Pierre Molinier

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Pierre Molinier est un photographe, un peintre et un poète français né le 13 avril 1900 à Agen et décédé par suicide le 3 mars 1976 à Bordeaux.

Il est surtout connu pour ses tableaux érotiques et pour ses photomontages, mises en scène de son propre corps et autoportraits travestis, où s'expriment son culte de l'androgynie[1] et son fétichisme des jambes[2].

Son œuvre singulière et énigmatique a influencé, au début des années 1970, les artistes européens et nord-américains du Body Art, et continue de retenir l'attention des artistes, des critiques et des collectionneurs d'aujourd'hui.

Vie et œuvre[modifier | modifier le code]

En 1919, Pierre Molinier s’établit à Bordeaux comme artisan peintre — il exercera ce métier de peintre en bâtiment jusqu'en 1960. Passionné par le dessin et la peinture, il pratique la peinture artistique en parallèle.

La peinture figurative des débuts[modifier | modifier le code]

Des années 1920 à la fin des années 1940, sa peinture est figurative et présente des thèmes classiques : paysages du Lot-et-Garonne, natures mortes, portraits — notamment de sa fille Françoise — et autoportraits. Son travail d'après nature ainsi que sa recherche de structure, de couleur et de lumière dans les paysages le rapprochent de l'impressionnisme, tandis que ses portraits évoquent plutôt l'expressionnisme. Membre de la Société des Artistes Indépendants Bordelais à partir de 1928, il expose régulièrement lors de ses salons.

Rupture et approche des surréalistes[modifier | modifier le code]

Fin 1951, lors du XXe Salon des Indépendants bordelais, il présente Le Grand Combat, un tableau mi-abstrait mi-figuratif évoquant des corps contorsionnés et des membres enlacés. Cette peinture jugée indécente devient le motif d'une rupture fracassante avec la société bordelaise.
Début 1955, Molinier envoie des reproductions de ses tableaux ainsi que des poèmes à André Breton. Celui-ci lui réserve un accueil enthousiaste[3], l'assure de son soutien[4] et propose de l'exposer à Paris[5]. Pierre Molinier expose 18 toiles à la galerie À l'Étoile scellée[6], du 27 janvier au 17 février 1956, dont Le Grand Combat, Succube, Comtesse Midralgar, Les dames voilées ; le catalogue est préfacé par Breton.

Par la suite, Molinier compose la couverture du 2e numéro de la revue Le Surréalisme même puis, convié par Breton, expose une toile à la 8e Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme[7] dédiée à Éros.
Membre du groupe surréaliste de 1955 à 1969[8], Pierre Molinier reste cependant en marge du surréalisme.

Érotisme et mise en scène du corps précurseurs de l'art corporel[modifier | modifier le code]

À partir des années 1960, Pierre Molinier se consacre entièrement à son œuvre plastique et photographique, notamment aux autoportraits par un procédé de photomontage.
Son procédé consiste à prendre des photographies de lui-même apprêté - épilé, maquillé, souvent masqué d'un loup et vêtu de quelques accessoires noirs : guêpière ou corset, gants, bas et escarpins à talons aiguilles, parfois voilette ou résille ou chapeau haut-de-forme - ainsi que des photographies d'amis et des clichés de mannequins, puis à découper les silhouettes ou des éléments de corps et à les recomposer dans une photographie finale du collage, image idéale de lui-même[9].

Pierre Molinier se concentre sur son propre corps et son œuvre se voue entièrement à l'érotisme. En témoignent un court-métrage de Raymond Borde en 1962 (Molinier, 21 min.), qui sera projeté publiquement en 1966, et un entretien réalisé par Pierre Chaveau en 1972 publié en 2003.

En 1974, Pierre Molinier participe à l'exposition Transformer. Aspekte der Travestie qui a lieu au Kunstmuseum de Lucerne (Suisse). À la suite de cette exposition, Molinier prend contact avec l'artiste Luciano Castelli dont il réalise, à Bordeaux, une série de photographies. L'année suivante, il rencontre Thierry Agullo, un autre jeune artiste qui devient, en même temps qu'un ami intime, le modèle privilégié de deux autres séries : la première sur le thème de l'indécence[10] ; la seconde, sur le thème de l'androgyne, constituée de 60 clichés de Thierry Agullo en Thérèse pris fin février 1976[11].

Le 3 mars 1976, Molinier se donne la mort d'un coup de revolver.

Quelques expositions posthumes[modifier | modifier le code]

Monographiques[modifier | modifier le code]

  • Molinier. Peintures, photos et photomontages, Centre Georges-Pompidou, Paris, 19 septembre au 5 novembre 1979.
  • Pierre Molinier, 50 photographies et photomontages érotiques, galerie À l'Enseigne des Oudins, Paris, 1996.
  • Pierre Molinier, IVAM, Valence (Espagne), 1999.
  • Pierre Molinier photographe. Une rétrospective, galerie Kamel Mennour, Paris, 13 avril au 13 juin 2000.
  • Pierre Molinier 1946-1966, 2 décennies magiques, galerie À l'Enseigne des Oudins, Paris, 3 juillet au 12 octobre 2001.
  • Pierre Molinier. Jeux de miroirs, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux (France), 23 septembre au 20 novembre 2005.
  • Pierre Molinier, Comme je voudrais être, Galerie Christophe Gaillard, Paris, 14 octobre au 20 novembre 2010.

Collectives[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur Pierre Molinier[modifier | modifier le code]

  • Pierre Molinier (texte L'Art magique de Molinier, avant-propos d'André Breton et d'Emmanuelle Arsan), Jean-Jacques Pauvert éditeur, 1969.
  • Pierre Molinier (dessins et peintures), Bernard Letu éditeur, 1979 (ISBN 288051058[à vérifier : isbn invalide]).
  • Cent photographies érotiques (préface de Pierre Bourgeade), éditions Borderie, 1979.
  • Images obliques, éditions Borderie, 1979 (ISBN 2863800078).
  • Pierre Petit, Molinier, une vie d'enfer (biographie), éditions Ramsay/Jean-Jacques Pauvert, 1992 (ISBN 2840410141).
  • Le Chaman et ses créatures (préface de Pierre Molinier, présentation de Roland Villeneuve), William Blake & Co, 1995 (ISBN 2841030334).
  • Pierre Bourgeade, le Mystère Molinier (Pierre Molinier et ses ami(e)s), coédition Voix Richard Meier/galerie À l'Enseigne des Oudin, 1997.
  • Jean-Luc Mercié, Pierre Molinier photographe, une rétrospective (catalogue d'exposition), édition Galerie Kamel Mennour, 2000 (ISBN 2914171021).
  • Entretiens de Pierre Molinier avec Pierre Chauveau - 1972 (texte et enregistrement sur CD audio), Pleine Page, 2003 (ISBN 2908799626)[12].
  • Pierre Molinier, je suis né homme-putain (écrits et dessins présentés par Jean-Luc Mercié), Biro éditeur, 2005 (ISBN 2351190033).
  • Pierre Molinier. Jeux de miroirs (collectif, catalogue d'exposition), Le Festin, 2005 (ISBN 291526225X).
  • Jacques Abeille, Pierre Molinier : présence de l'exil, Pleine Page, 2005 (ISBN 2913406203).
  • Henri Maccheroni, Un après-midi chez Pierre Molinier, Pleine Page, 2005 (ISBN 2913406181).
  • Pierre Petit, Pierre Molinier et la tentation de l'Orient, Pleine Page, 2005 (ISBN 291340619X).
  • Claude Esturgie, Questions de genre ou le genre en question : de Pierre Molinier à Pedro Almodovar, Leo Scheer, 2008.
  • Jean-Luc Mercié, Pierre Molinier, coédition Kamel Mennour/Les presses du réel, 2010 (ISBN 9782840663386).
  • Moi, Petit Vampire de Molinier (interview de Michelle Sesquès, introduction et notes de Pierre Petit), Editions Monplaisir, 2012 (ISBN 9791091213011).

Documentaire[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée... (adaptation d'entretiens de Pierre Molinier avec Pierre Chaveau en 1972), mise en scène de Bruno Geslin, avec Pierre Maillet (dans le rôle de Pierre Molinier), Jean-François Auguste et Elise Vigier. Théâtre de la Bastille, Paris, 2004, dans le cadre du 33e Festival d'automne à Paris ; théâtre Romain Rolland, Villejuif (France), 2006.
  • Molinier (adaptation d'entretiens de Pierre Molinier avec Pierre Chaveau en 1972), Cie du Théâtre du Pont Tournant, mise en scène de Stéphane Alvarez, avec Jean Bedouret, Jean-Marc Foissac, Frédéric Kneip, Patrice Manouvrier. Théâtre du Pont Tournant, Bordeaux, 2003; Divan du Monde, Paris, 2003 ; Théâtre du Pont Tournant, Bordeaux, 2005. Reprise de la pièce, Cie du Théâtre du Pont Tournant, mise en scène de Stéphane Alvarez, avec Jean Bedouret, Jean-Marc Foissac, Frédéric Kneip, Thierry Rémi. Théâtre du Pont Tournant, Bordeaux, novembre 2011

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Une de ses œuvres photographiques titrée Androgynie est conservée par la Maison européenne de la photographie.
  2. La photographie Pierre Molinier fétiché est conservée par le Fonds régional d'art contemporain d'Aquitaine.
  3. « Votre magnifique envoi d'hier [...] procure un frisson sans cesse renouvelé et cela me donne toute la mesure de leur pouvoir magique. », « Vous êtes aujourd'hui le maître du vertige [...] », lettre d'André Breton à Pierre Molinier du 8 avril 1955, archives municipales de Bordeaux.
  4. « Soyez sûr, cher Pierre Molinier, que vous n’avez dans le surréalisme que des amis », lettre d'André Breton du 8 juin 1955, archives municipales de Bordeaux.
  5. « Si la galerie À L’Etoile Scelléee rouvre, comme je l'espère, après les vacances, je vous offrirai d'y exposer vers la fin de l'année ou au début de l'année prochaine », lettre d'André Breton à Pierre Molinier du 24 décembre 1955, archives municipales de Bordeaux.
  6. Cette galerie, dont André Breton assurait la direction artistique, était située au 11, rue du Pré-aux-Clercs dans le 7e arrondissement de Paris. « La galerie À l'Étoile scellée », article de Renée Mabin, Centre de recherche sur le surréalisme de l'université Paris III, dont le 19e paragraphe porte sur Molinier [lire en ligne]
  7. L'exposition a eu lieu du 15 décembre 1959 au 29 février 1960 à la galerie Daniel Cordier, 8 rue de Miromesnil à Paris. Celle-ci a édité le catalogue BOITE ALERTE. MISSIVES LASCIVES. Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme 1959-1960 (1959).
  8. Selon la base de données du Centre de recherche sur le surréalisme de l'université Paris III
  9. Le photomontage titré Comme je voudrais être est reproduit dans le catalogue d'exposition Pierre Molinier. Jeux de miroirs, Le Festin, 2005, page 56.
  10. Publications dans le numéro 21/23 de la revue arTitudes en mai 1975 et sous la forme d'un recueil à tirage limité édité par la galerie À l'Enseigne des Oudins en 1975.
  11. Thérèse a fait l'objet d'une première exposition posthume dans le cadre du Mois de la Photo à Paris en 1982.
  12. Compte rendu de Stéphanie Caron, Centre de Recherche sur le Surréalisme de l'Université Paris III [lire en ligne]

Liens externes[modifier | modifier le code]