Pierre Mamboundou

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Pierre Mamboundou
Fonctions
Député à l'Assemblée nationale du Gabon
21 décembre 199615 octobre 2011
Législature IXe et XIe législature
Prédécesseur Mapangou-Moucani Muetsa
Successeur Solange Mbondzi
1er maire de la commune de Ndendé
Élection 5 décembre 1997
Réélection 29 décembre 2002
Successeur Fidèle Mouloungui
Président de l'Union du peuple gabonais
14 juillet 198915 octobre 2011
Directeur des relations extérieures de l'ACCT
19871989
Biographie
Nom de naissance Pierre Mamboundou Mamboundou
Date de naissance 6 novembre 1946
Lieu de naissance Mouila, province de la Ngounié (Gabon)
Date de décès 15 octobre 2011 (64 ans)
Lieu de décès Libreville, province de l'Estuaire (Gabon)
Nationalité Gabonaise
Parti politique Union du peuple gabonais (UPG)
Conjoint Augustine Mamboundou
Enfant(s) Joan Dana mamboundou
Cédrique Mamboundou
Frédérique Mamboundou
Sandra Mamboundou
Grégory Mamboundou
Diplômé de Université de Perpignan
France
Profession Ingénieur des travaux de télécommunication
Religion Protestant

Pierre Mamboundou, né le 6 novembre 1946 à Mouila dans le sud du Gabon et mort le 15 octobre 2011 à Libreville, est un homme politique gabonais. Il fut le leader de l'Union du Peuple Gabonais (UPG), principal parti d'opposition gabonaise, qu'il a créé le 14 juillet 1989 à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Né d'un père commerçant, Pierre Mamboundou est l'aîné d'une fratrie de sept enfants. Il passe la majeure partie de son enfance à Mouila. C'est là qu'il rencontre Augustine Balouki, une Gabonaise, qu'il épouse en 1969 et avec qui il aura 5 enfants. Il est le père de six enfants.

Parcours académique[modifier | modifier le code]

Pierre Mamboundou fait ses études primaires à l'école communale A de Mouila. Il entre au collège catholique Saint-Gabriel de Mouila pour effectuer son premier cycle d'études secondaires. En classe de seconde, il rejoint le collège catholique Bessieux, avant de poursuivre au lycée national Léon Mba de Libreville où il obtient son baccalauréat scientifique. Il intègre ensuite l'université de Perpignan en France d'où il ressort ingénieur des travaux en télécommunication.

Un enseignant en physique lui fait la proposition de dispenser des cours au Centre Régional d’Études Universitaires de la Formation Permanente à Perpignan (CREUFOP). C'est donc en tant qu'enseignant de physique qu'il entre dans la vie active. En 1988, il est admis à la Société Française de Physique (SFP)[1], une association qui réunit d'éminents hommes de sciences de France depuis 1873.

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Pierre Mamboundou quitte ensuite la France et rejoint Libreville où il dirige brièvement l'Agence Commerciale de Télécommunications et travaille à la mise en place du Centre national de télécommunication (CENACOM). Il retourne en France en 1979 en tant que chef des projets à la direction scientifique et technique de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), ancêtre de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Quelques années plus tard, il devient chargé de mission auprès du secrétaire général de l'organisation, puis directeur des relations extérieures. Il mène plusieurs missions auprès de différents chefs d'États et de gouvernements pour le compte de l'organisation afin de promouvoir l'usage de la langue française. Il travaille également à la préservation des langues nationales africaines. Pierre Mamboundou reste à l'ACCT jusqu'en 1989 lorsqu'il est expulsé de France par une mesure d'urgence absolue à la demande du gouvernement gabonais. Ce dernier l'accuse d'atteinte à la sûreté de l'État au motif qu'il a annoncé la création d'un parti politique alors que la loi fondamentale en vigueur à ce moment au Gabon désigne le parti du président Omar Bongo comme parti unique.

Dates Quelques réalisations professionnelles Lieux
1981 Organisation du Forum de l’Agro-alimentaire au bénéfice de 39 pays membres de l’ACCT Montpellier-France
1982 Organisation et tenue du séminaire sur la programmation, la gestion et l’évaluation de la recherche scientifique Bangui-Centrafrique
1983 Préparation, organisation et tenue de la conférence des Ministres de la Recherche Scientifique et de l’Enseignement Supérieur Yamoussoukro-Côte d'Ivoire
1983 Organisation, au bénéfice des 39 pays membres de l’Agence, d’un séminaire sur le transfert des technologies Libreville-Gabon
1985 Organisation et tenue de la conférence des Ministres de la Communication Le Caire-Égypte
1985 Organisation du XVe anniversaire de l'ACCT Paris-France

Parcours politique[modifier | modifier le code]

L'exil à Dakar, le procès par contumace et le retour au Gabon[modifier | modifier le code]

Expulsé de France en février 1990, Pierre Mamboundou est conduit à Dakar au Sénégal[2] pour un exil politique qui va durer trois ans et demi et qui le sépare de sa famille restée en France. À Dakar, il côtoie les hommes politiques, les hommes des médias, les leaders religieux et les intellectuels. Il se rend à Touba, ville sainte Mouride, pour rencontrer le Khalife général de la confrérie Serigne Saliou Mbacké.

Pendant ses trois années d'exil, il apprend le Wolof, la langue locale. Il prend contact avec les étudiants gabonais au Sénégal qu'il convie à le rejoindre dans le combat qu'il mène. Certains parmi eux, tel Richard Moulomba, deviennent des cadres de son parti.

À Libreville, un procès est ouvert contre lui en 1990. À l'issue de ce procès, il est condamné, le 21 décembre 1990, à dix ans de prison par contumace et 10 ans d’interdiction d’exercer ses droits civiques[3]. La sentence est prononcée par une juridiction d'exception, la Cour de sûreté de l'État, dont les membres sont nommés exclusivement par le Président de la République. Pourtant, le 1er novembre 1993, après une semaine de rétention à l'aéroport international de Dakar, il décide de rentrer définitivement au Gabon malgré la condamnation qui pèse sur lui. Arrivé au Gabon, il fait opposition à sa condamnation par contumace. Le ministère public ne réagit pas dans les huit jours suivant sa démarche, sa condamnation est donc réputée n'avoir jamais existé.

Il pose ensuite sa candidature à la première élection présidentielle multipartite du 5 décembre 1993. Son dossier de candidature est rejeté. Pour manifester leur mécontentement, ses partisans manifestent devant le bâtiment abritant les services du ministère de l'intérieur puis dans les rues de Libreville, le 9 novembre 1993[4], sans réussir à modifier la décision de rejet.

Le 17 novembre 1993, Pierre Mamboundou tient son premier meeting populaire au Gabon à Kinguélé, un quartier « sous-intégré » situé dans le 3e arrondissement de Libreville. Plus tard, ce quartier réputé frondeur deviendra un fief politique[5].

Omar Bongo remporte le scrutin de 1993. La contestation de cette victoire donne lieu à de violentes émeutes qui embrasent le pays en 1994. La classe politique gabonaise est alors invitée à se retrouver à Paris, mais il refuse de prendre part à la rencontre ; il se fait représenter par le secrétaire exécutif de son parti, Sébastien Mamboundou Mouyama. Il rejette par la suite les accords signés après cette rencontre, jugeant que l'opposition n'a pas eu suffisamment de garanties sur l'organisation d'élections libres, crédibles et transparentes.

Scrutin législatif de 1996[modifier | modifier le code]

En 1996, il se porte candidat aux élections législatives à Ndendé dans le département de la Dola (sud du Gabon) ; six autres candidats participent au scrutin. À l'issue du premier tour, il arrive en tête avec 44,61 % des suffrages exprimés et affronte au second tour Lucie Ickapi-Bignoumba Madjinou, qui a recueillie 21,39 % des suffrages[6]. Il bat campagne au second tour avec son épouse, Augustine Mamboundou, revenue de France pour l'occasion, et remporte finalement le scrutin. La ville de Ndendé devient par la suite un bastion de son parti qui y remporte toutes les élections. Pierre Mamboundou est le 2e député du département de la Dola, il a succédé à Mapangou Moukagni Mouetsa de l’Alliance Pour le Socialisme au Gabon (APSG).

Pour son premier mandat de parlementaire, il est président du groupe Force Démocratique Unies (FDU) à l'Assemblée nationale. Ce groupe parlementaire regroupe les députés de l’Union du peuple gabonais (UPG), du Forum Africain pour la Reconstruction (FAR) et du Parti Social Démocrate (PSD). Il s'illustre comme un parlementaire acharné, pointilleux sur les textes, aussi bien sur la forme que sur le fond, mais également rigoureux quant au respect des procédures[7].

Il se montre particulièrement actif lors des déclarations de politique générale et pendant les séances de questions au gouvernement. L'amélioration des conditions de vie des populations et la transparence électorale sont ses principaux combats. « Il faut arriver à l'organisation d'élections libres, équitables et transparentes pour éviter des lendemains électoraux tumultueux » dit-il.

À Ndendé[modifier | modifier le code]

En 1997, Pierre Mamboundou, tout en conservant son mandat de député, est élu maire de la commune de Ndendé, chef-lieu du département de la Dola dans la province de la Ngounié. Il est le premier édile de cette commune nouvellement créée. Le conseil municipal de la ville comprend alors quinze membres répartis de la façon suivante :

Son mandat est marqué par l'électrification de la ville, l'érection de plusieurs bornes fontaines, la construction de l'hôtel de ville, l'instauration d'une taxe de traversée de la ville (grâce à laquelle il réussit à tripler le budget de la localité) et le jumelage avec la ville de Lambaréné. Il est aussi à l'origine de la construction de la base pédagogique, de la perception du trésor public et du deuxième hôpital moderne de la ville. Il fait réaliser le tracé d'une rocade, permettant, à terme, de relier Ndendé aux autres villes du sud du Gabon.

Le 29 décembre 2002, il est réélu pour un second mandat qui s'achève en 2007[9]. Craignant la partialité du préfet et des responsables locaux de la commission nationale électorale (CNE), ses partisans, composés en majorité de femmes, prennent d'assaut l'école servant provisoirement de siège à la commission. Ses partisans exigent que les résultats de l'élection, déjà connus du fait du dépouillement effectué dans chaque bureau de vote, soient officialisés. C'est finalement tard dans la nuit que la liste conduite par Pierre Mamboundou est déclarée en tête.

Réélu, Pierre Mamboundou établit sa résidence principale à Ndendé. À ses adversaires qui lui reprochent son éloignement de Libreville, la capitale politique où se traitent les sujets nationaux, il répond : « Un maire réside dans sa ville »[10]. En août 2006, il présente un projet de développement global de sa municipalité au président Omar Bongo qui l'approuve ; il obtient une promesse de financement de 11,32 milliards de francs CFA. Cependant, son parti déclare que le ministère de l'économie et des finances n'aura débloqué que 1,9 milliards de francs CFA aux entreprises adjudicatrices des marchés[11]. La même année, il lance le projet radio télévision de la Dola pour couvrir le département de la Dola dont il est le député.

Pour respecter la loi sur le non-cumul de mandats électifs, il cède le fauteuil de maire à Fidèle Mouloungui le 11 avril 2007 pour se consacrer à son mandat de député[12]. Il explique sa décision par une phrase : « Lorsqu'on a le choix entre un mandat local et un mandat national, le mandat national doit prévaloir ».

Scrutin présidentiel de 1998[modifier | modifier le code]

Opposant intransigeant, il est « l'homme qui dit non » au régime de Omar Bongo. Pas systématiquement, tient-il à préciser, seulement quand on prétend tricher avec la loi. « La politique du consensus tue le corpus légal », martèle-t-il. Quand on le convoque pour s'entretenir avec le président de la République de sujets qui relèvent du Parlement, il refuse[13].

En 1998, Pierre Mamboundou est le candidat du Haut Conseil de la Résistance (HCR) (la coalition des partis d'opposition) à l'élection présidentielle du 6 décembre. Sa candidature est soutenue entre autres par le Parti Gabonais du Progrès (PGP) de Pierre Louis Agondjo Okawé, le Congrès pour la Démocratie et la Justice (CDJ) de Jules Aristide Bourdes Ogouliguendé, le Forum Africain pour la Reconstruction (FAR) de Léon Mbou Yembit et le Parti Gabonais du Centre Indépendant (PGCI) de Jean-Pierre Lemboumba Lepandou. Pendant la campagne électorale, Léon Mébiame, ancien Premier ministre et membre du HCR justifie son soutien à cette candidature : « Pierre Mamboundou est un homme honnête et droit »[14].

Arrivé second à l'élection présidentielle, avec 16,5 % des voix contre plus de 66 % au président sortant Omar Bongo, il estime les résultats officiels truqués, crie au hold-up électoral et présente à la presse des centaines de fausses pièces d'identité ayant servi au vote des étrangers[7]. Pour démontrer l'irrégularité du scrutin, il fait remettre aux observateurs internationaux quatre cents faux passeports saisis par les brigades anti-fraude qu'il avait mises en place[15]. Il introduit un recours en annulation de l'élection pour fraude massive mais la cour constitutionnelle confirme la victoire d'Omar Bongo qu'il qualifie alors de « président par défaut ». Au président, qui l'invite à un tour de table le 15 décembre 1998, il dit n'être intéressé par un tour de table que si l'ordre du jour porte exclusivement sur l'annulation de la consultation électorale[16].

Opposition à la la trêve sociale et à la modification constitutionnelle[modifier | modifier le code]

Il se fait remarquer en 1999 lors de la déclaration de politique générale du gouvernement à l'Assemblée nationale, présentée par le Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane et retransmise en direct à la télévision nationale. Il réussit en effet à mettre le Premier ministre en difficulté lorsqu'il argumente pour démontrer que les calculs sur lesquels reposent ses prévisions budgétaires sont faux. Après un débat de plusieurs heures, le Président de l'Assemblée nationale Guy Nzouba-Ndama, pourtant membre du parti au pouvoir, l'invite à faire sienne la sagesse africaine selon laquelle : « Lorsqu'on a mis son adversaire à terre, il n'est pas nécessaire de lui jeter le sable au visage ». Après cette invite, il n'intervient plus, mettant ainsi fin au débat.

En 2000, Pierre Mamboundou organise une marche à Libreville les services du ministère de l'éducation nationale pour réclamer la suppression de la « rame de papier » et du « papier hygiénique » dans les listes de fournitures scolaires du primaire et du secondaire. Quelques semaines après, il obtient gain de cause[réf. nécessaire].

Avec les partis membres du Haut Conseil de la Résistance (HCR), il décide de boycotter les élections législatives de 2001 dont il estime que les conditions de transparence du scrutin ne sont pas réunies. Il dit, plus tard, que l'Assemblée nationale élue en 2001 est composée de députés élus par seulement « 15 % des Gabonais ».

Le 28 août 2002, il adresse une correspondance à la cour constitutionnelle pour lui faire constater que le gouvernement viole la Constitution en célébrant la fête nationale le 16 août. L'article 2 de la loi fondamentale gabonaise dispose en effet : « […] La fête nationale est célébrée le 17 août »[17].

Il s'oppose en 2003 à la trêve sociale de trois ans demandée par le président Omar Bongo aux partenaires sociaux. Il estime qu’une trêve sociale des partenaires sociaux est contraire au droit du travail qui consacre le droit inaliénable de grève. La marche qu'il souhaite organiser pour exprimer son refus de voir signer ladite trêve est interdite par le Général Idriss Firmin Ngari, ministre de l'intérieur. C'est aussi en 2003 qu'il introduit un référé au tribunal de Libreville en vue d'empêcher l'adoption de la modification constitutionnelle instituant le vote à un seul tour pour toutes les élections. Le vote de la modification constitutionnelle est alors interrompu pendant quelques heures au parlement, une première dans l'histoire du Gabon.

Scrutin présidentiel de 2005[modifier | modifier le code]

En novembre 2005, Pierre Mamboundou est de nouveau candidat à l'élection présidentielle. Sa propagande électorale est entièrement financée par ses militants au travers de « caisses rouges » qu'il traîne à toutes les étapes de sa tournée et dans lesquelles ses sympathisants versent leur contribution. En deux semaines de campagne électorale, il ne passe à la télévision qu'une seule fois. Cependant, malgré son absence dans les médias, ses meetings sont particulièrement suivis.

À Libreville, une marche réunit entre 30 000 à 40 000 jeunes le 19 novembre. Le 26 novembre il réussit à rassembler 50 000 personnes sur la place de Rio pour son meeting de clôture de campagne, une mobilisation jamais égalée. À Port Gentil, c'est la place du château d'eau qui accueille des milliers de personnes pour son meeting. À Tchibanga et Lambaréné des marches sont organisées suivies de meetings populaires. À Mouila, il est attendu pendant plusieurs heures par dans milliers de partisans, le meeting se tenant finalement nuitamment.

Alors qu'il veut clôturer sa campagne dans la province du Woleu-Ntem, son avion est empêché d'atterrir à Oyem. Il peut tenir un unique meeting à Bitam dans la matinée du 26 novembre 2005.

Après cette campagne houleuse, où son convoi est attaqué à l'entrée d'Okondja (sud-est du Gabon), et où il voit son avion disparaître à Gamba (ouest du Gabon), il est classé deuxième derrière Omar Bongo, au pouvoir depuis trente-huit ans. Les résultats officiels le créditent de 13,57 %[11].

Il conteste avec virulence ces chiffres[18], se déclare vainqueur avec 52 % des suffrages et introduit un recours en annulation de l'élection auprès de la cour constitutionnelle.

Son recours est resté célèbre à cause de l'exception préjudicielle qui l'accompagnait et dans laquelle il demandait à la cour constitutionnelle de ne pas traiter du contentieux car sa composition n'était pas conforme à la constitution. En effet, cinq membres sur les neuf siégeant à la cour accomplissaient leur troisième mandat en violation des dispositions qui limitent à deux le nombre de mandats des conseillers. La malice de sa requête reposait sur une autre disposition légale selon laquelle « la Cour constitutionnelle ne peut valablement siéger qu'en présence des deux-tiers des conseillers membres ».

Il récuse l'avocat du gouvernement, présent dans la salle d'audience, estimant qu'il n'avait pas cité le gouvernement dans son exception préjudicielle et que seule la présence de l'avocat de « l'autorité de nomination » des membres de la cour, à savoir le Président Omar Bongo, était nécessaire.

Il met également en avant les liens personnels et familiaux que la présidente, Marie Madeleine Mborantsouo, entretient avec le candidat Omar Bongo et qui l'oblige à se récuser pour ne pas être en situation de juge et partie. Il verse à son dossier des copies d'actes de naissances d'enfants du candidat Omar Bongo (dont Marie Madeleine Mborantsouo est la mère) pour prouver ses affirmations.

Il interpelle publiquement et avec fermeté la présidente, qui devra, selon lui, assumer les conséquences qui pourraient découler d’un jugement contraire aux attentes des Gabonais. Il déclare : « Aujourd'hui je vous dénie le droit et la qualité de statuer dans cette affaire »[19].

Omar Bongo est cependant confirmé vainqueur par la cour constitutionnelle, qui se refuse à trancher la requête sur le fond, la jugeant irrecevable dans sa forme.

Tentative d'assassinat de mars 2006[modifier | modifier le code]

Des contestations suivent la proclamation des résultats de l'élection présidentielle du 27 novembre 2005. Le siège national de son parti, situé dans le quartier Awendjè dans le 4e arrondissement de Libreville, est mis à sac par des unités encagoulées de l'armée gabonaise, le 21 mars 2006. Il échappe de peu à une tentative d'assassinat. Exfiltré par sa base, il est contraint à l'exil (dans son propre pays) à l'ambassade d'Afrique du Sud.[réf. nécessaire] Il en ressort un mois après, afin d'initier des négociations avec le régime gabonais. Sa rencontre avec le président Omar Bongo, le 19 avril 2006, en présence de diplomates, est qualifiée d'historique par la presse[20],[21]. Pierre Mamboundou s'était en effet interdit de rencontrer son adversaire pendant vingt ans. Ces négociations ont depuis lors conduit, entre autres, à la réforme du code électoral et à la mise en place d'une Commission Électorale Nationale Autonome et Permanente (CENAP).

Propositions de lois[modifier | modifier le code]

Le 6 octobre 1999 Pierre Mamboundou fait une proposition portant modification de la loi électorale. Elle entend :

  • disqualifier le ministère de l'Intérieur dans l'organisation du scrutin ;
  • recomposer la commission électorale afin qu'elle devienne permanente et indépendante ;
  • supprimer les votes par procuration et les ministères techniques ;
  • introduire le bulletin de vote unique et l'ampliation des procès-verbaux des bureaux de vote à tous les candidats.

Il propose également que la commission électorale soit composée à parité (majorité et opposition) avec deux présidents, deux vice-présidents et deux secrétaires. Sa proposition élargit enfin les prérogatives de la commission électorale qui se voit chargée de l'établissement des listes électorales et des cartes d'électeurs, de leur distribution, ainsi que de la détermination des centres de vote[22].

Les députés du Parti Démocratique Gabonais (PDG), majoritaires, s'opposent à l'examen de cette proposition de loi à l'Assemblée nationale et invitent Pierre Mamboundou à aller débattre de la question à la présidence de la République avec Omar Bongo[23]. Pierre Mamboundou s'y oppose, justifiant son refus par son désir de respecter l'article 5 de la Constitution de son pays selon lequel la République Gabonaise est organisée selon le principe de la séparation des pouvoirs[24].

En décembre 2006, il est à nouveau élu député du département de la Dola et fait son retour dans l'hémicycle. Il est désigné président du groupe parlementaire de l’Union du Peuple Gabonais (UPG). C'est aussi la première fois que son parti possède un groupe parlementaire homogène à l'Assemblée nationale.

Pour améliorer le dispositif légal en matière électorale, Pierre Mamboundou fait une proposition de loi portant « Protection des données à caractères personnelles (Biométrie) » adoptée en première lecture par l'Assemblée nationale puis par le Sénat.

Il est aussi l'auteur de la loi organique portant « Organisation de la Haute Cour de Justice en République Gabonaise » adoptée par l'Assemblée nationale (en) gabonaise en 2009 concernant le fonctionnement de cette juridiction compétente pour juger le président de la République, les ministres et les présidents d'institutions constitutionnelles.

Affaire île Mbanié[modifier | modifier le code]

Le 31 novembre 2006, Pierre Mamboundou dépose trois plaintes contre les ministres André Mba Obame, alors ministre de l'intérieur, René Ndemezo'o Obiang, porte-parole du gouvernement et Paul Toungui, ministre des finances, pour tentative de cession d'une partie du territoire national[25]. Cette plainte fait suite aux accusations portées contre eux par la presse, selon laquelle ils auraient négocié la vente de l'îlot Mbanié, potentiellement riche en pétrole, à la Guinée Équatoriale, un pays frontalier du Gabon. Certains journaux de la presse écrite qui rapportent les faits, comme le quotidien L'Union ou l'hebdomadaire Le crocodile, déclarent même être en mesure de présenter les preuves de leurs accusations. Malgré ces plaintes, Pierrette Djouassa, procureur près la cour de cassation, se refuse à déclencher l'action publique.

Consulté en février 2011 par le président Ali Bongo sur l'affaire Mbanié[26], il défend la position selon laquelle l'île Mbanié est gabonaise et dit s'appuyer sur une convention signée en 1900 par l'Espagne et la France, qui reconnaît à la France la souveraineté sur les îlots Mbanié, Conga et Cocotiers, la France les ayant rétrocédées au moment de l'indépendance en 1960. Cette convention, selon Pierre Mamboundou, est ratifiée en 1901 par le parlement français et confirmée en 1974 par un accord entre le Gabon et la Guinée équatoriale signé par les présidents Omar Bongo et Macias Nguéma grâce à la médiation des présidents Mobutu du Zaïre (actuellement République démocratique du Congo) et Marien Ngouabi du Congo.

À la suite des consultations menées à Libreville, Pierre Mamboundou est invité par Ali Bongo à intégrer la délégation gabonaise auprès du siège de l'ONU à New York, les 24 et 25 février 2011, pour mener les discussions face à la partie équato-guinéenne qui revendique elle aussi la souveraineté sur l'île Mbanié[27].

Affaires Gabon Télecom, Bélinga et Air Gabon[modifier | modifier le code]

En tant que député, Pierre Mamboundou s'oppose devant le Conseil d'État à la privatisation de Gabon Télécom, finalement cédée à Maroc Télécom[28], jugeant le contrat de cession léonin et identifiant six causes de nullité :

  • nullité tirée de l'inexistence du prix ;
  • nullité tirée des modalités de paiement ;
  • nullité tirée de la condition potestative résultant de l’insertion d’une clause léonine rompant l’égalité des parties devant la convention ;
  • nullité tirée de la convention d’arbitrage ;
  • nullité tirée de la violation du code du travail ;
  • nullité tirée la confidentialité de la convention de cession[29].

Il est empêché de s'exprimer sur le sujet dans l'hémicycle par Guy Nzouba-Ndama, président de l'Assemblée nationale[30].

Pierre Mamboundou demande et obtient l'augmentation de la participation de l'État au capital de la Compagnie Minière de Bélinga (COMIBEL). Il dénonce la privatisation de l’Office des Chemins de fer Transgabonais (OCTRA) ainsi que la liquidation de la compagnie nationale Air Gabon dont il défend les 1 200 licenciés. Il se bat également pour la revalorisation du SMIG et pour l'augmentation du point d'indice des fonctionnaires gabonais.

En 2009, il appelle à la révision du contrat de concession de la Société d'énergie et d'eau du Gabon (SEEG) au groupe français Veolia. Il souhaite à cet effet que soit augmenté le capital de la SEEG pour permettre l'entrée au capital d'un opérateur spécialiste de la fourniture d'électricité afin d'améliorer les prestations offertes aux populations.

Scrutin présidentiel de 2009[modifier | modifier le code]

Il est à nouveau candidat à la présidentielle, le 19 juillet 2009, après le décès d'Omar Bongo Ondimba, survenu le 8 juin 2009.

Soutenu par une coalition de cinq partis réunis au sein de l’Alliance pour le Changement et la Restauration (ACR), il promet, entre autres, la restauration de l'autorité de l'État ainsi que la réduction de son train de vie, la suppression des institutions dont l'existence n'est pas indispensable, la scolarité obligatoire et gratuite de six à seize ans, la généralisation des allocations d'études de l'enseignement supérieur et des allocations familiales, les soins de base gratuits sur toute l'étendue du territoire[31].

L'élection a lieu le 30 août 2009 et il est officiellement classé deuxième avec 25,64 % des suffrages exprimés. Il se proclame cependant vainqueur avec 39,15 % et met au défi ses adversaires de produire les procès-verbaux des bureaux de vote prouvant le contraire, mettant à disposition de la presse ceux qu'il possède[32]. Le 3 septembre 2009, alors qu'il prend part à un sit-in devant le siège la commission électorale pour réclamer que soient proclamés « les vrais résultats sortis des urnes »[33], il est de nouveau l'objet d'une tentative d'assassinat orchestrée par un bataillon d'élite de l'armée gabonaise[réf. nécessaire]. Il est grièvement blessé et est évacué par sa sécurité rapprochée[34],[35],[36].

Le 27 septembre 2010, alors qu'il se trouve depuis quatre mois à Paris pour des raisons de santé, Pierre Mamboundou rencontre Ali Bongo Ondimba en tête-à-tête. C'est leur première rencontre depuis l'élection présidentielle contestée du 30 août 2009[37]. Il achève son séjour à Paris le 21 novembre 2010. Arrivé à Libreville le même jour, il est accueilli à l'aéroport par une foule de plusieurs milliers de militants enthousiastes[38]. Dans son allocution à la presse, il remercie le gouvernement français de s'être occupé de ses soins médicaux ainsi que le Président Nicolas Sarkozy qui l'a invité au cours d'un tête-à-tête à venir se faire soigner au Val-de-grâce à Paris[39]. Il invite également le peuple gabonais à le soutenir ainsi que sa coalition dans les décisions importantes qu'ils devront prendre.

Il entame une tournée dans la province de l'Estuaire par un meeting au « carrefour charbonnages » dans le 1er arrondissement de Libreville. Il plaide à nouveau pour l'instauration des données biométriques dans la confection du fichier électoral[40].

Synthèse de sa carrière politique[modifier | modifier le code]

Dates Evènements
14 juillet 1989 Création de l'Union du peuple gabonais (UPG), à Paris
1990 - 1993 Exil politique à Dakar au Sénégal
1996 - 2001 Député à l'Assemblée nationale
1997 - 2006 Maire de la Commune de Ndendé
6 décembre 1998 Candidat à l'élection présidentielle (2e position, avec 16,5 % des suffrages)
27 novembre 2005 Candidat à l'élection présidentielle (2e position, avec 13 % des suffrages)
21 mars - 19 avril 2006 Réfugié politique à l’Ambassade d’Afrique du Sud suite à l’attaque du siège de son parti par les Forces de Sécurité et de Défense
2007 Député à l'Assemblée nationale
30 août 2009 Candidat à l'élection présidentielle (2e position, avec 25,64 % des suffrages)
3 septembre 2009 Tentative d'assassinat lors d'un sit-in à Libreville : grièvement blessé

Mort[modifier | modifier le code]

Alors qu'il reprend ses activités politiques et intensifie son combat en faveur de l'introduction de la biométrie dans le système électoral, Pierre Mamboundou meurt le 15 octobre 2011 des suites d'une crise cardiaque, à son domicile [41],[42]. Quelques heures avant son décès, il avait présidé la traditionnelle réunion hebdomadaire du Conseil exécutif de l'UPG.

Ses obsèques sont une meurtrissure nationale notamment à Libreville, Mouila et Ndendé où son corps est exposé devant des milliers de personnes en pleurs. Dans ces trois villes, des marches sont organisées en son hommage.

En France, Nicolas Sarkozy adresse une lettre de condoléances à sa famille tandis que plusieurs parlementaires français, dont François Hollande, signent le livre de condoléances dans lequel ils vantent son combat pour la démocratie et la liberté.[réf. nécessaire]

Pierre Mamboundou repose à Ndendé, en face de la mairie qu'il a fait construire et à proximité du mausolée de l'ancien vice-président Paul Marie Yembit.

Héritage politique[modifier | modifier le code]

Le 10 février 2012, le gouvernement annonce, par l'intermédiaire du ministre de l'Intérieur Jean François Ndongou, la confection d'une liste électorale biométrique ainsi que l'introduction de la biométrie dans le système électoral dès 2013[43]. Les élections locales de 2012 en permettront l'expérimentation.

Le stockage et la sécurité des données biométriques sont assurés conformément à la loi portant protection des données à caractères personnels proposée par Pierre Mamboundou et adoptée en 2009. Cette loi garantit la liberté des citoyens face aux usages attentatoires à la liberté des technologies numériques[44]. En effet, elle décline les limites de l'usage de l'informatique conformément au titre préliminaire des droits fondamentaux de la Constitution du Gabon.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Biographie du Président Pierre Mamboundou », sur www.upg-gabon.org,‎ 21 février 2009
  2. « Gabon : Présidentielle du 30 août 2009, Les candidats », sur afrique-express.com,‎ 21 février 2009
  3. « Spécial Indépendance an 51, Quelques repères temporels », Croissance Saine Environnement, no 61,‎ août 2011, p. 2
  4. « L'UPG et Pierre Mamboundou sèment la terreur à Libreville », L'Union, no 5350,‎ 10 novembre 1993, p. 1
  5. « Pierre Mamboundou et l'ACR assurés de leur victoire », L'Union,‎ 25 août 2009
  6. « Les premiers ballotages connus », L'Union,‎ 18 décembre 1996, p. 3
  7. a et b « ... », Jeune Afrique Économie, no 278,‎ 4 au 17 janvier 1999, p. 90
  8. « Résultats des élections municipales d'octobre et novembre 1996 », L'Union,‎ 11 décembre 1993, p. 2
  9. « Résultats province de la Ngounié », L'Union,‎ 8 janvier 2003, p. 4
  10. Émission le débat en novembre 2005 sur la RTG1 « Invité de l'émission: Pierre Mamboundou, candidat de l'UPG »
  11. a et b « Gabon  : Recherche opposition désespérément… », Jeune Afrique, no 2460,‎ 2006
  12. « ... », L'Union,‎ 12 avril 2007, p. 2
  13. « Pierre Mamboundou : Biographie officielle », sur gaboneco.com
  14. « Pour une démonstration de force », L'Union, no 6873,‎ 3 décembre 1993, p. 7
  15. « David Mbadinga, directeur national de campagne du candidat Pierre Mamboundou : « Des résultats partiels satisfaisants »  », L'Union, no 6877,‎ 8 décembre 1993, p. 3
  16. « L'opposition fait dans la surenchère », L'Union, no 6888,‎ 21 décembre 1993, p. 1-3
  17. « Constitution de la République gabonaise », article 2, dernier alinéa
  18. « Le Gabon ôtage de Bongo », Afrique XX1, no 6,‎ 2 au 8 mars 2008, p. 10-11
  19. [vidéo] Pierre Mamboundou à la Cour constitutionnelle sur Dailymotion
  20. « ... », Jeune Afrique, no 2364 et 2376,‎ 2006
  21. « Bongo Ondimba-Mamboundou : La rencontre ! », L'Union,‎ 20 avril 2006, p. 1-2
  22. « L'examen du texte de l'opposition suspendu », L'Union,‎ 7 avril 2000, p. 2
  23. « Ndemezo'o Obiang recommande la voie politique pour la révision de la Loi 10/98 », L'Union,‎ 11 avril 2000, p. 3
  24. [vidéo] Émission Le Débat sur la RTG1 : invité Pierre Mamboundou sur Dailymotion, novembre 2005, voir à 17 min 20 s
  25. « Affaire Mbanié : Pierre Mamboundou porte plainte contre les ministres concernés », sur Gaboneco.com,‎ 2 novembre 2006
  26. [vidéo] Radio Télévision Gabonaise sur YouTube, 13 février 2011
  27. « Gabon / Politique : Ali Bongo et Pierre Mamboundou à New York pour l’Ile Mbanié », sur agpgabon.ga
  28. « Affaire Gabon Télécom et Libertis : La Cour Constitutionnelle porte l'estocade », L'Union, no 9528,‎ 25 septembre 2007, p. 1-2
  29. « Position du groupe UPG sur la privatisation de Gabon Télécom »,‎ 28 juin 2007, p. 4-5 [PDF]
  30. « Gabon : Pierre Mamboundou claque la porte de l'Assemblée nationale pour avoir été interrompu par le président de cette institution Nzouba Ndama »,‎ 28 juin 2007
  31. 2009, « Programme commun de gouvernement de l'Alliance pour le changement et la restauration (ACR)»
  32. « Gabon. Mamboundou affirme avoir gagné les élections », sur Ouest-france,‎ 1er septembre 2009
  33. « L'opposition refuse d'admettre la victoire d'Ali Bongo », sur Le Point,‎ 3 septembre 2009
  34. « Incidents après la victoire d'Ali Bongo », sur Le Monde.fr,‎ 3 septembre 2009
  35. « Les observateurs de l'UA relèvent des irrégularités », sur Le Figaro.fr
  36. « Coup de force au Gabon », sur lejdd.fr
  37. « L’opposant Pierre Mamboundou reçu par Ali Bongo Ondimba à Paris », sur agpgabon.ga,‎ 28 septembre 2010
  38. « Pierre Mamboundou de retour au Gabon », sur afrik.com,‎ 22 novembre 2010
  39. « Dans quelques jours, nous serons fixés sur tout ce qui s’est passé, Pierre Mamboundou (Président de l’UPG), discours intégral », sur gabonews.ga,‎ 21 novembre 2010
  40. « Politique / Pierre Mamboundou plaide pour la biométrie et des législatives transparentes », sur gabonews.ga,‎ 11 février 2011
  41. « dépêche [[Agence France-Presse]] », sur romandie.com
  42. Journal d'Africa no 1, édition du 16 octobre à 20h GMT
  43. « La biométrie pour établir les listes électorales au Gabon », sur rfi.fr
  44. Pierre Éric Mbog Batassi, « Gabon : système électoral biométrique à compter de 2013 », sur afrik.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]