Mehus)

Vers 1560,sainte Thérèse d'Avila fait la connaissance de Pierre d'Alcantara. Comme elle s'en explique dans son autobiographie, cette rencontre, à l'aube de ses grands réalisations pour le Carmel, devait marquer toute son existence[6]. C'est d'abord à l'expert en spiritualité qu'elle s'adresse, et celui-ci lui garantit l'authenticité de ses premières expériences mystiques. Une autre fois, c'est l'organisateur de la vie religieuse, qui la soutient dans son projet de fonder à Avila un monastère réformé, où se pratiquerait la pauvreté, la solitude et le silence, c'est-à-dire d'emprunter une orientation ascétique analogue à celle adoptée par les franciscains. Le récit de ces rencontres fournit d'ailleurs à la sainte l'occasion de brosser un portrait assez impressionnant, voire effrayant, de Pierre d'Alcantara. Sans doute s'agissait-il tout à la fois de montrer la conformité du saint aux plus rudes exigences de la réforme, et de préparer sa canonisation, dont le procès s'ouvrira à Arenas en 1601. C'est ainsi que Thérèse affirme avoir bénéficié de la vision posthume de son conseiller, nimbé de la gloire céleste que lui avait value une vie de pénitence. Une certaine outrance de l'hagiographie baroque ne doit pas faire oublier les vertus plus accessibles de Pierre, car celui-ci fut, avant tout, calme et prudent, pauvre et généreux, disponible et obéissant, humble et magnanime, pénitent et accueillant[2].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de saint Pierre d'Alcantara[modifier | modifier le code]

  • Tratado de la oracion y meditation.
  • Super psalmum Miserere (1561).
  • Constituciones de la province de San Gabriel (1540).
  • Constituciones de la province de San José (1561-1562).
  • 12 Lettres.

Études sur saint Pierre d'Alcantara[modifier | modifier le code]

  • M. Acebal Lujan, Pierre d'Alcantara (saint), in Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique, fascicules LXXX-LXXXI-LXXXII, Paris, Beauchesne, 1985, p. 1489-1495.
  • O. Englebert, Saint Pierre d'Alcantara, in La fleur des saints, Paris, Albin Michel, 1984, pp. 339-340.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. M. Acebal Lujan, Pierre d'Alcantara (saint), p. 1489-1495, in Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique, fascicules LXXX-LXXXI-LXXXII, Paris, Beauchesne, 1985, p. 1489.
  2. a, b, c, d et e M. Acebal Lujan, op. cit., p. 1490.
  3. A. Rotzetter, W. Van Dijk, T. Matura, "Un chemin d'évangile, l'esprit franciscain hier et aujourd'hui, Paris, Médiaspaul et Editions paulines, 1982, p. 164.
  4. M. Acebal Lujàn, op. cit., p. 1490.
  5. O. Englebert, "Saint Pierre d'Alcantara", pp. 339-340, in "La fleur des saints", Paris, Albin Michel, 1984, p. 339.
  6. "Vie de sainte Thérèse écrite par elle-même", chapitre XXVII.