Pierre Lévy (philosophe)

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Pierre Lévy

Description de cette image, également commentée ci-après

Pierre Lévy au Brésil en 2009.

Naissance 1956
Tunisie
Nationalité Drapeau de France Français
Profession

Pierre Lévy, né en 1956 en Tunisie, est un philosophe français qui étudie l'impact d'Internet sur la société, avec un style volontiers lyrique et prophétique. Son travail est souvent cité dans le champ de l'information ethics (en), ou éthique appliquée aux NTIC.

Biographie[modifier | modifier le code]

Docteur en sociologie, Pierre Lévy occupe la chaire de recherche sur l'intelligence collective à l'université d'Ottawa.Il détient également une habilitation à diriger des recherches (HDR) en sciences de l'information et de la communication (Université Stendhal, France). Auparavant, il a enseigné à l'Université du Québec à Trois-Rivières (Canada), au département hypermédia de l'université de Paris VIII, à l'Université des sciences de Limoges pour le master 2 « Communautés virtuelles et management de l'intelligence collective via les réseaux numériques » et au département de sciences de l'éducation de l'université Paris X Nanterre. Il a été consultant pour plusieurs gouvernements, organismes internationaux et grandes entreprises sur le thème des implications culturelles des nouvelles technologies.

Pierre Lévy est intéressé par les ordinateurs et Internet, en tant que moyens capables d'augmenter non seulement les capacités de coopération de l'espèce humaine dans son ensemble, mais également celles des collectifs tels que associations, entreprises, collectivités locales, groupes d'affinités… Il soutient qu'en tant que moyen, la fin la plus élevée d'Internet est l'intelligence collective. Toutefois, il estime que l'intelligence collective n'est en aucun cas un concept nouveau, mais a déjà été pensée par des philosophes du passé. Il s'inspire en effet notamment de la tradition farabienne de l'angéologie, construite par des Perses et des Juifs à partir d'une interprétation néo-platonicienne, en tentant de remplacer la transcendance proche à cette pensée par une interprétation immanente qui fait d'Internet, et non de l'Ange agent intellect, l'intelligence collective. Cette perspective a pu être critiquée pour ses aspects excessivement proche de la gnose, qui dénient au corps et à la chair toute importance.

Pierre Lévy a fondé en 1992 avec Michel Authier la société Trivium, devenue récemment Triviumsoft, qui développe et commercialise le logiciel et la méthode des arbres de connaissances.

En 2006, Pierre Lévy a lancé le projet information economy meta language ou IEML : il vise à créer une langue artificielle conçue pour être simultanément manipulable de manière optimale par les ordinateurs et capable d’exprimer les nuances sémantiques et pragmatiques des langues naturelles. Ce métalangage peut notamment servir à la gestion des connaissances et à l'adressage sémantique des données numériques.

Dans son livre Sphere 1, Pierre Levy exprime clairement l'idée que l'homme est en mesure de prendre en charge son évolution, notamment celle de son intelligence. Ce qui serait une première dans l'histoire du monde animal.

Citation[modifier | modifier le code]

« Toute prise de contrôle par un petit groupe de ce qui procède de tous, toute fixation d'une vivante expression collective, toute évolution vers la transcendance annihile immédiatement le caractère angélique du monde virtuel, qui choit alors immédiatement dans les régions obscures de la domination, du pouvoir, de l'appartenance et de l'exclusion. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La machine univers. La Decouverte, Paris 1987
    au Portugal, Instituto Piaget, Lisboa, 1995
    au Brésil, Artmed, Porto Allegre, 1998
  • Les technologies de l'intelligence. La Découverte, Paris 1990
    en Italie, Ombre Corte, Verona, 2000
    au Portugal, Instituto Piaget, Lisboa, 1993
    au Brésil, Editora 34, Rio, 1993
    en Argentine, Edicial, Buenos Aires, 2000
    en Corée, Chul Hak Kwa Hyun Sil Sa, Séoul, 2000
  • L'idéographie dynamique. Vers une imagination artificielle ?. La Découverte, Paris 1992
    au Portugal, Instituto Piaget, Lisbonne, 1994
    Au Brésil, Loyola, São Paulo, 1998
  • De la programmation considérée comme un des beaux-arts. La Découverte, Paris 1992
  • Les arbres de connaissances. Découverte, Paris 1992 (avec Michel Authier)
    au Brésil, Escuta, São Paulo, 1995
    en Italie, Feltrinelli, Milan, 2000
    au Portugal, Éditions Instituto Piaget, Lisbonne, 1999
  • L'intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace. La Découverte, Paris 1994
    en Italie, Feltrinelli, Milan, 1996
    au Portugal, Éditions Instituto Piaget, Lisbonne,1997
    en Allemagne, Bollmann Verlag, Mannheim, 1997
    aux États-Unis, Perseus Books, Cambridge Mass., 1999
    au Brésil, Loyola, São Paulo, 1998
    en Corée, Moonhak-kwa-jisung-sa, Seoul, 2001
  • Qu'est-ce que le virtuel ?. La Découverte, Paris 1995
    au Brésil, Editora 34, São Paulo, 1996
    en Italie, Cortina Editora, Milano, 1997
    en Espagne, chez Paidos (Barcelone) en 1997
    aux États-Unis, Plenum Press (NY), 1998
    en Grèce, Kritiki Publishing, Athens, 1999
    en Corée, Kungree, Séoul, 2000
    au Japon, Kyoto, 2006.
  • Cyberculture. Éditions Jacob, Paris 1997
    au Portugal, Instituto Piaget, Lisboa, 1998
    en Catalogne, Universitat Oberta de Catalunya / Proa, Barcelona, 1998
    en Italie, Feltrinelli, Milano, 1999
    au Brésil, Editora 34, Sao Paulo, 1999
    aux États-Unis, Minnesota U.P., 2001
    au Chili, Dolmen Ediciones, Santiago de Chile, 2001
    en Corée, Moonye Publishing, Seoul, 2000
    en Tchéquie, Universita Karlova v Praze - Nakladatelství Karolinum, Praha, 2000
  • World Philosophie (le marché, le cyberespace, la conscience). Editons Jacob, Paris 2000
    au Brésil, Editora 34, Sao Paulo, 2001
    au Portugal, Instituto Piaget, Lisboa, 2001
    en Corée, Thinking Tree, Seoul, 2003
  • Cyberdémocratie. Essai de philosophie politique. Éditions Jacob, Paris 2002
    en Espagne, Spain, Editorial UOC, Barcelona, 2004
  • La sphère sémantique 1. Computation, cognition, économie de l’information, Hermès-Lavoisier, Paris and London, 2011
    en anglais, The Semantic Sphere 1. Computation, Cognition and the Information Economy, ISTE / Wiley, London and NY, 2011

Également :

  • Christian Perrot, Vers une anthropologie du cyberspace. Entretien avec Pierre Lévy, in Nouvelles clés, n° 9, 1996.

Œuvres collectives[modifier | modifier le code]

Le projet IEML[modifier | modifier le code]

Structure du métalangage[modifier | modifier le code]

IEML est un langage régulier et fini selon la classification de Chomsky. Il est construit à partir de cinq éléments primitifs (virtuel, actuel, signe, être et chose), plus l’ensemble vide, qui forment sa première couche. Une opération générative permet de composer les éléments primitifs en triplets (source, destination, traductrice) pour former les éléments de la deuxième couche. Les éléments de la deuxième couche sont eux-mêmes composés en triplets (source, destination, traductrice) qui forment les éléments de la troisième couche, et ainsi de suite jusqu’à la sixième couche, qui comprend un ordre de grandeur de 10 puissance 80 éléments. Les expressions régulières du métalangage comprennent les opérations ensemblistes et permettent de dénoter de manière concise des sous-ensembles d’éléments pour chacune des couches. Les expressions IEML peuvent également être automatiquement traduites en matrices et en divers types de graphes, ce qui autorise des calculs géométriques. C’est essentiellement pour des raisons pratiques de calculabilité qu’IEML est un langage fini. Si la sixième couche n’était pas suffisante pour identifier les concepts, on pourrait toujours autoriser la création de couches supplémentaires au moyen de la même opération régulière qui a permis de générer les couches précédentes.

Synoptique de la grammaire[modifier | modifier le code]

La grammaire d'IEML comporte quatre parties.

1) La structure fondamentale :
le flux d'information circulant entre une source et une destination (optionnel : traductrice).

2) cinq éléments, composantes primitives des flux :

  • Pôle pragmatique O :
    • le virtuel U
    • l'actuel A
  • Pôle sémantique M :
    • le signe S
    • l'être B
    • la chose T.

3) Les glyphes, idéogrammes, correspondants aux quatre premiers niveaux de compositions des flux d'information :

  • les événements, classés en quatre types d'événements (NB : la destination - combinée à la source - n'est pas indiquée pour des raisons de clarté):
    • énergies OO :
      • Source A : percevoir wu ; reconstituer we.
      • Source U : opérer wa ; générer possibles wo.
    • actes OM :
      • Source A : faire i ; s'engager a ; énoncer u.
      • Source U : savoir y ; vouloir o ; pouvoir e.
    • mutations MO ;
      • Source S : mutation de signifiant j ; mutation documentaire g.
      • Source B : mutation de sens h ; mutation personnelle c.
      • Source T : mutation de référent p ; mutation matérielle x.
    • entités ou concepts MM.
      • Source S : pensée s ; langage b ; mémoire t.
      • Source B : société k ; affect m ; monde n.
      • Source T : vérité d ; vie f ; espace l.
  • les relations, classés en cycles : une relation est un flux dont la source et la destination sont un des événements : soient 625 relations, classées en 16 catégories : cycle de vie (OOOO) ; cycle de comportement (OOOM) ; cycle de gouvernance (OOMO) ;… ; cycle naturel (MMMM).
    Exemple : événement wo → événement wawowa (travailler en français) ; catégorie cycle de vie.
  • les idées, regroupées en paradigmes : une idée est un flux d'information dont la source, la destination et la traductrice sont des relations.
    Exemple : relation me (capacité de négocier) → relation sa (interprète) ➪ mesa (apprendre des autres), du paradigme accomplissement.
  • les phrases, regroupées en motifs.

4) Les graphes, ou textes IEML : flux d'information entre glyphes.

Exemples de mot :
Encyclopédie est une idée IEML nommée yynosy, selon le flux suivant : yy (maîtriser un domaine de connaissance) + no (volonté de cosmos) + sy (connaissance organisée).

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

Un dictionnaire IEML-langues naturelles open source associant des expressions IEML à des descripteurs en langues naturelles (français, anglais, portugais, etc.) est en cours de construction. L’utilité d’un dictionnaire standard est évidente, mais rien ne s’oppose, en principe, à ce que plusieurs dictionnaires soient mis en concurrence par les utilisateurs.

Une architecture orientée services Web[modifier | modifier le code]

Le développement en cours en 2008 se dirige vers un ensemble de plateformes collaboratives (wiki sémantique IEML) échangeant des flux d’information XML-IEML et partageant un ensemble de services open source - eux-mêmes décrits en IEML. Les principaux services envisagés en 2008 concernent : l’aide à l’édition d’expressions IEML, la production d’objets géométriques (matrices, graphes) à partir d’expression IEML, la production de dictionnaires, l’organisation d'ontologies (au sens informatique de réseaux formalisés de concepts), le taggage ou balisage de documents en IEML, l’évaluation d’informations taguées en IEML selon divers jeux d’économie de l’information et la recherche d’information.

Utilité possible pour les sciences humaines[modifier | modifier le code]

Ce métalangage pourrait faciliter à l'avenir l'élaboration de théories générales réellement interdisciplinaires dans le domaine des Sciences Humaines et Sociales. IEML est par exemple utilisé pour tenter d'atteindre une définition 'unifiée' de la créativité, un concept scientifique particulièrement complexe et controversé, apparenté à l'intelligence.

Il pourrait également être utilisé comme instrument d’observation ou de cartographie réflexive des activités des réseaux sociaux en ligne.

Critiques[modifier | modifier le code]

IEML est un langage à choix finis (finite choice language), un sous-ensemble très simple des langages réguliers, qui eux-mêmes occupent le bas de la hiérarchie de Chomsky. En conséquence, IEML se compose d'un nombre fini (quoique très grand) de mots finis. La question de l'affectation d'expressions des langues naturelles, en nombre infini, à un tel ensemble fini, est en 2008 sans réponse satisfaisante.

Pour donner une idée de la puissance d'expression de langages tels qu'IEML, on peut observer que la composition de numéros de sécurité sociale en France obéit à une grammaire à choix finis, comme IEML. Une telle grammaire serait incapable de rendre compte, par exemple, de la composition des numéros d'immatriculation de véhicules, qui nécessite une grammaire régulière.

Par ailleurs, la sémantique (informelle) d'IEML, telle qu'elle est incomplètement décrite dans divers documents, fait grand usage de la notion d'espace conceptuel, d'où sont dérivées un peu trop facilement et fallacieusement des notions de « distance conceptuelle » ou de « coordonnées conceptuelles ».


Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]