Pierre d'Ailly

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Pierre d'Ailly
Image illustrative de l'article Pierre d'Ailly
Pierre d'Ailly
Biographie
Naissance 1351
à Compiègne (France)
Décès 9 août 1420
en Avignon (France)
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
1411 par
l'antipape Jean XXIII
Évêque de l’Église catholique
Évêque d'Orange
1413 – 1420
Précédent Pierre de la Manhania Guillaume IX Suivant
Évêque de Limoges
1396 – 1411
Précédent André de Luxembourg Jean V de Gavere Suivant
Évêque de Cambrai
1395 – 1397
Précédent Ithier de Martreuil Elias de L'Estrange Suivant
Évêque du Puy-en-Velay

Blason

Pierre d'Ailly (en latin : Petrus de Alliarco), né à Compiègne en 1351 et mort à Avignon le 9 août 1420, est un cardinal français fort influent de son temps et un auteur universitaire prolixe.

Il laisse plus de 170 ouvrages ou opuscules. Il a exercé une grande influence en philosophie, théologie, cosmographie et astrologie, mais il fut éclipsé par son disciple, Jean Gerson. Aujourd'hui un lycée compiégnois porte son nom en hommage au passé universitaire de l'homme.

L'universitaire[modifier | modifier le code]

Né en 1351 dans une famille bourgeoise aisée de Compiègne (son père était un boucher prospère), Pierre d’Ailly fit ses études à l'université de Paris en étant boursier au Collège de Navarre à partir de 1364. Il était bachelier quand éclata le Grand Schisme, en 1378. Dès le début du schisme, Pierre d’Ailly se fit connaître par sa Lettre du démon Léviathan, qui réclamait la convocation d’un concile général pour mettre fin au schisme.

Docteur en théologie en 1381, grand maître du collège de Navarre en 1384 puis aumônier du roi Charles VI, il devint un personnage influent. Pour s’en faire un allié, Clément VII le nomma Chancelier de l'Université de Paris en 1389. Il fut alors le maître de Jean de Gerson qui sera son disciple préféré et deviendra son ami et successeur en tant que chancelier de l’université.

Le prélat[modifier | modifier le code]

Cardinal Pierre d'Ailly

Ayant pris le parti de l'antipape d’Avignon Benoît XIII (dans le contexte du Grand Schisme d'Occident), ce dernier le nomma évêque du Puy (1395) avant de le transférer à Noyon (1396) puis à Cambrai (1397). Intervenant dans le conflit entre les Bourguignons et les Armagnacs, il s’attira l’hostilité des premiers qui lui interdirent l’accès de la capitale lorsqu’ils s’en emparèrent (en la dévastant) en 1418.

Nommé cardinal au titre de San Crisogono en 1411 par l’antipape Jean XXIII, puis légat pontifical en Allemagne (1413), il n’hésita cependant pas à abandonner son protecteur lors du concile de Constance (1414-1418) au cours duquel il joue un rôle capital en favorisant la nomination de Martin V (qui rétablit l’unité de l’Église) et en obtenant la condamnation de Jean Hus (dont la doctrine lui semble menacer autant l’Église que la société civile). En 1418, le nouveau pape l’envoie à Avignon pour y être légat pontifical. Il y meurt le 9 août 1420.

Pierre d’Ailly fut un champion du cumul des charges ecclésiastiques. Il avait obtenu de Benoît XIII le droit de cumuler les bénéfices qu’il avait déjà et ceux qu’il pourrait avoir, et il tint jusqu’à quatorze bénéfices à la fois. Il fut, successivement ou simultanément, chanoine de Soissons, chanoine de Noyon, chantre de Noyon, chancelier de l’université de Paris, chanoine de Saint-Clément de Compiègne, chanoine de Rouen, chanoine de Bayeux, chantre de Rouen, trésorier de Noyon, trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, évêque du Puy-en-Velay, de Noyon[réf. nécessaire], de Cambrai, de Limoges, d’Orange et chanoine de Cambrai. Pierre d’Ailly eut en outre deux bénéfices en Lorraine : il fut de 1413 à 1420 chanoine et archidiacre de Port dans l’église de Toul, et de 1414 à 1417[1] grand prévôt de la collégiale de Saint-Dié à Saint-Dié-des-Vosges.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Sa doctrine[modifier | modifier le code]

Si l’importance de Pierre d’Ailly est incontestable dans l’histoire de son siècle, elle l’est peut-être un peu moins dans celle de la philosophie (ce constat n’est sans doute pas définitif car son œuvre énorme n'est encore que partiellement éditée et donc mal connue). Écrivain infatigable, on ne lui attribue pas moins de 174 œuvres (livres, traités, lettres, sermons, couvrant une grande variété de sujets).

Sur le plan philosophique et théologique, Pierre d’Ailly est un représentant du nominalisme ockhamiste de l’université de Paris du XIVe siècle. Son ouvrage le plus intéressant dans ce domaine est son commentaire des Sentences de Pierre Lombard (Quæstiones super Sententias) dans lequel il soumet les dogmes de la foi à une analyse logique, en s’appuyant notamment sur ses prédécesseurs Guillaume d’Ockham, Jean de Mirecourt et Grégoire de Rimini. Il y reprend la distinction entre la puissance absolue de Dieu (uniquement limitée par le principe de non-contradiction) et sa puissance ordonnée (conforme à l’ordre du monde voulu par Lui). Aussi y a-t-il des évidences absolues, qui sont en petit nombre, et des évidences conditionnées, qui sont toujours soumises à la possible intervention de la puissance divine absolue.

Le 1er mars 1474, par l'édit de Senlis, Louis XI interdit l'enseignement des « rénovateurs » : « Guillaume d'Ockham, Jean de Mirecourt, Grégoire de Rimini, Jean Buridan, Pierre d'Ailly, Marsile d'Inghen, Adam Dorp, Albert de Saxe et leurs semblables (les autres Nominaux) ». L'interdiction de lire « tous les livres des Nominaux » fut levée par Louis XI en avril 1481. Il semble que la crainte portait sur « l'erreur » de disciples de Guillaume d'Ockham jugeant que « la vérité d'une proposition doit être jugée sur le seul critère du sens littéral des mots », ce qui met en péril les propositions de la Bible ou des autorités[2].

Parmi les œuvres philosophiques de Pierre d’Ailly, citons encore le Tractatus de anima. Cependant, la plus grande partie de ses écrits est relative au Grand Schisme et à la réforme de l’Église (comme le Tractatus de materia concilii generatis et le Tractatus de reformatione Ecclesiæ, etc.). Il s’y montre partisan de la primauté du concile sur le pape.

Le vulgarisateur scientifique[modifier | modifier le code]

Pierre d’Ailly est aussi l’auteur de plusieurs écrits de vulgarisation scientifique (essentiellement de cosmographie), parmi lesquels son célèbre ouvrage géographique et encyclopédique (dans la tradition de ceux d’Honorius Augustodunensis et de Gossuin de Metz), l’Imago mundi (vers 1410), célèbre en raison du rôle qu'il a joué dans la découverte des Indes occidentales : Christophe Colomb en possédait en effet un exemplaire qu’il annota consciencieusement. Le huitième chapitre de l’Imago mundi, qui insiste sur l’étroitesse de l’océan atlantique, semble avoir particulièrement marqué Christophe Colomb et l’avoir fortifié dans son dessein.

Astrologie[modifier | modifier le code]

Pierre d'Ailly, dit Petrus de Alliaco

D’autre part, à la différence de son maître Nicole Oresme et de son élève Jean Gerson, Pierre d’Ailly était persuadé de l’influence astrale sur le cours des évènements. Il s’appuya sur la théorie des grandes conjonctions pour montrer l’accord entre l’astrologie et l’histoire d’une part, et entre l’astrologie et la théologie d’autre part. Son Tractatus de concordantia theologie et astronomie, composé à Toul en 1414, traite ainsi des rapports entre l’astrologie et la théologie.

L’interprétation de certains passages de ses écrits astrologiques valurent à Pierre d’Ailly d’être présenté par certains auteurs comme ayant annoncé la Réforme luthérienne ou la Révolution française.

Dans le débat de son temps sur l’astrologie, Pierre d'Ailly tient une position nuancée. Il estime que l’influence des astres n’est pas incompatible avec le libre arbitre des hommes et la toute-puissance de Dieu. Dans son De concordia astronomice veritatis et narrationis historice, le cardinal étudie la concordance des mouvements des astres avec le déroulement de l’histoire. Il s’attache en particulier à Saturne, Jupiter et Mars. La conjonction de ces trois planètes est extrêmement rare ; elle se produisit en 1346, précédant de peu la peste qui s’abattit sur l’Occident, tuant un tiers de la population. Quant à la conjonction de Saturne et de Jupiter dans le signe du Bélier, elle a lieu tous les neuf cent soixante ans. Pierre d’Ailly écrit qu’elle se produira vers 1693. Le cycle le plus court est celui de la révolution de Saturne, qui dure trente ans ; Pierre d’Ailly fait correspondre en particulier le cycle de dix révolutions de Saturne, soit trois cents ans, avec de grands événements, en 889 et 1189. Il annonce de grands changements pour 1489, et il note pour 1789 : « Si le monde dure encore jusqu’à cette année-là, ce que Dieu seul sait, il y aura alors de grands, nombreux et étonnants changements dans le monde, principalement dans la loi et la religion […] Peut-être que l’Antéchrist viendra à ce moment-là, avec sa loi et doctrine détestable, en tout contraire à la loi du Christ. En effet, même si l’homme ne peut connaître avec certitude le moment précis de sa venue, comme nous l’avons dit par ailleurs, l’astronomie peut permettre cependant, sans donner de date exacte, de conjecturer avec vraisemblance qu’il viendra vers cette époque ».

Réforme du calendrier[modifier | modifier le code]

Pierre d'Ailly s’intéressa aussi à la réforme du calendrier julien. Il proposa une réforme pour supprimer le décalage entre l’année civile et l’année astronomique, mais l’Église avait alors d’autres soucis urgents et la réforme du calendrier ne serait adoptée qu’en 1582 par le pape Grégoire XIII.

On possède encore de lui des lettres, des sermons (en latin et en français), ainsi que quelques œuvres poétiques en français.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les grandes heures de la Lorraine, par Michel Perrin, p. 109.
  2. Zénon Kaluza, « Le statut du 25 septembre 1339 et l'ordonnance du 2 septembre 1276 », in O. Pluta (éd.), Die Philosophie im 14 und 15 Jahrhundhert, Amsterdam et Philadelphie, Grüner, p. 343-351 ; « La crise des années 1474-1482. L'interdiction du nominalisme par Louis XI », in M. J. F. M. Hoenen et alii, Philosophy and Learning…, 1995, p. 293-327 ; "Les étapes d'une controverse. Les nominalistes et les réalistes parisiens de 1339 à 1482", in A. Le Boulluec (édi.), La controverse religieuse et ses formes, Cerf, 1995, p. 297-317.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • De concordia astronomice veritatis et narrationis historice (De l'accord de la vérité de l'astronomie avec la narration de l'histoire) (1414). Astrologie, théorie des cycles. Texte latin en ligne [1]
  • Destructiones modorum significandi, éd. L. Kaczmarek, Amsterdam, 1994.
  • Imago mundi (Image du Monde) (1410), texte latin et trad. fr. : 4 traités cosmographiques, Maisonneuve Frères, 1930, 3 t. Trad. : Ymago mundi de Pierre d'Ailly. Texte latin et traduction française des quatre traités cosmographiques de Pierre d'Ailly et des notes marginales de Christophe Colomb, trad. E. Buron, Paris, Maisonneuve, 3 vol., 1930. Recueil de textes géographiques, qui inspira Christophe Colomb.
  • Quaestiones super libros Sententiarum (Commentaire sur les Sentences, 1376-1377), Minerva, Francfort-sur-le-Main, 1968 (réimpression anastatique de l'édition de 1490). Commentaire des Sentences de Pierre Lombard, défense du nominalisme dans la querelle des universaux.
  • Tractatus de anima (Traité de l'âme), éd. O. Pluta, Die philosophische Psychologie des Peter von Ailly, Amsterdam, 1987.
  • Tractatus de concordantia theologie et astronomie (Traité de la concordance de la théologie avec l'astronomie) (1414). Astrologie. Texte latin en ligne [2]
  • Tractatus super De consolatione philosophiae (Traité sur La consolation de la philosophie, de Boèce), éd. M. Chappuis, Amsterdam, 1988.

Études[modifier | modifier le code]

  • J.-Ph. Begne, « Exégèse et astrologie : à propos d’un ouvrage inédit de Pierre d’Ailly » dans Revue des sciences ecclésiastiques, no 92, 1905, p. 445-460 et 494-508 ; tiré à part, Lille, 1906.
  • E. Buron, Ymago mundi de Pierre d’Ailly, cardinal de Cambrai et chancelier de l’université de Paris (1350-1420) : texte latin et traduction française des quatre traités cosmographiques de d’Ailly et des notes marginales de Christophe Colomb ; étude sur les sources de l’auteur, Paris, 1930, 3 vol.
  • Marguerite Chappuis, Le traité de Pierre d'Ailly sur la Consolation de Boèce, Qu. 1. Amsterdam: Grüner, 1993 (= Bochumer Studien zur Philosophie, 20)
  • A. Dinaux, Notice historique et littéraire sur le cardinal Pierre d’Ailly, évêque de Cambrai au XVe siècle, Cambrai, 1824.
  • Klaus D. Dutz et Peter Schmitter (éd.): Fallstudien zur Historiographie der Linguistik: Heraklit, d'Ailly und Leibniz. 2., durchges. Aufl. Münster: Inst. für Allg. Sprachwiss. 1985. (ISBN 3-89083-502-3)
  • P.-N. Grenier, « Pierre d’Ailly ou d’Ally », dans Analecta juris pontificii, 1876, col. 897-915.
  • Bernard Guenée, Entre l’Église et l’État : quatre vies de prélats français de la fin du Moyen Âge, Paris, 1987, p. 125-299, 442-447 (bibliographie) et 461-477 (notes).
  • L. A. Kennedy, Peter of Ailly and the harvest of fourteenth-century philosophy, Lewiston, Mellen Press, 1986.
  • Bernhard Meller: Studien zur Erkenntnislehre des Peter von Ailly. Beigefügt: Aillys Traktat De materia concilii generalis. Freiburg: Herder 1954. (Freiburger theologische Studien; 67)
  • F. Oakley, The political thought of Pierre d’Ailly : the voluntarist tradition, New Haven / Londres, 1964 (Yale historical publications, Miscellany, 81).
  • Gilbert Ouy, « Pierre d’Ailly », dans Dictionnaire des lettres françaises : le Moyen Âge, dir. G. Grente, nouv. éd., dir. G. Hasenohr et M. Zink, Paris, 1992 (Encyclopédies d’aujourd’hui), p. 1155-1158.
  • Gilbert Ouy: Le recueil epistolaire autographe de Pierre d’Ailly et les notes d'Italie de Jean de Montreuil, Cambrai 940, Vat. Reg. Lat. 689A, Vat. Reg. Lat. 1653. Amsterdam 1966 (= (Umbrae codicum occidentalium; 9)
  • Pierre d’Ailly, évêque de Cambrai (1351-1420), et l’image du monde au XVe siècle [Exposition, Cambrai, médiathèque municipale, 1992-1993], Cambrai, 1992.
  • Olaf Pluta (éd.), Die philosophische Psychologie des Peter von Ailly: ein Beitrag zur Geschichte der Philosophie des späten Mittelalters. (=Tractatus de anima). Amsterdam: Grüner 1987. (Bochumer Studien zur Philosophie; Bd. 6) (ISBN 90-6032-275-4)
  • L. Salembier, « Bibliographie des œuvres du cardinal Pierre d’Ailly, évêque de Cambrai (1350-1420) », dans Le bibliographe moderne, 1908, p. 160-170.
  • L. Salembier, Le cardinal Pierre d’Ailly, chancelier de l’université de Paris, évêque du Puy et de Cambrai (1350-1420), Tourcoing, 1932.
  • L. Salembier, Petrus de Alliaco, Lille, 1886 (thèse de doctorat présentée à faculté de théologie de l’univ. de Lille).
  • L. Salembier, Un évêque de Cambrai et la découverte de l’Amérique, Lille, 1892.
  • L.A. Smoller, History, prophecy, and the stars : the christian astrology of Pierre d’Ailly, Princeton (N. J.), Princeton University Press, 1994.
  • P. Tschackert, Peter von Ailli (Petrus de Alliaco) : zur Geschichte des grossen abendländischen Schisma und der Reformconcilien von Pisa und Constanz, Gotha, 1877 ; réimpression, Amsterdam 1968.
  • Damien Vaisse, « Un traité d’astrologie écrit à Toul en 1414 : le Tractatus de concordantia theologie et astronomie de Pierre d’Ailly », Études touloises, no 95. Lire en ligne(pdf)
  • Monica Calma, Pierre d'Ailly : Le commentaire sur les Sentences, in: Bulletin de Philosophie Médiévale, no 49 (2007) p. 139-194 ; Lire en ligne
  • Ch. M. Bellitto, ‘Per viam rationis … per legem vite. Pierre d’Ailly and the Last of the Fathers’, Cistercian Studies Quarterly, 44 (2009), p. 65-76.
  • Monica Calma, La connaissance philosophique de la Trinité selon Pierre d’Ailly et la fortune médiévale de la proposition Monas genuit monadem, Przeglad Tomistyczny 15 (2009), p. 121-147.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]