Pierre Soulages

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Pierre Soulages

Naissance 24 décembre 1919 (94 ans)
Rodez, Aveyron, Drapeau de la France France
Nationalité Français
Activités Peintre, graveur
Mouvement artistique Art abstrait, Art informel
Récompenses Praemium Imperiale

Œuvres réputées

outrenoirs

Pierre Soulages, né le 24 décembre 1919 à Rodez dans l'Aveyron, est un peintre et graveur français associé depuis la fin des années 1940 à l'art abstrait. Il est particulièrement connu pour son usage des reflets de la couleur « noir », qu'il appelle noir-lumière ou outrenoir. Ayant réalisé plus de 1 500 tableaux qu'il intitule tous du mot « Peinture » suivi de leur format[n 1], il est un des principaux représentants de la peinture informelle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Pierre Soulages est né rue Combarel[n 2], en 1919 ; cinq ans plus tard, il perd son père malade et est élevé par sa mère et sa sœur ainée[1]. Dès son plus jeune âge, à Rodez, cet Aveyronnais est fasciné par les vieilles pierres, les matériaux patinés et érodés par le temps, l'artisanat de son pays du Rouergue et ses âpres paysages, particulièrement les Causses. Il a tout juste huit ans lorsqu'il répond à une amie de sa sœur aînée qui lui demande ce qu’il est en train de dessiner à l’encre sur une feuille blanche : un paysage de neige. « Ce que je voulais faire avec mon encre, dit-il, c’était rendre le blanc du papier encore plus blanc, plus lumineux, comme la neige. C’est du moins l’explication que j’en donne maintenant[2]. »

À douze ans, alors élève au lycée Foch, son professeur l’emmène, avec sa classe, visiter l’abbatiale Sainte-Foy de Conques[n 3], où se révèlent sa passion de l’art roman et le désir confus de devenir un artiste[1]. Il reçoit aussi, par l'intermédiaire de publications, le choc émotionnel des peintures rupestres des grottes du Pech-Merle dans le Lot, de Font-de-Gaume en Dordogne, d’Altamira en Cantabrie (Espagne), puis de Lascaux en Dordogne (découverte en 1940). Il accompagne dans ses recherches un archéologue local et découvre lui-même au pied d’un dolmen des pointes de flèches et des tessons de poteries préhistoriques qui entrent au musée Fenaille de Rodez[1].

Débuts de la carrière de peintre[modifier | modifier le code]

Il commence à peindre dans son Aveyron natal avant de « monter à Paris » à dix-huit ans pour préparer le professorat de dessin et le concours d'entrée à l'école des beaux-arts. Il y est admis en 1938 mais il est vite découragé par la médiocrité et le conformisme de l'enseignement qu'on y reçoit et retourne à Rodez. Pendant ce bref séjour à Paris, il fréquente le musée du Louvre et voit des expositions de Cézanne et Picasso qui sont pour lui des révélations, l'incitant à rentrer chez lui, à Rodez, pour se consacrer uniquement à la peinture.

Il est mobilisé en 1940, mais démobilisé dès l'année suivante. Il s'installe en zone libre, à Montpellier, et fréquente assidûment le musée Fabre. Réfractaire au STO en 1942, il passe le reste de la guerre auprès de vignerons de la région qui le cachent.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

En 1946, Pierre Soulages s'installe dans la banlieue parisienne et se consacre désormais entièrement à la peinture. Il commence à peindre des toiles abstraites où, utilisant le brou de noix, le noir domine, toiles refusées au Salon d'automne de 1946. Il les expose au Salon des Surindépendants en 1947[1], où ses toiles sombres détonnent au milieu des autres, très colorées : « Avec cela, vous allez vous faire beaucoup d'ennemis », le prévient alors Picabia[3],[1]. Il trouve un atelier à Paris, rue Victor-Schœlcher, près de Montparnasse ; il occupera dès lors plusieurs ateliers dans la capitale ainsi qu'à Sète[4].

À partir de 1948, il participe à des expositions à Paris et en Europe, notamment à « Französische abstrakte malerei », dans plusieurs musées allemands, aux côtés des premiers maîtres de l'art abstrait comme Kupka, Domela, Herbin etc. En 1949, il obtient sa première exposition personnelle à la galerie Lydia Conti à Paris ; il expose également à la galerie Otto Stangl, de Munich, à l'occasion de la fondation du groupe Zen 49. De 1949 à 1952, Soulages réalise aussi trois décors de théâtre et ballets et ses premières gravures à l'eau-forte à l'atelier Lacourière.

En 1950, il figure dans des expositions collectives à New York, Londres, São Paulo, Copenhague. D'autres expositions de groupe présentées à New York voyagent ensuite dans plusieurs musées américains, comme « Advancing French Art » (1951), « Younger European Artists » (Musée Guggenheim, 1953), « The New Decade » (Museum of Modern Art de New York, 1955). Il expose régulièrement à la galerie Kootz de New York et à la galerie de France à Paris. Dès le début des années 1950, ses toiles commencent à entrer dans les plus grands musées du monde comme la Phillips Gallery à Washington, le Musée Guggenheim et le Museum of Modern Art de New York, la Tate Gallery de Londres, le Musée national d'Art moderne de Paris, le Museu de Arte moderna de Rio de Janeiro etc. Aujourd'hui, plus de 150 de ses œuvres se trouvent dans des musées.

En 1960 ont lieu ses premières expositions rétrospectives dans les musées de Hanovre, Essen, Zurich et La Haye. De nombreuses autres suivent.

L'expérience de l'Outrenoir[modifier | modifier le code]

En janvier 1979, Soulages en travaillant sur un tableau ajoute, retire du noir pendant des heures. Ne sachant plus quoi faire, il quitte l'atelier, désemparé. Lorsqu'il y revient deux heures plus tard : « Le noir avait tout envahi, à tel point que c'était comme s'il n'existait plus »[5]. Cette expérience marque un tournant dans son travail. La même année, il expose au Centre Georges-Pompidou ses premières peintures monopigmentaires, fondées sur la réflexion de la lumière sur les états de surface du noir, appelé plus tard « outre-noir ».

Œuvres après son expérience de l'Outrenoir[modifier | modifier le code]

Soulages a choisi l'abstraction, car il dit ne pas voir l’intérêt de passer « par le détour de la représentation […] Je ne représente pas, dit-il, je présente. Je ne dépeins pas, je peins »[2]. Son approche picturale n'est pas celle de choix prédéfinis mais s'élabore dans la peinture en train d'être « faite » et les interactions entre le peintre et sa réalisation lors du processus de création, dans les rapports aux formes, proportions, dimensions, couleurs etc[6].

Jusqu'en 1979, la peinture de Soulages est proche du style abstrait d’Hans Hartung avec une palette restreinte dont les effets de clair-obscur sont perceptibles, y compris en transparence. Après 1979, ses tableaux font beaucoup appel à des reliefs, des entailles, des sillons dans la matière noire qui créent à la fois des jeux de lumière et de couleurs. Car ce n’est pas la valeur noire elle-même qui est le sujet de son travail, mais bien la lumière qu’elle révèle et organise : il s'agit donc d'atteindre un au-delà du noir, d'où le terme d'outre-noir utilisé pour qualifier ses tableaux depuis la fin des années 1970 ; d'où aussi l'utilisation du qualificatif « mono-pigmentaire » de préférence à celui de « monochrome » pour qualifier la peinture de Soulages.

« Ses toiles géantes, souvent déclinées en polyptyques, ne montrent rien qui leur soit extérieur ni ne renvoient à rien d’autre qu’elles-mêmes. Devant elles, le spectateur est assigné frontalement, englobé dans l’espace qu’elles sécrètent, saisi par l’intensité de leur présence. Une présence physique, tactile, sensuelle et dégageant une formidable énergie contenue. Mais métaphysique aussi, qui force à l’intériorité et à la méditation. Une peinture de matérialité sourde et violente, et, tout à la fois, d'« immatière » changeante et vibrante qui ne cesse de se transformer selon l’angle par lequel on l’aborde. »

— Françoise Jaunin, art. cit.

L'outre-noir présente une variété d'effets : utilisation de couleurs comme le brun ou le bleu, mêlées au noir ; utilisation du blanc en contraste violent avec le noir et du blanc sur l'entière surface de la toile ; utilisation, après 2004, de l'acrylique, qui permet des effets de matière beaucoup plus importants et donne la possibilité de contrastes mat/brillant…

Il est l'une des personnalités à l'origine de la création de la chaîne de télévision Arte.

Un timbre-poste Pierre Soulages a été émis en France en 1986[7]

Entre 1987 et 1994, il réalise 104 vitraux, en collaboration avec l'atelier de Jean-Dominique Fleury à Toulouse, pour l'église abbatiale Sainte-Foy de Conques.

Il est le premier artiste vivant invité à exposer au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, puis à la galerie Tretiakov de Moscou (2001).

En 2007, le Musée Fabre de Montpellier lui consacre une salle pour présenter la donation faite par le peintre à la ville. Cette donation comprend 20 tableaux de 1951 à 2006 parmi lesquelles des œuvres majeures des années 1960, deux grands outre-noir des années 1970 et plusieurs grands polyptyques. Le 26 juin 2013 après que sa toile, Peinture, 21 novembre 1959, se soit vendue à 4,3 millions de livres (5,1 millions d'euros) à Londres, il devient l'artiste français le plus cher aux enchères[8].

L'œuvre imprimé[modifier | modifier le code]

L'œuvre imprimé de Soulages est rare, limité à 43 gravures, 49 lithographies, 26 sérigraphies, avec des tirages allant de 65 à 300 exemplaires. Si les premières œuvres sont directement liées à des peintures sur toile ou sur papier, les suivantes sont sans lien avec ses peintures antérieures ou à venir. Soulages utilise alors la gravure comme un moyen d'expression à part entière, créant des œuvres qui tirent parti des spécificités de chaque technique de gravure.

90 ans au Centre Pompidou[modifier | modifier le code]

À l'occasion de son 90e anniversaire, le Centre Pompidou présente en octobre 2009 la plus grande rétrospective jamais consacrée à un artiste vivant par le Centre depuis le début des années 1980, avec plus de 2 000 m2 d'exposition[9]. Malgré trois semaines de fermeture en raison d'une grève du personnel, l'exposition reçoit 502 000 visiteurs, se classant en quatrième position des expositions les plus fréquentées de toute l'histoire du Centre Pompidou. Parallèlement, le Musée du Louvre expose la même année une peinture de l’artiste de 300 × 236 cm, datant du 9 juillet 2000, dans le Salon Carré de l'aile Denon[10].

Lors de son exposition temporaire en 2012-2013 intitulée Soulages XXIe siècle, Pierre Soulages fait acquérir par le musée des beaux arts de Lyon, trois toiles qui figurent dans l'espace permanent des peintures contemporaines.

Musée Soulages[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Musée Soulages.

Ce musée abrite à Rodez la plus grande collection au monde de l'artiste. Pierre Soulages accepte en 2005 de léguer plus de 500 œuvres regroupant toutes les techniques employées au cours de sa carrière : peintures, eaux-fortes, sérigraphies, lithographies ainsi que les ébauches des travaux des vitraux de l'abbaye de Conques. Cette donation est complétée par la cession en 2012. Le musée consacre 500 m2 de son espace d'expositions temporaires à d'autres artistes[11]. L'artiste dépose lui-même la première pierre de ce musée le mercredi 20 octobre 2010. Son inauguration a lieu le 30 mai 2014.

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La date y figure ensuite en tant que complément hors titre
  2. Cette maison de trois étages située au no 4 de la rue Combarel est acquise en 2014 par la communauté d'agglomération du Grand Rodez qui souhaite en faire une résidence d'artistes[1].
  3. C'est en fait sa seconde visite à l'abbatiale Sainte-Foy ; la première avec sa mère ne lui avait pas donné d'inspiration. C'est cette seconde visite qui est déterminante : « Je suis revenu par la suite avec un professeur du lycée et là, j'ai véritablement découvert l'espace intérieur de cette abbatiale. C'est ce jour là que je me suis dit que je voulais être peintre, et non architecte. Ma sœur […] m'a offert une boite de couleurs. Elle avait beau me dire : « C'est joli les couleurs », je prérais dessiner avec l'encre des encriers. »[1]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Bernard Géniès, « Pierre Soulages : l'enfant de Rodez », Le Nouvel Observateur, no 2585,‎ 22 mai 2014, p. 106 à 107 (ISSN 0029-4713)
  2. a et b cité par Françoise Jaunin, art. cit.[réf. insuffisante]
  3. Pierre Soulages, Entretien avec Christophe Donner, Op. cit., 2007, p. 48[réf. insuffisante]
  4. Émission Square consacrée à Pierre Soulages le 24 février 2013 sur Arte.
  5. cité in : Pierre Soulages, Entretien avec Christophe Donner, Op. cit., 2007, p. 52
  6. Pierre Soulages : Fiat lux ! interview de l'artiste.
  7. [image] Timbre poste français, émis en 1986, en hommage à Pierre Soulages
  8. Soulages devient l'artiste français le plus cher aux enchères par Béatrice De Rochebouet dans Le Figaro du 27 juin 2013.
  9. Art - Les noirs lumineux de Pierre Soulages,Loïc Torino-Gilles, francesoir.fr, 6 août 2009
  10. Les artistes contemporains au Louvre en 2009-2010
  11. Pierre Soulages : «Je refuse d'être un mausolée» entretien dans Le Figaro du 10 mars 2013.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hubert Juin, Soulages, Le Musée de Poche, Éditions Georges Fall, Paris, 1958.
  • Michel Ragon, Les Ateliers de Pierre Soulages, Albin Michel, Paris, 1990.
  • Pierre Encrevé, Soulages. L'Œuvre complet, 3 vol. (1946-1958, 1959-1978, 1979-1997), Paris, Éditions du Seuil (catalogue raisonné de 1 174 œuvres).
  • Jean-Louis Andral, Pierre Encrevé et al. (préf. Suzanne Pagé), Soulages : noir lumière, Paris-Musées,‎ avril 1996, 245 p. (ISBN 2-87900-281-8)
  • Nathalie Reymond, Soulages, la lumière et l’espace, Paris, éd. Adam Biro, 1999.
  • Henri Meschonnic, Le Rythme et la lumière avec Pierre Soulages, Odile Jacob, 2000.
  • Pierre Soulages, Noir lumière, entretiens avec Françoise Jaunin, Lausanne, éd. La Bibliothèque des arts, 2002.
  • Entretien Pierre Soulages et Jacques Le Goff À propos des vitraux de Conques ou comment intégrer une œuvre contemporaine dans un lieu chargé d'histoire. (préface de Xavier Kawa-Topor) Le Pérégrinateur Éditeur, Toulouse, 2003.
  • Pierre Encrevé, Soulages. Les Peintures. 1946-2006, Paris, Éditions du Seuil, 2007 (réédition du précédent ouvrage du même auteur, augmentée d'un chapitre concernant la période 1998-2006, mais avec beaucoup moins de reproductions).
  • Jean-Michel Le Lannou, La Forme souveraine. Soulages, Valéry et la puissance de l'abstraction, Paris, Éditions Hermann, 2008.
  • Pierre Soulages, Écrits et propos, textes recueillis par Jean-Michel Le Lannou, Paris, Éditions Hermann, 2009.
  • Gérard Georges Lemaire, Pierre Soulages au fond de la rétine de Roger Vailland, Les Lettres françaises, septembre 2005.
  • Roger Vailland, Comment travaille Pierre Soulages ?, revue L'Œil de mars 1961, rééd. dans Chronique d'Hiroshima à Goldfinger (tome II), 1984, et Les Cahiers Roger Vailland.
  • Roger Vailland, Le Procès de Pierre Soulages , article daté février 1962, revue Clarté no 43 de mai 1962 ; rééd. dans Le Regard froid, 1963 ; rééd. dans Chronique d'Hiroshima à Goldfinger (tome II), 1984.
  • Pierre Encrevé, Les Soulages du Musée Fabre, Gallimard, septembre 2008.
  • Michel Ragon, Pierre Soulages, coll. "Ateliers d’artistes", 245 × 245, photographies de Vincent Cunillère 80 illustrations couleurs, couverture en carton brut sérigraphié, édition bilingue français/anglais, Thalia, octobre 2009.
  • Pierre Encrevé, Soulages – 90 peintures sur toiles / 90 peintures sur papier, 230 × 287, dans un coffret sérigraphié, 182 illustrations couleurs, Gallimard, novembre 2009.
  • Pierre Encrevé & Alfred Pacquement, Soulages, catalogue de l’exposition, 235 × 280, 245 illustrations couleurs, Éditions du Centre Pompidou, octobre 2009; réédition complétée et augmentée, novembre 2011
  • Françoise Jaunin "Pierre Soulages, Outrenoir" Entretiens de Françoise Jaunin avec Pierre Soulages 2012, La Bibliothèque des Arts, Lausanne.
  • Xavier Isle de Beauchaine, Soulages – Album de l’exposition, parcours en images d’une sélection d’œuvres, texte de Pierre Soulages "Image et signification", 270 × 270, version bilingue français/anglais, Éditions du Centre Pompidou, octobre 2009.
  • Jean-Noël Cristani, Soulages, le noir et la lumière, coédition Éditions du Centre Pompidou/p.o.m. Films, 2009, 52 minutes.
  • Roger Vailland et la fabrique de la peinture, Alain Georges Leduc, mars 2009, revue des ressources.
  • Jacques Laurans, Pierre Soulages. Trois lumières, éd. Verdier poche, 2009 [1re édition éd. Farrago, 1999].

Lien externe[modifier | modifier le code]