Pierre Monatte

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Pierre Monatte, né le 15 janvier 1881 à Monlet[1] et mort le 27 juin 1960, est un ouvrier du livre et une figure majeure du syndicalisme français[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Marqué par l'affaire Dreyfus le jeune Monatte se politise en lisant Émile Zola et Victor Hugo[3]. Il est d'abord employé de librairie puis correcteur de presse[4].

Monatte fut très influencé, dans les années 1901-1904, par Charles Guieysse et par l'équipe de la revue Pages Libres de ce dernier.

À l'enterrement de Louise Michel en janvier 1905, Benoît Broutchoux qui s'attend à être incarcéré, demande à Pierre Monatte de venir le remplacer à Lens pour animer L'Action syndicale[5].

Déjà en 1904 il est proche de Charles Delzant qui publie La Voix des verriers, journal national dont la rédaction est situé à l'Hôtel du syndicat des verriers à Aniche[5]

Le Complot contre Pierre Monatte( 1906)[modifier | modifier le code]

Pour briser la gréve qui fait tache d'huile, atteignant Paris : L'Écho de Paris titre « Vers la révolution ». À l'approche du 1er mai 1906, Clemenceau avertit Victor Griffuelhes, secrétaire général de la CGT, qu'il sera tenu responsable pour tout débordement, et fait arrêter préventivement plusieurs militants d'extrême-droite, « laissant entendre la préparation d'un complot »[6]. Il fait aussi venir 45 000 soldats à Paris[6] : la « fête du Travail », sous haute surveillance policière, se déroule dans le respect de l'ordre et de la propriété[6]. En juin 1906, une joute l'oppose à Jaurès à la Chambre pendant six jours[6].

Benoît Broutchoux est arrêté.

Pierre Monatte fait l'objet de perquisitions et il aussi arrêté, incarcéré à Béthune. Il dénonce un complot: « Les perquisitions faites à mes domiciles ou chez des camarades, car mon dossier est bourré d’une volumineuse paperasserie, formée des procès-verbaux d’une trentaine de perquisitions faites à Lens, à Denain, à Fresnes, à Paris, à Montceau, etc.

Les documents importants saisis chez moi consistaient: pour mon domicile de Paris, dans une photographie de soldats antimilitaristes que l’habile M. Hamard n’eut sans doute pas grand’peine à découvrir, étant donné qu’elle était sur ma cheminée parmi d’autres photographies; en outre, une lettre du mois de novembre dernier, de Dubéros, le secrétaire de l’Union des Syndicats de la Seine, qu’il serait aisé de retrouver au copie de lettres de l’Union des Syndicats, où Dubéros me disait ceci : « Ton syndicat a donné ton nom pour la liste des orateurs qui pourront aller dans les réunions de syndicats afin de donner le dernier coup de main à l’agitation en faveur des huit heures. Indique-moi les soirs de la semaine où tu es à peu près certain d’être libre, afin qu’on n’ait pas besoin de t’avertir plus de 24 heures à l’avance. »

Cette lettre constitue le document fameux, le document important. Il est question d’agitation dans cette lettre, et c’est sur cette pièce terrible que M. Boudry juge d’instruction de Béthune, daigna s’arrêter un long temps :« Mais ce n’est pas de la propagande normale que vous deviez faire. Le mot agitation est écrit. Qu’entendiez-vous par faire de l’agitation? »

Et voilà pour Paris. A Lens, on avait pris sur ma table de travail un reçu de 165 francs (si je me souviens bien) sous enveloppe, accompagné d’une lettre, prêt à être expédié. C’était le reçu d’une somme versée par le syndicat des verriers de Fresnes-sur-Escaut (Charles Delzant) pour les familles des victimes de la catastrophe de Courrières ».

Libéré le 31 mai Pierre Monatte crie au complot dans Les Temps nouveaux du 16 juin 1906.

À l'Assemblée nationale le 19 juin 1906 Jean Jaurés s'oppose à Clémenceau et à Ferdinand Sarrien.

Ferdinand Sarrien, président du Conseil, « Les inculpés ont été arrêtés en vertu d’un mandat régulier du juge d’instruction de Béthune, à la suite de la découverte chez M. Pierre Monatte délégué de la Confédération générale du Travail, de documents qui pouvaient faire croire que cette organisation avait collaboré aux troubles fomentés dans le Pas-de-Calais » [7]

La suite[modifier | modifier le code]

À la suite de la Grève de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges en 1908 où plusieurs grévistes sont tués pendant les manifestations, le « premier flic de France » fait arrêter 31 dirigeants de la CGT après la manifestation du 30, dont notamment le secrétaire général Victor Griffuelhes, le rédacteur en chef de La Voix du Peuple Émile Pouget, le secrétaire de la Fédération des Bourses du travail Georges Yvetot, le secrétaire de la fédération des Cuirs et Peaux Henri Dret qui est amputé d'un bras. Pierre Monatte, responsable de l'imprimerie, s'exile quant à lui en Suisse.

Il fut un des responsables de la CGT au début du siècle, dont il fondera la revue La Vie ouvrière le 5 octobre 1909. Se référant à Fernand Pelloutier, il ne cachait pas ses sympathies anarchistes, mais s'éloigna de ce courant après le Congrès d'Amsterdam (1907). Il est considéré comme une des grandes figures du syndicalisme révolutionnaire.

Trotski, à sa demande et par l’intermédiaire de Julius Martov approche Pierre Monatte afin de créer une union avec le monde des syndicats, opposé comme Pierre Monatte à l'union sacrée[8] Il démissionne en décembre 1914 des instances confédérales. Par la suite envoyé comme soldat dans les tranchées, il parvient cependant à soutenir l'action contre la guerre.

Il publie parfois sous le nom de Pierre Lémont, anagramme de Monlet[9].

Leader de l'opposition interne, il crée en avril 1919 les Comités syndicalistes révolutionnaires au sein de la CGT.

Il rejoint le PCF en 1923, où il est proche de Boris Souvarine et Alfred Rosmer. Comme ces derniers, il est exclu fin 1924 au cours d'une purge de la « gauche » du parti. Il fonde alors en janvier 1925 la revue La Révolution prolétarienne, qui devait garder une certaine audience « morale » chez les syndicalistes et militants de gauche entre les deux guerres.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Colette Chambelland, Pierre Monatte : une autre voix syndicaliste, coll. Part des hommes, Éd. de l'Atelier, 1999, ISBN 2708234609
  • Pierre Monatte, Syndicalisme révolutionnaire et communisme, F. Maspero, 1968, 463 pages

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Miguel Chueca, « Pierre Monatte & le congrès d’Amiens », sur http://revueagone.revues.org (consulté le 7/12/2014).
  2. « Le centenaire de Pierre Monatte », Le monde=,‎ 12 septembre 1981 (lire en ligne).
  3. Michael Lowy,Olivier Besancenot, Affinités révolutionnaires: Nos étoiles rouges et noires, Les petits libre,‎ 2014, 216 p. (ISBN 9782755505481, lire en ligne).
  4. Collette Chambelland, « Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste », Le monde diplomatique,‎ mars 2000 (lire en ligne).
  5. a et b Colette Chambelland, Pierre Monatte: une autre voix syndicaliste, Éd. de l'Atelier,‎ 1999 (ISBN 9782708234604, lire en ligne).
  6. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées WXX.
  7. « DISCOURS DE JAURÈS ET CLEMENCEAU À LA CHAMBRE LES 18 ET 19 JUIN 1906 - page 4 », sur http://federations.fnlp.fr,‎ 1906 (consulté le 15/12/2015).
  8. Annie Kriegel, « Le dossier de Trotski à la Préfecture de Police de Paris - page 275 », sur http://www.persee.f (consulté le 13/12/2014).
  9. « Pierre Monatte », sur http://www.amisdallegre.org (consulté le 8/12/2014).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]