Pierre Quéméneur

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Pierre Quéméneur, né le 19 août 1877 à Commana (Finistère) près de Landivisiau, est un entrepreneur et homme politique français dont la disparition, en 1923, est à l'origine de l'affaire Seznec.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre Quéméneur est né en 1877, un an avant Guillaume Seznec, à Commana (Finistère), bourg proche de Landivisiau. Ses parents tenaient une petite ferme. En 1903, la propriété a été vendue et le jeune homme a racheté, avec son frère et deux de ses sœurs, une petite maison à Saint-Sauveur, dans le canton de Sizun avec, au rez-de-chaussée, un modeste débit de boissons. Il a alors 26 ans, de l'ambition et, comme Guillaume Seznec, le désir de sortir de sa condition et de réussir. Élu conseiller municipal en 1914, il fait du commerce, achetant et revendant un peu tout ce qui se présente  : vin, cidre, alcool, bétail, charbon de bois… Sa situation financière, cependant, est loin d’être florissante.

C’est dans le bois qu’il se lance : achat aux paysans, aux forestiers, fourniture de poteaux pour les mines. Puis, lorsque la guerre éclate, celle-ci lui permet, comme beaucoup, de passer au stade supérieur. Le génie de l’armée consomme en effet une très grande quantité de poteaux de mine pour consolider les tranchées.

Les hostilités terminées, Pierre Quéméneur est un homme très riche. Son commerce est devenu international et couvre l’Angleterre, la Sarre, la Belgique et les États-Unis. Des bateaux chargés de poteaux de mine vont et viennent entre Le Havre et l’Amérique. Sa fortune s'élève désormais à 2 millions de francs-or, grâce à ses activités en temps de guerre.

C’est à cette époque qu’il fait construire « Ker-Abri », la demeure bourgeoise qui domine Landerneau. Avec ses tourelles à clochetons pointus, on pourrait être tenté de l’assimiler à un château. Il acquiert également un domaine de Traou-Nez à Plourivo près de Paimpol, magnifique propriété comportant 90 hectares de bois de sapins dont il confie la gestion et l’exploitation à son frère Louis, qui le sert fidèlement. Lui-même s’installe au manoir de Ker-Abri, en compagnie de sa sœur Jenny qui tient la maison. L’autre sœur, Marie-Anne, s’est mariée en 1920 avec, Jean Pouliquen, clerc de notaire à Pont-l'Abbé. Quéméneur lui a prêté 160 000 francs afin qu’il s’établisse en achetant une étude de notaire. Jean Pouliquen, apparemment peu reconnaissant, traîne pour rembourser le prêt.

Une fois établi, Quéméneur se lance dans la carrière politique. En 1919, le bistrotier est élu conseiller général de Sizun, son canton natal. Le petit paysan entrevoit un siège de député, auquel il compte être élu aux législatives de 1924, aux couleurs du Parti républicain démocrate, sorte de démocratie chrétienne de l’époque – d’ailleurs, après sa disparition, c’est son suppléant qui emportera le siège.

Ce petit homme rond et jovial, avenant, volontiers charmeur même, est un bon vivant. Sur les foires et les marchés, il sait serrer les mains de ses concitoyens et promettre d’user discrètement de son influence. En compagnie de ses pairs, les notables, il est un client assidu des bons restaurants de la région. Il fréquente aussi d’autres lieux moins louables, mais plus discrètement. Il est également à Morlaix membre d’une sorte de club, le Cercle des arts, où se retrouvent notamment des notaires, chefs d’entreprises, pharmaciens, médecins.

Cependant, le fisc français le poursuit pour « bénéfices de guerre » et lui réclame de l’argent. Quéméneur ne se soucie pas trop, car il est persuadé que cela s’arrangera, surtout lorsqu’il sera élu député.

En 1922, Quéméneur rencontre Guillaume Seznec, un maître de scierie de Morlaix. Les deux discutent du stock de couvertures américaines que Seznec a acquis et entreposé. Les deux hommes sympathisent, car ils ont un point commun  : ils se sont faits eux-mêmes, en dépit de leurs origines modestes.

Au-delà de leurs rapports commerciaux, une certaine amitié était née. Seznec est épaté par la faconde et l’entregent de Quéméneur, qui lui-même apprécie Seznec pour son sérieux et sa retenue. Cette qualité de Seznec, si elle lui sert à gagner l’estime de Quéméneur, le desservira plus tard quand le drame surviendra. Il ne parlera que tardivement des affaires un peu particulières du conseiller général. On en déduira qu’il voulait dissimuler des faits à la justice.

Quéméneur, donc, fréquente les Seznec. Un certain jour, il propose une nouvelle affaire à son ami  : une affaire de voitures : le mécanisme de la tragédie se met en marche.

C'est dans la nuit du 25 au 26 mai 1923, durant un voyage effectué avec Guillaume Seznec, que Quéméneur disparaît. C'est alors le début de l'affaire Seznec.