Pierre-Victor de Besenval de Brünstatt

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Pierre Victor de Besenval de Brünstatt
Le baron de Besenval par Jean-Marc Nattier, 1766.
Le baron de Besenval par Jean-Marc Nattier, 1766.

Naissance 14 octobre 1721
Soleure
Décès 2 juin 1791
Paris
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Grade Lieutenant-général
Distinctions Ordre de Saint-Louis (grand-croix)
Autres fonctions Aide de camp du duc d'Orléans

Pierre Victor, baron de Besenval de Brünstatt, né à Soleure (Suisse) le 14 octobre 1721 et mort à Paris le 2 juin 1791, est un écrivain, courtisan et militaire d'origine suisse au service de la France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le baron de Besenval dans son salon de compagnie, par Henri-Pierre Danloux, 1791, huile sur toile, 46,5 × 37 cm, Londres, National Gallery.

Pierre Victor de Besenval de Brünstatt est le fils de Jean Victor de Besenval de Brünstatt, colonel au régiment des Gardes suisses, issu d'une famille originaire de Torgnon (Vallée d'Aoste) qui s'était élevée au service de Louis XIV et avait reçu de l'Empereur Léopold Ier un titre de baron du Saint-Empire, et de Catherine Biélinska (Katarzyna Bielińska), fille de Kazimierz Ludwik Bieliński et sœur de François Bieliński, tous deux maréchaux de la Couronne en Pologne sous le règne de Stanislas Leszczyński, où son père avait été ambassadeur. Mme de Besenval devient du jour au lendemain un personnage important à la Cour de France lorsque Louis XV épouse Marie Leszczyńska. La terre de Brünstatt en Alsace est alors érigée en baronnie.

À dix ans, Pierre Victor de Besenval de Brünsttatt entre comme cadet au régiment des Gardes Suisses dont son père est devenu colonel. Il sert avec distinction dans l'armée du Rhin au cours des campagnes de 1734 et 1735 et est nommé capitaine en 1738 puis brigadier en 1747. Aide de camp du duc d'Orléans en 1757, il est nommé maréchal de camp en 1758, au début de la guerre de Sept Ans. Il se distingue à la bataille de Clostercamp.

Malgré sa grâce, son élégance et ses grands airs, il n'hésite pas à payer de sa personne et à monter le premier à l'assaut, insouciant du danger et galvanisant ses hommes par son courage. Toute sa vie, il gardera la nostalgie des champs de bataille.

Grâce à la protection de son ami, le duc de Choiseul, il est nommé inspecteur général des Suisses et Grisons, tâche délicate dont il s'acquitte avec conscience. Il s'efforce de rendre à ce corps son prestige, fort affaibli par les deux longues guerres que la France vient de traverser et qui ont éprouvé l'infanterie suisse. Menant ses réformes tambour battant, il parvient à rétablir la situation en peu de temps. Si Louis XV, passant les troupes en revue, s'abstient de noter le progrès réalisé, Choiseul décide que, chaque année, un des régiments suisses aura l'honneur de défiler devant la Cour.

Lorsque Choiseul est disgracié en 1770, Besenval se démet de sa charge et fait désormais partie des visiteurs réguliers de Chanteloup. En 1767, il achète l'hôtel Chanac de Pompadour (actuelle ambassade de Suisse), rue de Grenelle, où il fait faire d'importantes transformations pour y loger sa collection de tableaux. En 1782, il fait construire en sous-sol par Brongniart une somptueuse mais glaciale salle de bains en marbre, ornée de reliefs de Clodion, qui fit se récrier tout Paris et dont on assure qu'elle ne servit qu'une seule fois. Les bas-reliefs ont été déplacés dans le courant du XXe siècle et sont aujourd'hui exposés au Louvre, en situation dans une pièce[1].

Besenval est également écrivain. Il compose plusieurs romans – dont Les Amants soldats et Spleen –, des contes, quelques pièces de vers, et des mémoires qui restent un précieux témoignage sur la Cour de France. Il est membre honoraire de l'Académie de peinture, dessine très bien et illustre avec talent et beaucoup d'humour le recueil des Mémoires de l'Académie de Drevenich, sorte d'Académie joyeuse, érotique et littéraire dont il est un des membres fondateurs en 1760[2].

Il accumule les maîtresses et sa réputation de galanterie rehausse son prestige lorsqu'il est l'amant de la marquise de Polignac ou de la célèbre actrice Mademoiselle Clairon. Peu fait pour la vie conjugale, il ne se marie pas et laisse sa sœur, la marquise de Broglie, tenir sa maison. Sur le tard, il s'éprend de la marquise de la Suze, fille d'un créole de Saint-Domingue, de beaucoup plus jeune que lui.

Un courtisan de la « Société de la Reine »[modifier | modifier le code]

Après la mort de Louis XV et l'avènement de Louis XVI en 1774, la position de Besenval s'affermit à la Cour. Marie-Antoinette en fait l'un de ses commensaux favoris. Le baron de Besenval n'est alors plus un jeune homme : il a cinquante ans passés, mais son regard vif, son visage plein et l'aisance de ses manières le laissent croire plus jeune qu'il ne l'est. C'est un homme robuste et il tient de sa mère – une cousine de Marie Leszczynska – ce charme slave qui lui donne toute sa séduction. Ses contemporains le qualifient de « gai, quelque esprit, un corps à toute épreuve ». Un franc appétit des jouissances de la vie, l'habitude de prendre les choses du bon côté sont autant de qualités qui lui permettent d'être admis dans le cercle privé de la « Société de la Reine ».

« Sa mine franche et belle, dit le prince de Ligne, lui faisait risquer des insolences qui lui allaient à merveille. » Elles étaient bien faites pour plaire à Marie-Antoinette, elle-même très portée sur l'irrévérence. Mise en confiance, elle va jusqu'à lui confier certaine particularité physique qui conduit le Roi à la négliger. Besenval ne peut s'empêcher d'être indiscret et, bientôt, une chanson très irrévérencieuse court Paris :

La reine dit imprudemment
À Besenval son confident :
Le roi est un pauvre sire.
L'autre répond d'un ton léger :
Chacun le pense sans le dire
Et vous le dites sans y penser.

Habile à faire parler la souveraine, Besenval cherche à lui tirer des secrets, comme en novembre 1775 le nom du nouveau ministre de la Guerre. Lui-même se flatte d'une grande influence, en particulier sur les nominations, notamment ministérielles : peut-être pour ramener Choiseul, disgracié par Louis XV alors que Marie-Antoinette était encore dauphine ? On ne peut en être persuadé, mais cela est possible, car Choiseul était son ami, et avait influé en faveur de sa nomination comme inspecteur général des régiments suisses.

Ses contemporains racontent qu'il encourageait la reine dans sa voie pour l'irrévérence vis-à-vis du roi. Une anecdote significative en témoigne : lorsque Le roi s'aventurait dans le cercle de son épouse, il faisait figure de gêneur. Comme il avait l'habitude de se retirer ponctuellement à dix heures du soir, il arrivait que l'on avance furtivement la pendule. Le succès obtenu, le cercle intime reprenait toute sa gaieté.

Mais la faveur de Besenval ne tarde pas à décliner, sans doute à cause d'un épisode raconté par Jeanne Campan dans ses Mémoires : Besenval ayant été prié par la reine dans ses petits appartements crut à une avance déguisée et tomba aux pieds de la souveraine. Celle-ci lui dit d'un ton glacial : « Levez-vous, Monsieur, le roi ignorera un tort qui vous ferait disgracier pour toujours. » Après cet épisode, Marie-Antoinette prit ses distances, même si Besenval continua de figurer dans son cercle.

Il n'en reste pas moins que le baron de Besenval demeure un témoin intéressant, notamment grâce à ses Mémoires, de la vie de cour sous Louis XVI, où il était aux premières loges. Quand Marie-Antoinette prend ses distances avec la duchesse de Polignac quelques années avant la Révolution, Besenval se targue de rapporter que « la reine [la] comblait toujours, mais ne lui disait plus cependant que les choses faites, sans la consulter sur celles qui étaient à faire. »

De sa position privilégiée, Besenval assiste à l'agonie de l'Ancien Régime. Bien qu'ami des lettres, il déteste les Philosophes et s'oppose à Beaumarchais lorsque celui-ci cherche à obtenir l'autorisation du Roi pour faire représenter Le Mariage de Figaro.

Un témoin de la fin de la monarchie[modifier | modifier le code]

En 1789, Besenval est commandant militaire de l'Île-de-France, des provinces limitrophes et de la garnison de Paris. Dès le mois de mai, il rétablit fermement l'ordre au faubourg Saint-Antoine. Malgré ses instances, le gouvernement refuse de renforcer la garnison de Paris. Mais il commet une erreur de jugement lorsque, le 12 juillet, ulcéré par la passivité du gouvernement, il décide de retirer les troupes de Paris, ce qui permettra à la population de piller les Invalides et de marcher sur la Bastille. Les émeutiers, qui voient en lui l'âme de la réaction, réclament sa tête.

Avec l'autorisation de Louis XVI, Besenval quitte Paris mais, reconnu près de Provins, il est arrêté, sauvé du lynchage grâce à l'intervention de Jacques Necker, emprisonné longuement au château de Brie-Comte-Robert puis déféré devant le Châtelet pour crime de lèse-nation. On l'accuse d'avoir voulu assiéger Paris et médité l'incendie de la ville et le massacre de ses habitants. Grâce à une efficace plaidoirie de De Sèze, ces accusations absurdes sont réduites à néant et Besenval obtint son acquittement. Mais sa santé s'est altérée avec l'emprisonnement. Un médecin charlatan lui prescrit un régime de truffes, de pâtés et de jambon qui achève de le tuer. Il meurt le 2 juin 1791.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le vicomte de Ségur a publié les Mémoires de Besenval en 4 volumes in-8 (1805-1807) ; mais cette publication, pleine d'anecdotes scandaleuses, a été désavouée par sa famille.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]